‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 17 sur 91 · IV Reg., cap. iv, v · texte numérisé non relu

IV Reg., cap. iv, v

ments? si Dieu sedoit a riiomme qui s est dispose, pourquoi se retirerait-il ?

(Test id, Messieurs, que je louche le vice capital de Fopinion qui fait de la prophetic un acte mixte. En attribuant a Fhomme le pouvoir de s elever luimeme jusqu en la region intermediate oul inspiralion vient surement au-devant de lui, elle affirme un droit que Dieu n a jamais reconnu ; car, s il Feut reconnu, nous en verrions plus que des traces, nous en verrions un monument solennel dans la constante uniformite de vie des prophetes : tous seraient, a des degres divers, c est vrai, mais dans un ordre invariable, les sages, les robustes, les riches, les grands de Maimonide. Or, c est ce qui n est pas : a cote d un docteur verse dans toutes les sciences humaines, nods rencontrons un homme ignorant et naifcomme un enfant; celui-ci est patre, celui-la fils de prfetre ou de roi; Tun vit au desert et n a d autre compagnie que les ours de la montagne, Tautre frequente la cour des princes et siege en leurs conseils; tels meurent sur un trone glorieux, tels sont voues a Tignominie, a Topprobre, a la per secution, au martyre. Aucuns ne se ressemblent, bien que tous s accordent dans le meme ministere et 1 objet final de leurs revelations. II faut done conclure que Fopinion du Thomas d Aquin des Juifs a

pris sa source dans cette science charnelle qui, uniquement oceupee de Tordre temporel, ne s est jamais appliqu6 qu a 6touffer, sous des interpretations toutes materielles, la spiritualite de la loi antique. Ecoutons le vrai Thomas d Aquin : La prophetie, dit-il, appartient purement et simplement aTinspiration divine : Prophetia vere el simpliciter dicta est ex inspiratione dimna. Gonsiderez que Dieu, en tant que cause premiere et universelle, n a nullement besoin de matiere ni de predisposition dans la mature, pour produire des effets corporels; mais il peut produire a la fois et la matiere, et la dispo sition, et la forme. II en est de meme des effets spirituels : aucune disposition n est preexigible ni preexige; mais Dieu peut produire, avec Teffet, la disposition convenable, telle qu elle est requise selon 1 ordre mme de la nature. II pourrait aller plus loin, c est-a-dire creer simultanement et le sujet, et

la disposition prophetique, et la grace prophetique

elle-meme . D ou il suit, Messieurs, que la com-

1. Est autem considerandum quod sicut Deus, quia est causa universalis in agendo, non prseexigit materiam nee aliquam materiae dispositionem in corporalibus effectibus, sed simul potest et materiam, et dispositionem, et formam inducere ; ita etiam in effectibus spiritualibus non praeexigit aliquam dispositionem, sed potest simul cum effectu spirituali inducere dispositionem convenientem, qualis requtritur secundum ordinem naturae. Et ulterius potest etiam eimul, per creationem, producere ipsum subjectum, ut

munication prophetique n exige de soi aucune dis position naturelle, mais qu en tout temps, en tout lieu, en toute circonstance, en tout individu, elle conserve son caractere de pure bienveillance; c est une grace gratuitement donnee : gratia gratis data. Quels que soient le regime etle temperament d un sujet, que le sang predomine, que la bile triomphe, que les nerfs soient maitres, que la lymphe noie fenergie dans ses flots tranquilles, il n importe : si

Dieu Ta choisi, ilsaura temperer ses ardeurs, soutenir sa faiblesse, et le rendre capable de subir les assauts de Tinspiration prophetique. I/admiration, 1 enthousiasme, la colfere et les pleurs 6clatent dans tous les milieux, sous la pression victorieuse de Celui qui connait trop bien le mecanisme de notre vie pour se tromper quand il veut en faire Tinstrument de ses operations. S il vient nous visiter, il n est pas besoin de recourir aux enivrements de ces mysterieux poisons qui remuent les esprits vitaux, ct produisent une excitation tout artificielle, pen dant laquelle 1 imagination voyage de r&verie en reverie, d extravagance en extravagance. Point de ces attouchements ni de ces passes qui endorment

scilicet animam et in ipsa sua creations disponeret ad oroplietiam, et daret ei gratiam prophetalem. (Sumir*. TheoL, 2. 2. p., quaest. 72, art. 3, c.)

