LA RÉSURRECTION ET L’ASCENSION
(Ch. XXIV.)
La victoire du péché avait amené le règne de la mort dans humanité; celle de la sainteté devait y ramener la victoire du règne de la vie; avant tout dans la personne de celui qui l'avait remportée, puis chez tous ceux qui par la foi en lui réaliseraient à leur tour une victoire sur le péché semblable à la sienne. Cette conséquence était à la fois naturelle et surnaturelle, naturelle quant à la loi d’où elle résultait, et surnaturelle par la force seule capable de l’accomplir. |
Nous arrivons au point où différent le plus nos récits évangéliques. On pourrait comparer ici ces quatre récits à des amis qui, après avoir voyagé ensemble, en arrivant près du terme de leur course, prennént chacun le chemin qui le ramène à son logis particulier. Nul œil humain n’a été témoin de la résurrection: ce fait ne nous est connu que par les révélations qu'en a données le ressuscité luimême. En réunissant toutes celles qui nous ont été rapportées, nous trouvons dix apparitions dont chaque évangéliste a consigné quelques-unes, plus spécialement appropriées au caractère de son écrit. Luc en renferme quatre; Matthieu, deux; Marc, quatre; Jean, quatre (trois dans l’évangile proprement dit, une dans le supplément). Nous avons de plus l’énumération de Paul dans la
1 A comparer sur ce sujet le travail de M. Ed. Riggenbach, professeur à Bâle : Die Quellen der Auferstehungsgeschichte.
4" aux Corinthiens (ch. XV), qui en contient cinq, et, avec celle qui lui a été accordée à lui-même, six.
Commençons par le récit de Luc, pour le comparer ensuite avec ceux des autres.
A la suite du récit de la visite des femmes au sépulcre (XXIV, 1-11), Luc mentionne les quatre apparitions suivantes — j'omets le fait raconté v. 12, verset dont l’authenticité est douteuse — : 1° L'apparition aux deux disciples qui se rendaient à Emmaüs (v. 18-32) ; 2° apparition à Pierre, mentionnée v. 34; 3° l'apparition aux apôtres, le soir du jour de la Résurrection (v. 36- SL 4° celle de l'Ascension (v. 50-53).
Dans le récit de la visite des femmes au sépulcre, Luc mentionne seul Jeanne, femme de lintendant Chuza. Il l’avait également nommée VIII, 3, parmi les femmes qui prenaient soin de Jésus ; il peut y avoir eu quelque relation entre elle et le Manahem, compagnon d'enfance d'Hérode, dont parle encore Luc (Act. XIIT, 4). Dans le message de l’ange aux femmes, Luc omet la promesse d’un revoir en Galilée, si expressément mentionnée dans Matthieu et dans Marc ; cette omission est d’autant plus remarquable qu’elle coincide avec une autre toute semblable, celle de la promesse que Jésus avait faite avant sa mort, Matth. XXVI, 32 et Marc XIV, 98, en ces termes : « Après que Je serai ressuscité, Je vous reconduirai en Galilée, » et enfin — ce qui est plus frappant encore — avec l’omission de tout récit d'apparition en Galilée. Comment expliquer toutes ces lacunes remarquablement concordantes ? $Seralent-elles intentionnelles ? C’est bien ce qu'on serait obligé d'admettre si Luc avait eu soit Marc, soit Matthieu, soit l’un et AU sous les yeux, comme la critique actuelle tend à l’admettre. Mais quelles raisons aurait pu avoir Luc pour exclure en quelque sorte systématique-
ment toute apparilion et même toute parole relative à une apparition dans la province où Jésus avait rempli, d’après lui aussi bien que d’après les deux autres, la plus orande partie de son ministère, province qu’il mentionne d'ailleurs dans le message même de l’ange (v. 6): « Quand il était encore en. Galilée. » N’est-on pas obligé, dans ce cas, de reconnaitre plutôt que Luc à écrit sans connaître les deux autres synoptiques? C’est aussi la seule raison plausible que l’on ait pu donner jusqu'ici de la grande lacune que lon constate, immédiatement avant l'entretien de Césarée de Philippe, entre les versets 17 et 18 du ch.
D’après Luc (XXIV, 22 et 23), les femmes revenant du tombeau racontérent aux apôtres ce qu’elles avaient vu, tandis que, d’après Mare XVI, 8, tout elfrayées, elles n’en dirent rien à personne. Mais cette contradiction n’est qu'apparente. Car le moment signalé par Luc est évidemment postérieur à celui dont parle Marc; il correspond à celui qui suivit le retour de Marie-Madeleine de sa première visite matinale au tombeau (Jean XX, 2).
