‹ Introduction au Cours de JaponaisChapitre 2 sur 36 · DF. !,A SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

DF. !,A SECONDE ÉDITION

a langue japonaise a acquis dans ces derniers temps un intérêt considérable , nonseulement au point de vue des sciences et de la littérature. mais encore pour le succès de nos relations politiques et commerciales dans l’extrême Asie. J’ai essayé de signaler cette importance à mes élèves de l’École spéciale des langues orientales, dans une des allocutions que j’ai l’habitude de prononcer chaque année à la réouverture de mon cours. Il ne

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sera peut-être pas inutile d’en reproduire ici quelques passages ' :

« L’étude des langues vivantes de l’extrême Orient présente une importance exceptionnelle. En effet, quelles contrées de l’Asie possèdent des marchés aussi riches, des débouchés aussi certains que la Chine et le Japon : la Chine qui est encore, de nos jours, la région la mieux peuplée de la terre, car elle compte plus de 400 millions d’habitants actifs et industrieux; le Japon, qui, sur un territoire beaucoup plus restreint, nous offre jusqu’ici le seul exemple d’une race asiatique adonnée, avec une ardeur vraiment fiévreuse, à l’étude de tous les arts, de toutes les sciences, de toutes les institutions sur lesquels repose la grandeur des nations modernes de l’Europe et de l’Amérique ?

« Je ne voudrais pas vous citer, pour vous encourager dans l’étude que vous allez entreprendre, les fortunes si brillantes et si rapidement obtenues par les Occidentaux qui se sont établis au Japon dans ces dernières années,

I . Cours de japonais. Discours d'ouverture, année scolaire 1 870-71 ; in-8".

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surtout par ceux qui ont habité ce pays après avoir étudié la langue, les mœurs et les usages de ses habitants. J’aime mieux vous rappeler les services utiles et fructueux que vous pourrez rendre à la France dans ce riche archipel de l’Asie orientale, et vous convaincre qu’avec du travail et de l’intelligence vous êtes assurés d’y trouver une carrière avantageuse, quels que soient d’ailleurs vos goûts, votre spécialité et vos aptitudes.

« Non-seulement la France et la plupart des puissances maritimes manquent des interprètes si nécessaires, si indispensables pour le service de leur légation à Yédo, et pour celui des consulats établis dans les ports ouverts au commerce ; mais encore une expérience coûteuse a démontré que, surtout dans. ces contrées si différentes des nôtres à tous égards, il était désirable de posséder des agents diplomatiques et consulaires en étal d’étudier le pays sans avoir constamment recours à l’office de drogmans plus ou moins habiles, plus ou moins désintéressés.

« Pour des jeunes gens qui voudraient se livrer au commerce, la connaissance de la

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langue vulgaire n’est pas moins utile, indispensable. Oui ne comprend tout d’abord l’avantage qui résulte de la faculté de traiter directement ses affaires avec les indigènes, sans être obligé de s’adresser à aucun intermédiaire? Les interprètes, en Chine et au Japon, peut-être plus que partout ailleurs, sont les maîtres de toutes les négociations ; et les commerçants qui ne peuvent s’en passer ignorent le plus souvent les avantages considérables qu’ils perdent, faute de connaître la véritable situation des choses et de comprendre la langue des hommes avec lesquels ils viennent trafiquer.

« Le gouvernement japonais, — j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de vous le signaler, — cherche à introduire dans ses États ces merveilleuses. créations industrielles qui font la gloire et la splendeur des contrées de l’Europe et de l’Amérique. Établissement de télégraphes et de chemins de fer, création de grandes usines et de manufactures de toutes sortes, formation d’une nombreuse et puissante marine politique et commerciale, ouverture d’écoles de tout genre, fondation d’hôpitaux, organisation de sociétés de crédit, sont, pour ne citer que

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quelques exemples, autant de questions inscrites à l’ordre du jour. Et n’allez pas croire que ce ne soient là que des projets vaguement conçus et d’une exécution douteuse. Si l’on peut reprocher une chose aux Japonais, — chose étrange, quand il s’agit d’Asiatiques, — c’est plutôt de marcher trop vite dans la voie des réformes inspirées par l’Occident, c’est plutôt de transformer de fond en comble leur pays si longtemps isolé de tout contact étranger, en ne réfléchissant pas assez aux graves conséquences économiques qui peuvent résulter d’une révolution si brusque et si générale. Sans le caractère essentiellement laborieux des Japonais, sans les sages institutions agronomiques qui régissent leur pays, une telle perturbation dans la condition du peuple aurait causé certainement les plus épouvantables misères. La vie, naguère à si bas prix, augmente d’année en année dans une proportion extraordinaire, et il y aurait là un symptôme inquiétant pour l’avenir du Japon, si les indigènes n’avaient cette double qualité, si précieuse pour une nation, de savoir travailler beaucoup et se contenter de peu.

