VI. — Ch. XIX, 29-XXI, 38 (le séjour à Jérusalem
NAENIEY ? / € 5 e 7 at éyéveto... éméornoav où dpyteoeic XX, 1.
ai moocébero Eteoov tépbar Jobdov XX, 11.
Matth. XXI, 36: xx axéoreukey &Alous Soÿhoue. Marc XIE, Æ: at noliv éméoteuev.… &XAov doÿhov.
«ai moocébero roiroy mépbaur XX, 12.
Marc XIL, 5 : xat &\Aov anéoterhev.
AauBave rodswmov XX, 21.
Matth. XXIT, 16: Bérew sis rodowrov a lpwruwv. Marc XII, 14 : comme Matthieu. " où viol ToÙ œiwvos ToUTou... œttov éxeivos XX, 34-35. épyecdou mi To évouart XXI, 8.
ctouart uayaiouc XXI, 24.
Ft LAODIEN PETER
TRAITS CARACTÉRISTIQUES. 575 VIE. — Ch. XXIE, 1-XXIIT, 56 (la Passion).
De emo XKIIT. 08:
VIE — Ch. XXIV (la Résurrection).
HAL SYÉVETO... KO to) Ad oec Ju v. 4.
épévnoay Evoioy adToy V. 11.
\ , V4 \ 2) ” HO ÉYÉVETO... xat AÙTOS V. 19.
| xat éyévero.… e)h0ynoev V. 30.
LpCduevor v. A7.
Xa éYÉVETO.….… drécrn v. D1.
Ge n’est pas seulement cette série de locutions hébraisantes ou araméennes répandues dans tout le texte de Luc qui donne à cet évangile un caractère particulier; c’est en même temps l'emploi fréquent de certaines expressions et tournures grammaticales portant la marque de leur origine hébraïque ; par exemple, la juxtaposition des propositions au moyen du simple xx, remplaçant la construction syntactique grecque !, — Vogel compte en moyenne sur cent versets dans l’évangile jusqu’à cinquante cas de ce genre (dans les Actes seulement seize), ce qui est une proportion beaucoup plus forte que dans les deux autres synoptiques, même dans Marc où cette forme n’est pourtant pas rare; — puis l’emploi de la 3° personne du pluriel des verbes pour désigner un sujet indéfimi ?; le génitif d’un substantif servant à remplacer un adjectif de qualité, tout en en renforçant le sens à ; l'emploi analytique du verbe
1 Comp. entre autres Il, 25-28 ; 26-39 ; IV, 5-8 ; XIV, 1-6; XIX, 1-7.
2 Gwaouot (VI, 38); aratodot (XII, 20); rapeevro..… aœiroouor (XII, LS). |
sXAdyor ts ydprros (IV, 22); vide cipfvns (X, 6) ; nvedua àofevetuc
être avec un participe, remplaçant le verbe fini ! ; le verbe doublé de son propre substantif 2. ;
Nous n’avons point parlé encore de l'emploi chez Luc du nom hébreu de Jérusalem dont nous nous occuperons plus tard spécialement.
