‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 63 sur 110 · RE SEEN CIRE · texte numérisé non relu

RE SEEN CIRE

avec sollicitude de l’apôtre prisonnier à Césarée ; il était l’un de ces amis de Puul auxquels le gouverneur Félix avait consenti à ouvrir l’accès de sa prison (Act. XXIV, 23). Mais, d'autre part, il n’était pas absolument lié par cette tâche et rien ne l'empêchait de visiter depuis Césarée la contrée de la Palestine dont cette ville était la porte. Il ne manqua pas sans doute de profiter de cette occasion qui devait en tout cas répondre au plus vif besoin de son cœur croyant; et c’est alors qu'il lui fut aisé de recueillir les renseignements circonstanciés dont il parle dans le prologue de son évangile (1, 5) et qui donnent un prix unique à cet écrit. Deux années entières s’écoulêrent, durant lesquelles Paul resta captif et Luc put vaquer à ces pérégrinations si importantes pour lui-même et pour l'Eglise. Il est certain que Luc passa ces deux années restant intimement uni à l’apôtre, car lorsque l’envoi de celui-ci à Rome eut été décidé, il se trouva là aussitôt, ainsi que le macédonien Aristarque (qui avait fait partie de la grande députation), pour accompagner l’apôtre en Italie. Voici en effet comment Luc parle de ce départ (Act. XXVII, 1): «Lorsqu'il eut été décidé que nous nous rendrions en Italie...» Ce nous, qui reparaît inopinément après une si longue interruption, montre combien étroit était resté durant ces deux ans le lien entre Paul et Luc.

Si quelque chose présente le caractère de la narration d’un témoin oculaire, c’est le récit du voyage de Paul de Césarée à Rome et du naufrage du vaisseau qui le portait (Act. XX VID), récit d’où ressort particulièrement le bon sens pratique, le sang-froid et la foi puissante de Papôtre ; c’est encore le tableau de l’arrivée et du séjour à Malte, et enfin le tracé. rapide du voyage à travers l'Italie méridionale jusqu’à l’arrivée à Rome. On comprend, par l'absence de toute explication sur les localités nommées ici, qu’elles étaient

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suffisamment connues de Théophile, on pourrait dire, familières à l’auteur lui-même.

Suit le séjour de deux ans de Paul à Rome comme prisonnier d'Etat. Nous pouvons conclure des premières épitres datant de ce temps, celles aux Colossiens et à Philémon, où Paul salue de la part de Luc, que celui-ci, après être arrivé à Rome avec l’apôtre, y demeura encore un certain temps avec lui. Par contre, il résulte de l’absence de toute salutation de sa part dans la dernière des épiîtres datant de cette captivité, celle aux Philippiens, qu'il avait quitté Rome dans le cours de ces deux années ; car Luc était trop étroitement lié à l’église de Phihppes, aprés les quelques années qu'il y avait passées, pour qu'une salutation de sa part pût manquer dans une lettre à eile adressée, S 1l eût encore été présent. Il avait donc quitté l’apôtre au milieu de sa captivité, nous ne savons par quelle raison, ni pour quelle destination. Nous ne le retrouvons que plus tard, à Rome, de nouveau auprès de l’apôtre prisonnier, dans le cours de sa seconde captivité, à la suite de sa mission en Espagne (2 Tim. IV, 11).

Il ya là une lacune dans notre connaissance de la vie de Luc. Où a-t-1l véeu après avoir quitté l’apôtre et que peut-il avoir fait pendant que son ami, sorti de prison, parvenait jusqu’à l’extrémité de l'Occident! ? Se rendit-il à Antioche, auprès des amis qu'il avait dans cette capitale, ou bien chercha-t-il une retraite plus tranquille, favorable au calme et au recueillement réclamés par quelque sérieux travail qu’il avait en vue, Césarée, par exemple, où devaient l’attirer d’émouvants souvenirs ? Nous l’ignorons.

