III. — L’ENQUÊTE SUR LES VIES ANTÉRIEURES
Le Colonel de Rochas — ce nom se retrouve à l’origine de tous les progrès de la psychologie expérimentale — le colonel de Rochas, dis-je, qui a inauguré ce genre de recherches, ne l'a appliqué qu’aux vies antérieures des sujets avec lesquels il expérimentait. Or, ce genre d’investigation, qui a été poursuivi après lui par d’autres chercheurs, se heurte très généralement à une difficulté psychologique qui est des plus eu-
6 o 1 / OCCULTISME EXPÉRIMENTAI,
rieuses et qu'on peut appeler la multiplicité des mémoires — laquelle entraîne parfois d'étranges anachronismes qui font douter à la fois du sujet, de la loyauté de ses recherches et de la réalité même de l'expérience.
Je m'explique :
Un sujet ramené à sa vie immédiatement précédente la situe, je suppose, sous Uouis XIV et la raconte très exactement. Replacé ensuite dans sa deuxième vie antérieure, il la revit sous Saint-Uouis ; mais alors, il en a en quelque sorte deux mémoires — celle de sa vie sous Saint-Uouis, et des lambeaux de celle sous Uouis XIV par laquelle il vient de passer, ce qui l'amènera malgré toute sa loyauté possible à affirmer que sous Saint-Uouis, la cour est à Versailles. Qu'on le reporte ensuite à sa troisième existence terrestre antérieure qui s'est,
1 /OCCULTISME EXPÉRIMENTAI, 6l
supposons, passée sous Charlemagne, et sur sa mémoire du moment, sur sa mémoire normale alors du viii e siècle, viendront se greffer des fragments de ces mémoires postérieures dans la marche normale du temps, mais antérieures pour qui, en reculant dans le temps, vient de passer dans ces deux époques des vies qu'il a vécues au xm e siècle (Saint-Louis) et au xvn e siècle (Louis XIV). Et, naturellement, plus on remonte dans le passé, c'est-à-dire plus on franchit de vies en réalité postérieures à celle qu'on aborde, plus l'effet se fait sentir de ces mémoires adventices qui apportent, dans la documentation donnée par les sujets les anachronismes les plus inexplicables et les plus baroques, au point que, en ce qui me concerne, j'estime très difficile de remonter avec quelque certitude au-delà de la
l’occultisme expérimental
septième ou huitième vie antérieure.
On a dû maintes fois, cela est évident, appliquer la voyance des sujets dans le temps à des recherches sur des vies antérieures autres que les leurs; il semble au premier abord curieux que le résultat de telles recherches n'ait jamais été livré au public, mais après réflexion il apparaît qu'il ne peut guère en être autrement. En effet, dans les sociétés modernes telles qu'elles existent, avec une mentalité erronée qu'il est d'autant plus imprudent de heurter de front, composées par des individus d'esprit généralement étroit, croyant de bonne foi que le monde a toujours été tel qu'ils le connaissent actuellement, habitués à ne réfléchir que par
I#' OCCUI/TISME EXPÉRIMENTAI, 63
le cerveau d'autrui et, par suite, à admettre sans plus ample examen tout ce que, dans leur ambiance, on regarde comme incontestable vérité, les intelligences sont rares qui prennent la peine de réfléchir par elles-mêmes, de sonder par leurs propres efforts les mystères qui les entourent, et de n'admettre comme vérité que ce que leur ont démontré comme telle leurs réflexions personnelles ; dans de telles sociétés, les réincarnationistes ne peuvent être qu'une petite élite ; certes, les plus grands penseurs de notre temps croient à la réincarnation parce qu'il leur semble, avec raison, impossible que l'homme parti de rien, puisse aboutir à l'absolu de tout dans le court espace d'une vie humaine — un atome de temps dans l'éternité ; quant aux autres, quant aux cerveaux étroits et pesants, une pa-
64 i/OCCULTISME EXPÉRIMENTAI,
reille idée heurte trop de front les conceptions qu'on leur a faites pour ne pas leur paraître souverainement ridicule ; or, n'est-ce pas J. Arago qui a dit quelque part, (je cite de mémoire) : Quand vous vous trouvez en présence d'imbéciles ou d'ignorants, gardez-vous bien de leur parler de ce qui dépasse le cercle restreint de leur minuscule savoir ou de remuer devant eux d'autres idées que celles qui sont éculées à force d'avoir traîné partout, parce que celles-là seules peuvent être les leurs ; si vous commettez l'imprudence de parler devant eux de ce qu'ils ne connaissent pas — et en principe, ils croient en savoir d'autant plus long qu'ils sont plus inintelligents ou ignorants — si vous avez l'audace d'émettre devant eux quelque idée que ce soit qui sorte de la banalité la plus obtuse, vous pou-
I/OCCUI/TISME EXPÉRIMENTAI, 65
vez être sûr que vos auditeurs se partageront en deux clans, l'un qui vous traitera d'idiot et l'autre qui vous taxera d'imposture, et l'un et l'autre clan, en fin de compte, se mettront tous deux d'accord pour vous huer !
