‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 21 sur 91 · Lib. V in, Luc., cap. VI · texte numérisé non relu

Lib. V in, Luc., cap. VI

Dans les cinq premieres poques, nous voyons se succeder presque regulierement des homines prodigieux, entoures (Tune estime et d une veneration meritees, et crasant du poids de leur immortelle renommee toutes les jalousies, toutes les haines de has etage, qui conspirent d ordinaire contre ce qui est grand. Y a-t-il quelque part un capitaine illustre, un roi puissant et magnifique, ils s effacent, dans les annales hebraiques, devant le plus humble des Ndbi; car le Ndbi est, de toutes les representations divines ici-bas, la plus glorieuse et la plus sainte. C est devant lui qu on se prosterne, c est lui qif on consulte, c est sa fureur sacree qu on redoute, et, quand il n est plus, on va pieusement baiscr id pierre de son sepulcre, pendant que 1 histoire iideie donne I liospitalite a sa parole toujours vivante. Des oracles si vneres de Cumes, de Dodone et de Delphes, quelques-uns a peine nous sont parvenus; des hommes, des femmes, dont Tame fremissait, disaiton, au passage du souffle divin, il ne nous reste lu un souvenir vague et confus, tandis que les ora cles des hommes de Dieu ont traverse tous les ages, et que nous connaissons encore le nom et la vie de ceux qui, pendant les cinq premieres epoques prophetiques, ont revele au peuple juif les mysteres de 1 avenir. Quand il ne nous resterait d autre sou-

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venir que ce supreme temoignage de la veneration du plus religieux des peuples, ce serait assez, Mes sieurs, pour fermer la bouche aux oppositions malveillantes que suscite, de c&te et d autre, Fesprit d erreur. Mais Dieu s est prepare lui-mme, dans Fhistoire des prophetes, plus d une victorieuse reponse.

Afin d ecarter de leur personne le soupgon d une industrie eoupable, qui met a profit le rang et le savoir, et exploite Fadmiration et le respect, afin qu on ne les accusat pas d un orgueil insense, qut, pour fuir Foubli, cherche des dupes, Dieu a pris ses prophetes a toutes les extremites de la society , dans la vie ignoree et paisible des champs, pres de la vigne qu ils ont plantee, a 1 ombre des oliviers et des sycomores qu ils cultivent, sur la trace des brebis qu ils conduisent aux paturages, dans la solitude ou ils meditent les per fections divines, a la tote du peuple, sur le tr6ne, a la cour des rois, pres de Tautel des holocaustes et sous le voile du sanctuaire. David, au jour de sa grandeur , chante sans rougir ses humbles commencements : Le Seigneur Fa choisi, il Fa tire du milieu des bergeries, il Fa regu en grctce et faveur quand il gardait les troupeaux, pour lui iaire paitre Jacob son serviteur et Israel

son heritage *. Amos tait un des pasteurs de Thecue. Je ne suis, disait-il, ni prophete ni fils de prophete, mais homme des champs, emondant les sycomores 2 . Habacuc venait de faire cuire luimeme le diner qu il portait a ses moissonneurs, quand Tange du ciel le prit par les cheveux et Temporta a Babylone 3 . filie et filisee charmaient, par leurs saints cantiques, les echos du Garmel. A cote de ces hommes modestes, nous voyons Abraham, pere de plusieurs nations, respecte des rois et toujours entoure de la profonde veneration du peuple juif; Jacob, tige sacree des douze tribus; Joseph, maltre de Tfigypte ; Moise, fondateur et legislateur d une r6publique qui a compte quinze siecles de vie; Samuel, juge en Israel ; Salomon, )e plus grand des rois et le plus grand des sages; Isa ie et Sophonie, issus de race royale; Jeremie et fizechiel, de race sacerdotale; Daniel, premier ministre du roi d Assyrie et rev&tu de toute son autorite. Telles etaient,

1. Elegit David servum suum, et sustulit eum de gregibus ovium : de post faetantes accepit eum, pascere Jacob ser vum suum et Israel haereditatem suam. (Ps. LXXVII.)

S.Amos fuit in pastoribus de Thecue... Non sum propheta et non sum fiiius propheiae : sed armentaiius ego sum, vellicans sycomoros. (Amos, cap. i, v. 1; cap. vii, v. 14.)

3, Erat autem Habacuc propheta in Judaea, et ipse coxerat pulmentum, et intriverat panes in alveolo, et ibat in campum ut ferret messoribus... Et apprehendit eum angelus Domini vertice ejus, et portavit eum capillo capitis sui, posuitque eum in Babylone. (Dan., cap. xiv, v. 32-35.)

