SEIZIEME CONFERENCE
DE LA RENCONTRE DES PROPHETIES MESSIANIQUES ET DES FAITS EVANGELIQUES DANS L ORIGINE
Messieurs,
Ce que je vous annongais dans la pr6c<5dente con ference, je vais le faire aujourd hui : je vais com parer les oracles aux fails accomplis, et achever
ainsi de preparer les conclusions qui doivent servir d appui a notre foi. Gette comparaison, d6ja vieille, semble manquer d attraits pour quiconque aime et recherche les considerations neuves et originales; elle seule, pourtant, peut saisir au vif nos intelli gences et y laisser dUneffagables empreintes.
Le Christ, d6sir6 des nations, n est plus pour nous, Messieurs; ou plut6t, apres les jours de son court pelerinage ici-bas, il est remonte vers Gelui qui Tavait envoye : il vit pres de lui, couronne de gloire
et d honneur; il lui montre eternellement ses plaies glorifiees; il intercede pour Fhumanite qu il a sauvee, et fait descendre sur elle des flots de grace et de benedictions. Gependant, il ne nous a pas laisses tout a fait orphelins : cache sous des signes qui le contiennent, il continue a demeurer present au mi lieu de nous; la foi triomphe de Finfirmite des sens et sait le trouver encore la ou notre ceil ne peut plus voir sa face tres sainte, notre oreille entendre sa parole benie. Tel est Fenseignement catholique. Jesus-Christ n est plus que pour notre foi, mais il a ete vu dans cette triste vallee; ila ete touche par ceux qui Font aime, par ceux qu il appekit ses enfants, par ceux qui, tout remplis du souvenir de son apparition, nous ont laisse de lui un naif portrait, devant lequel on se sent plus mu que devant tous les chefs-d oeuvre faits de main d homme. Deux ta bleaux existent, qui nous represented le meme personnage : Fun compost de mmoire, c est Fhistoire 6vangelique; Fautre compose par anticipation, c est la suite des propheties. S ils s accordent ensemble; si, dans Funcomme dans Fautre, nous reconnaissons une parfaite identite de traits, c est fini: notie iaiblesse est vaincue par cette adorable harmonie, et nous sommes obliges de confesser Fintervention di vine. Gomparons done le portrait prophetique du
OIUG1NE DE JESUS-CBRIST
Christ a son portrait historique.Mais, auparavant,con~ sid6rez, Messieurs, que les propheties qui ont pour but de representer la grande figure du Messie s etant successivement develop pees, jusqu a leur entier achevement dans la bouche de Malachie, on n en congoit bien Tensemble qu en les rapportant Tune a Fautre et en donnant a chacune sa position symetrique. L art sacre les rassemble, comnie Fart profane ras semble les fragments spares d une antique mosa ique; ce qui n etait tout Fbeure qu un amas confus de pierres de toutes formes et de toutes couleurs devient, apres un travail intelligent et patient, un
tableau magnifique plein de vie et de souvenirs : ainsi en est-il des oracles sacr6s. Religieusement recueillis dans tous les ages du monde et consciencieusement mis a leur place, ils nous .montrent une figure qui ne peut pas etre celle d un homme ordi naire, une figure qui personnifie evidemment Fidee obscure que nous ont tradionnellement conservee tous les peuples et Fesperance glorieuse que la na tion juive portait dans son sein : la figure de Gelui que, dans notre langage Chretien, nous appelons ie Christ de Dieu, Jesus, sauveur du monde.
II nous est impossible d embrasser d un seul coup toutes les propheties. Nous tudierons seulement aujourd hui celles qui se rapportent a Forigine du
Messie, et nous les comparerons a ce que 1 histoire evangelique nous dit de Porigine de Jesus-Christ. II y a, sur ce point, deux choses a examiner : le fait m&me de la descendance, les circonstances de ce fait.
Tout homme a sa gen&se; tout homme remonte plus ou moins loin dans le pass6, pour y saluer ses aieux; mais, en consultant leur histoire, il ne s y rencontre point lui-mSme autrement que dans len gouttes d un sang fertile, qui suit sa pente sans savoir ou il va. Aucun de nous n a 6te attendu, desir etaime,jenedis pas depuisroriginedumonde, mais un siecle seulementavantson enfantement. Le Messie seul a eu ce privilege; le germe dont il devaiteclore se faisait sentir a ses anctres, parce que Dieu 1 avait nommement b6ni, et que, de temps a autre, il le montrait h. ceux qui le portaient dans leur sein.
Une premiere promesse est faite au couple infidele qui a trahi par sa dfisobcissance les desseins de Dieu, alors que, tout pouvant6 de sa chute, et courbe sous le faix d un anatlime, il va desesperer de son salut. Cette premiere promesse est environ-
ne (Tune ombre mysterieuse; mais elle se rallie trop evidemment a celles dont les patriarches seront depositaires, pour qu il nous soil permis de la mepriser. Les plus savants interpretes des traditions bibliques, meme dans Fcole juive, reconnaissent qu elle designait, sous une forme metaphorique, les jours benis du reparateur, et le pere du genre humain y vit assez clairement une esperance, pour qu il ne demeurat pas confondu par le souvenir de son p6che, et qu il se crut le devoir de latransmettre & sa posterite, avec le triste heritage de la douleur et de la mort. Dieu dit done au serpent : Je mettrai des inimities entre toi et la femme, entre ta semerice etlasienne; elle te brisera la t6te, et toi, tu chercheras & la mordre au talon : Inimicitfas ponarn inter te etmulierem, et semen tuum et semen illius : ipsa conteret caput tuum, et tu insidiaberis calcaneo ejus { . Le serpent, auteur de nos maux, c*est-a-dire le de mon, est maudit sur la terre comme il a ete maudit dans les cieux; son ennemi, c est le fils de la femme; un jour viendra ou le fils de la femme triomphera de toutes ses embuches et lui 6crasera la tete. Tel est, Messieurs, le sens naturel et raisonnable de cette figure delangage empruntee aux circonstances dans
i. Gen., cap. in, v. 13.
162 LES rROPIlETIES ET LES FAITS
lesquelles la promesse fut faite. Les anciennes para phrases judaiques ne s y sont pas trouipees, et Tune d elles, commentant ce passage qu elle considere comme un oracle divin, ajoute qu il sera accompli tout a fait a la fin des jours, dans les jours du fils de la femme, c est-a-dire dans les jours du Roi-Messie : In fine extremitatis dierum, in diebus ejus nimirum regis Messix*. Dire que Dieu n est point sorti intentionnellement du sens litteral, et qu il a voulu simplement designer Thorreur instinctive qu eprouvent les hommes a la vue des serpents, notrehaine contre les reptiles, c est une puerilite des Juifs modernes que nous ne pouvons pas accepter.
Nous tenons done une premiere indication prophetique, touchant Forigine du Messie : il sera enfant de la race humaine. A cette premifere indica tion se rapportent des fables celebres dans 1 antiquite paienne. Le mauvais esprit Tryphon, dit Plutarque, sous la figure d an serpent, inonde la terre de miseres et de douleurs; mais la femme Isis vient venger le monde, en eteignant la rage et les fureurs de son ennemi 2 . La legende de Promethee, dramatisee par Eschyle, promet un liberateur issu d une des filles de 1 homme. lo demande au