On comprend, d'après cela, que les chercheurs qui, à l'aide de sujets magnétiques, ont réussi à remonter le cours de leurs existences antérieures sur terre, ne se soient pas empressés de servir de cible aux brocards de la foule, car il faut, je l'affirme, un certain courage pour publier quoi que ce soit devant amener la foule à douter de votre équilibre cérébral.
De plus une autre raison, très humaine celle-là, a pu les inciter à garder pour eux ce qu'ils avaient découvert dans leur passé — c'est que les hommes ne sont pas des saints et que tel, qui aujourd'hui
66 i/ OCCUI/flSME EXPÉRIMENTAI,
vit une vie louangée de tous, a certainement rencontré dans ses antériorités des fautes, des vices, des tares — des crimes peut-être — et Ton préfère garder dans son intimité les fâcheuses découvertes qu'on a pu faire dans ce sens au cours de recherches dans le passé.
Quoi qu'il en soit, je donnerai ici la description du procédé qui me paraît le plus propre à jeter la sonde dans les abîmes du passé pour savoir, avec la plus grande chance de certitude, quelles ont été au moins les dernières vies qu'on y a vécues — c'est, en somme, le système que j'ai utilisé au cours de mes enquêtes de psychologie expérimentale sur la vie posthume, mais assez profondément simplifié puisqu’il s'agit ici, non pas d'en-
i/ OCCUIyTlSME EXPÉRIMENTAI, 67
voyer les sujets sur un plan voisin, mais, plus simplement et sans quitter ni notre plan physique ni notre monde terrestre, de diriger leur voyance dans le passé pour y trouver et nous transmettre la documentation nécessaire.
On n'a donc besoin de faire ni le dédoublement du sujet, ni le cercle de protection autour de lui, ni même de le placer dans un sommeil aussi profond que pour l'expérience précédente. I^a seule condition essentielle est que le rapport soit établi aussi parfaitement que possible entre le sujet et la personne de qui le passé va faire l'objet des recherches. Si cette personne est elle-même le magnétiseur du sujet, cela n'en vaut que mieux, et l'enquête en sera facilitée.
Pour arriver à serrer la vérité d'aussi près que possible, il importe d'avoir un certain nombre de su-
68 i/OCCULTISME EXPÉRIMENTAI,
jets, cinq ou six au moins, et plus on en utilisera, meilleurs seront les résultats.
Tout ceci bien compris, j'aborde le modus agendi.
On convoque un sujet —un seul, les autres restant chez eux ou, tout au moins, aussi éloignés que possible. On endort ce sujet, magnétiquement, j'ai à peine besoin de le dire, tout procédé hypnotique étant brutal, produisant le sommeil uniquement par un choc nerveux qui, d'une part, diminue les forces mentales et nerveuses du sujet, et, d'autre part, atrophie la confiance qu'il doit avoir en l'opérateur.
