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Voyez douzieme et treizieme Conferences

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grossier qu ii soit, qui ne puisse le voir. En outre, le miracle vient en aide a la prophetic, tant que 1 evenement qu elle annonce demeure suspendu, car il prouve la mission de celui qui predit Favenir, par un reflet victorieux de la toute-puissance divine sur sa parole, et empeche ainsi qu elle ne passe inapergue. Le miracle aurait done, sur la prophetic, le double avantage de la populariteetdeFanteriorit6, au point de vue de la demonstration.

Mais, Messieurs, si nous nous elevens, par la re flexion, au-dessus de Fesprit populaire, et si nous considerons la prophetic a son tat de plenitude, apres sa rencontre avecles tenements, nous verrons bien que Dieu s y montre avec plus de splendeur que dans le miracle. D abord, elie est le miracle a son degre supreme. Rien ne ressenible mieux aux ombres de la mort et du neant que les ombres de 1 avenir, et, par consequent, rien ne ressemble mieux a Facte transcendantal de la creation que Invocation, faite a Favance et dans une simple parole, d un evnement sans relation immediate, directe, necessaire mme, avec les causes actuellement presentes. II ne faut rien moins pour cela que d etre sur de la toutepuiseance de son fiat. Et, encore, remarquez bien ceci, Messieurs : un astre qui s arrete, une mer qui se fend, un mort qui ressuscite, attestent "action par-

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ticuliere et passagere de I omnipuissance divine sur une loi qui reprend son cours, tandis que revocation de 1 avenir atteste Tirresistible et 6ternelle action de la volont6 de Dieu sur toutes les lois et toutes les forces du monde, la souverainet de son gouvernement, Tetendue, la perp6tuit6 etl infaillibilitS de sa science, la majeste de sa vie qui domine, avec une in comparable grandeur, tout ce qui est et tout ce qui se fait. Enfin, dans la prophStie, Dieu se montre comme le point central d oii tout rayonne, ou tout vient aboutir, dans lequel tout se resout. Puissance, science, sagesse , immensile , 6ternit6, manifestoes dans un seul acte, nous rfivelent le Dieu de toute perfection, le Dieu de tout et de toujours. Isaie avait done raison de jeter aux divinits du poly th6isme cette fiere pro vocation : Parlez, annoncez Tavenir, et nous saurons que vous 6tes des dieux : Annuntiate quce ventura sunt in futurum, et sciemus qui Dei estis vos *.

A la supOriorite de la force demonstrative de la prophetic, du cote de l 61evation, nouspouvonsjoindre une superiority d extension et de permanence. Un miracle ne saisit qu un certain nombre de spectateurs; mais tout un peuple peut etre convoque, oar les oracles, a la fete grandiose de leur accom-

/. Isai., cap. XLI, v. 23.

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plissement. Repandus longtemps a 1 avance, et enchaines dans les traditions populaires, ils eveillent, a la Ibis, Pattention et les esperances, et pr6parent au dernier coup de la Providence, a la supreme manifestation de Dieu, un plus grand nombre de t6moins. De plus, 1 evenement qu ils annoncent peut subsister pendant des siecles. Une transformation dans la vie du genre humain, par exemple, est un prodige stable dont chaque individu regoit le con stant benefice. Faisantpartielui-memedel^venement prophetise, il compare ce qu il est dans le present avec ce qui a ete dit de lui dans le passe, et Faction de Dieu sur ses destinies se revele avec toute la majeste des ages qui le s6parent des voyants dont il connait les predictions.

II suit de la, Messieurs, que les propheties offrent moins de prise que les miracles aux explorations de Tart et aux hypotheses de la science. Aussi a-t-on remarque que rincrMulite, armee contre les miracles des plus formidables oppositions, s est raontreed une extreme faiblesseal endroit des propheties. Origene reprochait a Gelse d avoir passe sous silence une preuve que ni les Juifs ni les heretiques n avaient os6 nier *. Freret, dont les objections ont embar-

