‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 1 sur 80 · VINGT-ET-UNIÈME CONFERENCE · texte numérisé non relu

VINGT-ET-UNIÈME CONFERENCE

Messieurs.

Je reprends aujourd'hui la trame interrompue de nos conférences. Pendant les années qui viennent de s'écouler, je n'en ai pas perdu le fil. J'attendais patiemment que Dieu fît naître l'occasion de continuer mon travail et d'achever les démonstrations qui se rattachent au premier mot de notre symbole catholique. Mon attente a été récompensée, puisqu'il nous est permis de sortir aujourd'hui de l'ombre où nous nous tenions cachés, et de transformer en prédications solennelles nos humbles leçons.

Il y a quatre ans, je traitais de la préparation rationnelle de l'acte de foi par l'examen des prophéties. Les siècles émus apportaient tour à tour leur tribut d'oracles aux pieds de Celui qui commença,

par une révélation nouvelle, les temps nouveaux auxquels il a donné son nom. La science, la sagesse et la miséricordieuse providence de Dieu se révélaient avec tant d'éclat dans le parallélisme des prédictions et des événements, que nous ne pouvions pas nous empêcher de soumettre une première fois notre raison à la vérité. C'était assez; mais Dieu nous aime avec une sorte d'excès. En faveur de notre faiblesse, il accroît le nombre et la splendeur de ses manifestations. Il a donc mis les miracles à côté des prophéties, afin que, si nous ne sommes pas satisfaits de le voir dans son omni-science, nous puissions le contempler encore dans sa toute-puissance, et affermir ainsi nos convictions; car, en unissan'. ces deux visions dans un même principe, nous obtenons plus forte et plus impérieuse cette conclusion : Dieu a parlé; croyons à sa parole.

La question des miracles est devant nous, Messieurs. Intéressante et capitale à toute époque, elle est actuelle et décisive si l'on considère l'état présent des esprits. Entrons-y résolument, et traitons aujourd'hui de la nature et de la possibilité des miracles.

Je ne définirai pas le miracle, comme certains apologistes, « un événement contraire aux lois de la nature l; » car cette définition prête le flanc à de fausses interprétations, bien que cependant on puisse la soutenir, si l'on suppose que, en établissant les lois qui régissent le monde, Dieu a statué sur les exceptions. L'idée d'une contradiction dans les actes divins répugne à notre intelligence; c'est pourquoi il importe d'en écarter même l'apparence. Saint Thomas l'a fait, et, sur ce point difficile, il a, selon son habitude, mieux dit que personne. Il définit le miracle : « un fait produit par Dieu en dehors de l'ordre établi et communément observé parmi les êtres : quod fît divinitus prœler ordinem statutum, et communiter sertatum in rébus 2. » Cette définition nous met franchement en présence d'une action transcendante; mais on n'y voit, dans les termes, aucun indice équivoque d'une action contradictoire; elle n'isole point le miracle de l'ordre universel, elle le retire simplement d'un ensemble de phénomènes régulièrement produits par des causes

Page 1