‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 40 sur 110 · NS LT FRS · texte numérisé non relu

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aussi décisive que celle d’aller au baptême de Jean-Baptiste ? 20 La petite leçon de théologie biblique que Dieu juge nécessaire de donner à Jésus sur lPaction du Saint- Esprit chez tous les prophètes, au moment où il lui révèle ce qu'il est pour lui, me paraît absolument déplacée. 3° La transposition après le baptême de l'entretien de Jean avec Jésus et de sa demande d’être baptisé par lui est évidemment un essai de résoudre la difficulté que présente la demande de Jean, placée, comme elle l’est dans Matthieu, avant la manifestation divine. 4° Les derniers mots dans l’évangile des Hébreux : «C'est ainsi qu'il convient que tout soit accompli, » sont certainement une imitation libre de ces mots du récit de Matthieu : « C’est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice. »

Etait-ce à la fentation, ou à la transfiguralion, que se rapportait la parole de Jésus : « Ma mère, le Saint-Esprit, me prit par un de mes cheveux et me transporta sur la montagne appelée Thabor? » Quoi qu’il en soit, comment méconnaître le caractère fantastique et légendaire de cette intuition : Jésus suspendu en l'air par un cheveu à la main du Saint-Esprit, sa mère ! On a voulu sans doute corriger ainsi Matthieu IV, 8: «Le diable emmena sur une haute montagne...» Etait-il possible de le faire d'une manière plus ridicule ?

Nous avons déjà parlé de la forme de la ZVe demande de l'oraison dominicale : « Donne-nous aujourd’hui le pain de demain. » Qui ne sent ce qu'il y a de maniéré dans celte opposition entre les termes aujourd’hui et demain, el combien est peu conforme à l'esprit et à la parole de Jésus cette: préoccupation du lendemain !

Le petit discours mis dans la bouche de l’homme paralysé de la main droite et dont l’auteur veut se donner l'air

d’avoir connu la profession, fait l’effet d’une paraphrase INICPAUN TS IT Xe 1

assez niaise, introduite à bon marché dans le simple récit évangélique. |

Le reproche que Jésus adresse au jeune homme riche, comme s'il eût été un mauvais riche à la façon de celui de la parabole, n’est nullement motivé, et l’homélie sur la

charité qu’il lui adresse est tout à fait déplacée. Comment

Jésus pourrait-il affirmer que rien n’est jamais sorti de la maison de ce jeune riche pour le soulagement des pauvres ? Il lui concède au contraire d’avoir rempli jusqu'ici tout ce que prescrit la loi, par conséquent aussi le devoir de la bienfaisance. D’après Marc, après avoir entendu l’affirmation naïve du jeune homme, il le contemple même

d’un regard plein d'amour; et il n'aurait vu en lui en même.

temps qu'un vil égoiste !

Dans la parabole des talents, l’auteur, trouvant sans doute trop sévère la peine dont est frappé, d’après Matthieu, le serviteur qui a enfoui son talent, le transforme en un dissipateur qui a dépensé la somme à lui confiée en vivant dans la débauche. Il croit ainsi renforcer l'application de la parabole, et il l’affaiblit. Il ne comprend pas que, pour un homme qui pèche par le détestable emploi de ses dons, il y en a dix qui les inutilisent fort honnêtement et par simple indifférence! Et cette classe la plus nombreuse serait oubliée !*

Le récit de l'apparition à Jacques est remarquable sous plusieurs rapports. D'abord, en faisant intervenir le serviteur du sacrificateur, auquel Jésus remet le linceul dont il est couvert, au sortir du sépulcre, ce récit suppose évidemment la présence au tombeau des gardiens dont parle Matthieu et Matthieu seul. Puis, le récit implique un fait absolument faux, la présence de Jacques dans le dernier repas et sa participation à la Sainte-Cène, comme s’il était l’un des apôtres. Enfin cette apparition à Jacques est

placée avant toutes les autres, au moment même de la résurrection, tandis que Paul, qui énumère les apparitions

dans leur ordre précis, assigne à celle-ci la quatrième

place (1 Cor. XV, 7) et que les autres synoptiques n’en parlent même pas. On voit dans tous ees traits l'intention très claire de l’évangile des Hébreux, de glorifier Jacques et de montrer que Jésus lui a accordé une place prépondérante; aussi Jésus rappelle-t-1l (certainement avec anticipation) son surnom de Jacques le Juste, et lui adresse-t-il l’allocution honorifique : « Jacques, mon frère! » Il fallait bien relever le chef reconnu de l’église judéo-chrétienne,

laissé à arrière-plan dans l’évangile.

Nous avons parlé plus haut du brisement de la poutre, substitué au déchirement du voile, et croyons avoir indiqué la raison calculée de ce changement (p. 285).

J'omets d’autres traits qui conduisent au même résultat et Je ne relève plus qu’une parole importante qui, d’après Hilgenfeld [Adnotahones ad evang. secundum Hebræos, p. 22)1, était citée dans le traité Schabbath du Talmud comme parole de l'Evangile, et que Hilgenfeld et d’autres pensent avoir appartenu à l’évangile des Hébreux : « Je ne suis point venu pour ôter quelque chose de la loi de Moïse, mais je suis venu pour ajouter quelque chose à la loi de Moïse. » C'était bien là la pensée des judéo-chrétiens modérés qui portaient spécialement le nom de Nazaréens. L’Evangile était pour eux un simple perfectionnement de la loi par l'adjonction des préceptes évangéliques aux commandements mosaïques. C’est ainsi qu'ils expliquaient l’expression employée par Jésus (Matth. V, 17) : accomplir (rAnçocæ) la loi, prenant ce mot dans le sens de compléter. La forme: « Je ne suis pas venu...., mais je

1 Dans son Novum T'estammentum extra canonem receptum.

suis venu...., » paraît bien prouver que c’est cette parole

de Jésus que l’évangile judéo-chrétien s’appropriait à sa

manière.

