‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 6 sur 110 · TÉMOIGNAGES. — CLÉMENT, AL · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES. — CLÉMENT, AL

mettre à ceux qui le lui demandaient !. Ce que Pierre ayant connu, il ne s’'empressa ni de l'empêcher, ni de l’encourager. Jean, le dernier, ayant constaté que les choses corporelles (rù couarxé) avaient été publiées dans les évangiles, pressé par les notables et poussé par l'Esprit, composa un évangile spirituel (nvevmarixov eduyyélov).

On sent bien que ce rapport est moins simple que celui d’Irénée ; il a sans doute passé par un plus grand nombre de bouches. Il en diffère surtout par deux points : 1. Matthieu et Luc ont.été composés avant Marc, tandis que l’ordre dans Irénée est : Matthieu, Mare, Luc. 2. D’après Clément, Marc aurait été composé durant la vie et sous les yeux de l’apôtre Pierre, qui ne se serait point opposé à sa publication ; Irénée au contraire dit nettement : € Après le départ (la mort) de Pierre. » À l'égard de Jean il y a accord complet. Clément, 1l est vrai, ne nomme pas dans ce passage Éphèse comme lieu de la composition, mais il le fait ailleurs ; ainsi dans le passage du Quis dives salvus ? que nous avons cité plus haut : € Après que le tyran fut mort, Jean revint de Patmos à Éphèse. » Les deux écrivains s'accordent également à placer la composition de Jean après celle des trois autres. Seulement Clément ajoute ici ce trait imporlant que Jean a composé après avoir pris connaissance des écrits de ses devanciers el pour les compléter sur un point essentiel. Reuss, qui avait précédemment vivement combattu cette manière de voir, en reconnait maintenant la justesse. [1 dit lui-même : « Dans mes ouvrages précédents, J'avais cru pouvoir soutenir

1 On traduit souvent : « Et après qu’il l’eut composé, il le leur remit. » Mais dans cette interprétation la suite n’a plus de sens. Il me parait donc qu’il faut faire dépendre les deux infinitifs avaypddar et uetadoüvar du verbe zaparakéoat {« ils le prièrent de rédiger. et de leur transmettre »).

l'indépendance du IVe évangile à l'égard des textes synoptiques ; j'ai dù me ranger à l'avis contraire. » (La Bible, Théologie johannique, p. 76.)

D'après Clément, ce ne fut pas seulement Jean qui fut frappé de la lacuné qu’offraient les synoptiques. Les notables de son église et des églises voisines lui demandèérent de rédiger les discours de Jésus qu’ils étaient habitués à entendre de sa bouche et qu'ils ne retrouvaient pas dans les synoptiques, et Jean, sous l'impulsion de PEsprit, sentant qu’il devait à l’Église entière ces trésors dont il avait seul conservé le dépôt, les mit par écrit. Clément appelle ce contenu particulier du [Ve évangile les choses spiriluelles (ra rveuuarwx), en opposition aux choses corporelles (rx cœuarwa), les faits extérieurs de la vie de Jésus, que les trois premiers avaient racontés en détail et que pour cette raison Jean crut pouvoir omettre. De là ce nom d'évangile spirituel qu'il lui donne spécialement. Jülicher (p. 254) croit pouvoir interpréter ce terme par celui d’Idealevangelium, et il arrive ainsi à la conclusion que l’auteur d’un pareil écrit pourrait bien n'être luimême aussi qu'un disciple pneumatique, « un apôtre idéal, » qui à inventé le disciple bien-aimé pour lui préter son évangile, aussi bond fide sans doute. L’apôtre Jean avait disparu pour faire place au presbytre, et voici maintenant le presbytre lui-même qui n’est plus qu’une ombre de presbytre et doit faire place à un auteur idéal! Une telle méthode peut-elle être considérée comme sérieuse ? La pensée de Clément est toute simple et très réaliste. À ses yeux, le contenu élevé des paroles de Jésus dans le IVe évangile, tout en étant pneumatique, n’est pas moins réel que tous les autres faits de sa vie qu’il raconte aussi et avec lesquels ces discours sont toujours en relation étroite. Clément n’a pas songé un instant à reléguer ce

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