CHAPITRE VI
divers modes de constitution propre aux classes inférieures.
Dans cette théorie, l’animal le plus parfait, l’Homme lui-même, commencerait à exister sous la forme d’un ver, deviendrait ensuite mollusque, puis poisson, et subirait une série de métamorphoses dont les divers termes auraient pour représentants les différents types inférieurs de la création zoologique.
A l’époque où vivait Kielmayer on connaissait si peu la structure des animaux inférieurs, et la science était si pauvre en résultats embryologiques bien constatés, que l’idée de cette sorte de progression génésique à travers tous les types du Règne animal pouvait séduire l’imagination des naturalistes 5 mais lorsque les observations précises ont commencé à se multiplier, on a vu que cette hypothèse n’était pas l’expression de la vérité. En effet, il était facile de se convaincre qu’il n’existe entre la larve apode d’un insecte et un animal de la classe des vers que des ressemblances grossières, et que l’embryon du poulet n’est à aucune époque de son existence constitué à la manière de ces mêmes vers, des poissons ou des reptiles. La doctrine des philosophes allemands semblait donc devoir disparaître de la science; mais au lieu de périr elle se modifia seulement, 2t sous cette forme nouvelle nous l’avons vue grandir rapi- Jement et exercer bientôt sur toute la zoologie une in- Oluence considérable.
Un de nos naturalistes les plus célèbres, Geoffroy Saint- Uilaire, guidé par les pressentiments du génie plutôt que par les lumières de l’expérience, venait de s’engager dans Jnc voie peu explorée jusqu’alors, mais féconde en découvertes précieuses ; abandonnant la recherche des différences jui distinguent les animaux entre eux, il s’appliquait à
démêler au milieu des variations sans nombre de formes ■ et d’usages que présentent les organismes, les matériaux , communs de la machine animée et la disposition essentielle de ces éléments généraux. La constitution de la charpente osseuse chez les divers Vertébrés fixa d’abord son: attention ; et cherchant à retrouver dans la tête de l’Oiseau: et du Poisson les représentants des pièces solides dont se: composent le crâne et la face chez l’homme, il s’aperçut bientôt que dans le jeune âge ces analogies sont bien plus: évidentes que chez les animaux- adultes 5 en remontant jusqu’à la période embryonnaire il put découvrir chez l’Oiseau et le Mammifère des caractères ostéologiques qui s’effacent plus tard et qui rappellent ce qui existe chez le Poisson parvenu à l’état parfait; en un mot, il s’assura qu’à certains égards au moins, le squelette du Poisson ressemble au squelette d’un Vertébré supérieur dont le développement se serait arrêté avant terme, et le squelette d’un oiseau à un squelette de Vertébré inférieur, qui se consoliderait par la réunion plus parfaite de ses éléments constitutifs.
On comprit dès lors tout l'intérêt qui devait s’attacher à l’élude comparative des êtres en voie de formation et des types divers que nous otïrent les organismes parfaits, l’utilité de cette comparaison pour la détermination des parties analogues dans leur essence, mais différentes par leur forme, et la nécessité de recherches semblables pour arriver à des idées justes touchant le plan général de la création zoologique. L’anatomie comparée s’enrichit ainsi d’un levier nouveau dont l’emploi ne peut plus être négligé aujourd’hui, et l’impulsion donnée par les travaux de Geoffroy Saint-Hilaire ne tarda pas à faire naître un grand mouvement scientifique. MM. Tiedmann, Serres, Rolando,