Je ne saurais m'empêcher de signaler ici une circonstance assez curieuse : Le mot mais (X\A&), dans le passage de Matthieu, se retrouve dans le passage araméen cité dans le Talmud sous la forme N°R fala), qui paraît être une imitation du terme grec. Je ne sais ni lParaméen, ni l’hébreu talmudique, et ne puis par conséquent juger de la valeur de ce fait; je dois me borner à le signaler. En tout cas, si ce passage est tiré de l’évangile nazaréen, il ne me parait pas laisser de doute sur le caractère secondaire de cet éérit.

Cette revue rapide des fragments connus de cet évangile rend à mes yeux complètement impossible la prétendue priorité de cet écrit relativement à notre Matthieu canonique. Qu'on parle d’une certaine indépendance relative du premier, cela se conçoit, quoique difficilement ; mais pour moi je ne vois dans ce que l’on allèêgue pour motiver ce jugement qu'une certaine habileté de l’auteur, qui a cherché à donner à son écrit une apparence d'originalité. Loin de réussir, 1l n’a fait, dans tous les exemples cités, que trahir à chaque fois son rôle d’amplificateur, parfois fort niais, parfois assez habile à servir les intérêts de son parti.

L'opinion que j’exprime ici est celle qu'ont défendue de Welle, Delitzsch, Bleek et bien d’autres; j'ai déjà cité Holizmann. Anger estime que «dans les choses dans lesquelles lévangile des Hébreux diffère de Matthieu, 1l offre le plus souvent une forme indubitablement dérivée. » Volkmar, dans Religion Jesu, etc., p. 407, s'exprime ainsi : € Tous les fragments de l’évangile des Hébreux que nous possédons trahissent leur origine secondaire par rapport à l’évangile de Matthieu. » Strauss, dans Dus Leben

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Jesu für das deutsche Volk, 1864, porte ce jugement : «On voit par ces passages, portant en grande partie l’empreinte d’une tradition postérieure, que l'évangile des Hébreux, bien loin d’être le Matthieu primitif, en est plutôt un remaniement postérieur. » (Voir dans Hilgenfeld lui-même, ouvrage cité, p. 13).

S'il en est réellement ainsi, c’est à l’évangile des Hébreux, et non à celui de Matthieu, qu’il faut appliquer les intéressants chapitres de Renan sur la composition de l’évangile araméen: primitif (Les Evangiles, ch. IV, V, VP.

Avant de quitter ce sujet, il convient d'ajouter un mot sur un autre évangile judéo-chrétien dont rend compte Epiphane (Hær. XXX), sous le nom d’évangile des Æb10miles, et qui portait aussi le nom d’évangile de Matthieu, Il doit donc avoir eu quelques rapports avec l’évangile des Nazaréens dont a parlé Jérôme. Il est facile de constater que celui-ei ne connaissait pas cet écrit, pas plus qu’Epiphane ne connaissait celui de Jérôme. Ces deux évangiles, maloré quelque relation, se distinguaient l’un de Pautre par bien des traits. Le nom d’Ebionites, par lequel Epiphane désigne le parti qui employait ce dernier, était pour lui celui d’un parti de chrétiens juifs très différents de ceux que Jérôme appelle Nazaréens. fs ne se contentaient pas d'observer pour eux-mêmes la loi, la circoncision, le sabbat, etc.; 1ls prétendaient aussi limposer aux paiens croyants. Leur doctrine élait en partie gnoslique, assez semblable à celle de l’auteur des Homélies Clémenlines, à Rome. Leur Christ était un archange descendant de temps en temps du ciel; c'était lui qui était apparu en Adam, puis de nouveau en Jésus avec le corps d'Adam dans lequel 1il avait été crucifié. [ls employaient, outre

l'évangile de Matthieu, celui de Luc : car ils parlaient de l’âge

de trente ans comme du moment où Jésus avait commencé +

son ministère, 1ls envisageaient Jean-Baptiste comme étant de la race d’Aaron, ayant pour parents Zacharie et Elisabeth (Epiph., XAX, 15). Ils se rapprochaient à plusieurs égards des Esséniens, condamnant, comme eux, les sacrifices sanglants et la nourriture animale et exigeant l'emploi fréquent du bain. C’est sans doute en conséquence de leur végélarianisme qu’en mentionnant la nourriture de Jean- Baptiste, leur évangile substituait aux sauterelles dont parle Matthieu (axoides) les beignets au miel (éyxotdec) d'Ex. XVI, 91. Epiphane cite cette parole que leur évangile mettait dans la bouche de Jésus : «Je suis venu pour abolir les sacrifices, et, si vous ne cessez de sacrifier, la colère ne se relirera point. » Cet évangile était écrit en grec. Les apôtres, et en particulier Matthieu, y racontaient en parlant à la premiére personne, comme Pierre dans les Homélies Clémentines et dans lévangile de Pierre. C’est sans doute de cette circonstance que provient le nom d'Evangule des douze apôtres qui lui est donné chez quelques Pères et que Jérôme lui-même applique une fois à l’évangile des Nazaréens. Cet écrit parait avoir été composé seulement vers la fin du [me siècle (voir Harnack, Chronologie). Il ne joue donc aucun rôle dans la question de l’origine de notre premier évangile.

Chacun sait que la tâche de la critique historique à l'égard d’un livre biblique est de jeter un Jour aussi complet que possible sur son origine. La science possède pour cela deux espèces de movens : 1° les rapports des écrivains les plus rapprochés de la composition du livre, qui l'ont

employé et mentionné dans leurs écrits; 2° les indices que

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