La première apparition chez Luc est celle qui eut heu sur le chemin d'Emmaüs, — bourg qui était sans doute une localité voisine du hameau de Kolonieh, sur le chemin de Jérusalem à Jaffa, à un peu moins de deux lieues de Jérusalem. Le Talmud dit : « Maüza (Emmaüs) est Kolonieh. » Quant au Cléopas nommé v. 18, 1l pourrait avoir été lé-frère de Joseph. #7
Lorsque les deux voyageurs, qui s'étaient rendus à Emmaüs, reviennent à Jérusalem le soir même, ils trouvent les Onze remplis d'émotion par la nouvelle d’une apparition de Jésus à Pierre (v. 34). Les apôtres eux-mêmes sont peu aprés surpris par la présence soudaine de Jésus, qui se tient au milieu d’eux (v. 36 et suiv.). S'ils doutent au
premier moment, c’est à force de joie, dit Luc (v. 4 : and ts yapac). Pour les convaincre de la réalité de sa présence, Jésus prend part aux aliments qui se trouvent là sur la table pour le repas du soir. On s’est moqué de ce détail, comme si, d’après Luc, c'était pressé par la faim que Jésus ressuscité avait mangé! Mais le contexte montre clairement qu’il n’a agi ainsi qu’en vue de convaincre les disciples de la réalité corporelle de son apparition. Pierre, chez Corneille, affirme ce fait dans le même but, quand il dit: « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Act. X, 41),
La quatrième apparition racontée par Luc est celle qui aboutit à l’Ascension (v. 90 et suiv.). Comme elle est rattachée immédiatement à la précédente, sans indication expresse d’un intervalle tant soit peu considérable dans le récit, de très nombreux critiques pensent aujourd'hui qu'au moment où Luc écrivait son évangile, il plaçait l’Ascension le soir même du jour de la Résurrection, et que si, dans le premier chapitre des Actes, 1l met un intervalle de quarante jours entre les deux événements, c’est qu'il a suivi une tradition différente qui lui était parvenue postérieurement. Mais dans ce cas l’Ascension n'aurait pu avoir lieu qu’au milieu de la nuit. Quand les deux disciples arrivèrent d'Emmaüs, la soirée devait être déjà bien avancée ; les discours dont le sommaire se trouve v. 44-49 durent prendre aussi un certain temps. [I faudrait donc se représenter l’Ascension arrivée en pleine nuit! Comment admettre une telle supposition ? [Il y a plus : Thomas manquait ce soir-là, d’après Jean, et une seconde apparition, où il se trouvait, eut lieu huit jours plus tard. Paul, de son côté, parle d’une. apparition qui eut lieu en présence d’une assemblée de plus de 500 personnes, et il la mentionne entre celles dont parle Luc au jour de la Résur-
rection et celle de l’Ascension. Nous parlerons plus tard de celles de Matth. XXVIIT et de Jean XXI.
Si tous ces faits ne sont pas de pures inventions, 1l en résulte qu’il faut voir dans le passage v. 44-49 de Luc, où il rend compte des instructions données aux apôtres, un sommaire bref et très fragmentaire de tous les ensei-
sgnements que Jésus leur donna durant les six semaines
qui séparèrent le jour de la Résurrection de celui de Ascension. C’est d’ailleurs ce que paraît indiquer la forme brisée de cette conclusion : «Or, il leur dit (eiev Jè où mdrodc), » v. 44; © Alors il leur ouvrit l'esprit TÔTE dunvoréev..…), » v. 45; € Et il leur dit (xœ ELTEV adTois), »
v. 46. C’est là une conclusion à la fois abrégée et suc-
cincte d’un récit que l’on se réserve de reprendre plus tard d’une manière plus complète et plus détaillée. Comme dit bien Hofmann : «La conclusion de l’évangile est destinée à clore le récit précédent, mais non à introduire le récit nouveau. » Si Luc eût réellement changé d'opinion dans l’intervalle entre les deux écrits, il eût jugé plus raisonnable de corriger sans tarder la fin du premier que
de se meltre en contradiction avec lui-même en commençant le second et de jeter ainsi le trouble dans l'esprit de -
ses lecteurs i.
1 Reuss cite, à l’appui de l'opinion que je combats ici, la parole suivante de l’épitre dite de Barnabas ({c. 45) : « Nous célébrons le
huitième jour dans l’allégresse, ce jour où Jésus ressuscita des morts
et apparut et monta au ciel. » Mais l’auteur de cette lettre, en parlant ainsi, peut avoir pensé au dimanche en général, jour qu'il aurait en-
visagé par erreur comme celui de l’Ascension, aussi bien que de la
Résurrection ; ou bien. ce qui me paraît plus probable, il a envisagé la Résurrection comme la rentrée de Jésus dans le ciel, d’où il revenait
chaque fois qu’il apparaissait, idée qui pouvait se déduire des paroles
de Jésus, Jean XX, 17: « Je monte vers mon Père et votre Père, »
et Luc XXIV, 44: « N'est-ce pas là ce que je vous disais, quand
j'étais encore avec vous? »
CONTENU ET PLAN. Bon
Le récit de l’Ascension chez Luc est remarquable par sa simplicité el surtout par sa briéveté, qui dépasserait même les bornes si l’auteur n'avait pas eu l'intention de compléter plus tard son tableau. Cetie brièveté serait encore plus frappante si, comme il me paraît qu’on doit le faire, on accepte les nombreux retranchements apportés au texte reçu dans les v. 12, 39, 40, 51 et 52 par D et A autres documents de denee
Comparaison des récits de Luc (XXIV) et de Matthieu (XX VIII).
