‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 73 sur 80 · Joan., cap. xiv · texte numérisé non relu

Joan., cap. xiv

time et l'admiration des peuples; il importe peu qu'ils ne sachent parler qu'une langue corrompue, puisque le miracle leur tient lieu de discours; il importe peu qu'ils soient dispersés, puisque le miracle les rallie d'un bout du monde à l'autre; il importe peu qu'ils soient sans soutien naturel, puisque le miracle vient à leur secours, dès qu'ils en ont besoin; il importe peu qu'ils n'aient pour arme qu'une croix, puisque cette croix, féconde en miracles, guérit tous les maux qu'elle touche; il importe peu que la doctrine et la loi qu'ils prêchent passent pour folie dans l'esprit des gentils, puisque le miracle atteste qu'ils sont les envoyés et les représentants de la Sagesse éternelle; il importe peu qu'ils n'aient à offrir à ceux qu'ils convertissent que des opprobres et des tourments en ce monde, puisque le miracle devient le sûr garant des promesses qu'ils font pour un monde meilleur.

Que si vous supprimez la parole de Jésus-Christ et son accomplissement, il ne faut pas espérer, Messieurs, que vous échapperez au merveilleux. Il vous pour&uit à outrance, il vous saisit, il vous entoure, il vous demande un aveu, il réclame sa place dans l'histoire : vous ne la lui enlèverez pas, je vous le défends bien. Les apôtres ont vaincu le monde : « S'ils i'ont vaincu sans miracles, vous avez à l'in-

stant le plus grand des prodiges : «Si autem non faciebant miracula et tamen vincebant, longe mirabilius erat illud '. Cette immense merveille me suffit, que le monde ait cru sans miracles : Hoc nobis unum grande miraculum sufficit, quod terrarum orbis sine miraculis credilit 2. » Ainsi s'expriment saint Jean Chrysostome et saint Augustin, et leur raisonnement est sans réplique. Choisissez, car il faut choisir, choisissez entre l'absurde et le merveilleux. La conversion du monde, sans les miracles apostoliques, est un effet sans cause ' voilà l'absurde; ou bien c'est un effet de la toute-puissance de Dieu : voilà le merveilleux. Vous ne voulez pas de l'absurde, prenez le merveilleux. Dites avec moi : De deux choses l'une : ou bien les apôtres investis du pouvoir de Jésus- Christ, en étonnant le monde par leurs prodiges, ont assuré la victoire de la croix; ou bien Dieu s'est servi de leur infirmité, comme instrument d'une vertu cachée, mais souveraine, qui, prodige elle-même, a triomphé sans prodiges.

Comme un géant blessé par quarante siècles d'er- , reurset de débauches, le genre humain était couché dans l'ombre. La pourriture et les vers se mettaient à ses plaies; ses chairs déshonorées tombaient

i. S. Chrysost., In Primam ad Cor. Homil., v. n° 5. 2. S. August., Du Civit. Del, 1. XXII, cap. v.

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en lambeaux, comme celles d'un cadavre. Mais il avait bu je ne sais quelle liqueur fatale, et, pris d'une folle ivresse, il riait et chantait encore. La mort montait au cœur, à travers les tissus brisés de son corps; la mort allait glacer, tout à l'heure, le rire sur ses lèvres imbéciles, et étouffer dans sa gorge sa dernière chanson. Une voix se fit entendre...; c'était comme la voix d'un pygmée : — Au nom de Jésus crucifié, géant, lève-toi! — Et le géant s'est levé, et, d'un pas rajeuni, il a continué sa course vers l'éternité. Le géant vit encore. Ses blessures s'ouvrent tous les jours, au froissement des épines et des ronces qu'il rencontre dans son chemin ; mais la parole de Dieu qu'il a entendue, la croix qu'il porte sur sa poitrine, le mot mystérieux que je vois resplendir sur son front, miracle : tout cela soutient son courage. Quand son âme las sée aura rejeté la parole de Dieu; quand, repris de vertige et de folie, il aura foulé la croix sous ses pieds; quand, sur son front découronné, une main vengeresse aura écrit ce mot nouveau : anathème, — alors, le cri du prophète retentira une dernière fois dans l'espace : Factura est! C'est fait! Le monde ne sera plus, les siècles éternels auront commencé.

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