III
Telle est, Messieurs, la fin glorieuse qui attend les apôtres, et que, au nom de Jésus-Christ, ils promettent, comme récompense, à ceux qui sortent des bras de la volupté, comme compensation, à ceux dont la vie n'est qu'un tissu de chagrin, de misère et de souffrances. Les douze conquérants succombent dans la lutte, et ils entraînent avec eux, au déshonneur et à la mort, la moitié de ceux qu'ils ont convaincus. Cependant leur victoire est assurée. La croix debout menace plus que jamais les infamies païennes, le sang des martyrs fait germer des chrétiens : Sanguis martyrum, semen christianorum. — Factum est! C'est faitl
C'est fait! Douze hommes sans nom, sans savoir, sans lettres, sans habileté, sans autre arme qu'un bois exécré, ont vaincu le monde, attaché par toutes les fibres de lame à ses erreurs et à ses vices, et s'efforçant de les protéger par la calomnie, la corruption et la violence. Douze hommes faibles jusqu'au ridicule, en comparaison de ces fiers Romains qui faisaient trembler l'univers, ont révolutionné et changé de fond en comble le plus grand des empires. Leur chef, un vieillard pusillanime qui avait renié trois fois son Maître à la voix d'une servante, leur chef a osé se mesurer avec la cité redoutable qui tenait en ses mains les destinées de l'humanité.
. . . . Aux flots de Césarée
Il laissa les débris de sa barque égarée;
Il marcha bien longtemps, solitaire piéton,
La croix dans une main, et dans l'autre un bâton;
L'âge et la pénitence avaient courbé sa taille.
Seul, il défia Rome et lui livra bataille I
Et cette Rome avait un empereur puissant
Qui, dans ses doux loisirs, jouait avec du sang,
Et des soldats si forts que, d'un seul coup de lance,
A l'univers mutin, ils imposaient silence.
Eh bien! comme l'épi dans la main du faucheur,
Tout Rome s'écroula quand parut ce pêcheur;
Les dieux prirent la fuite ; un évèque sans glaive
S'installa sur la place où Saint-Pierre s'élève;
Et ce fut un mystère à donner des frissons,
A briser notre corps et notre âme... Pensons ' !
À quoi penser, Messieurs, sinon à ces paroles de l'Apôtre : « Dieu a choisi ce qui est fou selon le monde, pour confondre les sages : Qux stulta sunl mundi elegit Deus, ut confundat sapientes. Dieu a choisi ce qui est infirme selon le monde, pour confondre les forts : Et infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia. Dieu a choisi ce qui est ignoble et méprisable selon le monde, ce qui n'est pas, pour détruire ce qui est : Etignobilia mundi et contemptibilia elegit Deus et ea quae non sunt, ut ea quae surit destrueret 2. » Si Dieu a fait le choix des conquérants, c'est son œuvre qu'il faut voir dans la con-