‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 49 sur 110 · LE SÉJOUR A JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

LE SÉJOUR A JÉRUSALEM

(Ch. XI-XHIL.)

D’après Mare, l'entrée royale de Jésus à Jérusalem ne doit avoir eu lieu qu’assez tard dans la journée appelée « Jour des Rameaux ; » car Jésus se borne ce jour-là à contempler silencieusement le temple et ce qui s’y passe, à la dernière : lueur du soir; puis ils’en retourne avec les Douze à Béthanie où il passe la nuit. Le lendemain, au matin, en rentrant à Jérusalem, 1l maudit le figuier chargé de feuilles, mais dépourvu de fruits. À son arrivée au temple, 1l chasse les vendeurs et fait cesser le scandale causé par ceux qui traversaient le parvis pour leurs affaires particulières, en rappelant que c’est là le lieu d’adoration expressément réservé pour les paiens, mais qui, par la permission des chefs, est changé en une caverne de voleurs. C’est ici que Marc, d’accord avec Matthieu et Luce, place l’expulsion des vendeurs qui d’après Jean aurait marqué l’ouverture du ministère de Jésus à Jérusalem (Jean I, 13 et suiv.). Poussés à bout par cet acte hardi, les chefs cherchent comment ils pourraient faire mourir Jésus; mais ils sont embarrassés par l'admiration que témoigne pour lui le peuple. Le lendemain de ce jour où Jésus a fait en quelque sorte la police du temple, les disciples, en revenant

de Béthanie, lui font remarquer la dessication du figuier, maudit le matin précédent, et Jésus leur révèle à cette occasion la puissance de la foi. Cette troisième journée de Jésus dans le temple est riche en faits de la plus haute gravité : Interrogatoire officiel auquel procèdent les délégués du Sanhédrin touchant la compétence que s’arroge Jésus; celui-ci leur fait sentir par une contre-question relative à son précurseur leur propre incompétence à Juger de ce fait; puis 1l leur dévoile par la parabole des vignerons la vraie cause de leur hostilité contre lui, et il leur met par avance sous les yeux le tableau saisissant du crime qu'ils se préparent à commettre. D’autres pièges savamment combinés se succèdent. Les pharisiens arrivent avec une question politico-religieuse, celle du tribut à payer à l’empereur, question dont la réponse ne peut, semble-t-il, que perdre Jésus, en le compromettant absolument soit auprès du peuple, soit vis-à-vis de l’aulorité romaine. Suit l'interrogation moqueuse et profane des Sadducéens au sujet de la résurrection des corps; enfin une question plus sérieuse lui est adressée par un scribe bien disposé, au sujet du commandement le plus important. À cette espèce d’examen qu’il vient d’avoir à subir de divers côtés, Jésus répond en adressant lui-même aux scribes une queston: 1ls donnent au Messie le titre de fils de David; comment cela s’accorde-t-il avec le Ps. CX, où David lui-même appelle le Messie son Seigneur ? Les adversaires se taisent; la seule réponse possible aurait été un démenti donné à l'accusation de s’être arrogé le titre de Fils de Dieu, au moyen de laquelle ils se préparent à le condamner. Le silence des adversaires occasionne de la part de Jésus quelques paroles sévères adressées au peuple sur le caractère orgueilleux, cupide et hypocrite des scribes. Après toutes ces scènes, Jésus s’assied dans le parvis en face

des troncs où la piété israélite dépose ses offrandes et fait ressortir la supériorité morale de la faible aumône d’une veuve indigente sur les gros dons des autres Juifs.

