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munication prophetique. Gependant, nous savons que Tiniquite est odieuse au Seigneur, et qu il ne peut habiter avec elle; il offense sa trCs pure et tres sainte majeste, s il envoie son Esprit dans ies lieux infects que le vice a corrompus. Gela est vrai, Mes sieurs, si vous songez a la presence continue de PEsprit divin dans Tame des justes; mais rappelezvous bien que la prophetic suppose un acte transitoiredela partde Bieu,et que cet acte peut traverser tons les milieux. Ce qui fait Phomme bon, c est la grace immanente qui devient en lui la racine de toute bonte; mais cette grace s adresse principalement a la volonte, pour en ordonner Ies actes et Punir iinalement a Dieu, tandis que Pillumination prophetique s adresse principalement a 1 intelligence *. Elle a pour but Peducation de Pfiglise, et non la perfection de celui qui la re^oit immediatement. II peut done se faire qu un homme soit prophetiquement inspire, pendant que sa volonte demeure tou- 1 jours rebelle a la vertu, comme il peut se faire qu une nuee lumineuse se repose sur le sonamet d une montagne, sans fondre ses neiges ni repandre en ses flancs une vivifiante chaleur. L inspiration
i. Frophetia pertinet ad intellectum, cujus actus praecedit acium voluntatis, quam perficit charitas... Datur ad utilitatem Eccleslae sicut et alias gratiaB gratis datae... (Summ. Theol.t 2. 2. p., quoest. 172, art. 4, c.j
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n est, alors, qu une sorte d aurore boreale dont les flammes sans ardeur disparaissent, laissant apres elles,aux regions polaires qu elles ont eclairees, leur morne tristesse et leur profonde desolation.
Messieurs, la verite speculative qui ressort des considerations que vous venez d entendre, c est que, dans la mission prophelique, Dieu est une cause proprement et uniquement eiflcace, et queriiomme est une cause purement instrumentale. Voulez-vous connaitre maintenant la verite pratique? La void : Dieu, bien qu il n enchaine pas ses actes exterieurs dans les rigueurs inflexibles de la necessity, aime a obeir aux convenances qui nous les expliquent. Or, s il n est pas rigoureusement necessaire que rhomtne soit dispose physiquement, intellectuellementet moralement a la communication prophetique, il est convenable que la perfection, an lieu de proceder par brusques saillies, suive une loi de progres; il est convenable que leplus grand des honneurs ne couronne que des vies honorables; il est convenable que la prophetic, qui est dans 1 ordre des graces une surabondance, s adresse a ceux qui possedent deja une certaine abondance. C est pourquoi 1 histoire des inspires, auxquels Tantiquite juda ique a donne le nom venerable de prophetes, offre a notre admi ration des vies austeres,desespritsd elite, des coeurs
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purs et devoues, des hommes separcs, par un libre choix, de la foule ou s agitent les passions, et constamment occupes a entretenir avec Dieu un com merce sacre de prieres recueillies et de saints desirs. Entre eux et FEsprit qui les visite, de mysterieuses affinites sont preparees.
L Esprit divin, comme Fesprit humain, marche p6niblement dans une chair opulente; il deteste les emotions violentes d un temperament passionne* Tombe des cieux par la porte salutaire d oii s echappent tous les biens, il cbercbe, comme la colombe de Farche, le lieu de son repos. II descend de preference sur ceux qui, par une discipline severe, ont cbatle les appetits de la matiere et reduit la vie des sens, sur ceux qui lui offrent pour abri une chair tranquille et pacifiee, une chair configuree r autant qu il est en elle, a la transparence sans tache de T&me qui la vivifie.
L Esprit divin est la source des lurnieres. Les ignarants ne le rebutent pas; mais les savants, quand ils sont humbles, Tattirent, car il aimea se rencontrer lui-meme dans une intelligence ou son action est d^ja commencee par le travail d une forte pensee. Ses vives clartes donnent au genie ce je ne sais quoi d acheve, qui ravit notre admiration mieux que la soudaine elevation des impuissants a la contem*
plation des choses spkituelles et cachees. Amos, i homme des champs, me louche et m etonne; mais Isaie, Jeremie, Ezechiel et Daniel me transpor-
tent.
