‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 31 sur 80 · III · texte numérisé non relu

III

lit) DISCERNEMENT DES MIRACLES

maladies et les pensées intimes des spectateurs. Calcul, dessin, musique, rien ne semble inconnu aux êtres remuants qui vivent dans la familiarité du spirite. Ils récréent ses yeux et ses oreilles, par des paysages, des portraits, des charges, des concerts; mais, quelquefois, ils l'effrayent par des lumières, des flammes, des mains mystérieuses, des fantômes, des bruits terribles, des détonations, du fracas. Sans l'intervention des médiums, assure-t-on, l'écriture directe et spontanée s'est produite plusieurs fois. Toutes ces préparations aboutissent à des pages dépareillées, signées de noms illustres, et qui contiennent la doctrine sphïte.

Voilà, Messieurs, la merveille du xixe siècle. Vous l'avez peut-être jugée déjà, sur le simple exposé que je viens de faire ; mais permettez-moi de la prendre au sérieux et d'isoler Dieu du spiritisme, en vous montrant que son origine est suspecte et déshonorée, que ses procédés sont ridicules et téméraires, que ses résultats sont incertains et immoraux. Vous me pardonnerez, si j'offense en quelque endroit la gra-i vite de la chaire, ou plutôt vous ne me pardonnerez j pas; car ce sera la faute des extravagances que je réfute, et je veux que vous soyez sans pitié pour elles.

SPIRITISME \kl

Il y a quelques années, un homme jeune encore et de moyenne stature, dont la physionomie placide et terne était éclairée par deux yeux bleus qui paraissaient rêver toujours, descendit d'un paquebot transatlantique, ouvrit les plis de son manteau et en laissa échapper le spiritisme. D'où venait-il? D'un pays dont on a loué à outrance les institutions libérales, et qui fait payer cher aujourd'hui l'admiration naïve dont il fut honoré. C'est vrai qu'on peut penser à l'aise, sur cette terre affranchie. Les opinions et les doctrines se produisent en public, sans qu'une main brutale les fasse rentrer dans la gorge de ceux qui veulent bien en prendre la responsabilité. Mais, pour aimable, utile et précieuse que soit la liberté, elle n'est pas sans péril ; les caresses trop, tendres l'énervent, les trop longues complaisances la métamorphosent : elle devient licence et aboutit aux plus monstrueux excès. Les États-Unis d'Amérique sont une preuve actuelle et vivante de cette vérité tant de fois expérimentée. En aucun lieu du monde, la confusion intellectuelle, morale et religieuse n'est ni plus profonde ni plus universelle.

Les sectes, affranchies de toute direction, se découpent et se multiplient, à la manière de ces prodigieux infusoi'res qui semblent posséder mille vies; les doctrines, sans contrôle, se transforment du jour au lendemain; chaque rêveur, ayant le droit de se faire entendre, prélève à tout instant sur la foule les éléments d'un parti; aucune absurdité, aucune extravagance, aucune énormité, aucune ignominie, ne rebutent les fureurs du dogmatisme. C'est une ivresse générale, qui ressemble à de la folie. L'illuminé hurle ses inspirations. Le trembleur se roule au milieu des assemblées, l'écume à la bouche, dans des convulsions horribles; la rage qui le possède court d'un adepte à l'autre, comme une épidémie. Le mormon cherche des solitudes nouvelles, pour y ensevelir des misères infâmes et des débauches sans nom. Abdiquant toute pudeur et toute dignité, des civilisés vont demander aux sauvages les secrets de leurs évocations superstitieuses. Enfin, Messieurs, imaginez tout ce qu'il y a de plus discordant, de plus disparate, de plus triste pour l'esprit, de plus dégoûtant pour le cœur; et vous n'aurez qu'une faible idée du lamentable spectacle des huit à dix mille sectes qui couvrent, comme d'une lèpre, la terre classique de la liberté, et en font un pandémonium. C'est de là que le spiritisme est venu envahir nos

contrées, et voilà pourquoi j'ai dit que son origine était suspecte. Enfant d'un pays où la liberté de penser dégénère en débauche intellectuelle, où l'esprit humain n'est assujetti à aucune règle doctrinale, où les erreurs ne peuvent plus être comptées, il accumule contre lui tous les préjugés. Impossible au bon sens d'accepter qu'une révélation divine émerge de ce milieu troublé, confus, vil, infect. Impossible au bon sens d'accepter que Dieu se contente de venir, dans un pays où l'on croit jouir déjà des bienfaits de son intervention, sous la figure d'un blondin sans croyance définie, sans mission ostensible, dont tout l'apostolat se réduit à remplacer la danse et le whist des salons par des prestiges qui n'émeuvent que la curiosité, l'exaltation et les tendances superstitieuses de l'esprit humain. Ce n'est pas là, que je sache, l'attitude grave et solennelle d'un maître qui vient soumettre à l'humanité un nouveau plan de sa providence et la jeter sur des voies nouvelles.

L'origine du spiritisme est suspecte; je dis plus, Messieurs, elle est déshonorée. On vous parle de prodiges nouveaux, de révélations inconnues, de transformations suprêmes : n'en croyez rien, je vous prie. Le spiritisme se présente à vous sous le couvert d'un mensonge. J'ai laissé supposer tout à l'heure que

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son existence datait de ce siècle, et même d'une époque assez rapprochée de nous; il n'en est rien : le spiritisme est vieux comme le combat gigantesque entre le bien et le mal, dont je vous parlais dernièrement, au nom de toutes les traditions.

Avant d'être en Amérique, il était en Chine. Un docteur anglais, passablement sceptique, nous raconte tout ce dont il a été témoin en ce pays : les exploits des tables, des corbeilles, des crayons, les évocations faites aux esprits d'outre-tombe, les réponses intelligentes, les révélations de choses secrètes et mystérieuses, obtenues en caractères rapides, dans une prose du meilleur style, avec une exactitude singulière *. Les lettrés surtout se montrèrent si avides d'opérations, et, de leurs évocations, il résulta de si grands maux, qu'un haut mandarin se crut obligé de les dissoudre. En consultant les annales chinoises, on rencontre, par intermittences, des invasions du spiritisme, chaque fois signalées par des désastres. Dans l'Inde, les trépieds sacrés et les statues d'airain se remuent par leurs propres forces; les charmeurs opèrent des prodiges qu'envieraient nos meilleurs spirites. Dans le Thihet, les boudha-vivants,dans la Tartarie,les lama-bokte, remplissent les fonctions de médiums. Il n'y a pas

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