Le récit de Luc présente le plus ol contraste avec celui de Matthieu. D'un côté, quatre apparitions, toutes en Judée ; de l’autre, deux apparitions, dont l’une seulement en Judée, l’autre en Galilée ; la première, de moindre importance, accordée aux femmes qui revenaient du tombeau, et que quelques critiques envisagent comme une interpolation postérieure, lors même qu’elle ne manque dans aucun document, mais qui doit plutôt être identifiée avec celle accordée à Marie-Madeleine (Jean XX, 11 et suiv.; Marc XVI, 9. 10), que la tradition avait étendue à toutes les femmes venues au sépulcre, en la modifiant dans quelques traits ; la seconde, au contraire, est une scène d’une importance capitale, formant la clôture normale du premier évangile. Jésus y annonce solennellement à ses apôtres, rassemblés sur la montagne de Galilée qu'il leur avait indiquée (le zoodyew dont avaient parlé Matthieu et Marc), son élévation à la souveraineté universelle et à la pleine position messianique ; il leur donne en conséquence la mission de faire entrer dans son Royaume toutes les nations en les instruisant de sa parole et en les baptisant en son nom; et pour laccomplissement de cette tâche immense, 1l leur promet son secours journalier et sa présence personnelle jusqu’à la consommation de cette œuvre. Il
est bien évident qu’en leur confiant cette mission et en leur faisant cette promesse 1l envisage ces quelques hommes qu'il a devant lui comme les représentants des croyants de tous les temps et de tous les lieux et qu'il leur tient un langage approprié à cetle qualité. Le témoignage de Paul nous permettra de compléter ce qu'il reste à dire sur cette apparition galiléenne racontée par Matthieu. Comparaison des récits de Luc (XXIV) et de Marc (XVI). Nous devons ici renvoyer avant tout à la discussion à
laquelle nous nous sommes livré p. 393-413. Dans la fin.
de Marc sont mentionnées quatre apparitions, la première à Marie-Madeleine (comp. Jean XX), la seconde et la troisième aux deux d'Emmaüs et à tous les apôtres, le soir du
jour de la Résurrection (comp. Luc XXIV, 15-45) ; la qua-
trième est celle de l’Ascension (v. 19-20), dans laquelle Marc me parait avoir réuni les deux adieux de Jésus en Galilée à tous les croyants de cette contrée (Matth. XX VII et en Judée aux apôtres en particulier (Luc XXIV); comp. p. 407-409. La parole de l’ange aux femmes (Marc XIV, 7) ne permet pas de douter que Marc n'ait voulu raconter la même scène finale qu’a racontée Matthieu (XXVIH), mais en la réunissant avec la scène de l’Ascension décrite par Luc (Marc XVI, 19 et 20).
Comparaison des récits de Luc (XXIV) et de Jean (XX et XXT).
L'accord entre les récits de Luc et de Jean s'établit facilement. Parmi les coïncidences qui les rapprochent, il ne
faudrait pourtant pas compter la course de Pierre et de
Jean au sépulcre, mentionnée Luc v. 12, verset probablement interpolé d’après le récit de Jean. Peut-être l’un des deux récits peut-il servir à expliquer l’autre sur un point spécial. Luc parle au v. 34 de l’apparition de Jésus à Pierre, mais il ne fait mention d'aucune apparition à
den Chess Al 2 € 7 ne de
Jean. Ce fait, qui au premier coup d'œil parait étrange, peut s'expliquer par le récit de Jean lui-même, qui raconte comment il arriva à la foi à la Résurrection par la seule vue de l’ordre régnant dans le tombeau. Comme il n’en fut pas de même de Pierre, celui-ci eut besoin d’être convaincu par le moyen d’une apparition sensible.
Jean raconte trois apparitions en Judée et, dans le supplément (ch. XXI), qui procède de lui directement ou indirectément, une quatrième en Galilée. La première, celle à Marie-Madeleine, se retrouve abrégée dans Marc et appliquée à toutes les femmes dans Matthieu; la seconde, celle aux apôtres, le soir du jour de la Résurrection, se retrouve dans Luc et dans Marc : ce fut celle où manquait Thomas; la troisième, le soir du sabbat suivant, après l’achévement de la fête, est mentionnée par Jean seul. Jésus avait attendu ce moment avant de renvoyer les disciples en Galilée, sans doute pour leur donner le temps de ramener Thomas, la brebis qui menaçait de s’égarer tout à fait; cette troisième apparition s’est confondue chez tous les autres avec la précédente. Enfin en est mentionnée une à Sept disciples (cette fois Thomas rangé parmi eux), au bord du lac de Génésareth, racontée par Jean seul, mais importante comme confirmation du retour des apôtres en Galilée dans l'intervalle entre la Résurrection et l’Ascension. C’est un morceau en quelque sorte parallèle à celui de l'apparition racontée par Matthieu, qui eut lieu également en Galilée, mais sur une montagne.
Comparaison de l'énumération de Paul (1 Cor. XV, 5-7) et des quatre récits évangéliques.