L Esprit divin s appelle saint, car il est le principe
de toute saintete. Ou sera-t-il mieux que dans les ames qui ont merits par leurs vertus de porter la moitiede son nom? II les possede d6ja. En les inondant de la lumiere prophetique, c est sa propre demeure qu il ^claire, c est une fte qu il celebre dans son temple , ou la vie mystique a deja immole ses victimes, les convoitises de la nature, et repandu, a grands flots, les chastes parfums de la priere.
Ces affinit^s, Messieurs, ne creent pas un droit, mais clles vous r^velent la v6rit6 tout entiere, touchant le premier concours de Thomme dans la mis sion prophetique. Aucune disposition n est rigoureusement requise; cependant,Dieu se communique generalement a ceux que leur vie prepare a Finspiration. Je dis que cette preparation est un premier concours seulement; car, 1 homme ayant regu les communications divines, il faut qu il les maniieste et qu il les prouve.
L illumination prophtique, comme tout pheno mena interieur, se manifesto de deux manieres : par des actions et par des paroles. Les actions silencieuses figurent les choses futures que Dieu a revelees, les paroles peignent etdecrivent; les actions passent, les paroles peuvent tre fixees, et se transmettre de generation en generation. Elles ont done plus de vigueur, de precision et d autorite; aussi ont-elles ete generalement mises en usage par ceux dont la mis sion propre etait d avertir, de menacer, de consoler le pen pie de Dieu, par des predictions. Us parlaient, soit enrep6tantles formulessacreesque TEsprit-Saint t eur dictait, soit en traduisant eux-mrnes les choses mysterieuses qui traversaient leur ame ravie. J ai deja explique, Messieurs, cette double manifestation des communications divines; il est inutile que je nfyarrete pluslongtemps. Permettez-moi seulement une remarque int^ressante sur le langage prophetique. 11 se distingue, dans la litterature saere, par sa profonde originalite, ses vigoureuses proportions, son incomparable splencleur. Gela tient, sans doute, a la merveiile iondamentale qui en est comme la vie,
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ainsi qu a Timportance et li la majeste des evenements qu il annonce; oiais il nefaut pas oublier non plus les fortes emotions ni le violent enthousiasme dont il procede. Le genie, travaille par une inspira tion surhumaine, nepeut se contenter des vulgaires periodes dont nous nous servons pour rendre nos pei> sees; illui taut des mouvements, des nombres, des cadences, qui expriment ses divins tourments; et, d autre part, la sagesse eternelle, qui, depuis le com mencement, se joue dans 1 immensite des mondes ouellea tout dispose avec nombre, poids et mesure, semble se plaire au rhythme du langage. G est la poesie; la poesie, ou la pensee se condense pour jaillir avec plus d impetuosite et d eclat; la poesie, qui precipite ia verite, en cascades harmonieuses, jusqu aux sublimes profondeurs de Fame humaine; la poesie, qui fait marcher les grandes choses d un pas grave et solennel, pour qu r on ait mieux le loisir de les contempler; la poesie, qui asservit la memoire, en mesurant les periodes, et Fenchaine mieux que la prose a tout ce dont il faut se souvenir; la poesie, forme exquise en meme temps que populaire, la poesie est, par excellence, la forme des manifesta tions prophetiques. Jacob chantesur son lit de mort, qnand, de ses mains tremblantes, il beriit les peres des douze tribus; Job chante quand, du fond de sa
misere, il apergoit, au lointain, la figure vivante dti RMempteur qu il doit voir un jour dans sa chair; David chante, quand le Christ et son figlise stimulentsa verve pardes apparitions ;Isa ie, Jeremie, Ezechiel, chantent, quand ils chappent a rhistoire contemporaine pour se jeter dans 1 histoire des temps futurs. Enfin, Messieurs, si voussentez quelque part, dans les divines Elcritures, le souffle poetique, presque en meme temps vous sentez le souffle prophetique.