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« L’ingénieur, le mécanicien, l’architecte, l’agriculteur, le militaire et le marin, le médecin et le pharmacien, les professeurs de sciences, d’arts et de langues européennes, sont également sûrs de trouver au Japon de nombreuses voies où ils n’ont qu’à se lancer hardiment pour obtenir une large rémunération de leur savoir et .de leur zèle. 11 n’y a pas jusqu’aux photographes qui ne trouvent à faire fortune, quand ils savent se mettre au niveau des goûts et des coutumes de la population indigène.

« Vous le voyez. Messieurs, l’archipel de l’extrême Orient se montre plein d’espérances pour ceux-là surtout qui s’y rendent après avoir acquis la connaissance pratique de l’idiome qu’on y parle. Soit qu’on veuille se mettre au

service du gouvernement, soit qu’on cherche

en dehors de cette voie une carrière indépendante, il y a dans ces régions place pour tous les talents, pour toutes les intelligences.

« A ceux d’entre vous qui désirent ne point quitter l’Europe, je ne veux point causer d’illusions fâcheuses. La connaissance du Japon ne présente pas pour eux, à beaucoup près, les mêmes garanties d’avenir. Cependant je dois

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leur dire que nous sommes encore loin de posséder ici un nombre suffisant de japonistes pour répondre à tous les besoins. Non-seulement la plupart des États de l’Occident manquent de professeurs pour enseigner cette langue dont l’utilité est aujourd’hui reconnue partout, mais il faut plus d’un orientaliste initié à toutes ses particularités pour former, diriger et conserver les riches collections de livres japonais dont les grandes puissances se font un honneur, depuis quelques années, d’enrichir leurs bibliothèques publiques. Enlin la science, qui sait combien la littérature du Nippon renferme de trésors inconnus parmi nous, fait appel à tous les amis des lettres qui voudraient contribuer, par des traductions, des analyses ou des travaux de critique, il vulgariser en Europe les principales productions intellectuelles des insulaires de l’extrême Orient.

« J’ai eu l’occasion, les années précédentes, en ouvrant ce cours, de vous signaler la richesse et la variété des productions littéraires des Japonais. Le nombre excessivement restreint des savants en état de comprendre les livres originaux du Nippon ne permet malheureuse-

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ment pas de donner à nos études toute l’impulsion nécessaire, et de leur assurer les sympathiques encouragements du public éclairé. C’est à peine si l’on compte, dans les deux hémisphères, cinq à six orientalistes qui s’occupent de traduire des textes japonais et de les publier. En revanche, les compilations, les ouvrages de seconde main, les volumes composés de plagiats maladroits et d’incessantes répétitions, fourmillent chaque année, et ont pour effet d’entretenir des erreurs regrettables sur une nation longtemps ignorée et dont les publications originales des japonistes permettront seules de connaître l’histoire, le génie et les aptitudes. »

C’est pour faciliter l’étude de l’important idiome des insulaires de l’extrême Orient que j’ai entrepris la publication d’une série d’ouvrages, composés méthodiquement, sous le titre de Cours pratique de langue japona ise. L’expérience de près de dix années d’enseignement m’a démontré, en effet, combien il était désirable d’étudier les langues orientales d’après un plan unique, et comprenant tous les genres de

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connaissances que les élèves ont intérêt à acquérir.

Le succès de plusieurs des volumes déjà publiés de cette collection 1 me l'ait espérer qu’elle pourra être continuée sans interruption et que les étudiants verront successivement s’aplanir des difficultés qui semblaient, il n’y a que peu d’années, insurmontables aux plus savants orientalistes. Après avoir lu avec attention les pages qui suivent et qui sont en

I. La III' partie ( Guide de la Conversation japonaise ) est absolument épuisée; la troisième édition paraîtra très-prochainement. 11 ne reste plus que quelques exemplaires de la VU' partie ( Thèmes faciles et gradués ), de la XI' partie ( Dictionnaire des signes idéographiques) et de la XII* partie ( Recueil de textes sinico-japonais ).

Depuis la publication du dernier volume imprimé du Cours pratique de japonais, j’ai fait paraître dans le domaine de la littérature du Japon :

1° Anthologie japonaise. Poésies anciennes et modernes des insulaires du Nippon, traduites en français et publiées avec le texte original. Avec une préface par Ed. Laboulaye, de l'Institut. Paris (Maisonneuve et C ie , éditeurs), 1871. — Un volume in-8°, caractères elzéviriens, papier vergé, texte lithographié sur ornements japonais en or et en couleurs.

î° Les peuples de l’Archipel indien connus des anciens géographes chinois et japonais. Fragments orientaux traduits en français. Paris (Extrait des Mémoires de l'Athénée oriental ), 1871. — Brochure in-4° avec carte et planche de types coloriés.

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quelque sorte l’ Introduction de tout le Cours, ils acquerront une idée exacte de ces difficultés et trouveront aisément les moyens de les surmonter, pourvu qu’ils soient bien décidés fi les aborder avec zèle et persévérance.

Paris, le 28 janvier 1872.

Léon de Rosny.

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