Puis, après avoir annoncé dans le temple même la destruction prochaine de ce sanctuaire indignement profané, il en sort pour la dernière fois. C’est le soir ; retiré sur la montagne des Oliviers, 1l initie ses quatre disciples les plus intimes, Pierre, Jacques et Jean, auxquels cette fois est adjoint André, à l’état des choses par lequel passera le monde entre sa mort prochaine et son retour futur (ch. XII). Son

départ sera suivi d’une période troublée par des guerres,

des famines, des pestes, des tremblements de terre, enfin par des persécutions qui atteimdront les croyants de la part des Juifs et des païens; mais tout cela n’empêchera pas l’Eglise d’accomplir sa mission et de rendre témoignage à l'Evangile dans tout le monde. Au milieu de ces temps d'angoisse surviendra l'événement terrible au sujet duquel ils l'ont interrogé, la destruction du peuple d'Israël, de sa capitale et du temple. Rien cette fois ne pourra prévenir cette catastrophe; 1] ne restera aux croyants qu’à chercher à y échapper à temps par la fuite. À la suite de ce Jugement viendront des temps caractérisés par deux traits : attente anxieuse du Messie absent; séductions exercées par de faux prophètes et de faux Christs qui, au moyen de prétendus miracles, s’efforceront d’entrainer après eux les fidèles. Enfin, au terme de cet état de luttes religieuses et d'attente anxieuse, aura lieu avec grand éclat Papparition du Fils de l’homme. Il importe de se préparer dès maintenant à ce retour, dont l’époque est inconnue de Jésus lui-même, par une vie de prière, de vigilance et de tempérance. Le jour de cette venue du Christ, qui reste le secret du Père, pourra tarder longtemps, comme tarde le retour d’un maître que les siens espèrent déjà le soir,

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mais dont l’arrivée attendue en vain durant les veilles de la nuit n'a lieu qu’au matin, iorsque déjà on commence à désespérer (XII, 34 à 57)!. — Malgré les nombreux détails par lesquels ce discours diffère de celui de Matth. XXIV, la marche générale est la même. La différence est beaucoup plus grande avec Luc, chez lequel ce discours est partagé en deux enseignements complétement distincts, et qui se trouvent placés dans des situations et amenés par des circonstances tout à fait différentes: comp. ch. XVIT, 20 et suiv. (sur la Parousie seule) et ch. XXI, 7 et suiv. (sur la ruine de Jérusalem et la Parousie réunies).

LA PASSION (Ch. XIV et XV.)

Le récit de Marc marche ici parallèlement à celui de Matthieu, lors même qu’il en diffère par un certain nombre de traits. Il commence par la trahison de Judas; puis, comme dans le récit de Matthieu, est placé 1c1, par un retour en arrière (voir Jean XII, 1), le repas de Béthanie où eut lieu l’onction de Marie. Suivent les récits du dernier souper et de l'institution de la Cène, de l’angoisse de Gethsémané et de l’arrestation de Jésus. Ici est mentionné l'épisode du jeune homme qui échappe nu aux mains des huissiers. Suivent, com.ne dans Matthieu, la comparution de Jésus devant le Sanhédrin et sa condamnation, le reniement de saint Pierre, la confirmation de la sentence de mort arrachée à la faiblesse de Pilate, le crucifiement et

1 Sur ce discours, comp. Ch. If, p.178 à 194.

l’inhumation. Pas une prophétie n’est citée à l’occasion de ces faits. Les principales différences entre Marc et Matthieu dans cette partie sont celles-ci : Marc omet la parole significative : « Mon temps est proche, » et la menace contre « ceux qui frapperont par l’épée; » il omet encore le récit du désespoir et de la mort de Judas, le message de la femme de Pilate, l'ablution des mains de celui-ci et les apparitions des ressuscités. En échange, il a seul l’in-

terrogatoire du centenier par Pilate avant de livrer le

corps à Joseph. Il distingue entre les deux chants du coq et entre les deux servantes dans le récit du reniement.

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RÉSURRECTION ET ASCENSION (Ch. XVI.)