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Messieurs, les diverses conditions des hommes que 1 incredulite du dernier siecle a accuses de se transmettre de Tun a 1 autre les secrets d une profession miserable, et d exploiter uniformement le peuple juif par un charlatanisme sacr6. La variete de leur point de depart les isole, et, si leur nom les rapprochedans unmme culte public, c est qiril rappelle une mission devant laquelle s eclipsent les noms de pere, de juge, de roi et de pretre.

Us ont fait honneur a cette mission par leur genre de vie. Quelques-uns sortaient des ecoles prophetiques, qui furent, pendant quatre a cinq siecles, la gloire et la consolation de Juda aussi bien que la derniere protection de sa religion mourante. La, ils attendaient la visite de Dieu, et s y preparaient par le recueillement et la contemplation, vivant pauvres, mortifies, silencieux, converts de la peau des betes fauves, couchant sur le cilice et la cendre, mangeant le pain dela charite ou du miracle. Les vieillards apprenaient aux enfants la musique sacre ; ils leur donnaient la matiere des odes qui devaient chanter la perfection de Dieu et la magnifi cence de ses ceuvres ; ils leur enseignaient 1 histoire du peuple elu, les dogmes, les rites, les ceremo nies de la religion, et tous s excitaient de la voix et de Pexemple, a la ferveur et au zele de la loi, de

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telle sorte que 1 Esprit. divin, quand il descendait, trouvait des sanctuaires ornes de toutes les graces. Les prophetes des ecoles taient les rguliers de Fantiquite sacree. Cependant,ilsne furent pas seuls honores du choix de Dien; a toutes les epoques, dans la vie seculiere, au milieu de la plus vive agitation et des plus affreux scandales, 1 Esprit-Samt a suscite des &mes g^ne reuses et vaillantes dans lesquelles toute la seve religieuse de la nation juive semblait concentree, et qui representaient la vertu jusque dans ses plus heroiques immolations. Depuis Abraham, qui abandonne sa terre natale pour echapper a la corruption, jusqu a Malachie, qui soutient, par ses robustes esperanees, le coeur du peuple pret a dcfaillir, les prophetes, en quelque lieu qu ils soient, se distinguent du reste des hommes par leur eminente saintete et se montrentdignes, atous egards, d etre des vases d election. II en est dont la vertu s*a^ faisse ; mais par quel repentir et quelles larmes elle est soudainement redressee ! Qui n a entendu les plaintifs gemissements du roi David, et qui n a conapris, en chantant avec lui son Miserere, qu il meritait encore que Dieu ne le rejetat point loin de saface, et que TEsprit-Saint ne lui fat point enleve 1 ?

1. Ne projicias me a facio tua, et Spiritum Sanctum tuum ne aut eras a me. (Ps. L.)

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Dussiez-vous, Messieurs, ignorer la vie de ces hommes de Dieu, il vous suffirait d entendre leur langage, poury voircommeen unmiroir leur vertu austere, la purete de leur coeur, leur devouement a /a patrie,leur zele impetueux pour la gloire deDieu, leur foi ardente, et, j ajouterai, leur noble intelli gence : tout ce qui fait les saints et les grands hom mes. On les a compares aux rapsodes vagabonds qui vivaient, au jour le jour, du debit de leurs legendes et de leurs reveries ; mais qui done a jamais chante, comme eux, le nom et les perfections de Jehovah, les beautes de la nature, le drame des passions humaines, les horreurs du vice, les angoisses du remprds, les douleurs salutaires du repentir, les gloires et les chastes delices de la vertu, la ruine des cites corrompues, letrepas des peuples maudits, les opprobres del esclavage, les tristesses de la mort, les joies de la d61ivrance, le triomphe de la resur rection, tous les mysteres de la providence, de la justice et de la misericorde divines? Leurs ecrits sont pleins, jusqu auxbords, d unem61ancolietouchante, d une eloquence passionne, d un enthousiasme lyrique, d une ivresse divine, qui toujours ont su ravir les ames elevees. G^est aupres d eux que les grands saints vont chercher les fortes emotions, aupres d eux que les grands g<nies puisent d immortelles

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inspirations, tant ils surpassent les chantres pro fanes qu animait, au dire des pa iens, le mens divinior* Des savants, qu on ne peut accuser de complicite avec les catholiques, se sont reproche leur tardive admiration pour de si parfaits modeles, et ont demontre, dans des Merits remarquables, que, de Routes les poesies, celle des prophetes est la plus sublime et la plus achevee. Vouloir les rabaisser sous ce rapport, c est tenter Timpossible, et j ai toufours cru voir, derriere les plaisanteries de 1 impiete, le rire desespre d une impuissante jalousie.