Ce passage de l’apôtre est d'une grande importance dans la question des apparitions du Ressuscité. D'abord, il a été écrit bien antérieurement à tous les récits évangéliques. Puis il est l'exposé non pas seulement d’une tradition
générale, mais d’une communication apostolique faite personnellement à l’apôtre Paul. Act. IX, 26, nous lisons que Paul, revenu pour la première fois à Jérusalem après sa conversion, fut introduit par Barnabas auprès des ap6tres ; celte expression assez vague doit être précisée, d'après Paul lui-même, par Gal. 1, 18 et 19, où nous lisons que ces apôtres furent Pierre et Jacques, le frère du Seigneur. En effet, Paul appelle ce dernier apôtre, dans le sens large du mot, en s’exprimant ainsi: «Je ne vis (outre Pierre) aucun autre des apôtres, que Jacques, le frère du Seigneur. » Paul passa alors quinze jours auprès de Pierre et de Jacques. Quel sujet dut revenir plus fréquemment dans les entretiens du nouveau croyant avec ces deux hommes que le grand fait sur lequel reposait leur foi commune, la résurrection de Jésus ? Paul écrit À Cor. XV, 3: «Je vous ai transmis en première ligne (év mowrors) ce que J'ai aussi recu. » De qui, reçu ? Certainement des deux personnages qu’il nomme dans les Galates et qui sont mentionnés par lui au nombre de ceux à qui Jésus est apparu. Quand il ajoute dans les Cor., v. 10: « Soit donc moi, soit ceux-là (éxeïvor), c’est ainsi que nous prêchons, » nous comprenons donc à qui s'applique avant tout autre ce motceux-là. Peut-on donc imaginer une tradition plus sérieusement garantie que celle qui est renfermée dans le passage dont nous parlons ici ? Or elle a ce caractère décisif de réunir dans une énumération commune les deux ordres d’apparilions, judéennes et galiléennes, entre lesquelles on croit souvent trouver une opposition dans nos évangiles.
Paul commence par celle de Pierre. Il omet celles à Marie-Madeleine et aux deux d’Emmaüs, personnes qui. n’appartenaient pas au nombre des témoins expressément choisis par Christ avec la mission de lui rendre
témoignage (Act. [, 21 et 26). Il est donc d'accord avec Luc XXIV, 34, qui place l’apparition à Pierre la première, avant celle accordée le soir aux apôtres. [l est évident que ces deux apparitions se placent, dans la pensée de Paul, à Jérusalem. Elles sont trop étroitement liées, par la relation entre le v. 5 et le v. 4, avec les faits de la mort et de l’ensevelissement du Seigneur, pour en être séparées. La mention du troisième jour ne permet pas non plus d’en douter, car entre le vendredi de la Passion et le dimanche de la Résurrection, il y avait le sabbat, jour dans lequel les disciples n’auraient pu se rendre de Judée en Galilée. Paul mentionne ensuite l'apparition qui eut lieu au sein d'une assemblée de plus de cinq cents croyants. Or une pareille réunion ne pourrait se concevoir à Jérusalem, à ce moment où les disciples ne s’assemblaient que dans une chambre dont les portes étaient fermées. C’est donc en Galilée qu’elle doit avoir eu lieu, là où se trouvait le oros des adhérents de Jésus. Celui-ci avait fixé aux apôtres le lieu précis de ce rendez-vous dans lequel 1l voulait prendre congé de lEglise galiléenne. Matthieu ne parle, il est vrai, dans son récit qui se rapporte certainement à la même apparilion, que des onze apôtres; mais, d’après Marc XVI, 7, elle devait s'étendre aussi aux femmes et par conséquent aux autres croyants Galiléens. Si Matthieu ne parle que des Onze,-c’est qu’ils formaient le noyau de l'assemblée et que c'était à eux que Jésus se proposait d'adresser la grande mission qui fait l’objet de cette scène. Paul parle ensuite d’une apparition à Jacques, mais sans dire où elle eut lieu. L’évangile des Hébreux, qui la racontait en détail (comp. p. 307 et 314-315), la plaçait au lieu même de la Résurrection et au moment où Jésus sortait du tombeau. Il en faisait par conséquent la première de toutes, à l'honneur du chef vénéré de l'Eglise
judéo-chrétienne. Enfin Paul mentionne, comme la cinquième, une apparvhon à lous les apôtres (rois amoctédoic räocw). (est évidemment celle de l’Ascension, et il me parait probable que l’épithète {ous fait allusion à la présence de Thomas, qui ne manquait plus dans cette réunion finale. L'apôtre ne dit pas où elle eut lieu; mais le récit de Luc peut difficilement nous laisser dans le doute sur ce point.
Cette énumération de Paul ne permet absolument pas de poser le dilemme : apparitions judéennes ou galiléennes ? Car elles sont réunies chez lui, tout comme dans nos évanotles ‘. |
Il y a seulement lieu de se demander quelle raison à pu avoir Luc pour mettre en relief les apparitions judéennes, tandis que Matthieu a surtout rapporté la grande apparition galiléenne. On comprendra cette différence si l’on tuent compte du courant général qui détermine la narration de ces deux écrits. Gelui de Luc visait dès l’abord à la réalisation sur la terre de l’œuvre du salut fondée par Christ, œuvre qui, par la prédication des apôtres et le travail de l'Eglise, devait s'étendre de la Judée au monde entier. À ce point de vue, l'intérêt principal des scènes de la Résurrection devait se porter sur les premières apparitions qui avaient eu lieu à Jérusalem dans le courant de la semaine sainte et qui étaient particulièrement destinées à relever et à affermir la foi des disciples, appelés à continuer sur la terre l’œuvre commencée par Jésus lui-même. L’évangile de Matthieu, au contraire, tendant surtout à faire ressortir le caractère messianique de Jésus, après
1 On a peine à se rendre compte de l’omission de l'apparition aux cinq cents, chez Luc si étroitement lié avec Paul. Peut-être Paul a-t-1l cru pouvoir citer les cinq cents qui, en grande majorité, n’appartenaient pas au nombre des témoins choisis (Act. I, 23 et 26), en raison de la présence des Onze qui formaient le centre de l’assemblée.
