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INTRODUCTION. — HISTOIRE DE LA CHIMIE

qui, dans un liquide particulier, noircissait et disparaissait en laissant à sa place de bel et bon argent. Une poudre d’un rouge violet, jetée dans un creuset où bouillonnait du mercure, paraissait s’y dissoudre, et ipiand tout le mercure s’était volatibsé, on trouvait au fond du vase un beau bouton d’or à 2'i carats. Ces faits extraordinaires, que l’état de la science ne permettait j>a.s d’expliquer alors, firent croire à la possibilité de transfonner le fer on cuivre, le cuivre en argent, le mercure en or. De ce moment commence (xiii'' siècle) une longue période de recherches infructueuses, do vaines tentatives, d’essais inutiles. C’est le temps de Yalchimie. Dire ce cpie celte aberration de l’esprit humain a consommé d'intelligences, de labeurs et de richesses, siuait chose à peu près impossible.

Quelques écrivains ont attribué aux alchimistes le mérite d’avoir préparé la chimie moderne, et découvert un grand nombre de substances très-utiles pour les arts ou pour la médecine ; c’est une erreur : les véritables alcliimistes ont découvert fort peu de chose. Ils étaient trop préoccujiés du grand œuvre pour donner leur attention à des produits qui prenaient naissance accidentellement dans leurs creusets ou au fond de leure alambics.

Mais à exité des souffleurs ou d(‘s Itennêlitiues piii's, travaillaient heurmisement des philosophes et des médecins, dont le but n’était lias seulement de faire de l’or. On pourrait citer ici un assez grand nombre de ces travailleurs, esprits d’autant plus remanjuables qu’ils ne se laissaient pas aller à la dérive de leur siècle. Certes ils n’étaient pas tellement au-dessus de leurs contemporains que de temps à autre ils ne s’engageassent en (juelqnes travaux spagyriijues; mais ils n’en faisaient point le but unique de leui's recherches, et les faits chimiques constatés par eux ont été réellemeut les matériaux que Lavoisier, ses contemporains et ses succes- .seui’s ont mis en œuvre pour constituer la chimie moderne.

liulujuons quelques noms et quelques découvertes.

Au XV' siècle, nous trouvons l’ieiTe le Bon , de Lombardie, qui enseigna la préparation du slaniiate de plomb, base de tous les émaux opaipies. Eck de Sulzbach découvrit l’arbre de Diane, c’està-dire la précipitation de l’argent métallique par un autre métal. On assure que ce même Eck de Sulzbach reconnut l’augmentation de poids du mercure lors de son oxydation, et la réduction de l’oxyde mercuriel par la chaleur (1489). Ces deux faits, étudiés par Lavoisiiu- trois siècles plus tard, ont été le point de départ de la chimie scieutilique.

INTROOI'CTIOX. — HISTOIRE DE L\ CHIMIE.

Basile Valentin (I 'il3) occupe une place distinguée dans l'iiistoire de la science; nous lui devons la connaissance de plusieui’s sels d’antimoine; il prépara l’acide chlorhydrique, précipita jiar le fer le cuivre des pyrites cuivreuses transformées en \atriol hleu, obtint l’or fulminant, et fit de toutes pièces le sulfate de fer emprunté jusqu’aloi-s aux mines de sulfure. Cet alchimiste décrivit la préparation des acétates de cuivre et de plomb, celle de l’acide sulfurique par le nitrate de potasse et le soufre, celle de l’acide azotique par l’azotate de pota.sse et l’acide sulfurique. Il obtint le premier ce produit que l’on a longtemps appelé éther xulfurique, et que l’ou désigne aujourd’hui simplement sous le nom d'éther. Le premier il obsen-a la formation de l’acide carboniijue, mais sans pouvoir en déterminer la nature, et il donna le nom de bismuth à un métal que l’on avait confondu jusqu’aloi-s avec l’étain et le plomb.

De même qu’Eck de Sulzbach avait coustaté l’augmentation de poids du mercure (jui s’oxyde, Saladino d’Ascoli établit la nécessité de la présence de l’air dans l’acte de la putréfaction. C’était un nouveau jalon de la théorie chimique, mais pei-sonne n’y lit alore attention, ou du moins l’on n’en tira aucune conséquence.

