‹ Introduction à un mémoire sur la propagation de l'alphabet phénician dans lChapitre 3 sur 6 · PHÉNICIEN ARCHAÏQUE · texte numérisé non relu

PHÉNICIEN ARCHAÏQUE

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Quinze lettres phéniciennes sur vingt-deux, on le voit par ce tableau, sont assez peu altérées pour que leur origine égyptienne se reconnaisse du premier coup d'œil comme certaine. Les autres, quoi que plus éloignées du type hiératique, peuvent encore y être ramenées sans blesser les lois de la vraisemblance, d'autant plus que l'on reconnaît facilement que leurs altérations se sont produites en vertu de lois constantes.

Ainsi les formes arrondies sont devenues généralement anguleuses, ce qui doit tenir avant tout aune différence dans le procédé matériel de l'écriture, car les différences de ce genre, on en trouvera de nombreux exemples dans le cours de notre Mémoire, ont eu toujours une grande part aux changements de forme des lettres transmises d'un peuple à un autre. L'hiératique égyptien se traçait à l'encre, avec le calame ou le pinceau, sur les feuilles de papyrus aplanies et préparées. Ni monuments ni témoignages anciens ne nous révèlent d'une manière positive comment les Phéniciens traçaient leur écriture dans les usages ordinaires et non monumentaux ; mais aux formes anguleuses de leurs lettres il semble qu'ils devaient, du moins au début, écrire comme le font encore certains peuples de l'Inde, avec une pointe sur des planchettes de bois minces ou des écorces d'arbres.

Quelques signes égyptiens hiératiques ont été abrégés dans le phénicien, exactement comme certains des signes chinois adoptés par les Japonais l'ont été dans les syllabaires Kata-Kana et Fira-Kann.

L'écriture a été soumise par les fils de Chanaan à une régularisation générale ; certa iresettres se sont redressées et resserrées dans le sens horizontal.

En appliquant ces observations, qui constituent autant de principes constants de la déformation , il n'estpasune seule des lettres phéniciennes, même de celles qui dans notre tableau ont pu paraître le plus altérées, qui ne se rw^ène facilement et sûrement à son prototype hiératique.

Nous regardons par conséquent la question de l'origine des lettres phéniciennes comme définitivement résolue par M. de Rougé.

Les Chananéens n'empruntèrent pas seulement à l'Egypte le principe de Talphabétisme, mais encore les figures et les valeurs de leurs lettres. Leur invention constitua le dernier progrès du développement du système graphique né sur les bords du Nil, en tirant de ce système les éléments d'un véritable alphabet et en bannissant de l'écriture tout ce qui était de non-phonétisme.

Mais dès lors, en admettant cette manière de voir, qui nous semble incontestable, la nomenclature des lettres phéniciennes, telle qu'elle nous a été conservée par les Hébreux et les Grecs, bien que remontant à une date fort anciemie, puisqu'elle est antérieure à la communication de l'art d'écrire aux premiers habitants des contrées helléniques, ne

saurait être considérée comme contemporaine de l'origine même de l'alphabet des fils de Chanaan et comme en rapport exact avec les figures hiéroglyphiques d'où découlaient en réalité les caractères de

cet alphabet. Ainsi l'hiératique 2^, d'où provient

)f( ^ est la tachygraphie de la figure de Vaigle,

^k , et son nom, *^Sst, en grec ^A><pa, signifie ce bœuf ». ^ sort de ^j tachygraphie de l'image d'une sorte de grue, ^^m^ , et le nom qui hii est assigné, ri3, en grec BrîTa, veut dire a maison ». ^ provient du cursif de la main, '^s^^j **^ , et on l'appelle riS^, en grec AeXra a porte », et ainsi de tous les autres signes. Pas une seule fois la nomenclature retenue par les Grecs et les Hébreux ne se trouve coïncider avec la véritable origine hiéroglyphique des signes.

Il faut donc considérer cette nomenclature comme une invention postérieure, combinée lorsque la tradition de la véritable origine des lettres s'était oblitérée déjà par l'effet du temps, — ce qui, par parenthèse, amène à reporter bien haut le point de départ de l'existence de l'alphabet phénicien, puisqu!un effet qui demande nécessairement, comme celui-ci, un laps assez considérable de temps, s'était déjà produit avant la diffusion de l'alphabet en Grèce, attribuée par la légende à Cadmus. On pourrait conjecturer avec assez de>vraisemblan<^ quel'établissement de la nomenclature dont nous parlons fût con tempo-

raîn de la fixation de l'ordonnance de la série des lettres, qui elle aussi ne paraît pas remonter à l'origine et à la première invention.