Quelques anciens ont voulu ranger Luc au nombre des

1 Zahn (Einl. NW, p. 368) dit sans preuve et contrairement à ce qui résulte de l’épitre aux Philippiens, «que Luc paraît être resté à Rome depuis son arrivée en 61 jusqu’après 66. »

di rt CRE

LA PERSONNE DE LUC. | 159 septante disciples envoyés par Jésus (Luc X); mais la mamère dont 1l s'exprime lui-même sur son propre compte (Luc [, 2) ne permet pas de l’admettre. Théophylacte a supposé que Luce était le second voyageur non nommé qui se rendait à Emmaüs le jour de la résurrection (Luc XXIV). Mais plusieurs traits du récit prouvent que le compagnon de Cléopas était juif et appartenait au nombre des disciples, ce qui ne convient point à Luc.

D'après Nicéphore (XIV® s.), il était peintre, et ce serait lui qui aurait laissé à l'Eglise les portraits de Jésus, de sa mère et des apôtres. Cette légende repose sur le témoi- gnage d’un certain Théodore qui était lecteur dans l’église de Constantinople, au VIe siècle. Il racontait que l’impératrice Eudoxie avait trouvé à Jérusalem un portrait de «la mère de Dieu, » peint par «l'apôtre Luc, » et qu’elle l'avait envoyé à Constantinople comme présent pour sa bellesœur Pulchérie, femme de Théodose [f. La légende parait donc être assez ancienne ; peut-être, comme le suppose Plummer, l'élément de vérité sur lequel elle repose estil simplement la grande influence exercée sur l’art chrétien par les écrits de Luc. Ce sont en effet les scènes racontées par cet écrivain qui ont fourni le plus grand nombre de sujets bibliques aux peintres anciens et modernes. Bleek pense qu’il à existé un Luc peintre avec lequel on a confondu l’évangéliste.

Sur la fin de la vie de Luc, nous ne possédons que des récits plus ou moins légendaires. Jérôme raconte «qu'il a écrit son évangile dans les contrées de l’Achaïe et de la Béotie. » Des manuscrits de la Peschito disent au contraire qu’il l’a composé à Alexandrie. Isidore rapporte que Luc a terminé sa carrière en Bithynie ; Victor de Capoue (Ve siècle) dit qu’il mourut à Fâge de 74 ou de 84 ans,

célibataire. Dans son troisième discours contre Julien, INT. AU N. T. II — 30

Grégoire de Naziance dit qu'il est mort martyr. Nicéphore raconte qu’il fut crucifié sur le tronc d’un olivier en Grèce, à l’âge de 80 ans.

Jérôme rapporte (De Ver. c. 7) que ses restes furent transférés à Constantinople, avec ceux d'André, par l’empereur Constance, la vinglième année de son règne. Nous ne savons rien de plus sur la personne de celui à qui l’Eglise primitive a attribué le ITI° évangile.

Contenu et plan du troisième évangile.

On peut dire d’une manière générale que la marche du récit est parallèle à celle des deux écrits précédents ; de là leur nom de synoptiques. Mais, tandis que les deux autres évangiles entrent sans préambule dans le récit, à la manière des écrivains hébreux, Luc introduit sa narration par un court avant-propos dans lequel 1l rend compte de la raison qui l’a décidé à écrire, de la manière dont il s’est préparé à son travail et du but qu'il s’est proposé en l'accomplissant. La différence principale entre le contenu historique de son écrit et celui des deux autres, c’est que, dans ceux-ci, le récit du séjour final à Jérusalem n'est séparé de celui du ministère galiléen que par un bref récit de voyage, comprenant, chez Marc, un seul chapitre, et deux seulement chez Matthieu, tandis que chez Luc le récit de ce même voyage comprend dix chapitres, à peu près le tiers de l'ouvrage. Puis l'écrit de Luc a de plus. que Marc,et en commun avec celui de Matthieu, les récits de l’enfance, d’où il résulte qu’il comprend huit parties, une de plus que Matthieu (le préambule), et deux de plus que Marc (le préambule et les récits de l’enfance).

Voici donc la marche du troisième évangile :

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