‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 22 sur 91 · Ezech., cap. xxxvn, v. 12 ; cap. xxxix, v · texte numérisé non relu

Ezech., cap. xxxvn, v. 12 ; cap. xxxix, v

bourreaux, et d une voix mue il raconte des mysteres a donner le frisson aux plus fiers potentats, aux plus inexorables tyrans. Toute violence s apaise devant lui, et, quand il n est plus, sa parole et son souvenir portent encore a la bienveillance le coeur des rois. Us voient d un autre ceil les debris de la grande nation qu ils ont asservie ; car les prophetes Tont couverte du manteau de leur gloire.

II y a plus, Messieurs : grace a Tinfluence des prophetes, le peuple juif devient maitre au sein de Tesclavage. Ce n etait pas sans dessein que Dieu le frappait : il brisait une boite de parfums dont la bonne odeur devait se repandre dans Tunivers entier. La ruine de Jerusalem deplace momentanement le centre religieux du monde, et les Juif s vont chanter, pres des fleuves de Babylone, leur patrie perdue, les desunees des nations, leur theologie et leur antique sagesse. Le vrai Dieu se fait connaitre par la bouche des inspires, et, a plusieurs reprises, les idoles des nations, condamnees par des dits royaux, tombent aux pieds de Jehovah. Qui nous dira jusqu oii s etendit cette salutaire domination d une nation captive sur la conscience humaine? L Assy rieet la Perse etaient alors considerees comme le foyer des sciences divines ; les patriarches de la

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philosophic y venaient en pelerinage de tous les pays. N ont-ils pas rencontre les hommes prodigieux qui pr^chaient I unique et vrai Dieu? N ontils pas emporte dans leur patrie quelques-unes de ces graves et etonnantes maximes qu on peut lire dans leurs ecrits et dans nos saints livres? G est un mystere sur lequel la science n a pu faire jusqu ici que des conjectures; mais 1 antiquite, chaque jour mieux connue, nous revelera peut-tre la providentielle diffusion du souffle prophetique, la ou nous admirons les intuitions de la raison humaine. Quoi qu il arrive, il demeure etabli que les prophetes ne furent pas moins remarquables par leur influence que par leurs autres qualites.

Gette influence, les prophetes Pont obtenue, je le repete, par la franchise et la hardiesse. Au lieu de caresser les passions des peuples et des rois, et de recueillir les depouillesopimes dont se revetent tous ceux qui savent manier habilement la flatterie, ils n ont jamais eu devant les yeux que trois choses : Dieu, le temple et la patrie : Dieu qu on oublie, le temple qu on profane, la patrie menacee de mine. Des lors, ni la pourpre royale, ni la tiare sacerdotale, ni les funestes rages du peuple ne leur font peur. Ils crient anatheme aux rois corrupteurs, anatheme aux pretres iniideles, anatheme aux citoyens preva-

ricateurs, anatheme aux vices et aux crimes de toute condition et de tout age; mais, apres ces anathemes, de tendres gemissements, des appels patriotiques a la vertu mourante, des prieres desolees : Mon peuple, il est temps, voici les jours du salut, convertis-toi, convertis-toi et tu seras sauve : conlenimini et salm eritis. Jusqu au bout, ils rcstent citoyens;jusqu aubout,ilsrestent libres.Queleroise convertisse quand ils lui ont dit : Tu es un miserable, ou qu il les condamne a mort, que le peuple leve vers Dieu des mains suppliantes, ou vers eux des mains menacantes, quand ils ont prononce sur sa tete de ioudroyants oracles, ii n importe. Ils savent affronter les outrages, les supplices et les sanglantes executions dont furent victimes Isale, Jeremie, Baruch, Ezechiel, Michee et Amos, martyrs de leur grand courage et de cette sainte et indomptable liberte, dont doit s honorer tout liomme qui a regu mission de precher la verit.

Messieurs, YOUS venez de voir, dans ses traits generaux, la physionomie historique des prophetes. Je dois maintenant entrer dans les details, et faire passer sous vos yeux cliacun des predicateurs de Pavenir, aim que vous le reconnaissiez a son air de famille. Mais j ai peur d abuser de mes forces et de votre patience; permettez-moi de m arreter seule-

ment aux princi pales poques et de vous en pr6senter les plus grandes figures.

