CHAPITRE I". — GÉNÉRALITÉS
I. PnÉAMiiuLE. — Îj& chimie est difiicile à définir par une de ces phrases nettes et précises dont les mathématiques ont le précieux privilège ; c’est plutôt par des exemples que l’on peut parvenir à faire comprendre son but et ses moyens. Nous choisirons le suivant : Il est une variété de laiton dont la ressemblance avec l’or est si parfaite (pi’on lui a donné le nom de similor, et qu’on s’en sert pour fabriquer de faux bijoux ; mais cette similitude n’est qu’apparente et si nous comparons une lame de chacun de ces metaiLX, bien des moyens nous jiermettrout de les distinguer l’une de l’autre.
Si, par exemple, nous venons à chauffer dans des creusets, à l’abri de l’air, les deux matières dans le même foyer, le laiton sera fondu longtemps avant (pie l’or ait commencé à se liquéfier , et il faudra élever coiisidérablemeut la température pour mettre ce métal en fusion. Quand ces métaux convenablement refroidis auront repris l’état solide , nous les retrouverons dans leur état primitif, sans que leur couleur, leur éclat, leur sonorité, leur poids et en général aucune de leurs proiiriétés aient été modifiés.
La densité considérable de l’or nous sen'ira encore A les différencier ; en effet, si nous plaçons sur les deux plateaux d’une balance des lames de dimensions aussi égales que possible de chacun de ces deux métaux, nous verrons la lame d'or entraîner rapidement le plateau sur lequel elle repose, ('e qui nous amènera de nouveau à conclure que ces substances d’apparence si semblable sont, en réalité, fort différentes, et que l’une n’a de l’or (pie l’aspect extérieur. Il est inutile d’ajouter ipie ni l’une ni l’autre de ces expériences n’amène la plus légère altération dans la nature, le poids, enfin dans aucun des caractères de ces métaux.
La facilité diverse avec laipielle ces corps se réduisent en lames et s’étirent en fils, leur dureté très-différente, nous conduii’ont ;'i des conclusions identiques; nous constaterons en outre, après cliacuii de ci.'s essais, ipie les métaux n’ont jias subi de modifi-
INTIVODliCTION. — NOTIONS KLÉMENTAIHKS.
cations dans leurs propriétés essentielles et qu'ils ont conservé leurs caractères généraux et leur poids initial.
Mais modifions le genre de nos essais; prenons ces mêmes lames métalliques et plongeoiis-les séparément dans le mélange d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique connu dans le commerce sous le nom d’eau régale; le laiton s’attaquera avec violence, des vapeura rouges intenses s’échapperont du li<iuido et le métal disparaîtra en communiquant à celui-ci une teinte d’un beau vert émeraude. .\vec l’or, l’action sera lente, l’eau régale réagira en produisant encore des vapeurs rouges, mais elles seront peu intenses, et la liqueur où l'or finira par se dissoudre présenfera, non pas ime nuance verte, mais une couleur jaune foncé.
Nous arrivons doue une fois de plus à celte conclusion ijue les métaux sont loin d’êtie identiiiues; cependant les phénomènes qui viennent de se réaliser ne peuvent être confondus ave<; les précédents.
Après avoir fondu, pesé, laminé, étiré en fils les métaux, nous les retrou\ùons toujours avec leurs propriétés primitives, et leur nature n’avait subi aucune altération ; maintenant, au contraire, il est loin d'en être ainsi. Le laiton et l’or n’existent plus, et nul ne serait tenté de trouver le plus léger trait de ressemblance entre ces liquides aux couleura difl'érenles et ces métaux semblables (jui leur ont donné naissance.
Tout à riieure, nos essais n’altéraient pas sensiblement le poids des substances ; maintenant leur matière simible s’être annihilée, puisque l’eau régale où nous les avons placées est parfaitement limpide. Enfin ces nouveaux phénomènes ne sont jias momentanés comme les précédents, car l’or et le laiton ne se déposent pas au fond des liquides où ils sont dissimulés, et nous ne iiarviendrions pas non plus à les en extraire, si nous chaufiious ces liquides jiour chasser l’e.xcès d’acide qu’ils contiennent ; nous trouverions, il est vrai, un résidu solide ; mais il serait terne, pulvérisable, soluble dans l'eau ; brun avec l’or, vert avec le laiton; ces résidus ne ressembleraient nullement aux métaux qui les ont produits et leur poids ne présenterait aucune analogie avec le poids primitif de ceux-ci.
II. Phénomènes et cOMniN.usoNs chimioi es. — C’est à l’examen de ces dei-niei-s phénomènes que le chimiste réserve toute son attention; c’est à eux qu’il donne le nom de plicnomènes chùingues, et, quand ils se réalisent, il dit qu’il s’est formé une combinaiÿ(.n chimique.
r.HAPITItE l'f. — GÉNÉRALITÉS. 15
Quant à ceux dontréludo nous a occupé en premier lieu, ils n’ont pour lui qu’un intérêt moindre, et comme ils sont du ressort de la physique, on lesdési;^e sous le nom de phénomènes physûiues.
Toute confusion entre eux est impossible, car les premiei-s sont transitoires, no sont jamais accompafniés d’im changement radical dans les propriétés ni dans les poids des corps, tandis que les seconds donnent naissance à des substances particulières douées d'une existence propre et durable, et qui par leurs poids et tous leui-s caractères dilTèrent nettement do celles qui les ont produites.
Nous voyons chaque jour di’s combinaisons chimiques se réaliser sous nos yeux; la nature nous en montre, à chaque instant, en voie d’exécution. Le fer qui se rouille, le cuivre que ronge le vert-de-gris, le charbon qui bréle en sont des exemples pris parmi des millicis d’autres ; chacune de ces opérations est accompagnée encore de la variation dans les poids, qui est le caractère essentiel de la combinaison , car la rouille et le vert-de-gris pèsent plus que le fer et le cuivre, et le charbon disparait presque complètement dans nos foyers.
Se crée-t-il donc ou se perd-il de la matière par le fait de la combinaison? Certainement non, et les apparences sont trompeuses. Comme l’a dit Lavoisiei-, « rien ne se perd, rien ne se crée d.ans la nature. »
La rouille est du fer dans leijuel sont venus se fixer de l’air et de l’eau ; et si l’on parvient à déterminer les quantités de fer, d’air et d’eau qui les constituent, on trouve que la somme de leurs poids est exactement égale au poids de la rouille. Le vert-de-gris nous offrirait exactement les mêmes résultats, et si le charbon semble disiiaraitro dans nos foyei-s, c’est que sa substance s’unit à un principe actif que l'air renferme, pour donner naissance à de l’acide carbonique et <à d'autres produits gazeux que le tirage de la cheminée emporte dans l'atmosphère ; ici, comme toujoure, il y a é([uation parfaite entre, d’une jiart, le charlxm et l’oxygène qu’il a üxé, et, d’autre part, les gaz qui résultent de cette imion.
III. Définition de la chimie. — Il nous est facile maintenant de définir la chimie, Cette science traite des phénomènes qui se passent au contact des corps, alors qu’il en résulte une altération quelcomiue dans leur constitution et dans leur poids, quand ils réagissent les uns sur les autres pour jiroduire ce que nous avons nommé des combinaisons chimiiiues.