Léonard de Vinci (.xve- siècle), cet esprit supérieur qui aurait éW‘ le premier de son époipie s’il eût moins éparpillé son génie, (jui avait donné l’expérience pour base à la philosophie naturelle, s’était aperçu que l’air était l’aliment indispensaljle de la ilamme, et que les corps en brûlant le faisaient disparaître. Il avait vu que là où la flamme s’éteint la\àe ne samail pereister, et l’expérience lui avait montré qu’au centre d’une large flamme les gaz que l’air ne peut atteindre échappent à la combustion. Mais Léonard de Vinci cacha si bien ses découvertes, iju’on les ignorerait encore sans les extraits des manuscrits de ce grand homme publiés par Venturi.

Au commencement du xvi' siècle, nous rencontrons Paracelse. Ce savant, qui connaissait fort bien la nature humaine et son temps, se lit charlatan pour se rendre respectable ; il avait cependant tro[i d’esprit pour se prendre au sérieux, mais il se garda bien de détromiier son école sur sou propre compte. Les erreurs qu’il enseignait n’y auraient rien perdu de leur autorité, les vérités seules en auraient souffert. Tout en faisant de l’alchimie et de la médecine astrologique, Paracelse enseigna la nécessité de la présence de l’air pour la respii-ation et pour la combustion ; il démou- Ira que l’aii’ se fixait sur les métaux, et que le charbon réduisait

INTIUIDI ITION. — HISTOmi; DK IA CIII.MIK.

los diaux mùlalliques. Il dégagea l’hydrogène de l’eau par l'arlion du fer et de l’adde sulfurique, lira l’oxyde de mercure de son azotate, apprit à mieux préparer le bichlorure de ce métal, l’acide arsénieux et le chlorure d’ai'senic. Un lui doit en outre la connaissance du zinc et du safre ou silicate de cobalt.

Duchesne isola le gluten de la farine deux siècles avant Beccari, (jui le fil cependant mieux connaître, et enseigna le moyen de le préparer.

Nous devons à Libaxàus (xvii' siècle) la préparation du sucre candi, do l’alcool extrait des matières amylacées, et du bichlorure d’étain qui a gardé le nom de son inventeur : liqueur fumante de Libavius.

D’importants procédés métallurgiques ont été décritsparG. Agricola et Biriuguccio ; ce dernier s’est même occupé de la préparation des artilices de guerre et des feux de joie.

La fabrication de l’alun a été décrite par André Cesalpino. Cet écrivain attribuait à des actions chimiques la haute température de certaines sources thermales. Il est le premier auteur ipii parle de l’emploi du graphite dansla préparation de ces crayons qui, chez nous, commencèrent la réputation et firent la fortune de Conté.

Perez de Vargas fit connaître l’usage du peroxyde de manganèse pour blanchir le verre coloré par le protoxyde de fer.

On doit à Bartholomé de Médina le traitement des minerais d’or et d’argent par amalgamation.

La fondation de la teinturerie et de la manufacture des Gobelins amena, sous François I", la découverte du rouge de cochenille, son avivage par le perchlorure d’étain et la production de l'écarlate des Gobelins, qui a joui pendant longtemps d’une très-grande réputation. Le rouge vif avait été obtenu jusqu’alora avec le kermès ou graine d'écarlate, dont la nuance n’atleint jamais la vivacité de celle donnée par la cochenille.

Les Vénitiens, que le coinmera“ avait rendu puissants, et dont les produits manufacturés trouvaient un écoulement facile et lucratif sur toutes les eûtes où flottait le drapeau de Saint-Marc, avaient jierfectionné bien des industries chimiques : les teinturière de Venise jiouvaient faire concurrence à tous ceux des autres contrées, grâce à l’abondance et à la pureté des substances tinctoriales que les navires marchands importaient sans cesse dans leure laboratoires. Les verriers de Murano avaient acquis une habileté et des connaissances pratiques dont ils savaient profiler pour accroître la yirospérité du jiays. Parmi les diverses espèces

iNTnoDi irrioN. — iiistüiui: ni; i.a cimiii;. !l

d’émaux el de verres dont ils variaiiml la préjiaralion , le hasard fit découvrir alors ce mélange de vern? brun el de petils cristaux tétraédriques de cuivre, qui, né d’aventure, reçut le nom d’acrnturiiic sous lequel ou le connaît encore aujourd’hui, que Venise produit toujours, et que, même en France, on n’a pas réussi à imiter parfaitement. Les Vénitiens fabriquaient aussi d’e.xcellentf's couleurs pour la peinture, et leurs laques ont joui pendant longtemps d’une réputation justement méritée.

