E. Renan, Vie de Jésus. Passim
C'est sur la vie typique de Jésus-Christ que se sont formées toutes les vies dont le spectacle nous console, nous édifie et nous encourage. Ces humbles, ces doux, ces chastes, ces pénitents, ces dévoués, dont la mémoire subsiste plus ferme et plus illustre que celle des génies ; ces apôtres qui courent, d'un bout du monde à l'autre, porter les lumières de la foi et les espérances du salut à des barbares et à des sauvages; ces vierges qui emprisonnent leur jeunesse dans l'atmosphère empoisonnée des hôpitaux et des bagnes; tous les saints dont nous baisons avec respect les ossements vénérables, ne sont que des reproductions affaiblies de la grande image des perfections divines, qui s'est montrée au monde il y a dix-huit cents ans. Jésus est le modèle des saints, et il serait imposteur et fourbe! le vice serait le type des vertus et le patron des dévouements! C'est impossible, ou bien l'histoire n'est ptus pour moi qu'un scandale. La lumière qui l'cclairait a disparu. Semblable au vieux Polyphonie, monstre horrible, informe, immense, aveuglé, elle remplit les siècles de ses mugissements. — Eh bien! laissons mugir l'histoire. Il faut que Jésus-Christ soit amoindri, il faut que se fasse, en sa personne, l'odieux mélange du vice et de la vertu ; nous avons besoin de cette iniquité historique,, pour ne qas trop oflenser un siècle
MYTUISME ET NATURALISME 107
qui entoure de son estime et de son admiration le mensonge et la fourberie des grands.
0 mon Jésus bien-aimé! vous n'êtes pas blessé de tant d'injures ! mais moi je le suis, nous le sommes tous ; notre cœur pleure et saigne sur les pages odieuses qui vous maltraitent. Pourquoi ne voulezvous pas que nous maudissions? Mais, non : votre tête adorable s'est inclinée sur l'arbre de la croix, et vous avez offert à vos bourreaux un baiser d'amour et de paix. Seigneur, Maître, Père et ami de nos âmes, nous ne serons pas plus durs que vous. Pitié pour vos ennemis! Vous connaissez mon cœur; vous savez que j'irais me coucher à leurs pieds et les prier avec larmes, si une si grande humiliation pouvait les attendrir et les ramener à vous. En dépit de leur malice, qu'ils soient bénis encore, et que, de leur cœur touché par votre grâce, s'échappent des gémissements et des cris de repen tance i