‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 31 sur 91 · Ultima Cumsei venit jam carminis getas · texte numérisé non relu

Ultima Cumsei venit jam carminis getas

Magnus ab integro sseclorum nascitur ordo.

Jam nova progenies coelo dimittitur alto... Ille Deum vitam accipiet, divisque videbit Permixtos heroas, et ipse videbitur iliis; Paratumque reget patriis virtutibus orbem...

Aggredere o magnos, aderit jam tempus, honores, Cara Deum soboles, magnum Jovis incrementum ! Adspice convexo nutantem pondere mundum, Terrasque, tractusque maris, coalumque profundum; Adspice venture Ia3tentur ut omnia saeclo.

(Virgil., Eglog. IV ad Pollionem.)

Regarde devant toi, le globe s incline et te salue.

La terre, la mer immense, le ciel profond,

Regarde, tout est en joie 1 approche du siecle qui vient.

Voila, Messieurs, un fait immense que 1 incredu- Iit6 a ete obligee d avouer et dont elle n a jamais pu, malgre tous ses efforts, att6nuer la porte. A quoi devons-nous 1 attribuer? A la dispersion primitive des branches de la famille humaine, emportant dans ses traditions la promesse faite au premier homme? A Tinfluence des sages, qui, courant a travers le monde, la recherche des choses divines, vinrent s inspirer aux foyers ou 1 inspiration, toujours vivante, 6tait sans cesse enrichiepar de nouvelles flammes? A la captivite des Juifs, qui, brises par les coups d une inexorable justice, repandirent sur les terres de leur exil le parfum de leurs croyances? Oui, Messieurs, Unites ces causes nous expliquent I attente universelle du lib^rateur; mais n oubliez pas, je vous prie, la plus efficace, je veux dire les prodigieuses peregrinations de Juda, pendant les quatre siecles de silencieuse attente qui precederent le grand evenement. Quand il arriva, les temps etaient pleins, et I univers etait pr6t.

Dieu ! je n ose pas toucher encore & votre Promis. Permettez-moi auparavant une respectueuse ques-

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lion. Vous pouviez, d un seul trait, peindre a Porigine la figure prophetique de votre Christ, et la transmettre, par la \ 7 oie traditionnelle, a toutes les generations. Poarquoi ne 1 avez-vous pas fait? Pourquoi avez-vous choisi les voies, plus compliquees, en apparence, d un developpement progressif ? Mes sieurs. Dieu ne fait rien sans raison; car il est la

sagesse infinie. Peut-tre ignorons-nous encore le dernier mot de ses desseins en cette circonstance; cependant, notre faible esprit peut sesatisfaire et repondre a la question que je viens de poser, par des considerations qui confirment cette raison supreme dont se contententles ames humbles : Dieu Fa voulu ainsi : Sic voluit Deus.

c; Deux choses, dit un apologiste, entraient dans les vues dela sagesse supreme. La premiere, qu il y eut une esp6rance quelconque du Messie; elle y a pourvu des le moment oft le p^che de Thomme a rendu la reparation necessaire, par une premiere promesse, pas tres claire, mais suffisante pour cet objet. Laseconde, qu au moment ou ce liberateur du genre humain arriverait, il Mt tellement signale, que les hommes vertueux et de bonne foi pussent facilement le reconnaitre. II n 6tait pas necessaire aux premiers p6res de connaitre les signes precis d un Messie qu ils ne devaient pas voir; mais la connais-

sance de ces signes etait indispensable a ceux qui devaient etre temoins de sa venue. G est cette connaissance detaillee qu a donnee la suite des oracles rendus et recueillis dans le cours des siecles. Ce que les premieres promesses avaient d obscur a ete 6clairci,d abord par la succession des predictions subsequent3s et plus detaillees, et ensuite porte au plus haut degre de clarte par raccomplissement entier et litteral de toutes ces propheties jusque dans leurs moindres details, en la personne de Jesus-Christ *. > Ajoutez a cela, Messieurs, que Dieu se devait aux Juif s qu il avail choisis, plus qu aux nations qui vivaient dans 1 oubli de son adorable majeste. C etait assez pour Tidolatre qu il attendit un liberateur, dont il avait refuse, par ses crimes, raugustepaternite; mais Juda, qui portait dans ses veines le sang precieux que recueillerait dans les siennes le desire des nations, Juda devait mieux connaitre son fruit. II 1 embrassait a Tavance, par une foi de plus en plus vive et des desirs de plus en plus ardents, et Dieu ne pouvait laisser sans recompense ces pieux et saints mouvements. II convenait, par exernple, que David, qui preparait un chef-d oeuvre a la gloire de Jehovah, son temple, regut de plus amples et plus pro-