Dans tous les cas, le principe acrologique pour la figuration des valeurs phonétiques de l'écriture était si bien entré dans les habitudes et les idées des peuples anciens, que cette nomenclature fut fondée sur une application du principe, exactement inverse de celle qui avait eu lieu chez les Egyptiens. Ceux-ci avaient donné à un certain nombre d'images d'animaux ou d'objets matériels la puissance de représenter l'articulation initiale des noms des objets de ces images dans leur idiome. Ayant perdu la tradition des figures d'où provenaient en réalité leurs lettres, les Phéniciens cherchèrent dans ces lettres une sorte d'hiéroglyphisme grossier et leur donnèrent les noms des objets matériels désignés, d^ius leur propre langue par des mots ayant pour initiale l'articulation peinte par chacune d'entre elles, qui leur semblèrent le mieux rappelés par leur tracé.

^ parut ressembler tant bien que mal à une iele

de bœuf; on nomma ce signe ^1^. Un certain rapport que l'on crut pouvoir établir entre la figure ^ et un battant de porte , fut cause qu'on l'appela

TvTli , « porte ». La' comparaison établie entre U et un clou ou un pieu doona naissance au nom

11 , « clou » ; entre oti (^ et une barrière , à

T\^T\ , « clôture » ; entre ^ et une main avec les doigts ouverts, à ^i% « main» ; entre © et un ser^

peut enroulé sur lui-même, se mordant la queue, à VS^ , « serpent » ; entre ^f[^ ou "^ et un objet monté sur un support, à ^^Î^D' « support » ; entre O et un œil, à 1^1?, « œil » ; entre f ou P' et un jaçelot avec sa courroie {Amentum\ à H^^, « trait pour la chasse » ; entre CJ> et un nœud de corde, à t|îp « nœud » ; entre \ et une tête portée sur le col, à Û/\'n « tête » ; entre W et une rangée de dents à "J^U^, « dents ». Il est évident que toutes les appellations de la nomenclature durent emprunter leur origine à des rapprochements du même genre ; mais nous ne parvenons gtière à saisir les ressemblances que les Phéniciens crurent pouvoir remarquer entre certaines de leirrs lettres et les objets dont ils leur donnèrent les noms. Ainsi, nous ne nous rendons

pas bien compté de l'analogie trouvé entre ^ ou 7 et un réchaud, *]3» j et les eaux, D^D? ^ et un poisson, ]W? / et un visage ^ J<§, •!• ou X et

une gazelle, 1J1. Mais il est certain que les Chana-

néens avaient été moins difficiles que nous et avaient trouvé ces analogies qui nous échappent, puisqu'ils donnèrent aux signes des noms qui les rappelaient.

Telle est la manière dont nous pensons que doit être expliquée la formation de la nomenclature des lettres phéniciennes, sans rapports avec l'origine réelle de ces lettres. Pour ceux qui auraient quelque peine à l'admettre, nous les renverrons à la VIP partie de notre Mémoire, où ils verront le même fait se

— ilO —

reproduire exactement pour les runes des peuples germaniques et Scandinaves. Nous croyons pouvoir établir l'origine directement phénicienne des runes ; mais, si les figures et les valeurs des lettres chananéennes furent ainsi transmises aux nations qui s'établirent depuis dans le nord de l'Europe, il n'en fut pas de même des appellations de ces lettres. Aussi les Germains et les Scandinaves créèrent-ils pour leurs runes une nomenclature nouvelle et à eux particulière, fondée en partie sur des ressemblances grossières remarquées entre le tracé de ces signes et l'apparence de certains objets matériels, et en partie sur les idées magiques et superstitieuses qu'ils attachaient à chaque rune.

De même lorsque les missionnaires chrétiens, saint Patrice et ses disciples, apportèrent aux Irlandais les lettres latines et les appliquèrent à la représentation de leur idiome, les habitants d'Erin ne prirent pas la nomenclature grecque, enseignée dans les écoles latines, comme on le voit par le vers célèbre de Juvénal (i),

Hoc discuDt omnes ante alpha et beta puellœ,

mais créèrent des nomenclatures nouvelles (3), dont l'une désigne chaque lettre par l'appellation d'un personnage de l'histoire sacrée ou des légendes nationales, et l'autre leur donne des noms d'arbres ou déplantes, nomenclatures qui correspondent, comme

(1) Satir. IX, v. 209.

(2) Voici ces deux nomeuclatures, peu couuues et dignes d'être relatées

— Hi —

celles des runes, à une ardonnance particulière de la série des signes de Talphabet.

Nous n&us sommes efforcé jusqu'à présent de reconstituer les étapes successives qui conduisirent

ici, telles que les donnent les manuscrits dé VUralcecht, Voy. O'Donovan , Irish grammar, p. XXXI et suiv.

Bobel-Loth.

Bôbel.

NG. Ngoimer.

Loth.

SD. Sdru.

Foronn.

R. Ruben.

Saliath.

A. Achab.

Nabgadon.

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