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les sens, tiennent Tame, en quelque sorte, suspendae sur les confins de la matiere, et lui ouvrent des perspectives inconnues, il est vrai, mais toujours contenues dans les limites des causes naturelles. Point de ces Emotions sensuelles qui resultent d une habile combinaison des sons et des mouvements, et predisposent 1 ^me aux 6panchements; ces artifices ne conviennent qu a ceux qui desesperent de 1 inspiration ou qui 1 altendent d un esprit de bas tage. L Esprit divin orne et fortifie son sanctuaire, en menie temps qu il rillumine. Un paysan laboureson champ, un autre emonde ses oliviers, un prtre est en priere, un roi sort de son conseil, un esclave est soudainement appele pour expliquer un songe : tous sont remplis en un instant de 1 Esprit de Dieu, tous prophetisent.

La predisposition physique est done sans impor tance dans la communication prophetique; fen dis autant de la predisposition intellectuelle. Puisque Dieu peut rendre diserte la langue des enfants, il suffit qu il ait a son service une &me raisonnable. Quelquefois meme, ils en passe, pour confondre la

t6meraire audace de ceux qui osent lui desobeir : les betes parlent, pendant que les prophetes retieanent les benedictions que PEsprit-Saint a mises sue leurs levres indociles. L anesse de Balaam nous prft-

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che la souverainete de 1 inspiration, mieux que les ignorants qui en furent honores. Les ignorants ! il faudra bien qu un jour ils eontemplent Fessence divine et jouissent eternellement de la plus haute vision qui se puisse concevoir; pourquoi, des maintenant, ne seraient-ils pas capables de la vision prophetique ? N est-ce pas le mmeprincipe, le supreme intelligible qui se communique sur la terre et dans les cieux ? Du reste, comme le remarque fort bien le Docteur ang61ique, il n est pas necessaire que le prophete comprenne ce qu il dit ou ce qu il fait. Bien qu exprimees dans un idiome qu il connait on par des actions vulgaires, les revelations divines peuvent etre pour lui ce que seraient, pour un homme des cbamps, nos ^lucubrations metaphysiques, ou, pour celui qui n est pas initie a leur signi fication, les signes telegraphiques. II est depute, soit pour comprendre, soit pour parler, soit pour agir l . Dans le premier cas, il est tout naturel qu il ait Tintelligence deses manifestations prophetiques; mais, autrement, il peut ignorer le sens cach de ses paroles ou de ses actions, que Dieu se reserve d eclaircir quand le temps sera venu. Le prophete paiie ; mais, alors, sa langue est moins 1 interprete

i. Summ. Theol., 2. C 2. p., quaeat. 173, art. 4, c.

de ses propres pensees que 1 instrument docile d un maitre qui fait connaitre les siennes. Ma langue, s ecrie le Prophete royal, est la plume d un crivain qui se presse : Lingua mea calamus scribx velociter scribentis *. Ge phnomene, Messieurs, tient a la nature de la vision prophetique. Dieu meprise quelquefbis, dans ses inspirations, les lois de la perspec tive et transporte tout a coup Tesprit humain & d incommensurables distances. Les temps se pressent sans ordre, sous les yeux de celui qui les contemple, et il les decrit avant d avoir pu les distinguer. Quand nous sommes devant un tableau qui represente un paysage, notre regard saisit d abordle premier plan, en suit tous les contours, puis il file sur les lignes de la perspective et plonge dans les lointains. Les objets qui n y sont traces que par d obscurs lineaments prennent dans notre imagination, preparee par une premiere vision, les formes et les proportions qui leur conviennent. Mais telle n est point la vision prophetique. A propos d un objet sur lequel Tesprit s r arrete, un autre se presente. L inspire, sans qu il s en doute, renverse le premier plan, la figure du moment, et lui substitue le lointain, la realite future; ce n est qu apres 1 apaisement de ses transports qu il

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s apergoit que 1 Espritde Dieu a parle par sa bouche. Ainsi, David, annoncant les splendeurs du regne de Salomon, son fils, chasse tout a coup cette figure imparfaite et la remplace par le Christ, dont il de-

crit la majestueuse royaute sur tous les peuples et

tous les temps.

II est evident que celui qui produit de semblables merveilles n a pas besom de rencontrer sous sa main une force preparee par la lumiere naturelle. La predisposition iriteliectuelle, bien qu ilpuisse s en servir, ne le gene ni ne 1 aide dans la mission prophetique. En pouvons-nous dire autant de la pre disposition morale? Oui, Messieurs; un miserable, un pervers, un ennemi de Dieu peut etre force par lui de prophetiser, comme le fut Balaam, bien qu il s en defendit. N est=il pas ecrit dans 1 fivangile qu au dernier jugement les ministres infideles de Jesus- Christ se tiendront debout devant sa face adorable, et lui diront : Seigneur, n avons-nous pas prophetise en votre nom? Nonne in nomine iuo prophetam* mus? Et le Seigneur leur repondra ; Je ne vous connais pas : respondebitur eis : Non novi vus 1 . Ces illustres exemples prouvent, independamment de toute consideration, 1 absolue gratuite de la corn-

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