CHAPITRE VIII
. Sommaire. - Examen des procédés employés par la nature pour adapter les organes à des fonctions nouvelles, ou pour en perfectionner le jeu. — Agrégation des éléments anatomiques s'effectuant par juxtaposition, par soudure ou par développement confus. — Simplification par avortement ou atrophie et par défaut. — Multiplication des éléments anatomiques par dédoublement et par répétition. — Développement inégal ; théorie du balancement organique. — Modification par chevauchement. — Transformations histologiques.
Lorsque, dans une série d’animaux, une fonclion commence à se perfectionner par la division du travail physiologique, ou que 1 organisme s adapte à des conditions d existence différentes, c’est d’abord, avons-nous dit, à laide de modifications imprimées aux parties déjà existantes dans un appareil, ou empruntées à quelque autre système, pour y être adjoint, que le nouvel instrument se constitue. Mais il ne nous suffît pas de connaître le principe mis en pratique dans ces premières créations progressives, il nous faut chercher aussi quels sont les procédés par lesquels s’effectuent ces transformations dans la structure des organes, et déterminer la nature des modifications dont l’influence est si remarquable.
Pour résoudre cette question, il faut interroger deux ordres de faits : comparer les résultats obtenus chez les
diverses espèces dérivées d’un même type essentiel, et suivre les changements qui se manifestent dans les jeunes organismes en voie de formation.
En procédant ainsi, on ne tarde pas à voir qu’un des moyens les plus puissants mis en œuvre pour modifier la disposition d’un appareil ou d’un organe complexe consiste dans l’union tantôt plus, tantôt moins intime d’éléments anatomiques indépendants. Ainsi, lorsqu’on compare entre eux la petite Crevette des ruisseaux et l’un des Crabes si communs sur nos côtes, on est frappé d'abord par les différences considérables que présente la structure générale du corps. Chez la Crevette, on aperçoit une tête bien distincte, suivie d’une longue série de segments ou anneaux placés bouta bout, mobiles, et portant chacun une seule paire de pattes ou quelques autres appendices analogues. Chez le Crabe, au contraire, la tête ne se distingue pas du tronc, et le corps, presque tout entier, ne se compose que d’une seule masse sans articulations, etservant debase commune à une multitude de pattes et de mâchoires pédiformes. Au premier coup d’œil, des différences aussi grandes semblent dénoter des modes de constitution essentiellement distincts, l’existence de deux plans de structure, et l’emploi de matériaux particuliers pour la formation de l’organisme de l’un et l’aulre de ces Crustacés; mais en étudiant avec plus de soin l’anatomie de ces anneaux, on voit que la dissemblance entre le Crabe et la Crevette résulte essentiellement d’une simple inégalité dans le degré d’agrégation d’un seul et même ensemble de matériaux organiques, et que c’est par l’union intime de parties analogues aux anneaux mobiles de la Crevette que se constitue le corps massif et rigide du Crabe. Le système nerveux de ces mêmes Crustacés, des Arachnides et des Insectes, nous offre des exemples