Gr^ce, souplesse, vigueur, enthousiasme, majeste, autorite, touchante et admirable tendresse, ces qualites sont rpandues a profusion dans la poesie des oracles; et remarquez bien que I unit6 du principe etdu butn engendre point une fatiganteuniformite. L action de Dieu, dans la mission prophetique, transporteThomme; mais elle ne change ni sa nature, ni les circonstances au milieu desquelles ses dons se deploient *. II conserve son genie propre et sa forme originale; les comparaisons, les figures, les termes qu il emploie, nous rvelent son 6tat. Le patre, le docteur, le roi, le prtre, ne parlent pas le mme langage, et, bien qu ils soient tous maitres habiles en Tart de dire, on d6couvre, dans leur maniere et
1. Homo ex operatione divina non immutatur circa prophetiam. (Summ. Theol., 2. 2. p., quaest. 172, art. 3 ad l um .)
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leur style, les fluctuations de Fidiome dont ils se servent, depuis 1 age de la formation jusqu a 1 age de la decadence. Us sont les instruments de TEsprit de Dieu, et cet Esprit, dit le savant Huet, 6vque d Avranches, souffle dans leur Sme comme le vent dans les roseaux qui croissent sur le bord des fleu ves : tous rendent un son different, selon leur longueur et leur diametre. Si cette comparaison vous parait trop agreste, Messieurs, entrez dans la vaste nef de nos basiliques. L orgue, sous les mains d un artiste habile, fait eclater toutes ses voix. Les bourdons gmissent et soutiennent, par une marche savante et nourrie, les rnouvements de Taccord universe!; les trompettes resonnent en joyeuses et brillantes fan fares; les flutes, les hautbois, les gambes et les violes modulentun chant doux et riche a la fois : c est une prodigieuse variete dans une meme magnificence, ce sont des flots d harmonie qui remplissent le tem ple et meuvent nos ames ; ainsi, dans le temple de Fhistoire, la foule sacree des prophetes.
J ai dit, Messieurs, que le prophete devait joindre
la preuve des communications divines ci leurs ma nifestations. La splendeur du langage est un signe equivoque, qui ne nous revele qu imparfaitement Torigme d une mission; car on pent en abuserpour seduire. II faut done que Tinspire nous montre,
ailleurs que dans sa propre parole, Fautorite de \ Celui qui 1 envoie. Le peut-il? S il ne le pouvait pas, son ministere serait parfaitement inutile.
Prenez garde d abord a la puissance de ses affir mations. II a conscience de Faction mysterieuse qui transforme son &me; il est personnellement convaincu du fait intMeur de Finspiration. Ge fait, ii 1 exprime par des paroles au sens desquelles il est impossible de se meprendre. line dit pas, comrne la sorciere d Endor, que Fesprit de Python Fenvahit; comme Socrate, qu un genie le poursuit; comme 1 idole de Delphes, qu un demon Fagite; comme la Sibylle, Deus, ecce Deus, le Dieu, voici le Dieu, sans designer lequel; mais, clairement, fermement et solennellement, il affirme que FEsprit du Seigneur est entre dans son ame : Ingressus est in me Spiritus Domini; que le Seigneur lui a parle : Factum est in me Verbum Domini; qu il a entendu sa voix : Et audivi vocem Domini; que voici sa parole : H%c dicit Dominus. Evidemment, il a la preuve intime de sa mission, il estconvaincu. Or, Messieurs, le langage de la conviction, s il n est pas une preuve rigoureusement demonstrative de la verit<, a du moins le merveilleux et unique privilege de preparer toutes les preuves. II penetre notre ame, il Febranle, il lui commande Fattention, et ? dussions-nous ne pas nous
rendre a la force (Tune demonstration, il faudrait avouer que nous ne sommes plus aussi fermes dan? nos resistances, quand nous avons entendu la voij d un homme convaincu. (Test mon impression que je traduis ici; j ose croire que c est la votre, et que vous n etes pas tellement habitues acouvrir le mensonge du vetement qui ne convient qu a la verite, que vous ne croyiez plus aux convictions.