Te sujet une fois placé en hypnose, devra reeevoir deux suggestions essentielles — la première, de ne jamais puiser aucune de ses réponses dans votre cerveau ou
i/ OCCULTISME EXPÉRIMENTAI, 69
dans celui d'un des assistants ; — la seconde, de ne jamais énoncer, dans ce qu'il vous dira, que ce qui, pour lui, sera une certitude, ou bien, s'il croit devoir énoncer une probabilité, de vous en avertir en vous prévenant du degré de croyance qu’il convient d'accorder à sa parole. Ces deux suggestions sont absolument indispensables avant d'aller plus loin.
Quand le rapport est bien établi, tant au contact qu'à distance, on demande au sujet de vous raconter votre propre vie actuelle en en remontant le cours, et l'on rectifie s'il y a lieu ; on ramène même le sujet à ce qu'on lui demande de voir, s'il s'en écarte.
Cette narration préalable a un double but — d'abord le sujet forcé de s'attacher à votre intimité, finit par mieux vous connaître qu'à l'état de veille ; il arrive même à
70 1/ OCCUI/TISME EXPÉRIMENTAI,
ne plus voir que vous, ce qui, par la suite facilitera ses recherches dans vos antériorités ; de plus, le récit qu'il vous fait montre, sans erreur possible, s'il puise ses réponses dans votre cerveau, ce qui indique que la suggestion précédente a été mal faite et qu'il convient de la réitérer.
Quand enfin le récit du sujet a atteint l'époque de votre naissance,ordonnez-lui de chercher, dans le passé, votre vie antérieure et de vous la raconter. Quand il a terminé, mettez fin à la séance, et réveillez le sujet sans rien lui répéter de qu'il vous a dit, mais en lui laissant croire qu'il a dû se tromper et que rien dans ses paroles ne semble avoir correspondu à la réalité, de façon à le laisser dans le doute —un doute qu'il emportera avec lui quand vous le replacerez en hypnose, et qui l'incitera à cher-
cher la vérité avec une plus grande énergie.
Arrivé à ce point c'est votre propre mentalité qu'il faut travailler et modifier pour la rendre adéquate aux contingences. Je m'explique :
Si vous endormez le sujet suivant en possédant dans votre cerveau le récit que le premier sujet vous a fait de votre vie antérieure, il y a beaucoup de chances, énormément de chances pour que l'importance que vous attribuez malgré vous à ce récit influe, sans qu'il s'en doute, sur le cerveau du second sujet — c'est ce qu’on appelle la suggestion mentale , phénomène d'autant plus à redouter qu'il se produit à l'insu à la fois de l'agent et du sujet, et qu'il se rencontre à tout instant dans les expériences de psychologie.
Il est assez difficile de détruire une impression première, mais il
72 e; occultisme expérimentai,
importe absolument de ne pas pousser plus loin si Ton n'arrive pas à faire table rase de cette impression. Pour atteindre ce but, ditesvous bien que le sujet est loin d'être infaillible, que bien souvent on l'a pris en défaut, que ce qu'il vous a raconté peut provenir chez lui d'une lecture, d'un souvenir subliminal, que sais-je ? et que, enfin, l'ordre de recherches auquel vous l'utilisez présente de souveraines difficultés au milieu desquelles il y a toutes chances possibles pour qu'il se soit trompé ; qu'il a pu, par exemple, prendre pour votre vie antérieure, et vous en transmettre le récit comme tel, la vie d'une personne ayant joué dans la vôtre un rôle prépondérant, etc. Il importe en un mot que votre confiance en son récit arrive à faire place en vous — non pas à une certitude d’erreur qui influencerait, mais en sens
I/OCCUI/FISME EXPÉRIMENTAI, 73
contraire, votre nouveau sujet, certitude que d'ailleurs il vous serait presque impossible d'atteindre, — tout au moins à un doute absolu.
Seulement quand vous serez arrivé à ce point, vous pourrez opérer avec le deuxième sujet. Vous agirez avec lui de la même façon qu'avec le premier, lui donnant les mêmes suggestions, vous faisant de même raconter votre vie présente, et abordant de la même façon votre existence antérieure.