En nous rapitrochanl des tenqis modei-nes, nous voyons Van- Ilelmont (xv!*- siècle) signaler le premier l’existence de plusieurs espèces d'air ; il donna le nom de gaz à l’acide carbonique ou esprit sylvestre, et précéda Haies, Priestley, Sennebier, et de Saussure dans l’étude de la végétation.

Boyle (xvii' siècle), le grand physicien, s’occupa beaucoup de chimie, et nous lui devons un amalgame composé de plomb, d’étain, de bismuth et de mercure pour l’étarnage des glaces, et surtout des verres de forme courbe ; un procédé d'argenture au pouce, fondé sur l’emploi du chlorure d’argent mêlé avec du sel commun et de la chaux ; et le cuivrage préalable du fer avant de procéder à la dorure de ce métal, auquel on n’avait pu jusque-là faire ailhérer l’or et l’argent qu’avec beaucoup de difficulté.

.\u XVII' siècle, les rêveries des alchimistes s’évanouissaient déjà sous l’influence de la méthode expérimentale que Leonard de Vinci, Galilée, et Bacon avaient préconisée, et qui s’introduisait dans toutes les branches des connaissances humaines. Aussi les découvertes utiles se multiplient tellement à jiartir de cette époque, qu’il serait presque impossible de les dénombrer ; Glauber, Kunckel, Becher, Sala, Silvio, Tachen, Hoffmann, Davison, Vigani, Jean Hey, Mayow, tels sont les noms les plus illustres.

Avec Jean Rey, la théorie de l’oxydation commence à se formuler avec netteté ; Mayow sépare l’oxygène sous le nom d’esprit nitro-aérien et constate son influence dans la vie des végétaux et des animaux.

Le charme de l’antique ignorance était brisé, le libre examen avait fait irruption dans les sciences. On respectait encore les quatre éléments de l’école ; mais les mots : air, eau, terre, et /eu ne consen'aient plus la même signification restreinte qu’on leur avait attribuée d’abord ; le mot air était devenu l’équivalent de corps à l'état gazeux; l’eau représentait les liquides, la terre les solides, et le feu le principe d’activité que nous désignons aujourd’hui sous le nom de chaleur, de lumière, de magnétisme, ou d’èlectririlè.

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IXTIIODL'CTION. — HISTOinE DE E\ CHIMIE.

Les coiiiiaissanres chimiiiues, bornées jusqu’aloi-s au.\ recettes industrielles ou pharmaceutiques, coiniuencèrcnl Je ce moment à s’étendre du côté des sciences purement sjiéculatives. Ou demanda à la chimie la clef des phénomènes organiques, et l’on commença par les organismes les plus simples, par les végétaux.

Haies s’appliqua particulièrement à l’étude de la végétation, et employa pour recueillir les gaz les jirocédés ijiie Moitrel d’Element avait indiqués .seize ans auparavant.

D’un autre côté, François Étienne, duc de Lorraine, grand-duc de Toscane, devenu François l" d’.Mlomagne, conlirnia la comhiistibilité du diamant, découverte à Florence eu lG9i,sousle régne de Côme 111 , par .losejih Averani et Cyprien Targioni , qui avaient vu cette substance précieuse se fendiller, se ternir, et disparaître au foyer d’une large lentille construite i»ar llregens, et avec laquelle Davy réjiéta en 181 i la même expérience.

Watson lit connaître l’or blanc ou platine ; Héaumur apprit à dévitrilier les pâtes vitreuses transparentes, de manière à les rendi'e opa(]iies ; Malouin indiqua le zincage des métaux ; Diesbacli découvrit le bleu do Prusse, et la chimie médicale s’enrichit de plusieurs préparations très-utiles.

Enün, après avoir travei-sé la première moitié du xvni'' siècle, où l’on rencontre les noms de Newton, de Lémeiy, de Geoffi-oy, de Ilellot, de Réaiimur, de Duhamel du Monceau, de Stahl, de Brandt, et de Margraafl, ou arrive à Bergmauu ijui, eu recommandant l’usage de la balance, contribua plus que tout autre à perfectionner la chimie expérimentale, et à faire disparaître de la science tout le vague que l’élude des simples propriétés organoleptiques des corps avait laissé jusqu’alore. La science en était là lorsque parurent Sclieele et Priestley, les plus grands et les plus dignes précurseurs de Lavoisier.

Mais jusqu'au moment oii le génie du chimiste français renversa toutes les théories anciennes pour fonder la chimie pliilosophique, les idées de Stalü paralysèrent les ellbrts des plus belles intelligences. Stahl admettait que tes corps non brûlés contenaient un principe appelé phlogislique dont le dégagement dans Pacte de la combustion produisait de la chaleur et de la lumière. Un métal était donc pom- le chimiste allemand im certain corps, plus du phlogistique ; l’oxyde était le corps déphlogistiqué.

