CHAPITRE IX
Sommaire : — Procédés employés par la nature pour conserver les types fondamentaux au milieu des modifications secondaires de l’organisme. — Principe de la fixité des connexions. — Détermination des analogues. — Variations dans le degr,é de puissance du principe des connexions. — Groupes organiques de divers degrés.
La nature, en créant le règne animal, semble, je le répète, avoir adopté pour la constitution des organismes divers types fondamentaux, et avoir modifié les dérivés de chacun de ces types essentiels en variant le degré de perfectionnement de la machine animée, en adaptant les espèces à des conditions d’existence différentes, et en empruntant à d’autres types quelques dispositions accessoires. Nous l’avons vue modifier les mêmes matériaux anatomiques de façon à en constituer des instruments qui ne se ressemblent ni par leurs formes, ni par leur texture, ni par leurs usages; en retirer ou en ajouter, suivant ses besoins; en varier la position, et enrichir parfois l’organisme de parties qui ne figurent pas dans son système général. Cependant, tout en variant de la sorte ses produits, elle se montre économe d’inventions organiques, et tend à conserver dans chacun des principaux groupes zoologiques unité dans le plan de structure et uniformité dans la
composition anatomique du corps. Nous avons déjà vu que cette fixité dans les caractères essentiels du mode de structure adopté dans chacune des grandes divisions du règne animal, s’obtient en partie par l’emploi de matériaux analogues; mais elle dépend aussi d’une autre tendance de la nature dont il importe de tenir compte ici, savoir la constance dans les rapports de ces matériaux entre eux.
Ainsi, lorsque, dans le tracé fondamental de l’organisme, une série d’éléments anatomiques a été disposée suivant un ordre déterminé, cet ordre n’est interverti dans aucune des espèces qui dérivent de ce type zoologique. Si l’élément B se trouve placé après l’élément A et avant l’élément C, il ne se montrera jamais avant l’élément A, et ne sera jamais précédé par l’élément C. L’humérus, par exemple, ne peut se rencontrer qu’entre le scapulum et le radius, et ne saurait s’intercaler entre ce dernier os et le carpe. Les chevauchements organiques dont il a été déjà question peuvent masquer plus ou moins cette fixité dans les connexions anatomiques; les rapports de position peuvent être modifiés aussi par la disparition de certains éléments ou par l’adjonction de parties surnuméraires ; mais au fond ce principe d’ordonnancement persiste dans ce qui est essentiel chez tous les animaux dont l’organisme est constitué d’après un même plan fondamental.
Geoffroy Saint-Hilaire, qui a été le premier à reconnaître toute l’importance de cette règle de structure et à la formuler nettement, la désigne sous le nom de loi des connexions. H a montré aussi qu’on pouvait en faire un heureux emploi dans la recherche des parties qui, tout en changeant de forme et d’usage, ne cessent pas de se correspondre dans l’organisme de divers animaux. Souvent, pn effet, la détermination des analogues présente des diffi-