La race de Jacob avait vu s teindre successivement, dans la terre de Gessen, les peres des douze tribus. Les Pharaons oublieux faisaient peser sur elle un joug de fer, et pr6paraient sa prochaine extinc tion, dans la mort de tous ses enfants males. G tait fini des promesses qui avaient console la vieillesse d Abraham et illustre le trepas de son petit-fils, si Dieu, fidele a sa parole, n eut envoye un Ndbi. II 1 appelle au desert, le conduit vers ses freres en deuil, lui met entre les mains son pouvoir, et, aprs dix catastrophes dont Ffigypte gardera eternellement le souvenir, Israel delivre traverse la mer Rouge, sous la conduite de Moi se.

Moise, vous le savez, Messieurs, est 1 auteur du Pentateuque, le plus ancien de tous les livres ecrits de main d homme. Dans ce livre sont racontees les geneses du monde, de rhumanite et du peuple hebreu; geneses merveilleuses ou travaille deja le Verbe de Dieu, preparant la genese chretienne, oft il fait, de temps h autre, des apparitions, sous la

mysterieuse transparence des oracles et des figures. C est une des premieres gloires du liberateur des Hebreux, d avoir recueilli, avec les fails les plus an tiques de 1 histoire universelle, les propheties qui leur donnent a tous un caractere souverainement religieux. Mais, a cette gloire d historien, Moi se joint la gloire du prophete, et du plus grand de tous les prophetes de la loi antique, au temoignage de Dieu lui-meme : <r Et non surrexit ultra propheta in Israel sicut Moises quern nosset Dominus facie ad faciem : Et il ne s 61eva plus en Israel de prophete commeMoise, que le Seigneur connutface a face 1 . Non pas que Mo ise ait fait des predictions plus su blimes que celles des inspires qui vinrent apres lui, mais, par la multiplicity et rintimitS deses communi cations avec la divinitS, par le nombre des miracles qu il opera, par 1 autorite dont il jouit pour constituer la nationalite sainte d lsrael, par sa douceur, sa longanimite, sa patience, son zele infatigable dans les rudes labeurs de sa mission, que traverserent tant de fois les murmures, les ingratitudes et les infidelites de son peuple, il mrita d etre considers cornme le plus grand des hommes que Dieu ait suscit^s, avant Tavenement de son divin Fils sur la

1 Deut., cap. xxxiv,, v. 10.

506 FIGURE niSTORIQUE DKS rilOPIIETES

terre. Retire des eaux, ou il devait perir, par !a fille de Pharaon, ilfut prepare, par la science cachee des figyptiens, & cette Sminente sagesse qui devait faire de lui le plus illustre des legislateurs, et, avant que Dieu 1 eut appe!6, il etait deja instruit et puis sant en parole *. Tout ce que sa nature avait acquis au contact des savants devait tre sureminemment perfectionn6 au contact de Dieu. Sa vie ne devait plus compter que des jours et des nuits agites par rinspiration. A chaque instant, il extend une voix mysterieuse qui lui dit : Mo ise, leve-toi; Moise, viens a moi; Mo ise, ecoute-moi. G est la voix de Dieu. Dieu n epuise pas en lui toutes les merveilleuses operations par lesquelles il se communique aux hommes; mais a aucun homme il ne se communiquera comme a son serviteur Moise. Le Seigneur lui parlait face a face, nous disent les saintes Ecri tures, non pas avec cette impetueuse violence qui devait transporter, plus tard, les Isa ie, les Jeremie, les fizechiel, les Daniel et autres prophetes; mais comme un ami parle a son ami : Loquebatur autern Dominus facie ad faciem, sicut solet loqui homo ad amicum suum 2 . Je lui parie, dit plus loin le

1. Et eruditus est Mo ises omni sapientia ^o:yptiorurn et rot.ens verbis. (Act. Apost., cap. vu, v. 22.)

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