‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 7 sur 110 · PUBLICATION DES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

PUBLICATION DES ÉVANGILES

qu’il appelle «les choses spirituelles » prononcées par Christ, dans la région nébuleuse de l'idéal.

Mais quelqu'un demandera peut-être si entre le moment de là composition des synoptiques et la dernière dizaine d'années du [° siècle il y à un entervalle suffisant pour que les trois synoptiques fussent parvenus de l’Orient et de l'Occident jusqu’en Asie Mineure, comme s'ils s'étaient donné rendez-vous à Éphèse, pour s’y rencontrer sous les yeux de Jean et recevoir là de lui à la fois leur couronnement et leur consécration finale. Cette question nous fait remonter plus haut, jusqu'à celle de la publication et de la dissémination de nos évangiles. Nous ne devons pas penser que ces écrits aient été publiés et répandus par les procédés ordinaires de librairie. Ils n'ont pas été confiés primilivement à un marchand de livres pour être offerts à des acheteurs. Leurs auteurs les composérent en vue et, comme 1l est dit positivement de deux d’entre eux, à la demande des églises qu'ils travaillaient à édifier. Ces écrits terminés, ils les remirent aux directeurs de ces églises qu’ils connaissaient, qui les connaissaient personnellement et qui devaient pourvoir à leur lecture dans les assemblées de culte. lrénée désigne cette remise, par rapport à Marc, par le terme rapadédoxe et Clément par celui de weradodva., Par rapport à Jean, Irénée emploie le terme ééédwxe qui indique simplement le fait de la publication, sans en préciser le mode. Mais il résulte des deux

derniers versets de cet évangile (XXI, 24-25) et de l’expres-

INT.HAUIN. To Il —3

sion : afin que vous croyiez, où l’auteur interrompt son récit pour s'adresser à l'Église (XIX, 35), que sa publication eut lieu aussi par la remise de l'écrit entre les mains de ceux qui le lui avaient demandé et qui devaient pourvoir à ce qu'il fût communiqué à l’assemblée de l’Église. Une expression semblable ne se trouve pas dans les rapports sur Matthieu; mais il est clair que l’auteur, écrivant parmi les judéo-chréhiens et dans la langue des pères, le faisait pour que son ouvrage fût lu chez eux, non pas individuellement seulement, mais en commun, dans les assemblées de culte, comme cela avait encore lieu plus tard à Béroé (aujourd’hui Alep) au temps de Jérôme. Quant à Luc, il fait sans doute exception à cet égard. L'auteur n’exerçant point son ministère dans une église spéciale et dédiant son livre à un ami d’un rang élevé et vraisemblablement assez riche pour le publier à ses frais, 1l est possible que cet écrit ait suivi une marche plus conforme à la voie ordinaire.

On peut naturellement présumer qu'à cette époque avancée la narration orale, dont s'était longtemps nourrie l’Église, avait perdu beaucoup de sa fraîcheur, et même peut-être de sa pureté primitives. L'alimentation spirituelle des églises exigeait maintenant quelque chose de plus ferme et de plus vivant, et à mesure qu’approchait le moment où disparaîtraient les derniers témoins de l’histoire, qui étaient aussi les auteurs de la tradition primitive, on devait toujours plus vivement sentir le besoin de conserver inaltérés leurs récits personnels, ce qui ne pouvait se faire que par la lecture publique, dans les assemblées de l’Église, de ces récits consignés par euxmêmes ou par leurs aides. Reuss a prétendu qu'une lecture régulière des écrits des apôtres ne commença qu'un demi-siècle après la ruine de Jérusalem et après leur mort,

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