1 . De la Luzerne, Dissertation sur les Propheties, chap. II,

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fondes communications que tous ceux qui 1 avaient precede. A ceux qui croient mieux que les autres, depuis que la lumiere eternelle est descendue sur le monde, Dieu envoie de mysterieuses revelations : pourquoi aurait-il refuse 1 accroissement de la lu miere prophetique, aux vrais croyants de 1 antiquite? Du reste, en prodiguant tout a coup les propheties,Dieu en eut epuis6 renergie religieuse. II fallait qu il les tint en reserve, pour chacune des epoques ou la foi de son peuple aurait besoin d etre soutenue par 1 esperance des biens evangeiiques. La semence d Abraham est benie, au moment ou il dit adieu a sa famille et & sa patrie, pour chercher la terre de promission. Juda presse contre son sein le Scilo, Fenvoye du Seigneur, quand les dieux d figypte demandent aux Israelites Tapostasie de leurs souve nirs et de leurs promesses. L esperance s attache ^ la famille de David, a la veille du schisme qui va diviser les tribus. Quand 1 epouvantable idolatrie des rois menace 1 avenir du peuple de Dieu, Isaie et Jeremie multiplient les traits etincelants; quand de longues annees d infortune decouragent les captifs de Babylone, Daniel precise Tepoque de raffranchissement supreme. Enfin, pour encoarager les debris de la nation dans la reconstruc tion du temple, les derniers Ndbi annoncent le pro-

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chain av&iement de Celui qui doit remplir de sa gloirela cite sainte et la maison de Dieu. Ainsi distri butes, les prophties, en mfime temps qu elles s enchassent dans 1 ensemble des oracles sacrs, agissent par une force qui leur est propre, et rSpondent

chaque besoin religieux du peuple de Dieu.

Ce peuple, attache par un ordre du Ciel a sa loi et

sa constitution, pouvait aisSment prejuger que le Seigneur avait ultSrieurement concentr6 en lui toute son action rSvelatrice, et qu il fallait rejeter toute autre relation. Ce prejugS, nous le rencontrons profond et vivace, chez les Pharisiens, contemporains de Jesus. Et pourtant les Juifs avaient ct6 avertis, de bonne heure et souvent, du changement qui devait arriver. En ajoutant continuellement aux oracles anciens des oracles plus rcents, Dieucondamnait, autant de fois qu il y avait de proph6ties, le pretexte d un attachement inviolable a 1 antique alliance, pour fuir la nouvelle.

Enfin, Messieurs, Dieu a conduit avec patience le d6veloppement progressif des prophSties, afin qu il nous fut permis de construire, contre PincredulitS, le plus formidable des arguments. II eut et< facile de supposer qu un tableau complet avait et6 introduit apres coup; mais tant de traits Spars qui se rapportent si merveilleusement, tant d arliculations

qui se joignent avec une si parfaite precision, tant d oracles qui s appuient, se confirment, se perfec tion nent mutuellement, tant de variete dans une chose si admirablement une, est-ce que cela peut tre 1 ouvrage d un miserable interpolateur? et ne serait-ce pas le comble de la deraison de supposer que cet interpolateur iut le hasard ? Plus on etudie le developpement successif des propheties, plus ii devient evident que Dieu, dans la preparation de son Messie, sauveur du monde, s est conduit conime dans la creation du monde lui-mSme, et qu il a etabli entre ces deux actes de sa toute-puissance une splendide analogic. II eut pu, d un seul coup, produire, avec les substances, 1 ordre et 1 harmonie universels ; mais il a voulu passer par toutes les phases d un travail gigantesque, qui menait progressivement chaque chose ci sa perfection. II divisela masse primitive; il en assujettit les fractions a des lois immuables; il tourmente notre globe, du centre a la surface, pendant des epoques dont la science n a pu determiner encore la duree; il ensevelit sous des couches nouvelles, des couches refroidies, et laisse tomber a toutes les profondeurs, dans toutes les positions, avec une foule de tresors, et le granit qui sert de base a nos edifices, et le charbon qui nous eclaire et nous chauffe. Or, cet immense

travail de Dieu se reproduit dans les ages de I humanite. II la bouleverse, il la revolutionne de mille manieres, jusqu a ce que 1 homme attendu, 1 homme type, et roi des creatures, des espaces et des temps, soit forme par une tres pure operation de son Esprit. Le Messie arrive, et, avec son figlise, il couvre les venements et les siecles antiques. G est dans leurs couches profondes que nous rencontrons lespropheties, c est-a-dire plus que Tor, 1 argent, les pierres precieuses dont se pare notre foi, mais son granit et son charbon, sa force, sa lumiere, sa chaleur : la force qui Tappuie, la lumiere qui Teclaire, la chaleur qui active et precipite sa vie. Evidemment, Messieurs, Dieu a bien fait; admirons-le, et, du fond de notre cceur, faisons monter vers lui cet eloge de la Sagesse : Seigneur, vous avez tout dispose avec mesure, nombre et poids : Omnia in mensurd, etnumero, et pondere, disposuisti, Domine *.

s. Sap., cap. xi, v. 21.

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