‹ Introduction à la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du regne animalChapitre 43 sur 82 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ranger la doctrine de la constitution du Règne animal tout entier par une suite d’arrêts de développement dans la série des créations organiques employées par la nature pour produire chaque individu de l’espèce la plus élevée et la plus parfaite.

L’idée mère de cette hypothèse paraît appartenir à Kielmayer, l’un des fondateurs de cette école allemande des philosophes de la nature, qui, pendant un demi-siècle, a joué un grand rôle dans presque toutes les sciences.

On savait par les expériences déjà anciennes de Redi, de Vallisnieri et de Swammcrdam, que les Mouches, les Abeilles et un grand nombre d’autres Insectes naissent dans un état d’imperfection extrême; qu’en sortant de l’œuf ils ont l’apparence d’un ver, et que c’est après avoir vécu un certain temps sous cette forme qu’ils acquièrent des pattes, des ailes et tous les caractères de l’Insecte parfait. Swammerdam pensait, il est vrai, que ces larves, ainsi que la Chenille, ne sont autre chose que des Insectes ordinaires enveloppés et déguisés pour ainsi dire sous un masque vermiforme; mais les partisans de la théorie de l’épigénèse devaient voir dans ces métamorphoses un phénomène d’adjonction organique ; et lorsqu’on cherchait le caractère du changement qui s’opère ainsi dans l’insecte en voie de formation, on ne pouvait être que frappé de la ressemblance qui existe entre ces êtres embryonnaires et les vers proprement dits : aux yeux d’un observateur superficiel la Mouche et l’Abeille devaient passer par l’état de ver avant que de devenir insectes. Les belles recherches de Swammerdam avaient montré aussi comment la Grenouille se constitue primitivement sous la forme d’une sorte de poisson et devient ensuite un animal terrestre, lorsqueaprès la disparition des branchies et de la longue queue dont elle

était pourvue dansle jeune âge, son organisation se complète ■ par le développement des poumons et des pattes qui lui sont nécessaires pour respirer dans l’air et se mouvoir sur le sol. Là également il semblait que c’était en continuant le travail génésique nécessaire pour la formation du Poisson, que la nature donnait naissance au Batracien. Les Spermatozoïdes, découverts par Leuwenhœck, dans la semence d’une foule d’animaux, étaient généralement considérés comme des sortes de vers microscopiques, et pour quelques physiologistes, ces animalcules vermiformes n’étaient autre chose que des embryons en germe. Enfin, des ressemblances bien grossières il est vrai, mais de nature à en imposer au premier abord, avaient été signalées entre les jeunes embryons des animaux élevés et les types zoologiques inférieurs. Le Poulet, par exemple, était représenté comme se constituant d’abord sous la forme d’un petit corps vermiculaire ; et lorsque plus tard il acquiert des membres, ces appendices semblaient être d’abord comparables à des nageoires plutôt qu’à des pattes et des ailes.

Des faits aussi singuliers devaient nécessairement frapper l’esprit des hommes méditatifs : et, au premier abord, on pourrait croire qu’en effet l’Insecte est un ver perfectionné par l’adjonction d’ailes et de pattes ; la Grenouille, un poisson dont le développement a été poussé au delà du terme assigné au type ichthyologique -, et le Poulet, un être dont l’organisme s’est élevé peu à peu de l’état de ver ou de poisson jusqu’à ce qu’enfin il soit devenu oiseau. Généralisant ces apparences vagues, on pouvait même être facilement conduit à supposer que c’est là en effet la marche suivie par la nature dans la création de tout être animé, et qu’avant d’arriver au terme de son développement l’organisme des espèces élevées passe par les

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