avoir commencé par la démonstraiton de son origine davidique, devait aboutir à la proclamation de son élévation à la souveraineté universelle. La foi à la royauté messianique de Jésus dans le ciel pouvait seule compenser ce qui, aux yeux des apôtres, habitués à de glorieuses perspectives, manquait à l’œuvre .si humble de la prédication évangélique à eux confiée parmi les nations de la terre. Ils avalent besoin de voir dans ce travail si inapparent la réalisation de l’œuvre de ce même Jésus, aujourd’hui glorifié, auquel une attente tout autre les avait attachés ici-bas; comp. Matih. XX, 20 et suiv., la prière de Jacques et de Jean, et la parabole des marcs, Luc XIX. Cest à ce besoin qu’a répondu Matthieu en retraçant la scène de l’apparition sur la montagne.
Les évangélistes ont ainsi apposé chacun, dans le récit des scènes de la Résurrection, le point final à leur narraüon : Matthieu, en montrant Jésus couronné de la royauté messianique ; Luc, en présentant les apôtres tout prêts à accomplir ici-bas la mission de foi que Jésus leur confiait ; Marc, en représentant Jésus comme l’évangéliste céleste continuant à coopérer à l'œuvre de ses disciples ; Jean, enfin, en lui offrant par la bouche du plus incrédule des siens, la reconnaissance de son éternelle divinité.
LE PLAN
Nous avons indiqué le cadre de la narration. Le plan est quelque chose de moins extérieur et de plus profond. Il s’agit de l’idée dominante de l'écrit, qui en a déterminé Ja marche dans l’ensemble et dans les détails. J’ai montré
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564 L'ÉVANGILE DE SAINT LUC. | plus haut (p. 464) que le contenu du livre des Actes n’était point lencore renfermé dans les termes du prologue par lesquels Luc indique l’objet de son livre. Cette expression: « Les choses qui ont été accomplies parmi nous, » ne peut, comme nous l’avons vu, s'appliquer aux événements racontés dans le livre des Actes. Il n’en est pas moins vrai cependant que, lorsque Luc a composé son évangile, il avait déjà devant les yeux le grand résultat final de l’histoire évangélique : la substitution de l’humanité paienne à Israël dans la possession du Royaume de Dieu. Il a donc pu former déjà alors le dessein de donner pour complément à son évangile le livre des Actes, et nous pouvons par conséquent, en parlant du plan de lévangile, faire entrer en ligne de compte l'histoire de la fondation de l’Eghse, telle qu’elle est rapportée dans les Actes.
L'idée dominante du troisième évangile n’est pas, comme celle du premier, l'établissement par Jésus-Messie de l’état de choses saint et parfait appelé le Royaume de Dieu ; c’est la bonne nouvelle du salut oftert immédiatement à chaque pécheur par la prédication du pardon des péchés. Cette idée dominante n’est pas présentée sous la forme d’un développement unique et suivi; elle se déroule dans une variété de faits et de paroles, et cela, comme nous l’avons montré (p. 491), en quelque sorte sur trois lignes parallèles, présentant chacune l’un des aspects de ce grand fait, l’apparition de l’œuvre nouvelle et sa paisible croissance à la fois en extension et en intensité ; puis sa rupture graduelle avec l’œuvre ancienne, faussée dans son esprit, rupture de plus en plus complète (dans l’évangile, avec le judaïsme palestinien ; dans les Actes, avec celui de la Diaspora) ; enfin, la consolidation définitive de la société nouvelle, par la création des organes
nécessaires à sa conservation el à sa propagation, organes dont elle se dote elle-même au fur et à mesure de ses besoins !. Ces trois séries de faits aboutissent à l’émancipalion complète de l'Evangile, qui prend de plus en plus son libre essor dans le monde comme Eglise de la sentilité, laissant derrière elle, selon l'expression de Jésus, « le cadavre (israélite) livré aux aigles » (du Jugement) (Luc XVIT, 37).
Il est clair que dans l’exécution de ce plan les trois séries de faits apparaissent non successivement, mais parallélement. Il y a constamment entre elles action et réaction. Chaque progrès dans le développement de l'œuvre nouvelle en amène un dans sa rupture avec l'œuvre ancienne, et plus cette œuvre croît elle-même, plus elle travaille à son organisation nouvelle. Hofmann a résumé comme suit le plan de l’œuvre de Luc dans ses deux parties {Die heilige Schrift N. T., p. 241) : & Ainsi nous voyons la prédication du salut apparu en la personne de Jésus commencer au milieu du peuple Juif et parvenir jusqu’au point où 1l est décidé que ce peuple, comme peuple, demeure en dehors de l’Église de Jésus sortie de son sein, MAIS qui Va se répandre dans le monde païen et qui, tout en renfermant un certain nombre de membres juifs, n’en sera pas moins désormais une Eglise de
1 J'entends par là, dans l’évangile, la vocation des premiers disciples (Luc V), l'élection des Douze (Luc VI), leur première mission (Luc IX), l'élection et la mission des septante disciples (Luc X), l'envoi des Douze dans le monde entier (Luc XXIV, 44% et suiv.);et, dans les Actes, l'œuvre des Douze à Jérusalem (I-V), l'institution des Sept (Diacres), l'établissement des Anciens dans l’église judéo-chrétienne (XI, 30-XX, 4, 22; XXI, 18; XVI, 4) et dans les églises païennes (XIV, 23; XX, 17-28); puis le ministère des docteurs et prophètes (XII, 4); enfin celui des évangélistes-missionnaires (XII, 4 et suiv,).