1. Opinor, non potuit (Celsus) refellere argumentum inde ductum, quod neaue Judaei, neque ulla unquam ha3resis,

rass6, plus d une fois, les apologistes du xvm e siecle, se tait sur la question des oracles. Voltaire s est con tent^ de deconsiderer les prophetes, par de ridicules interpretations et de sales plaisanteries. Rousseau n a pu trouver qu un sophisme, auquel nous repondrons en temps et lieu. Enfin, un incredule contemporain, non moins celebre par sa fausse logique que par ses blasphemes, avouait a peu pres, en ces termes, la force de Fargument tire des propheties : Si Ton pent me montrer, dans 1 Ancien Testament, une seule ligne se rapportant au Nouveau, je me tiens pour battu *. II va sans dire que lui ne s est pas occupe de demontrer qu aucune ligne de TAncien Testament ne se rapportait au Nouveau; il a cru pouvoir se reposer, heureux et fier, sur sa provocation. Laissons-le de c6te pour le moment, et concentrons les notions que je viens d exposer, dans ce principe : Toute veri table prophetic demontre invinciblement ladivinite d une religion. Nous sommes au noeud de la question.

fitant donn6 que la prophetic atteste, au plus haut point, 1 intervention divine, qu en resulte-t-il pour

Christum prsedictum esse negaverint. (Orig. contra Gels.. lib. II, n 13.) 1. Proudhon. Le Miserere ou la penitence d un roi, petite

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telle religion, plut6t que pour telle autre? La proph6tie prouve-t-elle determinement autre chose que sa propre divinite? Nous accordons a 1 Esprit-Saint le pouvoir d illuminer la nuit des temps qui ne sont pas encore ; Toeil de I homme, devenu plus profond sous Faction de sa lumiere, voit les choses de 1 avenir : voila done un homme heureusement dou6. Dieu le traitant en favori, il doit r6pondre, par une vie / plus sainte, aux graces d en haut, et nous, nous devons admirer la bonte de Dieu, qui veut bien faire entrer un de nos semblables dans le secret de ses desseins. Mais voila tout. Nous pouvons servir Dieu comme nous 1 entendons; pourvu que soient respect6es les lois inn6es de la nature, nous sommes dans 1 ordre; la prophetic ne nous atteint pas, la prophetie ne nous touche pas, la prophetic ne change rien & notre vie religieuse.

D accord, Messieurs, si la prophetie n est qu une faveur ; d accord, si le prophete n a pas d autre mis-r sion que d anrioncer des ev^nements qui n ont aucun rapport, soil direct, soit indirect, avec notre vie reli< gieuse, quoique cette supposition ne soit pas s6rieuse ; car on comprend difficilement une deperdition, sans but, de 1 inspiration divine. Mais si le prophete pre-

. brochure pnblieo a Lyon, pendant le careme que le JR. P; Lacordaire precha dans celte viile.

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che au nom de Dieu, en mSme temps qu il prSdit au nom de Dieu, si les evenements qu il annonce sont eux-mmes une doctrine, s ils tendent unanimement vers les dogmes proph6tiques dont dependent les eternelles destinies de I humanite, si nous ne les voyons accomplis que dans une seule religion, 6videmment nous ne pouvons plus separer la religion de la prophetie. Toutes deux s embrassent et se tiennent 6troitement unies, la prophetic servant a la religion de preuverationnelle, la religion s imposant au nom de la prophetic. En vain vous ferez appel aux lois innees de la nature, a ces grands principes que vous dites tre la rfegle universelle et invariable des rap ports de l humanit avec Dieu : s il n y a rien, dans ces grands principes, qui soit en contradiction 6videirte avec la doctrine qu on vous prche au nom de la prophetie, vous devez accepter la premiere, a cause de la seconde; vous devez Taccepter, parce que Dieu n intervient, comme inspirateur, que pour vous faire comprendre qu il parle, et que sa parole s ajoute aux lois originelles de la nature, comme une loi nouvelle qui les confirme, les complete, les 61eve, les perfectionne, les transfigure.

Vous tes done pris, Messieurs, dans le reseau de la lumiere divine; comment vous 6chapperez-vous? La proDhtie vous enlace avec d autant plus de force,

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qu elle est, non pas seulementun reflet de la perfec tion de Dieu sur sa parole, comme le miracle, mais une preuve du mme ordre et du meme degre que la chose prouvee. Toute verite cacliee dans les espaces surnaturels appartient, ainsique nous Favons vu au debut de ces conferences, a 1 ordre prophetique, parce qu elleest Fobjet d une connaissance surhumaine. Si done un prophete mele a ses oracles la predication d une verite surnaturelle, deux visions surhumaines se trouvent reunies dans la meme in telligence ; Tune etant certaine, pourquoi 1 autre ne le serait-elle pas ? Mais voici qui est plus fort : la prophetic se rencontre avec la verite qifelle prouve, au meme degre de Tordre prophetique; car un evenement peut etre un dogme tombe des espaces sur naturels dans le lointain des temps : 1 Incarnation, par exemple, est un dogme et un Svenement. L oracle qui Tannonce etant accompli, le dogme passe a Tetat d evenement se prouve par Iui-m6me, et, s il en est une partie qu on ne voit pas, ce qu on en voit en devient, grace a la prophetic, Fin-fail lible garantie. Est-il un dogme prophetique qu il plait a Dieu de tenir suspendu jusqu a la fin dessiecles, comme le dogme de la resurrection generale ? les oracles, deja parfaits, nous en assurent le supreme avenement, parce qu ils sont la promesse remplie de celui-