S'il vous fait le même récit que le précédent sujet ne le croyez pas encore et dites-vous bien que malgré vous la suggestion mentale a pu opérer et qu'il a pu trouver dans votre cerveau le spuven ir de ce qu'a dit l'autre sujet. En tout ceci la croyance aux affirmations d'un sujet, si nettes, franches et catégoriques qu'elles soient, doit être dominée par la prudence la plus absolue.
74 i/OCCULTISME EXPÉRIMENTAI*
Vous agissez ensuite de même avec chacun des autres sujets. S'il en est parmi eux qui vous racontent votre vie antérieure d'une façon différente ou la situant en un temps autre, tant mieux pour vous ; cela suscitera dans votre cerveau des doutes sur l'ensemble des témoignages, doutes qui, chez vous, n'auront rien de factice, et seront, par suite, des obstacles tout naturels, à la production des suggestions mentales.
Quand tous les sujets dont vous disposez vous auront raconté votre première vie passée, il s'agira pour vous de faire des recoupements entre leurs témoignages ; c'est à vous de voir si leurs récits, malgré les différences qui s'y rencontrent, peuvent concorder ; dans le cas contraire, il importera de les mettre simultanément en hypnose et de discuter avec eux jusqu'à ce que
vous obteniez une solution satisfaisante. A plus forte raison doitil en aller de la sorte s'il y a entre eux désaccord complet à ce propos, par exemple si l'un place sous Louis XIII ce que l'autre a placé au vi e siècle, si l'un situe cette vie en Espagne et l'autre en Angleterre, ou s'il y a divergence entre eux quant aux événements de cette vie ; il convient alors de discuter avec eux en évitant de les faire heurter de front, mais en observant et en leur faisant remarquer les contingences diverses, d'un côté comme de l'autre, de façon à voir où peut être l'accord entre eux.
Si Ton n'y aboutit pas à la première séance collective, ne pas craindre de les reprendre une fois, deux fois...
Leurs idées subliminales peuvent se modifier dans l'intervalle qui, vous donnant à vous même le temps de la réflexion, peut vous
76 lï OCCULTISME EXPÉRIMENTAI,
faire trouver enfin le joint de la discussion.
Dans tous les cas, il importe de ne pas réunir plus de deux sujets à la fois, car, en agissant de la sorte, on aboutira plus rapidement qu'en les plaçant tous dans une hypnose simultanée. Ceci peut sembler un paradoxe, mais, pour comprendre Futilité du conseil, il suffit de savoir que, généralement, les sujets en hypnose réagissent les uns sur les autres — une séance où trois sujets seraient réunis aurait grande chance de n'aboutii à aucun résultat.
lorsque les divergences sont!
conciliées ou éliminées, et que le processus de la première vie antérieure est suffisamment assis, on peut passer à l'exploration de celle qui la précède dans l'ordre des temps, ce qui se fera de façon absolument identique.
i/OCCULTISME EXPÉRIMENTAI, 77
Toutefois une précaution est bonne à prendre que voici : Parmi tous ces témoins qui ont évoqué la première vie, il en est qui ont donné des récits plus ou moins fantaisistes. C'est par celui qui semblera avoir commis les plus grosses erreurs, qu'il conviendra de commencer la seconde série, de telle façon que le doute de son témoignage précède dans votre esprit, son témoignage lui-même, ce qui empêchera la suggestion mentale de s'opérer entre vous et le sujet suivant. Par conséquent, réservez pour la fin de cette seconde série, hes sujets qui se sont montrés les plus clairvoyants au cours de la première.
On peut de la sorte remonter de vie en vie ; mais plus on s'éloigne dans le passé, plus la difficulté s'accroît, et il arrive un moment où elle est insurmontable — les meil-
78 i/OCCULTiSME EXPÉRIMENTAL
leurs sujets ne voient plus — et tous font, de tous les siècles qu'on leur a fait successivement franchir une olla podrida où il devient impossible d'établir des vues d'ensemble, au mieux quelques détails, et c'est tout.