LA
la gentilité. » C’est bien là la pensée directrice des deux écrits de Luc, celle à laquelle répond la marche de la narration dans son ensemble et jusque dans les plus petits détails. Avec ce Jugement si juste de Hofmann, contraste étrangement celui de Holizmann [Bibel-Lexicon de Schenkel et, de nouveau, Eïinleitung, p. 381) : « Les Actes sont, comme l’évangile de Luc, un livre de compilation composé sans disposition précise. » Renan estime en échange que l’écrit de Luc est « un ouvrage de la plus parfaite unité. » Et Zeller lui-même reconnait € qu’un plan rigoureux domine l’œuvre entière. » Entre ces appréciations opposées, il n’est pas difficile de se décider.
Traits caractéristiques du troisième évangile.
A. Au point de vue lasloriographique.
1. Le récit de Luc se distingue avant tout par sa richesse. Si l’on divise toute la matière renfermée dans les synoptiques en 169 sections, on en irouve environ 58 communes aux trois narralions ; Matthieu en possède de plus 20 qui lui sont propres, soit en tout 78 ; Marc en possède 5 en propre, soit en tout 63; Luc en possède en propre 45, soit en tout 103. On voit par là que Luc renferme près des trois quarts du contenu total et qu’à lui seul il nous en a conservé environ un quart. Par conséquent, si Luc nous manquait, c’est à peu près la quatrième partie de l’histoire évangélique, telle que nous l’ont transmise les synoptiques, qui nous ferait défaut. Nous ignorerions par exemple les nombreux traits suivants : la pécheresse aux pieds de Jésus, la visite chez Marthe et Marie, l’envoi des 70
disciples, la visite chez Zachée, les pleurs de Jésus sur Jérusalem, lentretien avec: le brigand converti, la rencontre avec les deux disciples allant à Emmaüs, etc. ; puis des paraboles telles que celles-ci : la brebis perdue, la drachme perdue, l'enfant prodigue, le bon Samaritain, l’économe infidèle, le mauvais riche, le pharisien et le péager, etc., etc. On voit quelle énorme lacune dans notre connaissance du ministère et des enseignements de Jésus résulterait de l’absence de Luc dans le canon évangélique.
9. Le récit de Luc n’est pas moins supérieur aux deux autres en qualité qu’en richesse. Non seulement il à sauvé de l’oubli une foule de faits et d'enseignements importants, mais même dans les récits qu’il a{en commun avec les deux autres synoptiques, 1l a conservé de nombreux détails qui répandent un jour nouveau sur les faits racontés ; ainsi la prière de Jésus au moment du baptême et celle qui précède le fait de la transfiguration; dans ce dernier récit, la mention du sujet de l'entretien avec Moise et Elie, qui éclaire d’une vive lumière toute cette scène mystérieuse; l'apparition de l’ange à Gethsémané ; le regard de Jésus sur Pierre après le reniement, etc. Luc a également trouvé le moyen de replacer dans leur milieu naturel une foule de faits et de paroles dont la tradition n'avait conservé que la teneur : les adieux aux villes de Galilée, l’occasion de l’enseignement de l’oraison domini- * cale, la vraie situation de la rencontre de Jésus avec les trois disciples disposés à se joindre à lui. Remarquons encore la relation du précepte sur la prière avec la parabole de l’ami indiscret, puis celle de l’enseignement sur la Providence avec la parabole du riche insensé; le tressaillement de joie unique auquel donnent lieu chez lui le retour et le récit des septante disciples; les situations particulières qui sont l’occasion de plusieurs paroles : de
l'exhortation à la repentance (XII, 1 et 93), de lavertissement contre les professions de foi faites à la légère (XIV, 25), des paraboles des ch. XV et XVI (XV, 1. 2; XVE, 1. 14); enfin la distinetion bien marquée entre le discours sur la Parousie (ch. XVIT) et celui sur la ruine de Jérusalem (ch. XXI).
La critique actuelle traite dédaigneusement les petits préambules par lesquels Luc motive certains enseignements de Jésus; mais je crois que quiconque méditera sérieusement les cas que nous venons de citer, reconnaitra que les paroles de Jésus, rattachées, comme elles le sont par Luc, à la situation indiquée, acquièrent une valeur, un charme nouveaux, comme la fleur replacée dans son milieu naturel. Il est évident que Luc n’a pu réussir à rétablir les relations entre ces paroles et les situations qui les ont inspirées qu’au moyen d'informations très précises et provenant le plus souvent de témoins des faits. Elles ne sauraient provenir de simples conjectures de sa part. La preuve qu'il ne s’est point permis d’inventer ces siluations particulières en les inférant lui-même des paroles rapportées, ressort de divérs cas où nous le voyons énumérer des séries de préceptes placés en quelque sorte bout à bout sans aucune liaison, ni temporelle, ni logique; ainsi XVI, 44-18 et XVII, 1-10.