Il y a ici un phénomène étrange, qui doit paraitre doublement surprenant à ceux qui admeltent que Luc, en composant son ouvrage, a employé les récits de Matthieu et de Marc, ces deux écrivains d’origine juive qui, sans démentir leur caractère sémitique, n’emploient pourtant que rarement des formes purement araméennes, comme celles qui abondent sous la plume de Luc, Pécrivain grec! Holt:imann peut-il croire avoir résolu cette question difficile, en disant, comme il le fait dans Les Evangiles synoptiques (p. 335), que Luc en à agi ainsi € parce qu’il tenait à honneur findem er elwas darauf hiell) de donner à sa narration une forme hébraïsante. » Mais pourquoi auraitil tenu à cela, après que les deux autres écrivains synoptiques, ses prétendus modéles, y avaient eux-mêmes renoncé ? Et quel étrange procédé ne serait-ce pas que de réintégrer après coup artificiellement dans la narration évangélique ces formes étrangères, après qu'elles avaient disparu des ouvrages des écrivains antérieurs? Weiss voit plutôt 1c1 un effet de l’influence exercée sur Luc par la lecture fréquente de la traduction des Septante. Mais, s’il en élait ainsi, cette influence devrait s’exercer sur le style de
(XI, 11) ; épydtar adurlas (XIII, 27); otxovouos tic ddrrlac (XVI, 8); viot toù œwtôs (ibid.); xputns tis adtxlac (X VIIL, 6); viol tic avaurdoeus (XX, 36). PA TLTA 1 nv nposeuyduevoy (1, 40) ; ñv rposÈox Gi (E, 21); sv REX ENLATIOLÉVO (IL, 26) ; 4v ÿrotassopevos (IL, 51); %v relpappévos (LV, 16); nv YEYLAL.péyov (LV, 17) ; nv ddaoxwv (IV, 34) ; nv anpésowv (IV, 44); ñoav xa0npevor (V, 47), etc., etc.
2 Bérrioua BartiKeodar (XII, 50) ; émi0uutx éxuouet (XXII, 15).
Luc d’une manière tout à fait générale ; or, ses écrits présentent des parties entières qui ne portent pas la moindre trace d’une telle influence.
- Le problème posé par les nombreux araméismes de Luce me paraît devoir se résoudre d'une tout autre manière. À Jérusalem, dés les jours qui suivirent la Pentecôte, se forma, à côté de la tradition araméenne émanant directement des narrations apostoliques, une tradition parallèle en langue grecque, destinée à la nombreuse population juive que les Actes appellent helléniste, c’est-à-dire ne parlant que le grec. Le récit Act. VI, T et suiv. est typique à ‘cet égard. De même que les nombreux hellénistes, convertis à l'Evangile, réclamaient l'égalité des secours matériels, ainsi et à plus forte raison devaient-ils réclamer aussi une égale distribution du pain de vie pour eux-mêmes et pour les leurs. Or, cet aliment spirituel n’était autre que l’enseignement apostolique sur l’histoire et les paroles de Jésus, présenté sous la seule forme où 1l leur fût accessible, en langue grecque. Ainsi se forma sans tarder une tradition grecque, qui ne put primitivement qu'être comme calquée sur la tradition araméenne et en reproduire plus ou moins littéralement les formes. Mais ce caractère semi-hébraïque, qui fut dans le commencement celui de la tradition grecque, dut s’effacer graduellement, les araméismes les plus marqués tombant bientôt d'eux-mêmes en désuétude et les formes helléniques prenant de plus en plus le dessus. C’est sous cette forme plus avancée et déjà dégagée des plus choquants hébraïismes que nous trouvons la tradition grecque consignée par Matthieu et Marc. Il me parait en conséquence probable que la forme sous laquelle elle se trouve rédigée dans Luc appartient à un stage antérieur et plus rapproché de son origine. On pourrait difficilement comprendre que Luc eût de lui-même, et par
un travail de sa propre imagination, réintroduit dans le récit évangélique ces lournures et locutions étrangères au style grec en général, comme au sien en particulier, qui avaient déjà disparu des autres narrations. La seule manière naturelle d'expliquer la présence de ces particularités qui font disparate dans le style de Luc, me paraît être d'admettre que l’auteur est entré en possession de la tradition grecque portant encore distinctement l'empreinte semi-hébraique qu’elle avait reçue au moment de sa formation.