On voit que cette expérience est assez longue, très méticuleuse et, par suite, difficile à mener à son aboutissement. Mais elle est possible et, dans les recherches scientifiques, l'impossible seul peut arrêter l'homme qui veut savoir...
Mais quand tous les sujets ont raconté vos vies antérieures telles qu’elles leur apparaissent dans le recul des temps et aussi loin dans le passé que vous avez pu les conduire, quand enfin les recoupements successifs de leurs témoignages vous ont amené à dégager une moyenne — si je puis m'exprimer ainsi — qui vous semble le mieux
i/OCCUI/ttSME EXPÉRIMENTAI, 79
en accord avec la réalité possible, vous n'êtes encore qu'à la moitié du travail de reconstitution, et la phase qui reste à parcourir est au moins aussi difficultueuse que la première — il vous faut vérifier tout ce qui vous a été dit, de façon à en acquérir une certitude bien assise, et cette vérification est assez souvent assimilable à un travail de bénédictin ; si les faits à contrôler tiennent en quelque façon à l'époque actuelle ou à celles qui précèdent immédiatement, il vous faudra rechercher et provoquer les témoignages des contemporains ; s'ils remontent trop haut dans le passé, ce sont les historiens, les annalistes, les mémoires du temps que vous aurez à fouiller. Agir autrement et vous en tenir à la seule affirmation des sujets sans y adjoindre aucun contrôle, ce serait en quelque sorte construire
8o 1/ OCCULTISME EXPÉRIMENTAI,
un édifice auquel manqueraient les fondations.
Un jour que je m'entretenais avec lui de son ouvrage alors récemment paru, les Vies successives le Colonel de Rochas me dit : « C'est un véritable plaisir de voir le sujet remonter au loin dans ses antériorités parce qu'on s'avance dans l'inconnu et le mystère, par une voie ne présentant aucun danger pour qui que ce soit. Mais ce qui est particulièrement pénible, c'est quand il faut ensuite contrôler ses dires et vérifier ses affirmations ! »
Une simple phrase du sujet en effet, peut donner lieu à des recherches de toute nature, hérissées de difficultés, sans aucun fil conducteur — et encore doit-on s'estimer heureux de ne pas regretter le temps consacré à cet ingrat travail, quand on a abouti à un résultat quelconque — positif ou négatif.
1/ OCCULTISME EXPÉRIMENTAL 8l
Quand, par exemple, un sujet vous dit, à propos de sa vie précédente, qui aurait débuté sous le règne de Eouis XV : « J'ai appris à lire à Ne vers, chez des sœurs portant un grand voile, qui tenaient un pensionnat rue de la Caille... »
Se figure-t-on ce que la vérification de ce simple détail peut nécessiter de pas et de démarches auprès d'indifférents ou de railleurs, qui répondent par des questions auxquelles on ne peut satisfaire... Et l'on s'informe péniblement, renvoyé de l'un à l'autre, sans savoir comment on aboutira « Existe-t-il à Nevers une rue de la Caille ? Y en a-t-il eu jadis une ? N'y avaitil pas dans cette rue un pensionnat tenu par des religieuses ?... » Et après bien des pas, des démarches et des informations, on aboutit à cette décevante conclusion qu'il n'y a jamais eu à Nevers de rue de
la Caille, mais seulement autrefois un chemin du Cat ou du Gat, où Ton n'a connu aucun pensionnat religieux, mais que, par contre, un couvent de femmes existait, avant la Révolution à l'autre extrémité de la ville ; et quand, vous raccrochant à ce dernier espoir, vous cherchez dans des ouvrages spéciaux la reproduction du costume de cet ordre, vous avez la suprême désillusion de constater qu'il ne portait aucun voile ! Tout est à recommencer, parce que le sujet a confondu une ville avec une autre !
Mais, par contre, quelle joie intense on éprouve lorsque le sujet dit : « Dans ma vie précédente, je m'appelais X... j'habitais près de Saint-Y... » et qu'une lettre du maire de Saint-Y..., à qui vous avez écrit, vous apprend que, aux environs il y a eu jadis deux familles de ce nom, dont deux des-
i/OCCUI/flSME EXPÉRIMENTAI, 83
cendants se sont mariés à Saint-Y., au cours de Tan VIII.