M. Sabatier dit (Sources de la ‘vie de Jésus, p. 32) : « Le morcellement est le procédé littéraire de Luc, comme le groupement est celui de Matthieu. » Cette observation est Juste, à condition de retrancher le mot litléraire. Car le procédé de Luc est tout simplement historique, reproduisant d'une manière remarquablement précise les renseignements qu’il avait réussi à recueillir, 3. En racontant comme il le fait, Luc a pleine conscience de sa tâche d’historien. Comme les écrivains clas-
siques, tels qu'Hérodote, Thucydide, Polybe, 1l ouvre son écrit par un préambule destiné à expliquer les sources où il a puisé ses récits et le but qu’il s’est proposé dans ce travail. [l a cherché à remonter jusqu’à l’origine la plus reculée de l’histoire extraordinaire qu'il va raconter. Au moment de retracer l'inauguration publique du ministère de Jésus par l'apparition de Jean-Baptiste, 1l replace ce faitinitial dans le grand cadre de l’histoire contemporaine, soit païenne, soit juive (HT, À et suiv.). Puis 1l conduit sans interruption le récit de Nazareth à Capernaum et de Capernaüum à Jérusalem, où aboutit la première partie de ouvrage ; il le continue dans la seconde en poursuivant le développement de l’œuvre de Jérusalem à Antioche et d’Antioche à Rome. Ce n'est qu’en approchant de ce dernier terme et en racontant des scènes auxquelles il avait assisté lui-même, que son récit perd un peu de son caractère historique général, pour prendre celui de Mémoires, où domine le souvenir personnel, modification que la vivacité des impressions récentes explique aisément. Comme dit bien Zahn (HE, p. 371) : « Luc n’écrit pas, comme Matthieu, une apologie du Christ et de son Eglise, rendue nécessaire par les préjugés étroits d’un milieu national. Il ne présente pas non plus, comme Marc, une
série de récits détachés qui se sont empreints dans son
esprit en les entendant souvent raconter. Mais, en vrai
historien grec, il veut exposer l’histoire du christianisme
depuis ses origines jusqu’au terme maintenant atteint, et cela de telle manière qu'un païen cullivé, qui avait entendu parler des faits transmis dans l’Église, qui s’y était sérieusement intéressé et qui se trouvait en relation amicale
avec divers chrétiens, pût recevoir, au moyen d’un exposé
suivi dù à de solides informations, l'impression de la certitude des traditions chrétiennes. »
4. Nous trouvons une garantie de la vérité des récits de Luc dans les nombreuses coimcidences qu’il présente d’un côté avec les épîtres de Paul et de l’autre avec les récits de Jean. Quant aux premières, comp. Luc 1, 32 (David son père) avec Rom. [, 3-4 et2 Tim. IF, 8; Luc If, 21. 22 avec Rom. XV, 8 et Gal. IV, 4; Luc XVIIE, 14 (la parole relative au péager justifié) avec Rom. IV, 5; le récit de l’institution de la sainte Cène (Luc XXII, 19 et suiv.). avec l’enseignement de Paul dl Cor. XI, 23 et suiv.); le récit des apparitions de Jésus ressuscité (Luc XXIV, 34 et suiv. : Pierre, les Douze, fous les apôtres) avec l’énumération de Paul (1 Cor. XV, 5 et 7).
Les rapports entre Luc et Jean ne sont pas moins frappants : pas plus que Jean, Luc ne fait dépendre le retour de Jésus en Galilée de emprisonnement de Jean-Baptiste ; pas plus que chez Jean, le ministère de Jésus n’est divisé par Luc en deux masses bien tranchées, l’activité en Galilée et le ministère à Jérusalem. Ce contraste est tempéré chez lui par l’importante transilion que forme le récit du long voyage de Galilée à Jérusalem, dans le cours duquel on discerne au moins une visite en Judée. Il est impossible de n’être pas frappé également des affinités entre le caractère que Luc attribue aux deux sœurs de Lazare à Béthanie et le jour sous lequel elles nous apparaissent toutes déux, jusque dans les nuances les plus délicates, dans le récit johannique de la résurrection de Lazare. Chez Luc, comme chez Jean, Jésus annonce le reniement de Pierre, non sur le chemin de Gethsémané, ainsi que le racontent Matthieu et Marc, mais avant le départ de la chambre haute. Luc et Jean remarquent tous deux que ce fut l’oreille droite du serviteur du grand sacrificateur que Pierre abattit de son coup d'épée. Tous deux aussi parlent de deux anges apparus au tombeau,
POINTE X Ar
TRAITS CARACTÉRISTIQUES. Ne 571
et non d'un seul, comme Maithieu et Marc. Comme on ne saurait soutenir que Jean, tout en pouvant connaître Lue, dépende de lui, — son récit est trop original et autonome, — ces coincidences nombreuses sont, aux yeux de celui qui admet l'authenticité de Jean, une garantie de la vérité historique de l’écrit de Luc jusque dans de très minutieux détails.
