‹ Introduction à la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du regne animalChapitre 16 sur 82 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sommaire. — De l’influence de la division du travail physiologique sur le perfectionnement des organismes.

Le corps de tout être vivant, que ce soit un animal ou une plante, ressemble à un atelier plus ou moins vaste, où les organes, comparables à des ouvriers, travaillent sans cesse à produire les phénomènes dont l’ensemble constitue la vie de l’individu. Or, le résultat ainsi obtenu est tantôt, avons-nous dit, grossier et de peu de valeur, d’autrefois, au contraire, d’une perfection exquise; et lorsqu’on cherche à se rendre compte de ces différences dans le mode de manifestation de la puissance vitale , on voit que dans les créations de la nature, de même que dans l’industrie des hommes, c’est surtout par la division du travail que le perfectionnement s’obtient.

Dans les sociétés naissantes, chaque homme est obligé de pourvoir directement aux nombreux besoins dont il est chaque jour assailli, et son activité, quelque grande qu’elle puisse être, suffit à peine pour lui assurer une chétive et obscure existence. Chez les peuples dont la civilisation est avancée, chaque membre de la grande association s’attache au contraire à exécuter seulement une portion minime de la longue série de travaux divers dont l’ensemble est nécessaire à son bien-être, et se repose sur l’activité d’autrui

pour obtenir, en échange des produits superflus de son industrie spéciale, les objets qui lui manquent et qui sont préparés par les mains de ses voisins. Tout s’améliore alors : les subsistances deviennent plus abondantes-, mille produits de luxe créent et satisfont à la fois des besoins nouveaux, la culture de l’esprit élève et agrandit l’intelligence, et le génie du petit nombre se développe et s’exerce pour le profit des masses. La division du travail, portée à sa limite extrême rend, il est vrai, bien étroite et bien décolorée la sphère d’activité où s’agitent la plupart des travailleurs, mais chaque ouvrier, appelé à répéter sans cesse les mêmes mouvements ou à méditer sur un même ordre de faits, devient par cela seul plus habile à remplir sa tâche ; et par la coordination judicieuse des efforts de tous, la valeur de l’ensemble des produits s’accroît avec une rapidité dont l’imagination s’étonne.

Il en est de même dans l’organisation des êtres animés.

Chez les animaux dont les facultés sont les plus bornées et dont la vie est la plus obscure, toutes les parties du corps possèdent les mêmes propriétés physiologiques 5 chacune peut se suffire à elle-même et exécuter tous les actes dont l’ensemble nous offre le spectacle. L’individu est une agrégation plutôt qu’une association d’agents producteurs, et l’organisme est comme un de ces ateliers mal dirigés où chaque ouvrier est chargé de la série entière des opérations nécessaires à la confection de l’objet à fabriquer, et où le nombre des mains, employées toutes à l’exécution de travaux semblables, influe par conséquent sur la quantité, mais non sur la qualité des produits. 11 en résulte que chez ces animaux la destruction d’une partie quelconque du corps n’entraîne la perte complète d’aucune faculté; chaque fragment de l’organisme, s’il vient à être isolé,

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