Une théorie, quelle qu’elle soit, est un excellent moyen de coordination des faits observés ; mais il est rare que des hommes, même supérieurs, ne se laissent pas entraîner à prendre le fan-

INTnODt T.TION. — IltSTOinE DE LA CHIMIE. 1 1

tôme pour la réalité; on .se passionne pour la défense de ce que l’on se croit obligé de soutenir, et, après avoir senâ quelque temps à la recherche du vrai, la théorie finit jiar devenir un obstacle à sa découverte, .\insi fut-il des idées de Stahl et de son pfilogistique. C’était le premier essai d’ime théorie chimique, et, à titre d’essai, la doctrüie du phlogistique méritait d’étre étudiée et soumise à l’examen. Mais, au lieu de l’examiner, on s’empre.ssa de l’adopter, on s’y attacha, on la défendit, et après que Lavoisier l’eut atteinte mortellement, ou continua à combattre longtemps encore le novateur audacieux qui osait avoir raison contre le phlogistique et contre ses nombi'pux partisans.

Cependant Lavoisier prouva, eu 177i, que tout corps en brillant absorbe de l’oxygène, et que le poids du résidtat de la combustion égale précisément les poids réunis du corps brûlé et de l’oxygène absorbé. Ce fait , qui nous parait aujourd’hui si simple, avait mis soixante siècles à se faire jour ; il avait été lentement préparé par les jilus humbles ouvriers et par les plus doctes philosophes; mais les première étaient trop peu métaphysiciens pour le saisir, et surtout pour y trouver le fondement de toute la chimie; les autres s’étaient trop égarés dans les nuages de la métaphysique pour s’y arrêter, quand même ils l’auraient entrevu.

La théorie de la combustion une fois bien établie, Lavoisier, T.aplace, Guyton de Morveau, Fourcroy, Berthollet, Vauquelin, Klaprotb, Tennant, Wollaston, Davy, Brugnatelli, Dalton, Derzélius, Proust, Ilichter, Gay-Lussac, I.aurent, Gehrardt, Tbénard, Dulong, Petit, et tous les autres chimistes français, allemands, anglais, suédois, américains, qui ont tant contribué aux progrès de la chimie , se hâtèrent de bâtir l’édilice dont les matériaux étaient depuis des siècles entre les mains de tout le monde, mais dont l’architecte n’était arrivé que fort tard.

Les théories des proportions multiples, des équivalents, des poids atomiques, de Yisojnorpliisme, etc., etc., se dégagèrent peu à peu des faits nombreux et bien étudiés que la nouvelle école se hâtait de recueillir. La chimie prit la forme rigoureuse des sciences mathématiques ; ses résultats , représentés algébriquement , permirent de calculer à priori des réactions inconnues que l’expérience parvint plus tard à réaliser. Enfin certaines lois, découvertes d’abord, et qui pai’aissaient générales, devinrent des cas particulière de lois douées d’une généralité beaucoup plus grande, et la chimie manifesta celte tendance vers l’unité de ses principes, qui est le caractère le plus certain de la perfection d’ime doctrine.

iXTUuminioN. — imstoiiik ni; i.\ chimir.

Parvenu à l't^poque où la science se dépape enlin du cltaos de l’empirisme, il nous serait impossible d’en écrire l’histoire et les vicissitudes, sans résumer tous les travaux qui ont été faits depuis le commencement du xix« siècle ; or un tel résumé est impossible : il suffît de jeter un coup d’œil sur les publications périodicjues dont la chimie a été, et chaque jour est encore l’objet, pour s’apercevoir immédiatement de l’inutilité des efforts que l’on pourrait tenter dans ce sens. Nous n’essayerons donc pas de renfenner dans quelfiues pages ce cjui remplit de nombreux volumes. L’histoire de la chimie s’identifie d’ailleurs à présent avec la chimie elle-même. Tout le monde est d’accord sur ce que l’on peut, sur ce que l’on doit découvrir. Les dissensions en matière do théorie se réduisent à des questions de détail, à l’emploi d’mi mot à la place d’un autre, à l’interprétation d’une analyse.

Quant aux applications industrielles, elles progressent en même temps que la science : les perfectionnements apportés à la théorie rejaillissent en définitive sur les applications, et le savant qui n'invente rien d’immédiatement applicable n’en sert pas moins l’industrie.

G. Go VI.

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