B. Au point de vue litlérarre.!
Non seulement le troisième évangile est écrit dans un style grec supérieur à celui des trois autres, mais on peut même dire que cet écrit, seul d’entre tous les livres du N. T. (sauf peut-être l’épitre aux Hébreux), possède, à côté de son importance religieuse, un vrai mérite littéraire. Renan l’a appelé « le plus beau livre qu’il y ait » (Les Evangiles, p. 283). Je lisais cet évangile avec un philologue éminent, pour qui la Grèce était devenue comme une seconde patrie. En arrivant à la fin du ch. XV (la parabole de l'enfant prodigue), il posa le livre et s’écria plein d’admiration : « Homère n’a rien écrit de plus parfait. » Le style de Luc offre néanmoins d’étonnantes différences. Certains morceaux, comme le préambule de l’évangile (1, 1-4) et là seconde partie des Actes, présentent le style hellénique le plus classique. C’est évidemment ici le style propre de l’auteur, quand il écrit librement et de son chef. D’autres parties, au contraire, sont saturées d'expressions et de tournures araméennes ou hébraïques. Le passage de l’une de ces manières à l’autre est surtout sensible au moment où l’auteur, à la suite du Prologue, arrive à la narration évangélique ([, 5 et suiv.). Ce brusque changement ne permet pas de douter
1 Comp. sur ce sujet l'excellent écrit de Vogel : Zur Characte-
ristik des Lucas nach Sprache und Stil, 1897. | INT, AU N. T. 11 — 37
as. L'ÉVANGILE DE SAINT LUC.
qu’à ce moment ne commence un nouveau mode de composition. eee
Du reste, on s'aperçoit facilement, dans les deux écrits de Luc, qu'il s’est abondamment nourri du grec de la traduction des LXX. Ce cachet sémitique, si prononcé dans les deux premiers chapitres, se retrouve presque partout plus ou moins sporadiquement. Zahn parle d’un petit nombre d’araméismes (eënige wenige Aramaeismen) dans cet évangile. On va voir combien cette expression reste au-dessous de la vérité. |
Pour mettre le lecteur à même de juger de ce caractère marqué du troisième évangile, nous dresserons la liste des principaux hébraïsmes ou araméismes que l’on y rencontre presque à chaque pas.
Hébraismes el araméismes principaux du troisième évangile. [. — Prologue. Ch. [, 1-4.
Pas de fait de ce genre dans ce passage, IT. — Ch. T'et Il (récits de l’enfance).
Nous ne ferons pas ici de citations particulières; il faudrail reproduire le texte entier, qui n’est pour ainsi dire qu’un long hébraïsme.
IT. — Ch. IT, 1-IV, 138 (lavènement messianique).
éyévero Énua Oeoù mt III, 2.
Toocébnxey «at Todro mt müouv, [xai] xuréxheucev III, 20. éyévero. avewy0ñvar [IF, 21. |
Matth. ILE 416: Bartiodets.… avéBn... xat idoù aveuy Onsav.
Marc [, 9-10: za éfart!oûn... nat... avafalvev.…. etdev. IV. — Ch. IV, 44-IX, 50 (le ministère galiléen).
y rois Ooty [V, 21.
F Ai
7 \ 312: ci € \ \ \ / \ 10 EVEVETO.... HOLL AUTOS "NY EGTUG TRAOX TANYV Xpyny.… KOLL ELO ENV V, 1-2.
Matth. IV, 18: repmarov rapa thv Odhaooav... eidev. Marc 1, 16: roi Tapdywv..…. EldEv.
, VV 2N , 4 / xat éyévero… xat (où avap manpns Aémpac V, 19. À Matth. VIE, 2 : xat 19où Aexpos rpooeABty rpocenvvet. Marc L, 40: voi Épystat TpÔs aUtTOV ÀETEOS.
\e33 ’ \ , \ ci \ 5 / HO ÉVÉVETO... XL AUTOS DV... KA NCA xaÜnuevor V, 17. N2 / TR ? \ © . .
JUVALUE xvoioU Av ets TO 1Xcbat Ibid.
éXeUcovrat Apépau, «at Otav... Tôte... V, 35.
Matth. IX, 15 : 2evoovra Nuépat OTAV... xal TÔTE... Marc IE, 20 : comme Matthieu.
év caBBdre deureoorowre VI, 1.
Matth. XI£, À: roïc odBfaor.
Marc [E, 23: éy rois odffaor.
énAdowce madvra Tà fiuara abroD els Tac axoëç Toù Axoù VII, 4. Comp. 1 Sam. XI, 4: Axhoüor robç Adyous ec Ta ra Toù ÀAaoù. | | Matth. VII, 28 : üte étéleae. . robs Adyoug toutou. év yewnrois yuvaxov VIT, 28.
| Xal SVÉVETO... XL AÜTOS dudeuev VIII, 1.
éyévero Ôè xai... abroç évéfn VIII, 22.
épéveTo dè... amedééaro aüroy 6 6yXos VIIL, 40. Marc V, 21: xat duaxepdsavros toù ’[.... ouvdy On 0yAos rokbs. éyévero dë... «ai mapalabdv... avéfn IX, 28.
Matth. XVII, À : x... rapakaufdver 6 ’I... xat avagéper.… * Marc IX, 2: comme Matthieu.