‹ Introduction à la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du regne animalChapitre 65 sur 82 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dos parties annulaires du système osseux se constituent ainsi par conjugaison. Cette soudure s’effectue de très-bonne heure dans certaines parties; elle est, au contraire, tardive dans d’autres ; sur quelques points même elle ne s’opère pas d’une manière constante, et ne se manifeste accidentellement que dans la vieillesse extrême ; et il en résulte que, si on compare le squelette à lui-même dans les diverses périodes de son développement, on y remarque des différences très-grandes dans le nombre et dans la forme de ses éléments constitutifs, différences dont la cause est d’ailleurs patente et dépend de la tendance à l’agrégation par soudure. Ce mode de formation du système osseux se rencontre de même chez la plupart des Vertébrés ; mais la soudure des pièces élémentaires marche quelquefois avec une rapidité si grande, que dans certaines parties les distinctions qui persistent d’ordinaire s’effacent dès le jeune âge, tandis que dans d’autres espèces la fusion ne s’opère jamais, et les matériaux primitifs restent toujours distincts. Pour se rendre compte des différences persistantes qui existent dans le squelette de ces animaux, il faut donc tenir compte de ces soudures; et en appliquant à ces cas particuliers la théorie des arrêts de développement dont nous avons déjà eu l’occasion de parler, on arrive souvent à reconnaître l’unité de composition là où, déprimé abord, on n’aurait pu soupçonner rien de pareil. Geoffroy Saint -Hilaire a mis et; principe hors de doute, et ce n est pas la un de ses moindres titres à la reconnaissance des zoologistes.

Les soudures organiques interviennent d’une manière non moins évidente dans le travail génésique de l’Insecte et du Crustacé. Ainsi, chez les Larves, les anneaux thoraciques sont toujours distincts et mobiles, mais, en général,

ces trois segments se soudent entre eux avant que 1'lnsede n’ait achevé ses métamorphoses. Chez l’Écrevisse, les anneaux thoraciques sont également distincts dans le jeune embryon, et la carapace se compose de plusieurs pièces isolées; mais par les progrès du développement, ces parties se soudent et se confondent. Le système nerveux des Crustacés et des Insectes nous offre un grand nombre de faits analogues; et chez les Myriapodes, on a vu des exemples plus remarquables encore de cette coalescence ; car la masse médullaire céréhroïde, qui chez tous les articulés adultes parait unique, mais qui, par analogie, avait été considérée comme le représentant de plusieurs paires de ganglions, se trouve composée de quatre paires de ganglions distincts dans les jeunes embryons.

Il est donc bien évident que ce procédé des soudures organiques est bien réellement un des moyens employés par la nature pour modifier la constitution des animaux; et, bien que nous ne puissions rien affirmer quant à la marche qu’elle a réellement suivie dans la production des espèces animales, nous pouvons dire, sans crainte d’erreur, que les résultats du travail créateur se présentent comme si le même moyen avait été souvent mis en usage pour amener la diversité dans les organismes.

11 est, par conséquent, légitime d’admettre cette théorie comme l’expression de ce qui existe; et effectivement, en la restreignant dans certaines limites, elle devient un instrument précieux pour la coordination des faits anatomiques.

Mais ce serait à tort que l’on voudrait présenter cette tendance comme une loi absolue de la création, et que I on chercherait à expliquer par la théorie des soudures tous les exemples de substitution d’une pièce unique a des

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