Cor., cap. il
je le crois, parce que c'est un fait proclamé par tous les apologistes chrétiens, et solennellement attesté par les convulsions horribles qui ont agité le monde, à la naissance du christianisme. Il ne s'agit pas de supposer l'histoire, d'après les inspirations généreuses d'un cœur satisfait des lumières et des secours qu'il a reçus de Dieu : il faut la prendre telle qu'elle est. Si le monde était lassé de croire à des fables et d'obéir à ses passions, quand les apôtres commencèrent à prêcher Jésus-Christ crucifié, qu'on nous le prouve, nous ne demandons pas mieux. Est-ce après dix-huit cents ans qu'on peut affirmer une chose que n'ont pas vue ceux qui vivaient au milieu des peuples païens et connaissaient leurs dispositions? Tous les auteurs des premiers siècles de l'ère chrétienne nous assurent qu'un grand coup a été frappé sur le monde; aucun ne parle de cette préparation générale, qui aurait permis au christianisme d'entrer de plain-pied et sans efforts dans les âmes. Saint Jean Chrysostome dit bien, quelque part, que « la fière Rome et les fortes âmes des gentils ont été amenées à subir le joug du Christ, plus par la sainteté de nos lois et l'exemple de nos pères que par l'éclat des prodiges : Superba Roma et fortes Gentilium animi, magis legis nostrœ sanctitate, patrumque nostrorum exemplis, quam miraculorum ma-
gnitudine ad Chrisli jugum adducti sunt '. » Mais, si je ne me trompe, il s'agit ici d'un fait de seconde race : le grand docteur suppose l'œuvre première des apôtres accomplie, et recevant son achèvement dans l'influence bénie des générations qu'avait domptées une force supérieure. Deux choses se remarquent dans l'action divine et sont mentionnées par les saintes Lettres, la suavité et la force : Deus attingit a fine usque ad finem fortiter et disponit ornnia suaviter 2. Mais la force avant la suavité.
Le monde avait besoin d'être touché fortement : vous allez mieux le comprendre, Messieurs, quand vous aurez considéré la résistance qu'il oppose à l'action des apôtres. Nous avons préjugé leur impuissance, d'après l'examen de leur personne, de leur conduite et de leur prédication : cette impuissance devient plus manifeste en présence de Tennemi. L'ennemi, c'est le genre humain, devenu, par l'unification des peuples sous la forte autorité des Césars, la dernière bête que décrivait, dans ses visions, le prophète Daniel. De larges voies sont tracées à travers le continent, des flottes immenses sillonnent la mer intérieure qui baigne de ses eaux tous les rivages de l'empire. Les chars et les vais-
i. Serm. de Cru ce.