‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 78 sur 91 · II · texte numérisé non relu

II

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Les ennemis de la verite ehretienne pretendent que les oracles dont nous revendiquons Fautorite sont, pour la plupart du temps, des textes detournes de leur sens premier et litteral, des formules considerablement lastiques, que Ton applique plus ou moins bien aux fails accomplis. Une obscurite profonde, disent-ils, enveloppe les ecrits prophetiques,

et il est impossible de demeler surement les oracles,

s il y en a, dans la marche rhythmique et la tournure imagee de ces ecrits.

Messieurs, cette affirmation, telle qu elle est exprimee, est on ne peut plus fausse. II est bien vrai qu il y a des propheties dont le sens est obscur, et sur Tinterpretation desquelles les auteurs Chretiens euxm^mes ne sont pas parfaitement d accord : ces pro pheties sont en grand nombre. II est bien vrai encore que les metaphores et les allegories, le desordre lyrique des poemes, le passage subit d un sujet a un autre, la substitution, brutale en quelque sorte, des personnes qui parlent, tant6t Dieu ? tant6t Thomme, Tenonciation faite au pass d une chose a venir, Fensemble singulier et original, qu on peut appeler la manure des prophetes, rend parfois difficile Fhermeneutique de leurs ecrits. II est bien vrai, enlin, que, dans un certain nombre de propheties, parfaiment claires quant la substance, il y a des details

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vagues et indecis, des difficultes incidentes qui partagent 1 opinion des savants; mais il est bien vrai aussi qu il y a des proph<ties dont 1 interpretation catholique est unanime et invariable, quant au fond> et sur lesquelles nous nous rencontrons avec les vieilles paraphrases judaiques, qui, longtemps avant les evenements, les rapportaient au Messie. Toutes celles que nous avons citees sont de ce genre, Messieurs. Je ne les repeterai pas ici, car le souvenir n en peut tre effac6 de votre memoire ; et vous avez encore presente h la pensee leur merveilleuse rencontre avec Fhistoire de notre origine et de notre developpement. Le parallele des oracles et des faits a ete commence et s est poursuivi, sans que nous ayons violente les textes pour en obtenir une signification qui leur fut etrangere. Qu importe, aprescela, qu ily ait des ora cles obscurs, plus ou moins harmonieusement enchasses dans les pieces principales de 1 edifice prophetique? Nous les abandonnerons, s il le faut, tant nous sommes bien appuyes sur de solides et inebranlables predictions.

Ecoutez bien cet argument, il est decisif dans la question que nous traitons presentement. Les Livres sacres contiennent des propheties que tous les Juifs de Fantiquite, convaincus par la vie sainte, les mi* racles et ies oracles deja accomplis des voyants, out

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determin6ment appliquees au Messie. Or, ces propheties, nous 1 avons prouve dans le detail, sont si parfaitement eclaircies, sientierement justifiees par les 6vnements Chretiens, qu il est impossible d en chercher ailleurs raccomplissement. Done, elles se rapportent evidemment a ces evnements; elles en sont les predictions certaines et authentiques.

A cet argument, qu opposez-vous, Messieurs? La possibilite d une alteration ou d une flexion dans le sens des traductions? Mais nous avons les Septante, traduction faite par les docteurs juifs sur le texte hebreu, avant 1 epoque messianique; a c6te des Septante, la Vulgate, qui datedu premier siecle denotre nouvelle ere, c est-a-dire du siecle oil 1 hebreu, le grec et le lalin etaient en commerce reciproque; la

Vulgate, revue par un des plus illustres linguistes de rfiglise, saint Jer6me, dont le travail a regu Tappro- Lation des Juifs eux-mmes.

Direz-vous que Tinterpretation des Juifs differe de la n6tre? Mais en pourrait-il 6tre autrement? Puisqu ils ne veulent pas accepter le nouveau pacte de Dieu, il faut bien qu ils cherchentunautre sens aux oracles quil annoncent. Leurs plus vnerables traditi ons protestent, leurs plus anciennes coles les accuscnt de trahison. Divises aujourd hui surle sens des Ecritures, aprSs avoir 6t6 unis jusqu au grand

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nement, ils deviennent une preuve frappante de la fidelite de nos interpretations.

