‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 74 sur 80 · DU MIRACLE SPIRITUEL DÉMONSTRATION MYSTIQUE DE LA VÉRITÉ DE LA FOI · texte numérisé non relu

DU MIRACLE SPIRITUEL DÉMONSTRATION MYSTIQUE DE LA VÉRITÉ DE LA FOI

Messieurs,

Le monde -visible n'est pas l'unique théâtre où s'exerce, par une intervention exceptionnelle, la toute -puissance de Dieu; l'histoire des faits extérieurs n'est pas l'unique témoin du merveilleux. Celui qui promène les astres dans l'espace et les arrête d'un seul mot ; Celui qui, par un acte transcendantal, surpasse toutes les forces de la nature et fait revivre ce qui n'était plus; Celui qui, depuis l'origine du monde, a multiplié les signes extraordinaires dont l'étude nous a occupés jusqu'ici, Dieu, le maître du dehors, est aussi le maître du dedans. Aux manifestations publiques de son autorité, il joint des manifestations cachées; aux témoignages sensibles, des témoignages sans forme ni figure, que

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l'âme seule peut comprendre; aux miracles physiques, des miracles spirituels. Il touche l'âme intelligente et libre, non pas de la même manière, mais avec autant d'empire qu'il touche les corps, et, sous ses mains très saintes, s'opèrent des transformations admirables, qui deviennent, pour certains individus, le principal motif de leurs croyances et le plus solide point d'appui de leurs convictions religieuses.

Sans doute, Messieurs, il ne s'agit point ici d'un phénomène que l'on puisse constater à la façon des prodiges extérieurs : quelque soin que j'apporte à rendre clair le sujet qui va fixer votre attention, il restera toujours entouré d'une ombre mystérieuse. Cependant il importe que vous en preniez connaissance : le miracle spirituel est un fait complémentaire, qu'on ne peut pas séparer de la question générale du merveilleux. Appliquons-nous à le définir, cherchons-en la trace dans l'histoire des âmes, et voyons s'il peut avoir la valeur d'une démonstration.

Quand un prodige extérieur agit sur l'esprit humain, soit immédiatement, par la présence actuelle du phénomène, soit médiatement, par le témoignage,

il se fait un double mouvement : un mouvement original de la nature, qui saisit et apprécie, à sa manière, la démonstration qu'on lui offre, et un mouvement de Dieu, qui incline la nature, avec douceur et suavité, vers un acquiescement définitif. Ces deux mouvements se fondent si bien ensemble, que l'âme convaincue ne les distingue pas. Finalement, elle reste sous l'impression des faits extraordinaires par lesquels une puissance supérieure s'est manifestée ; la vérité de la foi lui paraît venir du dehors plutôt que du dedans. Tel est l'ordre accoutumé, par conséquent telle est la loi qui régit la force démonstrative du miracle, et de tous les faits qui ont pour but d'établir la vérité de la foi. Mais à cette loi, Messieurs, il y a des exceptions, et ces exceptions ne peuvent être produites que par un acte particulier de la toute-puissance de Dieu : je me permets de les appeler des miracles spirituels. Ce nom de miracle, spécialement consacré aux phénomènes singuliers qui sortent de l'ordre physique, ne peut être employé ici qu'improprement; cependant, comme je n'en trouve pas d'autre, il faut bien que vous me le passiez.

Le miracle spirituel est un changement merveilleux, que Dieu lui-même opère dans l'âme humaine, afin de suppléera l'impuissance relative des preuves

extérieures qu'il donne de la vérité, ou à l'insuffisance des préparations rationnelles qui disposent l'homme à la foi. Ou bien l'âme, parce qu'elle manque de développement naturel, est incapable de subir une démonstration, ou bien elle en retarde Teffet, par sa grossièreté et son ignorance, ou bien elle la repousse, par indifférence et malice, ou bien elle manque de courage, pour avouer son état et dire : Je crois. Que sais-je, enfin? il est difficile de bien voir clair dans cet impénétrable lieu où la foi prend naissance, et, par conséquent, il est difficile de bien définir toutes les dispositions de l'âme, visà-vis de la vérité. Toutefois, Messieurs, soit par notre propre expérience, soit par les confidences douloureuses de cœurs amis, soit par d'éclatants témoignages, nous savons que l'homme oppose aux preuves les plus convaincantes, outre son impuissance native, des mépris, des lâchetés, des résistances incroyables. La lumière multiplie ses rayons: il ferme les yeux; l'autorité de Dieu le presse de toutes parts : il se fait insensible; ou bien il voit le vrai, il en ressent l'aiguillon : cependant il hésite, il recule, quelquefois il blasphème.

