TRADITION ET PLAN
ce qui précède immédiatement, la transition de l’idée de xe6rôc (v. 30) à celle du yoorûc rañnroc (v. 31). Néanmoins, Je pense que si l’on veut absolument placer quelque part une division rationnelle, ce serait bien à cette manière de voir qu'il faudrait se rattacher.
Zahn (Einl. 1, 228 et suiv.) indique la division suivante : [, 14. 15, le programme; |, 16-45 : première section, IT, 1-IIT, 6: seconde ; HE, 7-VI, 138 : troisième ; VE, 14-X, 52: quatrième; XI, 1-XVI, 8 : cinquième. Cependant 1l reconnait lui-même que la matière de cette dernière section n’est plus dominée par l’idée de lensemble : la parole du Christ à porter au monde entier (I, 1). Le caractère purement historique de tout l'ouvrage ressort clairement dans cette partie.
Tous ces essais d'imposer au récit de Mare un plan rationnel contrastent tellement avec le caractère simplement historique de cette narration que nous nous trouvons ramenés par là avec plus de conviction au maintien de la marche à laquelle nous a conduit l’étude du livre lui-même, du moins pour le tableau de l’œuvre galiléenne dont il s’agit surtout ici. L'œuvre de Jésus, après avoir commencé à Capernaüm, s’est développée dans une série de courses d’évangélisation partant de ce centre et l'y ramenant chaque fois, courses de plus en plus lointaines; la première, dans les environs de cette ville; la seconde, sur la côte orientale de la mer de Tibériade; la troisième, sur les hauteurs du plateau occidental; la quatrième, vers la limite nord-ouest de la Terre-Sainte ; la cinquième et dernière, vers l'extrémité septentrionale du pays. Il ne restait plus à Jésus après cela qu’à étendre son évangélisation à la Pérée d’abord (à l’est de la Galilée), et enfin à la Judée, au sud. Les excursions en Galilée, qui se terminent toutes par un retour à Capernaüm, forment la pre-
mière partie du livre (I-IX); le voyage par la Pérée et le séjour à Jérusalem forment la seconde (X, 1-XVI, 8). On voit comment dans Marc la seconde partie se rattache naturellement, comme dernière pérégrination, à la première dans laquelle avait été retracée l’extension progressive de l’œuvre galiléenne. |
C’est sous cette forme d’une évangélisation ambulante et bienfaisante que Pierre contemplait l’œuvre de son Maitre quand 1l prononçait chez Corneille ces paroles (Act. X, 37 et 38) : « Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée et qui a commencé par la Galilée... : comment Dieu a oint du Saint-Esprit et de puissance Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant ceux qui étaient opprimés par le diable, parce que Dieu était avec lui. »
Ce n’est pas à dire assurément que dans le cadre si simple et si naivement historique dans lequel l’auteur replace les faits, il n'ait pas contemplé et décrit l’œuvre spirituelle qui s’accomplissait et dont on constate clairement, chez lui aussi, les diverses phases : l'enthousiasme populaire des premiers jours, la décroissance lente et
graduelle de ce premier élan dans la masse du peuple, la
haine croissante des adversaires, la maturité progressive de la foi chez les disciples par la vue journalière des œuvres de Jésus et l'audition de ses enseignements; enfin, comme point culminant, la profession des disciples par la bouche de Pierre à Césarée de Philippe. L'ordre donné aux disciples de garder actuellement le silence sur la messianité de Jésus forme le terme de l’œuvre galiléenne, comme plus tard celui de proclamer dans le monde en-
tier la foi au Messie ressuscité formera le terme de l’œuvre
entière; mais tout cela est dans la nature même des choses. Quant à une marche rationnelle et systématique
que l’auteur se serait tracée et qui aurait déterminé l’ordre et le groupement des faits, il n’y en a pas le moindre indice dans le récit lui-même. La narration suit du commencement à la fin une marche simplement historique : elle se distingue ainsi complètement de celle du premier évangile. Hilgenfeld croit pouvoir affirmer que c’est sur le fondement de l’évangile de Matthieu que devient compréhensible la disposition de celui de Marc (Eïinl., p. 51). La vérité est Juste le contraire. La marche générale du récit de Marc n’a rien de commun avec celle du premier évangile.