Gependarit, si ces interpretations sont fideles, comment se fait-il que les Juifs, 61ev6s a l 6cole des prophetes, et remplis d esperances et de desirs, aient refus6 de reconnaitre Jesus-Christ pour le Messie? Je vous avoue, Messieurs, que je n ai jamais bien compris la force de cette objection ; car, si nous consultons 1 histoire, nous voyons le peuple de Dieu se partager au milieu des temps, une multitude de Juifs entrer dans 1 figlise, tandis qu une autre multitude professe un inviolable attachement a une loi dont la mort est dcretee. Or, je ne vois pas pourquoi la conversion des premiers peserait moins, dans la ba lance de la critique, que I entfitement perseverant de leurs coreligionnaires. Le christianisme a commence par des Juifs, dont la posterite, aujourd hui multipliee a 1 infini, tient en equilibre la race maudite qui blaspheme contre le mystere de la Groix, dont elle n a vu que le c6t6 odieux. Les spirituels et les charnels sont encore en presence. Les uns ont compris le vrai sens des oracles,, et sont entres hardiment dans les nobles et saintes vues de Dieu; ks autres, tourmentes par de terrestres aspirations, attendent toujours un royaume temporel et un chef exterminateur, qui contente leur vengeance dans le

sang des peuples. Environnes de toutes parts de la tenebreuse horreur des prejuges qu ils aiment, com ment pourraient-ils recevoir la chaste lumiere d un Christ humilie, Messie d autant plus vrai que les contrastes, longtemps incompris, des propheties qui Tannoncent s embrassent et se concilient en sa personne? Ils ne veulent pas de lui : je suis tente de dire tant mieux, Messieurs. L unanimite de la nation juive, dans 1 aeceptation du Christ, eut ete un malheur ; car ses resistances etant prophetisees comme tout le reste, un Messie sans contradicteurs n eut pas ete veritable, et, si nombreuses que fussent les ren contres dans sa naissance, sa vie, sa mort, son regne, il eut fallu tout recommencer. Mais la contradiction a eclate, et persevere sous nos yeux; qu elle soit benie! Gen est pas une ombre qui puisse profitera nos ennemis, c est une lumiere qui acheve de nou& convaincre, puisque c est Taccomplissement d^un

oracle.

II est done Evident que ni les interpretations des Juifs, ni leurs resistances, ne peuvent detruire les rapports multiples qui existent entre les oracles messianiques et Thistoire du christianisme. Mais ces rapports, qui les a crees? Procedent-ils, comme nous le pretendons, d une disposition divine, en vertu de laquelle les evenements contenus a Tavance dans les

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propheties sont specifiquement determines par elles, ou bien sont-ils dus aux combinaisons du hasard et de Tindustrie humaine?

Le hasard, vous le savez tous aussi bien que moi, Messieurs, est une puissance aveugle. Permettez-moi de ne pas triturer ce lieu commun, mais de tuer rapidement le hasard sous les coups d une plaisanterie que j emprute a un grave auteur de quite : a A supposer qu un animal, une l,te monde, trace avec son museau, dans la poussiere, la lettre A, la croiriez-vous pour cela capable d ecrire couramment YAndromaque d Ennius J ? Non, assurement. Eh bien! le hasard, qu il nous plait de substituer trop souvent a la Providence, est moins intelligent que la bete immonde dont parle Giceron; s^il fait paribis des choses singulieres, je ne puis le croire capable d ecrire, dans 1 histoire de 1 humanite, les evenements prophetises, si nombreux,, si varies, si pleins de details, si vastes, si incroyables, de les ecrire, sans hesitation, a une ^poque precise, de les ecrire avec ordre, en ramenant exactement, sur un tableau parfaitement un, les traits epars d une preparation quarante ibis seculaire.

1. Sus rostro suo humi litteram A impresserit : nunc propterea suspicari poteris Andromacham Enuii ab eo describi posse. (Cicer., de Divinatione, lib. 1 7 cap. xiv.)

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II faut done laisser de cot6 cette miserable et infirme puissance, et deraander a Tindustrie humaine son concours. Or, Messieurs, le concours de 1 industrie humaine n est supposable que de deux c6tes : du c&te de J6sus-Ghrist et da cote de son Eglise.

Du c6te de Jesus-Christ, 1 hypothese est absurde. II ne pouvait determiner lui-mme ni le temps, ni le lieu, ni les circonstances de sa naissance. Les pro pheties qui ont pour objet des prodiges echappaient a toute ambition de les accomplir, s il n eut te qu un habile homme. Les oracles relatifs a sa mort ne pouvaient avoir d effet qu en vertu d une convention ridi cule, passee entre lui et ses bourreaux. Enfin, toute sa perspicacite, non plus que ses artifices, ne pouvait lui garantir le succes universel et perpetuel de son oeuvre, prophetis6e avec tant d clat et de pompe.