Avez-vous vu ces chevaux superbes et capricieux qu'un poids impatiente et qu'un obstacle arrête court? Ils baissent la tête, arrondissent leurs sou-

pies jarrets, puis, l'œil effaré et les naseaux tremblants, ils se relèvent et se jettent violemment en arrière, au risque de renverser leur cavalier et de rouler eux-mêmes sur la poussière. On les ramène, on les rapproche, et, de nouveau, ils rebroussent chemin, jusqu'à ce qu'un vigoureux coup d'éperon fasse couler le sang de leurs flancs émus. Alors, ils se précipitent avec l'impétuosité de la foudre, et, par delà le mur ou le fossé qu'ils ont franchi, ils continuent un instant leur course rapide, puis s'apaisent peu à peu, encore tout agités du coup qu'ils ont reçu, tout tremblants de ce qu'ils ont osé, et sentant bien qu'ils ont été vaincus. Voilà l'homme, Messieurs, arrêté par son orgueil et ses passions, à l'entrée des plaines lumineuses du vrai et du bien, mais aussi dompté par une impression soudaine de la force divine, poussé à bout par un mouvement imprévu, contraire à ses habitudes, dispositions, inclinations, désirs, je dirais presque volontés, enfin, transformé par le miracle spirituel.

Que ce miracle existe, c'est ce qu'il est impossible de nier; car nons rencontrons, à chaque pas, sa trace dans l'histoire des âmes. C'est lui qui, sous une première forme, ouvre à la vérité chrétienne les portes du monde; c'est sa toute-puissante vertu lui achève la démonstration, si laborieusement con-

duite, des prodiges évangéliques. J'ai attribué à ces prodiges la foi enthousiaste des apôtres, l'admiration suprême qui les prosterne aux pieds de Jésus- Christ, l'amour généreux et dévoué qui les pousse au sacrifice de leur vie, et j'avais raison, Messieurs : les merveilles opérées par le Sauveur, revivifiées en !quelque sorte dans les splendeurs de son humanité ressuscitée, suffisent à préparer un si grand résultat. Cependant, la vérité de l'histoire veut que nous recourions à un miracle solennellement promis par le divin Thaumaturge. « Je vous enverrai, disait-il à ses apôtres, un autre consolateur, et, quand cet Esprit de vérité sera arrivé, il vous enseignera toute vérité : Cum venerit ille SpiHtus veritatis, doccbit vos omnem veritatem *. *

Eh quoi! la vérité n'est-elle pas assez enseignée, définie, démontrée? N'est-ce pas assez des démoniaques délivrés, des malades guéris, des morts ressuscité-, de la nature ébranlée, des sépulcres brisés, de la victoire glorieuse de cette chair mortelle, qu'on avait vue s'éteindre dans l'opprobre et d'inénarrables tourments? Non, Messieurs; le rude esprit des apôtres est touché, assoupli, convaincu, si vous le voulez, mais non pas à ce point qu'il goûte

i . Joan , cap. xrr, 13.

la vérité, ni qu'il éprouve le besoin de la confesser publiquement et de la répandre dans tout le monde. Que faut-il donc encore? Un miracle suprême, le miracle spirituel. Celui qui, dans les cieux, termine le mouvement de la vie divine, Celui dont la mission est de tout achever et de tout parfaire, l'Esprit- Saint descend, et, par le prodige de sa présence et de son impulsion triomphante, il achève et parfait la démonstration commencée de tous les prodiges, Ses rayons invisibles, mais tout-puissants, éclairent mieux que les merveilles du dehors la physionomie de l'Homme-Dieu. C'est lui qui surmonte sans retour toutes les hésitations et incertitudes de la nature, par un témoignage intime et profond auquel les apôtres reconnaissent, à n'en plus douter, que Jésus-Christ est vérité : Spiritus est qui teslificatur quoniam Jésus est veritas *. Il remplit leur bouche de ces discours soudains et étranges qui troublent les cœurs : Repleti sunt Spiritu sancto, et cœperunt loqui '. Il les soutient dans la lutte, enfin, il les fait et nous les montre tels qu'ils seront jusqu'au dernier soupir : ennemis infatigables de toutes les erreurs et de tous les vices, prédicateurs universels de la croix, conquérants d'un monde perdu de cri-

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