la meme qui promet. En definitive, et c est la le dernier coup de la force demonstrative des proph6ties : parce qu elles sont les temoignages publics, solennels, directs, d6cisifs, de la science, de la sagesse et de la veracite de Dieu, dans ce qu il promet, elles prouvent, d une maniere publique, solennelle, directe, decisive, sa science, sa sagesse et sa veracit, dans ce qu il enseigne. J ai done bien dit : toute prophetie veritable demontre invinciblement la divinite d une religion.

Or, Messieurs, en presence de cette force demon strative, voici quelle est la mesure de nos pretentious. Nous revendiquons, a notre profit, 1 application rigoureuse des trois principes qui viennent d etre ex poses : Dieu seul connait 1 avenir et peut en eommuniquer la connaissance ; toute prophetie veritable est un temoignage manifeste de Intervention divine ; toute prophetie veritable prouve invinciblement la divinite d une religion. Faites la somme de vos sou venirs, et parcourez, d un rapide regard, la merveilleuse histoiresur laquellej ai etabli ma premiere demonstration : vous y verrez Dieu se montrer au plus haut degre de sa splendenr, en dega de la vi sion qui livre, a vos yeux eblouis, son essence ; non pas une fois, mais avec une misericordieuse prodigalite de Tacte transcendantal qui Svoque Tavenir ;

non pas pour se faire admirer, mats pour repandre le calice de sa gloire sur les enseignements sacres que notre foi ven&re et embrasse. Les faits caches dans les entrailles des lois naturelles sont les moindres objets de nos visions prophetiques. Les Ndbi ont prdit une suite d evenements et de prodiges, autour desquels se groupent la vie et les destinees du genre humain. Des le commencement, Tattention, les esperances et les desirs inclinent vers Favenir, et, jusqu a Tentiere revolution du temps decret6 par la Providence, les ages se peuplent d oracles. Israel, violemment arrache aux opprobres et aux douleurs de Tesclavage, entre dans une terre fertile oft la na ture lui prodigue ses dons : c 6tait dit. Infidele a la loi de Dieu, et prostitue aux idoles, il marche, courbS sous les verges de la justice divine, jusqu aux jours douloureux de sa captivity, et va pleurer, sur des rives etrangeres, son temple detruit, ses villes d^vastees et son pays asservi : c etait dit. Lav6 par les larmes de son repentir, il reprend, en chantant, le chemin de la patrie, et cfilebre son retour par de nouvelles magnificences : c etait dit. Goupable d un dernier crime, il promene, h travers le monde, les lambeaux de sa vie deshonor6e, et porte, sur son front, le signe fatal d une irremediable reprobation : e etait dit. Les grandes betes se dvorent f les empires

renversent les empires, jusqu a 1 avenement d une institution pacifique qui reunit tous les peuples sous une domination eternelle : c etait dit. Le dernier rejeton de la race royale de David vient au monde, an moment ou se brise le sceptre de Juda, avant la derniere semaine d ann6es qui precede la ruine de Tinfortunee Jerusalem et la supreme profanation de son temple : c tait dit. Enfant du miracle, il croit ei Tombre, et se manifeste quand Pheure est venue : les preparatifs de son apparition, ses vertus, sa pre dication, sa doctrine, sa loi, ses miracles, ses propheties, ses opprobres, ses soufirances, sa mort, sa sepulture, sa resurrection, son regne pacifique, spirituel, universel et eternel, tout cela etait dit; non pas par un seul homme, a ce qui serait d^ja urie force infinie, comme le fait remarquer Pascal, cc mais par une suite d hommes,durant quatre mille ans, qui, constamment et sans variation, viennent, Tun en suite de Tautre, prdire ce mfime avenement 4 . Les rayons disperses de leurs visions con vergent, de tous les points du temps, vers la m6me figure, et en eclairent les traits harmonieux. Et luimeme, Thomme prophetise, prophetise, et ses ora cles sont accomplis. Tous les peuples, eveilles par le

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