Le premier jour de la semaine, de grand matin, mais après le lever du soleil, les femmes se rendent au tombeau. Un ange leur annonce la résurrection et leur promet qu’elles reverront Jésus en Gabhlée, en les chargeant d’annoncer celte nouvelle aux disciples, et en ajoulant expressément : e{ à Pierre. Elles s’enfuient effrayées, et dans leur tremblement et leur extase, elles gardent le silence vis-à-vis des disciples. — Marc omet ici plusieurs traits mentionnés par Matthieu : la fermeture du sépulcre par les chefs, l’ange roulant la pierre du sépulcre, lapparition de Jésus lui-même aux femmes, enfin la corruption des gardiens par les sacrificateurs. Il désigne par son nom de Salomé la mère de Jacques et de Jean. Me trompé-je en pensant que la plupart de ces différences sont à l’avantage du récit de Marc? On sent que les faits

qu’il omet sont plutôt des additions au récit traditionnel

primitif que des omissions de la part de Marc. La conservation de la parole : « Mon temps est proche, » dans Matthieu, est la seule supériorité de celui-ci.

Avec XVI, 8, se termine le second évangile dans les

- deux plus anciens manuscrits, le Vaticanus et le Sinaïticus,

dans la plupart des Mss. de l’ancienne traduction latine et d’autres documents encore. Mais il est bien évident que ce ne peut avoir été là la fin du récit, dans l'intention de l’auteur. Il avait annoncé une apparition de Jésus aux femmes et aux disciples, et 11 ne pouvait raisonnablement

. terminer sans l’avoir racontée ou mentionnée, ou du moins

sans avoir expliqué pourquoi elle n'aurait pas eu lieu. Cependant il est clair aussi que l'emploi public de notre évangile dans les églises ne permettait pas de laisser le récit ainsi suspendu, et c’est pourquoi de très bonne heure, dès le commencement du second siècle, une fin de notre évangile aurait élé ajoutée. Bien des apparences fe raient penser que l’on s’est servi pour cela des autres récits évangéliques. En effet le morceau XVI, 9-20, qui forme la conclusion actuelle, a le caractère d’une compilation. Le v. 9 n’a aucun rapport avec le v. 8 et forme un commencement tout nouveau dans lequel il est aisé de reconnaître un emprunt fait à Jean XX, 1 et suiv. Dans ce qui suit, v. 12-15, on reconnaît un extrait du récit de l’appariion aux deux disciples d’Emmaüs (Luc XXIV, 13-33). — La troisième apparition, mentionnée v. 14-18, qui eut lieu le jour de la Résurrection devant les disciples réunis pour le repas du soir, rappelle celle qui est racontée Luc XXIV, 36 et suiv. et Jean XX, 19 et suiv., non sans quelques traits particuliers à Marc, comme l’annonce des vertus miraculeuses qui confirmeront la prédication des disciples. Le v. 15 rappelle l’ordre de Matth. XXVIHI, 19;

350 L'ÉVANGILE DE SAINT MARC. | le v. 16, linstitution du baptême, plus détaillée dans Matthieu v. 19-20, ainsi que la parole Jean HI, 18. — Le dernier fragment, v. 19-20, résume le récit de l’Ascension et le départ des disciples, après la Pentecôte, d’après la fin de Luc et le commencement des Actes.

Malgré cela, ce morceau n’en forme pas moins un tout bien gradué et bien lié, comme nous le verrons. Sur l’origine de celte conclusion, que présente le texte reçu, ainsi que sur celle de deux autres qui se lisent dans quelques documents, voir à la section IV, E, sur l'intégrité de notre évangile.

LE PLAN

Il s’agit surtout ici de la marche du ministère galiléen, car pour les autres parties l’ordre général est déterminé suffisamment dans les trois récits par le cours même des événements.

Hilgenfeld distingue sept sections dans le récit du ministère galiléen : 1° débuts favorables (1, 14-45); 2 premiers conflits (IE, 1-1, 6); 3° lumière et ombres (I, 1-39); 4° paraboles (IV, 1-34); 5° crainte produite par les grands miracles ([V, 35-V, 48); 6° inintelligence des disciples (VI, I-VITE, 26); 7° victoire de la connaissance (VITT, 27-IX, 50). Il est aisé de voir combien cette classification est contraire à la simplicité et à la naïveté du récit; elle est en elle-même très artificielle. Comment faire rentrer naturellement sous la rubrique lumière et ombres, les miracles qui précèdent l'élection des Douze, et cette élection elle-même? Comment ranger sous la notion de la crainte inspirée par les miracles de Jésus la guérison opérée à Gadara, celle de la femme malade et la résur-

rection de la fille de Jaïrus? Le titre : 2nintelligence des disciples, ne s'applique qu’à quelques-uns des faits compris sous ce thème. Enfin, est-il possible de rapporter à la notion de victoire de la connaissance l'attitude des disciples en face de l’annonce répétée de la Passion, et leur discussion sur la question de savoir lequel d’entre eux sera le plus grand ?

