I Cor., cap. i
peuple, et tous ces dieux de fabrique humaine ne touchaient les passions et les vices que d'une main caressante. A force de combinaisons et de compromis, on en était arrivé à mêler le saint et l'infâme, dans une réciprocité de bons offices qui assurait à des dieux menteurs un culte éternel, et à des hommes corrompus, une éternelle indulgence. Rome avait consommé cet affreux chef-d'œuvre. En étendant sur les nations son fier despotisme, elle s'en appropriait les dieux, et ajoutait, à ses coutumes sacrées, tous les mystères d'iniquité que des inspirations infernales avaient semés çà et là sur la surface du monde. Il en résultait je ne sais quoi d'achevé dans la corruption de son culte et de ses mœurs, un désordre si grand, une ignominie si profonde, qu'il était temps qu'une révolution vînt purifier l'empire, cette étable d'Augias où tous les vices s'étaient donné rendez-vous.
Nous venons de voir, Messieurs, les pères de cette révolution. Leur personne, leur conduite, les armes dont ils se servent, tout nous fait préjuger contre le succès de leur entreprise. Cependant, si les lois prédestinées de l'histoire conspirent en leur faveur; s'ils sont attendus, avec une anxieuse impatience, par une génération honteuse de ses bassesses, lassée de ses infamies; si les peuples, comme des trou-
peaux altérés, tressaillent et se précipitent aux approches d'un enseignement plus pur et d'une loi plus sainte; si le christianisme se présente comme seul capable de remplir le vide creusé dans les âmes, par les fatigues d'une recherche désespérée de la vérité et de la vertu, les apôtres, malgré leur faiblesse, doivent triompher infailliblement. Leur victoire est un événement semblable aux événements de l'ordre naturel, et j'ai eu tort d'y chercher une preuve en faveur du merveilleux. Mais il est impossible, sans se faire illusion, d'expliquer ainsi les faits accomplis. Nous savons et nous confessons que le christianisme est venu au temps propice et déterminé par Dieu. Nous savons et nous confessons que le christianisme répond aux besoins les plus intimes et les plus nobles de notre nature, que ses dogmes et sa morale font retentir harmonieusement les cordes sacrées de notre âme : sans cela il mentirait à son origine et à ce principe que l'ordre supérieur de la grâce ne détruit pas l'ordre inférieur de la nature, qu'au contraire il l'ennoblit et le perfectionne. Mais, je vous en prie, ne renversons pas l'ordre des faits; ne mettons pas nos cœurs contents d'être chrétiens, à la place de ceux qu'ébranlaient les apôtres, sous les coups de la croix. C'est quand on sait d'où il vient, quand on l'a reçu humblement et sin-
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cèrement, que le christianisme nous découvre ses merveilleux rapports avec notre nature, et non pas quand il surprend l'homme par une apparition soudaine, et lui propose ses exigences et ses austérités, en échange d'une vie libre et facile. C'est quand elles sont ajustées par une main invisible, que les cordes de notre âme vibrent et chantent, sous les attouchements sacrés du vrai et du bien, et non pas quand elles sont tout humides encore de la sanie des passions, détendues par des efforts sacrilèges, brisées par d'abominables violences. L'Apôtre l'a dit : « L'homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l'esprit de Dieu : Animalis homo non percipit ea quse sa.nt spiritus Dei '. » Or, Messieurs, Je genre humain tel que l'avaient formé quarante siècles de dépravation, c'était l'homme animal dans toute l'énergie de ses bas instincts. Qu'il s'y soit trouvé des âmes dépaysées au milieu de l'erreur et du crime, que ces âmes aient rencontré, dans le christianisme, des satisfactions après lesquelles elles aspiraient depuis longtemps et auxquelles elles se préparaient par le mépris et le dégoût des ordures du paganisme, je le crois ; mais je crois aussi que ces âmes faisaient exception à la règle commune;