CHAPITRE X
soit anatomique ou meme chimique, qui domine d’une manière absolue la constitution de l’animal ou de la plante et qui règle nécessairement la nature essentielle de l’èlre vivant. La faculté de sentir et de se mouvoir, l’existence d’un système nerveux ou d’une cavité digestive, ou la prédominance des principes azotés, sont les caractères les plus généraux de l’animalité; mais il n’est aucune de ces propriétés qui ne puisse ou manquer chez quelque animal dégradé ou bien se rencontrer dans un végétal. Le même individu peut quelquefois, à différentes périodes de son existence, vivre à la manière des animaux et des plantes; et lorsqu’il semble changer ainsi de nature, on n’aperçoit dans sa constitution aucune modification constante et fondamentale. On connaît des animaux, les Éponges par exemple, qui ne laissent apercevoir dans leur intérieur aucune trace du système nerveux, qui n’ont pas d’estomac, et qui , à une certaine période de leur existence, ne donnent plus aucun indice de sensibilité ni de contractilité; quoique dans le jeune âge ils aient possédé toutes les propriétés des animaux ordinaires; et d’un autre cOté i l est aussi des quelques végétaux inférieurs quijouissentpendant quelque temps, ou même pendant toute leur vie, de la faculté de se mouvoir, et donnent alors des signes non équivoques de sensibilité. L’essence de l’être n’est donc liée à aucune de ces propriétés anatomiques ou physiologiques. Or, un caractère dont la présence ne détermine pas toujours les mêmes conséquences quant à la nature des corps vivants, et dont l’existence n’est pas constante chez tous les corps d’une constitution similaire, ne peut être réputé un caractère réellement dominateur.
Si l’on compare entre eux les principaux groupes dont se compose le règne animal, on n’aperçoit pas davantage une fixité invariable dans les rapports des dispositions or-
part des classes les plus naturelles du règne animal, la classe des Poissons ou celle des Insectes, par exemple ; et dans le petit nombre de cas où la constance d’un caractère chez tous les membres connus d’un groupe et son absence partout ailleurs nous porteraient à le considérer comme étant lié à l’essence même de ces êtres, il est bien possible que la fixité soit plus apparente que réelle, et que des investigations ultérieures nous feront découvrir des exceptions à ces règles absolues; car, bien évidemment, la tendance générale de la nature n’est pas de subordonner ainsi son œuvre à la disposition particulière d’une portion de l’organisme.
Il est d’ailleurs, ce me semble, une autre raison pour ne pas admettre l’hypothèse d’une influence impérieuse, nécessaire, exercée par un caractère déstructuré sur l’essence de l’être animé : c’est l’absence de toute différence appréciable dans le germe d’animaux dont la constitution sera dissemblable ultérieurement. 11 est évident que si deux ovules, placés dans des conditions analogues produisent, deux êtres différents, si de l’un il sort une Truite, et de l’autre une Grenouille, par exemple, il faut que la cause de ces différences dans les résultats du travail génésique réside dans ces ovules eux-mêmes, et préexiste à l’organisation de l’individu qui se formera aux dépens de la substance de chacun de ces corps reproducteurs. La raison physiologique de la différence spécifique ne résidera donc pas dans le mode de structure de telle ou telle partie qui n’existe pas encore, mais dans les propriétés de l’ovule ou du germe; et cette différence anatomique ne sera qu’une conséquence, un caractère de quelque particularité primordiale. Or nous n’apercevons ni dans la constitution des ovules, ni dans les formes du germe naissant, rien qui indique les différences essentielles dont l’existence ressort de la dissimili-