Weiss propose un plan plus simple et un peu plus conforme aux faits : 10 admiration pure, au début (1, 21- 99); 2° naissance du conflit (I, 1-11, 6); 3° séparation des éléments opposés (IT, 7-VE, 13); 40 accroissement de l'hostilité (WI, 44-VIII, 26); 5° Jésus commence à se retirer pour se consacrer à l’instruction de ses disciples dont il a constaté l’inintelligence (VIII, 27-X, 45). — Tel a bien été sans doute le cours des choses, mais la question est de savoir si ce cadre élait bien celui qui était présent à l’esprit de l’auteur quand il écrivait son récit. Comment ranger des faits comme la guérison du démoniaque de Gadara, la résurrection de la fille de Jairus, la mission des Douze, sous ce titre: séparation des éléments opposés ? Ou qu'a à faire la guérison de l’aveugle de Bethsaida avec l’inintelligence des disciples? La guérison de l’enfant lunatique, l'entretien avec les Pharisiens sur le divorce, l’histoire du jeune homme riche, tous ces faits, malgré les enseignements que Jésus y rattache, se succèdent naturellement à un point de vue purement historique, sans qu'on puisse les réunir logiquement en certains groupes rationnels. Mais l'erreur capitale de Weiss dans lPanalyse du second évangile, aussi bien que dans celle du premier, me paraît être la négation du point d'arrêt qui, à la fin du chapitre IX, marque chez Marc, tout comme à la fin du ch. XVIII chez Matthieu, le terme du récit de l’activité galiléenne et ouvre la période finale de l’œuvre de Jésus,

en Pérée d’abord, puis en Judée. Le plan tracé par Weiss peut convenir à une vie de Jésus, mais ne s'adapte pas à un récit aussi simplement historique que celui de Marc.

Le groupement proposé par Ruschl, grâce à sa plus orande généralité, s'accorde plus aisément avec la succession des faits : 1° débuts favorables ([, 1-39); après quoi, se dessinent deux courants distincts : a) la relation avec le peuple prenant le caractère d’un conflit toujours croissant (1, 40-IIT, 12); b) la relation avec les disciples devenant toujours plus intime (II, 13-[X, 50). Ces trois idées dominent sans doute la narration, mais il serait difficile de montrer qu’elles aient déterminé d’une manière quelconque l’ordre des récits particuliers.

D'après AXlostermann, notre évangile comprend deux parties qui commencent chacune par la personne de Jean- Baptiste et aboutissent toutes deux à une mission des apctres. Le premier (1, 2-VI, 13) s'ouvre par le ministère du Baptiste et aboutit à la mission des Douze en Galilée; le second (VI, 14-XVI, 8) s’ouvre par la mort, non suivie de résurrection, du Baptiste, récit auquel correspond celui de la mort de Jésus, suivie de résurrection, et la mission des disciples dans le monde entier, Ge plan ingénieux à le tort de l’être trop. | |

Nôsgen, dansle Kurzgefasster Commentar zum N.T. de Strack et Zôckler, trouve le commencement de la seconde partie de l’évangile de Marc dans VIII, 31, qui répondrait à |, 14, commencement de la première. Mais le #9Ëxro, il commença, de VII, 31, n’est pas l'indice suffisant d’une grande division réfléchie; car ce terme est fréquemment employé par Marc, une douzaine de fois (par exemple 1, 45; IV, 1; V, 17. 20, etc.), sans qu’il ait une valeur aussi décisive; et en particulier dans le passage VIII, 31, 1l existe une liaison étroite entre ce qui suit et

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