Du c6te de TEglise, la supposition est detruite par les notions que nous avons dveloppees tout a Theure, touchant Panteriorit6 des propheties. L figlise, bien qu on Fen accuse, n a jamais ete a meme de choisir les textes de PAncien Testament, et d en construire le parallelisme avec les faits accomplis, a mesure qu ils se presentaient. Les propheties avaient une existence propre et sui generis, dans les livres hebraiques et les souvenirs de la nation juive. Toutes elles etaient revetues d un caractere divin, rendu

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public et inerable, tant par les miracles que par I accomplissenient des oracles particuliers. II i allait done les subir, bien loin qu on eut le pouvoir de les determiner. L figlise n a pu et ne peut etre encore que la spectatrice impartiale et attentive du prodige qui va se developpant jusqu a la fin des siecles. EUe assiste aux evenements, constate leurs rapports avec les oracles; mais le canon proph6tique,depuis longtemps arrete, la met dans Timpuissance de composer elle-m6me ces rapports.

Les rapports existent, Messieurs; l incredulit ne peut ni les nier, ni les attribuer a des accidents fortuits ou prepares par 1 artifice des hommes; ceperidant, elle ne se rend pas encore. Profitant de nos aveux, elle abrite ses resistances sous une derniere question. Puisque Dieu voulait se manifester aux

hommes, dit-elle, pourquoi s est-il couvert de nua-

ges? Vous en convenez vous-meme : il y a des proph6ties obscures qui vous divisent; Tombre se mele indiscretement aux predictions dont vous pretendez tirer les plus vives lumieres. Evidemment, les oracles auraient pu etre plus clairs. Pourquoi Dieu s est-il ainsi menage? Nous ne le reconnaissons pas a cette malencontreuse epargne de science et de puissance. Messieurs, je vous ferai remarquer d abord que la guerre est au camp des Philistins. Pendant que les

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uns se lamentent dans les tenebres, d autres accusent le jour d etre trop vif et de blesser leurs pau~ pieres delicates. Depuis Porphyre jusqu a nous, il \s est rencontre des ennemis de la foi qui ont reproche a nos propheties, et particulierement a celles de Daniel, leur trop grande clarte : preuve manifesto, disent-ils, qu elles ont ete fabriquees apres coup. Si 1 iniquite se ment a elle-meme, et si elle se refute par ses propres mensonges, nous pouvons jouir en paix de nos demonstrations. Gependant, quand bien meme les impies de tous les temps et de tous les mondes se reuniraient dans cette seule question : Pourquoi les oracles ne sont-ils pas plus clairs? nous ne devrions pas nous troubler. Gette question est impertinente, mais facile a resoudre.

Toute manifestation de Dieu est un acte gratuit; ce n est done pas a nous de lui en prescrire la forme et 1 extension. Nous devons nous contenter, en ce genre, du minimum de la lumiere, des qu elle nous apparait certainement, et nous estimerheureux que Dieu veuille bien se pencher vers notre misere. Un seul oracle, mele d une certaine obscurite, suffirait pour rernplir de joie et de reconnaissance les ames de bonne volonte : combien plus tout un ensemble de predictions! Dieu a ses raisons pour se manifester ; il a ses raisons aussi pour temperer Teclat de ses

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manifestations; ainsi, il eprouve ladroiture de notre me et prend la mesure de notre bonne foi. La raison, bien disposee, se satisfait dans la splendeur de sa pre sence; mais les passions opiniatres, ne demandant que des pretextes pour se justifier, sont chatiees par la rencontre meme des difficultes qu elles desirent avec une coupable ardeur. Imposez silence a ces tyrans du sens commun, et bientot vous verrez les om-. bres tant redoutees s evanouir comme d elles-memes. II y a de Tobscurite dans les propheties. Pourquoi, Messieurs? Parce que nous ne nous plagons pas au point de vue precis d ou notre ceil embrasse la per spective generale des oracles et de leurs circonstances. Si c est Dieu qui parle, ce doit etre d une maniere digne de lui. Nous exprimons au futur les choses a venir; mais lui les designe comme si elles etaient deja passees, ainsi que nous le voyons dans une multi tude de propheties. Gette forme convient a sa majest^ dit Tertullien; car ce qu il a decret6 est pour lui une chose accomplie, et son indivisible eternite fait, de la diversity des temps, un ensemble uniforme a Tegard duquel il peut se dispenser d employer les expressions suspensives de notre langage 1 .

