Introduction au "Dictionnaire de chimie industrielle"
En parcourant ce livre, le lecteur sera frappé, sans doute, de la forme que nous avons adoptée pour l’exposition des matières qu’il renferme ; il ne reconnaîtra dans notre plan ni les caractères ordinaires d’un lexique proprement dit, ni la disposition classique des traités de chimie ; c’est qu’en effet , nous avons cru utile de ne donner à notre ouvrage ni l’ime ni l’autre de ces deux formes. Le titre de Dictionnaire de chimie industrielle n’a d’autre but que d’indiquer l’ordre alphabétique suivant lequel nous avons rangé les traités spéciaux et isolés , dont la collection représente la chimie industrielle de notre époque.
Les lexiques et les traités de chimie, à côté des qualités que chacun se plaît à leur reconnaître, présentent des défauts graves, inhérents à leur forme même : dans un lexique, l’auteur, enchaîné par la division alphabétique absolue, se trouve forcément conduit à diviser en un grand nombre d’articles des questions générales dont l’exposition et l’étude eussent été considérablement simplifiées, si ces articles eussent été réunis en un traité sur l’ensemble de la matière. Prenons pour exemple une
PRÉKACK.
des questions les plus intéressantes de la chimie industrielle, la production des liquides alcooliques ; dans un lexique, l'auteur se trouvera conduit à fractionner cette question en articles courts et séparés; ce seront : Alambic, Alcool, Bière, Eaux-de-vie, Fermentation, lïfw, etc., et ce fractionnement rendra, à coup sùr, l’étude plus diflicile et moins complète. Dans notre plan, au contraire, toutes les industries qui se rapportent à la production des liqueurs alcooliques viendront se grouper autour du mot Fermentation, qui résume l’acte principal de leur développement, et nous obtiendrons ainsi un petit traité spécial, où toutes les méthodes décrites à la suite les unes des autres s'enchaîneront en une série rationnelle et complète.
Les traités de chimie présentent un inconvénient d’un autre ordre : à la suite de ijuelques pages consacrées à la description des propriétés physiques et chimiques des corps, on y trouve des feuilles entières destinées à l’exposition des méthodes industrielles ; de cette disposition résulte une confusion réelle de matières d'ordre tout différent. Prenons toujours le mémo exemple , la production des liquides alcooliques ; celui qui veut, dans un traité comprenant la chimie pure et appliquée ;'i la fois, suivre les lois générales de formation des alcools, éprouve toujours un certain regret de voir son travail arrête dans sa suite naturelle par la description des procédés qu’emploie l’industrie pour fabriquer la bière ou le vin; d’un autre cùté, l’industriel ijui recherche la forme d’un alambic, ou d’un foyer de distillation, est souvent forcé de feuilleter avec impatience les pages où se trouvent consignées les propriétés générales des alcools, fort intéressantes sans doute, même pour lui, mais déplacées dans ce cas.
En un mot, le lexique disperse, en un trop grand nombre do petits articles éloignés les uns des autres , des questions qui gagnent à êtreétudiées sous un point de vue général, et les Traites de chimie mélangent d’une manière fâcheuse les parties théoriques et les parties pratiques de ces mêmes questions.
Ce sont ces inconvénients que nous avons voulu éviter en don-
l'KÉFACIi. Vil
uant à notre Dictionnaire de chimie industrielle la forme d’une collection de traités spéciaux rangés par ordre alphabétique.
Mais l’exécution simple et absolue de ce plan nous eût exposé nous-mêmes à un danger non moins grave ; en effet, nous n'aurions produit qu’une œuvre incomplète, si, nous bornant à exposer les procédés suivis par l’industrie, nous n’avions cherché à mettre également à la portée du lecteur les connaissances théoriques dont les industriels reconnaissent chaque jour davantage l’intérêt et le prix. Pour éviter cet écueil, nous avons fait précéder le dictionnaire d’un volume d’introduction qui fait corps avec lui, et qui comprend les Notions élémentaires de chimie générale , de Physique et de Cristallographie, dont les travaux industriels réclament chaque jour l’application. Elles sont suivies d’un Traité complet d'analyse, où, à côté des méthodes générales, se trouvent exposés, avec les plus grands détails, ces essais par les volumes simples et rapides dont l’industrie tire chaque jour un si grand parti.
Enfin, la forme même de l’ouvrage, sa division par traités spéciaux, ont rendu nécessaire la rédaction du Vocabulaire raisonné et détaillé qui le termine.
Tel est le plan du travail que nous soumettons aujourd’hui à l'appréciation des savants et des industriels. Sous une forme nouvelle et méthodique, nous avons cherché à préciser l’état de la chimie industrielle à notre époque. Dévoués à cette œuvre depuis plusieurs années, nous ne nous sommes pas contentés de rechercher, dans lesouvrages déjà publiés, les méthodes connues pour en faire une compilation : nous avons visité les usines, demandant à chaque fabricant tous les procédés, tous les appareils qu’il pouvait nous donner sans compromettre ses intérêts. La plupart des manufacturiers ont été pour nous d’une générosité dont nous sommes heureux de les remercier ici publiquement ; cette générosité nous a permis de faire dessiner dans leurs usines mêmes la plus grande partie des figures qui illustrent notre ouvrage.
Noua espérons avoir réussi a faire un livre qui ne sera pas sans utilité : le lecteur en sera juge. Mais désireux, avant tout.
YIII
PKÉFACE.
de nous tenir constamment au courant du proférés de la science industrielle, prêts à rectifier toutes les erreurs, toutes les omissions que nous aurions pu commettre, nous faisons franchement appel à la critique, et d’avance nous acceptons avec reconnaissance toutes les observations que voudront bien nous adresser les savants et les manufacturiers.
G. Barreswil et Ai.ué Girard.
Nota. Le plan de ce Oictionnaire avait été pninitivemenl conçu dans des données beaucoup plus restreintes, par MM. Barreswil et de Lues; mais des circonstances particulières ayant interrompu la coopération de ce dernier avant même que l’impression fût commencée, M, Aimé Girard lui fut substitué. Néanmoins, M. de Luca a cru devoir exiger que, pour rappeler ce fait, son nom fût , dans 1a première édition , placé en tête de ceux des autres collaborateurs.
HISÏOIKE SOMMAllïK