Et, il faut bien le reconnaître, la seconde hypothèse se réalise, pour qui sait mener une enquête, heureusement au moins aussi souvent que la première.
On voit tout le travail qu'impose ce genre de recherches tant auprès de témoins vivants, que, pour le temps trop éloigné, chez les historiens, dans les chartriers privés ou les archives publiques. Aussi faut-il être poussé par un intense désir de savoir — tant au point de vue de la science générale qu'au regard d'une satisfaction personnelle — pour entreprendre d'aussi méticuleuses investigations.
— Et puis, conclura quelque esprit superficiel, et puis, à quoi bon ?
84 e’OCCULTISME EXPÉRIMENTAI,
Nous sommes habitués à penser qu’une seule vie terrestre suffit à chacun de nous, et le séjour sur notre planète n’est pas tellement agréable qu’on puisse désirer d’y revenir ; alors pourquoi bouleverser les idées généralement reçues en cherchant si nous avons vécu d’autres vies dans le passé et si, par conséquent, nous avons d’autres vies à vivre dans l’avenir ? N’estil pas plus sage de nous contenter de mener suivant une norme correcte l’existence qui nous est actuellement imposée, plutôt que perdre son temps à de vaines recherches ?
Lorsque l’on me fait cette objection, il me semble entendre un orateur de cabaret demander si le peuple sera plus heureux quand on aura pénétré dans les hautes régions de l’atmosphère ou reconnu les contrées inaccessibles de notre
I/OCCUI/TISME EXPÉRIMENTAI, 85
globe ! Il y a des gens, et c'est fâcheusement l'immense majorité, qui ne se doutent pas qu'en science, tout se tient, que la découverte de telle loi naturelle rendra la vie plus douce à vivre au même titre que tel procédé de travail dans la mine abaissera le prix de la houille...
En ce qui concerne la pluralité des vies individuelles , on peut dire ceci : A l'heure actuelle où domine la théorie d'une vie terrestre unique pour chacun de nous, l'homme — j'entends l'homme qui médite et, par suite, qui croit — pense que dans l'au-delà il sera puni ou récompensé pour ce qu'il fait icibas ; or, une telle croyance ne peut donner le jour qu'à une morale personnelle avant tout, celle, assez immorale au fond, de l'intérêt bien entendu : c'est, qu'on le veuille ou non, une prime à l'égoïsme. Eors au contraire que la
86 i/ OCCUIyl'ISMK EXPERIMENTAI,
doctrine des vies successives sera, par une voie expérimentale, devenue aussi évidente pour les masses qu’elle l’est en ce moment pour nous, quand, par suite, l’homme saura que, chacune de ses vies étant la résultante des vies antérieures et la préparation des vies postérieures, il est récompensé ou puni par cela même qu’il a fait, et qu’en chacune de ses existences dans la matière il est appelé à récolter lui-même le bien qu’il aura semé pour les autres hommes — alors l’égoïsme aujourd’hui triomphant sera remplacé tout naturellement et, en quelque sorte forcément, par un altruisme de plus en plus fécond ; alors l’homme ne sera plus un loup pour l’homme ; et les mots, aujourd’hui vides de sens, de fraternité humaine représenteront une admirable réalité et s’inscriront au fronton des temples
i/OCCULTISME EXPÉRIMENTAI, 87
comme dans la tendresse des cœurs.
Et quel est donc le blasphémateur de l'avenir qui, alors, osera répéter l'affirmation presque dogmatique de nos jours « I<a vie ne vaut pas la peine d'être vécue » ?...
Menez-Ellen , juillet 1924.
Note de VEditeur
L'auteur s'est ici proposé simplement d'exposer la théorie scientifique des questions qu'il y a abordées. Il pense en démontrer la réalisation pratique dans un travail dont celui-ci n'est que la préface.
Le Rêve d’une nuit d’hiver, (en préparation).
Imprimerie Ch.-A. BÉDU, St-Amand (Cher)