1. Divinitati competit, qusecumque decreverit, ea perfecta reputare, quia non sit apud ilium differentia temporis, apud quern uniformem statum temporum dirigit seternitas ipsa. Tertuliian. contra Marcion,, lib. Ill, cap. v.)

Dieu parle, mais aux hommes d une epoque, d un lieu, d une nation. Si les metaphores, les images, les allegories, le rhythme, le desordre lyrique, qui nous embarrassent, sont conformes au genie et a la tournure d esprit de ceux a qui s adressent les oracles, il est juste que Dieu les emploie ; car les predictions ont un double but : 6veiller une espe ranee d abord, ensuite former une preuve; 1 esperance avant la preuve. II importait que les generations qui vivaieni; dans Tattente du Messie comprissent les propheties qui 1 annongaient, dut notre imagination plus froide en gner, plus tard, Interpretation. Mais, puisqu il y a deux buts dans la force prophetique, vous ne devez pas les confondre : anterieurement a Tevenement, chaque oracle produit son effet, queile que soit sa lumiere, puisqu il augmente, dans la mesure que Dieu veut, Tesperance et les desirs des peuples qui n en verront pas Faccomplissement; posterieurement a 1 evenement, il faut consid6rer 1 ensemble, et chercher, ainsi que nous Pavons fait, dans le faisceau de toutes les predictions, la splendeur et la force de nos demonstrations. La pale et tremblante lu miere d un cierge eclaire mal les profondeurs d une basilique ; mais, quand des milliers de mains pieuses allument ensemble ce que PEglise appelle le chaste ouvrage des abeilles, le temple en feu nous revele

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toutes les mysterieuses beautes de son arcliitecture. Ainsi 1 histoire du christianisme, illuminee par la gerbe resplendissante des oracles messianiques.

Ne divisez done pas ce qui doit 6tre uni; ne cherchez pas, dans des inspirations isolees, un prtexte pour accuser la science et la puissance du grand revelateur; mais considSrez plutdt qu en menageant la lumiere, il ob&t a une loi de perspective intellectuelle, qui nous dmontre son admirable sagesse. Le monde prophetique, bien que superieur a la na ture, est en harmonie avec elle, et les visions y suivent les mmes regies. Ge qui est vu de loin differe de ce qui est vu de pres, et cependant c est le m6me objet. Votre ceil apergoit-il de loin un grand edifice, TSglise deNotre-Dame, par exemple? G est une masse immense, sombre et confuse ; mais c est bien elle, Thonneur de la cit6-reine, le temple glorieux, que des mains genereuses revStent de son ancienne ma gnificence. Vous approchez, les formes de Fedifice se dessinent mieux; vous 6tes sur le parvis, n allez pas plus loin : il est temps de contempler et les vastes portiques, et les colonnettes qui s elevent jusqu aux cieux, et les pampres qui volent de la base au sommet, et les delicates sculptures des galeries, et les statues des rois de Juda, ancetres de Marie, debout au seuil de sa demeure, et les monstres symboliques

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i se penchent pour votnir les eaux tombees du iel, et mille details encore qui 6tonnent et ravissent. C est elle, toujours elle la grande et belle Notre- Dame, mais dans toute sa grctce, son elegance, sa majest6. Messieurs, voila Fobjet supreme des proph6ties. le Christ de Dieu. II apparait des 1 origine du monde; le lointain 6tant immense, sa figure est ind6cise. Les temps se deroulent, les generations s approchent; peu apeu,les traits mieux formes s unissent a d autres traits. Quand le dernier des voyants a parle, quand Juda, pousse par la Providence, arrive au parvis de 1 histoire moderne, le meme Christ est debout, les coeurs fideles peuvent admirer en lui le Fils de I homme, 1 Enfant royal, le premier-ne de la Vierge, le Juste d lsradl, le Docteur des nations, le Maitre de la nouvelle alliance, le Legislateur universel, la Victime du salut, le Roi du monde, le Fils du Tres-Haut, Emmanuel, Dieu avec nous. G est la pleine lumiere, mais apres les ombres. Gela devait tre, Messieurs, et, si la lumiere est adorable, les om bres aussi sont adorables. Vous y cherchez des objec tions : moi j y trouve une preuve, dans 1 accomplissement d une loi. Puisse-t-elle vous imposer le res pect, en attendant que, frappes paries derniers coups de Tevidence, vous vous prosterniezaux piedsdu Mai tre des prophetes et de 1 objet divin de leurs oracles I

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