Comment n y pas croire, Messieurs, quand la vie d un homme parle avec plus d eloquence encore que ses discours? quand il est simple, doux, austere, pieux, zele pour la gloire de Dieu, devoue au Men des ames, pret a tous les sacrifices, quelquefois grand genie, toujours grand citoyen et grand saint? Est-ce que tant de vertus a Fappui d une affirmation n en prouvent pas la verite, et ne devons-nouspas croire, quand on nous le dit, qu une ame est le sanctuaire de FEsprit divin si deja elle est le sanctuaire de tout ce qui est bon, admirable et respectable ici-bas? Nous nous laissonsprendre a la parole d un honnete homme ;pourquoi douterions-nous de la parole d un saint? Pourquoi, Messieurs? parce que c est une chose grave qu une mission dont dependent la reli gion et la foi de Fhumanite; parce que nous ne saurions prendre trop de precautions centre les envahissements de Fambition deguisee par Thypocrisie. Etre
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convaincu, tre saint, c est tout ce que rhomme peut faire pourprouver les communications divines ;
, c est la que s arrete son concours dans la mission
prophfitique; mais ce n est pas assez : s il allait nous Iromper? Ce doute effroyable est encore suspendu sur nos tStes; il n y a que Dieu qui puisse le dissiper. Admirez ici le retour de la prophetic vers son principe. C est Dieu qui la commence, c est Dieu qui Tacheve. Le concours intermediate de rhomme est comme emprisonn6 dans les rivages de sa faiblesse. Ilparle au nom de Dieu; mais il faut que Dieu se prouve lui-mme, et termine, par une action glorieuse, le sublime mouvement qu il a provoque. Vous ne voulez pas, vous ne pouvez pas, malgre 1 assurance de ses convictions et la saintete de sa vie, croire le prophete, qui vous dit : Le Seigneur a parle : Hsec dicit Dominus; comment ferez-vous pour ne pas croire le Seigneur, qui vous dit : G est moi. C est moi; car ne voyez-vous pas qu aux oracles est melee une doctrine sublime, qui ne peut descendre directement du sommet mal 6clair6 de llntelligence humaine? une doctrine pure & laquelle ne se peut unirla perversity d un mauvais esprit? C est moi; car je donne a mon prophete, avec le pouvoir d annoncer, pour Pavenir, de grandes choses, le pou voir d operer, dans le temps present, de grands pro-
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diges. Le peuple murmure centre le Ndbi, qui lui promet des victoires et une terre fertile; mais les plaies d figypte, la mer Rouge, Feau du rocher, la manne, le, Sinai, protestent centre lui. Ezechias mourant doute de la parole d lsa ie, qui lui annonce la prolongation de ses jours; mais, devant lui, 1 ombre remonte sur le cadran, ou le soleil Fa fait descendre. Le miracle accompagne la prophetic, afm que ce qui est opere divinement fixe Pesperance et les desirs du coeur vers ce qui est divinement promis. G est moi; car void que les oracles, a force de marcher, rejoignent les tenements. Les temps les plus proches ont donne raison aux propheties qui en ont predit, a 1 avance, les diverses peripeties; pourquoi ne pas attendre avec foi ce qui doit s accomplir en des ages plus avances vers Tavenir? G est moi ; carles siecles sont revolus, les propheties sont arrivees a leur rendez-vous supreme, tout est con somme.
Sublimity et purete divines de la doctrine mlee aux propheties, miracles ^clatants, accomplissement des oracles les plus proches, confirmation des plus eloignes, rencontre de ces derniers avec le grand evenement qui les attend, telles sont, Messieurs, les preuves dont Dieu se sert a Tappui de ses communi cations. Ces preuves ont ete donnees, ou bien je ne
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comprends plus rien h 1 histoire. Pourquoi les prophetes rfont-ils pas 6t6 dedaignt-s par le peuplc, cornme dcs rSveurs enthousiastes? Pourquoi leurs ecrits ont-ils 6te conserves, avec un respect profond, par une nation divis6e et condamnee aux douleurs de 1 exil et aux opprobres de 1 esclavage? Pourquoi leur souvenir n est-ii pas demeure enseveli sous les ruines de la cite sainte? Pourquoi voyons-nous, a chaque pas, les generations antiques penchees vers Tavenir, dans 1 attente d evencments mysterieux? Pourquoi? Pourquoi? Repondez a ces questions, Messieurs. Vous ne le pouvez pas, si vous ne supposez les preuves decisives des communications divi nes. Veneration du peuple juif, conservation des Merits proph6tiques, perpetuite de leur renommee, attente des cations, autantde mysteresinexplicables qui dcconcerteront eternellement la sagacite des historiens les plus avides de savoir et les plus apres au travail, a moins que Dieu n ait complete le concours de Thomme et acheve la mission prophetique par une derniere emission de sa luuiierc.