L attitude des prophetes est eloquente a Tenvi de leur parole. Comme je le faisais remarquer dernierement, ils se posent avec conviction en inspires de Dieu. Ils invoquent son esprit, -sa main, son verbe, ses apparitions, a Tappui de leurs oracles; ils interessent sa veracite; ils courent, sans hesiter, la chance terrible de compromettre et son nom et sa gloire, dans un milieu ou on les revere; ils se livrent, sans fremir, au monstre que redoutent les coeurs laches et les esprits intrigants : la publicite. Gette remarque est souverainement importante, Messieurs; car elle nous fait toucher Fendroit venerable de Tame humaine, ou git la sincerite. Le trompeur passe ou se cache; le prophete demeure et se tient debout sous le poVtique des temples, dans les rues et les

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places de la cite sainte. II est considere, et il se considere lui-meme comme un homme public : un horn me public, entendez-vous ? un homme mele a la vie populaire et implique dans les destinees de la nation. Done, point deces petits mysteres dont s entoure Timposture, point deces ambiguites captieuses qui abusent une petite troupe d illuinines, et dont le bon sens du peuple fait justice; point de sanctuaires t6nebreux, point de lueurs biai ardes, point de sta tues vides et retentissantes, point de contorsions grammaticales, mais la claire iumiere, le grand jour, la droiture et la fermete d un verbe incorrup tible, malgre les deux fantomes horribles qui se dressent devant quiconque reveridique le privilege de 1 inspiration : la loi, et le jugement de la posterite; la loi, dure et impitoyable aux faux prophetes emprisonnant leurs mouvements etleur parole dans une surveillance jalouse, et ne montrant a leur audace qu une issue, la mort ; le jugement de la posterite, qui doit abreuver de mepris leur cadavre deshoriore, et vouer a I ignominie leur imposture. Mais voyez comme les prophetes sont fiers devant depareiiles menaces. A la loi ils diseot : Je ne te crains pas; a la posterite : Je t attends, tarit ils se confient a 1 esprit qui les domine, tant ils savent bien que la vrit6 fuit les ombres, et que les 6vene-

ments justifieront t6t ou tard la publicit6 de lears oracles.

Cette admirable franchise que rien ne d6concerte, cette sainte hardiesse que rien n eifraye, ouvrent aux prophetes le cceur des peuples, des grands et des rois, et ils en profitent pour etendre partout leur salutaire influence. Suivez-les dans toutes les periodes de la vie d Israel et de Juda, toujours vous les verrez au poste dlionneur. Les justes, inquiets et tourmentes par la perversity publique, se groupent autour cTcux et leur demandent les conseils qui doivent les confirmer dans la vertu; les ames chancelantes se laissent ramener par leurs vives et touchantes exhortations; les prevaricateurs se courbent sous le poids de leurs menaces, et sentent se reveiller dans leur conscience la crainte du Dieu qu ils ont oublie pros des idoles; le peuple, decourage par ses revers, se ranime au bruit des oracles qui lui promettent Pimmortalite. Au jour de la dis persion, le prophete est a la t^te des phalanges plaintives qu un brutal conquerant conduit a la captivite; il pleure avec ceux qui pleurent, et repand a grands flots, dans les cceurs endoloris, le baume sacre de Tesp^rance. Si le peuple vit encore, s il garde ses lois et ses coutumes au milieu des etrangers, il le doit ses chers et puissants Ndbi.

Us ont dit : Console-toi, console-toi, mon peuple, bient6t tonsalut viendra: Consolamini, consolamini, popule meus, cito venietsalus tua. Us ont dit : Mon peuple, je te retirerai des sepulcres ou ta gloire est endormie, et te ram&nerai dans la patrie de tes aleux. Us ont dit : Israel est frappe a cause de ses prevarications; mais voici la parole du Seigneur: Je finirai la captivite de Jacob, j aurai pitie de la maison d Israel, pour la gloire de mon saint nom... Us habiteront dans leur terre avec confiance, ne craignant plus personne; car, moi, leur Seigneur, je ne cacherai plus ma face, je les reconduirai moim6me, apres les avoir rassernbls au pays ennemi et retires d entre les Strangers 4 . Us orit dit, et le peuple acheve tranquillement la coupe amere de ses epreuves. Les rois impies ont plus d une ibis rev6 Fextermination de la race de Jacob. Ses esp6ranees, ses menaces, son repentir, et sa fidelite au Dieu qui la chatie irritent ceux qui croient a Peternite de leur puissance et drobent au Seigneur les adorations du monde ; mais, au moment oft Fp6e va tomber et achever d un seul coup les infortunes de Juda, le Ndbi se pr^sente majestueux et redoutable com me une divinit6; d un geste il arr^te les

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