La chose est-elle concevable? Luc a-t-il réellement pu se trouver dans des circonstances telles qu'il soit entré en contact avec une forme de la tradition grecque aussi rapprochée de sa première apparition ? Il me le paraît: cela a pu avoir lieu de deux façons. D’abord par les personnes avec lesquelles Luc à été en relation et dont plusieurs, appartenant à l’Eglise de la Pentecôte, élaient encore pour la génération suivante les vivants porteurs de la tradition : première. Ainsi Barnabas et Silas, tous deux membres de la primitive Eglise de Jérusalem, avec lesquels Luc s'était rencontré à Antioche; puis d’autres encore, lels que ce Mnason, ancien disciple (apyaoc walnrnc), comme Pappelle Luc, chez lequel il logea avec Paul dans leur voyage de Césarée à Jérusalem ; enfin et surtout Philippe, dont PEglise primitive de Jérusalem avait fait lun de ses sept représentants et que Luc appelle l’évangélisle, lui attribuant ainsi la fonction de narrateur attitré de l'histoire évangélique. Lorsque Luc s'arrêta à Césarée avec saint Paul et les aulres compagnons de lapôtre, ce fut chez Philippe qu'il passa les jours mémorables dont 1l nous a lui-même conservé le souvenir dans le passage saisissant Act. XXI, 8-14.
La société de pareils hommes élait pour Luc une source de narralions authentiques sur l’histoire de Jésus. Mais
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peut-être ce moyen n’a-t-1l pas été le seul, ni même le principal. Les écrits des roXkot (1, 1), par la mention desquels Luc ouvre le sien, étaient certainement connus de lui. Qu'étaient-ils ? Sans doute des recueils de nature anecdotique, dans lesquels était formulée de la manière la plus fraiche la tradition grecque relative à certains faits et enseignements saillants de Jésus. Premiers essais de littérature évangélique, ils devaient avoir conservé les formes initiales de la tradition apostolique, et e’est de là surtout qu'elles ont pu passer dans lécrit plus complet de Luc.
S'il en est ainsi, le troisième évangile serait en relation plus étroite qu'on ne le pense d'ordinaire avec la tradition primitive, et 1l n'y aurait pas de raison pour interposer entre son écrit et cette tradition les deux autres synoptiques, d'autant plus que Luc ne fait point expressément mention de ceux-ci dans son Prologue, que les expressions dont il se sert pour caractériser ses devanciers ne s'appliquent point naturellement à eux (voir p. 462 à 464), et qu'enfin, dans plusieurs des exemples cités dans la liste ci-dessus, Marc et Matthieu non seulement ne présentent pas les formes araméennes de Luc, mais semblent même les corriger. En conservant les formes antiques des écrits primitifs antérieurs au sien, d’une manière aussi littérale que possible, Luc donnait à ses lecteurs grecs une preuve de l'authenticité des sources d'où il tirait ses récits et une garantie de la fidélité avec laquelle il y puisait. Ge procédé n'avait rien d’artificiel ; 1l était aussi loyal que naturel.
1 On pourrait opposer à ce que nous venons de dire sur la relation directe de l’évangile de Luc avec la tradition grecque primitive formulée à Jérusalem, notre jugement sur lévangile de Marc (p. 441), d’après lequel ce dernier écrit serait « le monument de la tradition apostolique sous sa forme absolument primitive. » Cette place, nous paraissons ici la donner à Luc. Mais les deux assertions se concilient,
Avant de quitter ce sujet des formes hébraïques de Lue, je dois mentionner encore un fait particulier qui me paraît confirmer la conclusion à laquelle je me vois conduit. Sur 30 fois que Luc nomme la capitale, il la désigne 26 fois par son nom de forme hébraïque (‘lepousæmu) et 4 fois seulement (If, 22; XII, 22; XIX, 28 et XXIIL, 7) par la dénomination de forme grecque (‘Ieoocouua), tandis que Matthieu et Marc emploient exclusivement cette dernière forme (sauf le cas Matth. XXII, 37, où la citation de la parole de Jésus a paru sans doute exiger la forme originale du nom). N’est-1l pas naturel de conclure de là que
si l’on pense que celle qui est relative à Marc porte essentiellement sur le fond de la narration, spécialement sur l’absence de tout récit de l'enfance dans cet écrit, tandis que ce que nous disons ici de Luc se rapporte uniquement aux formes extérieures de la narration, aux traces demeurées de son origine araméenne. Les deux assertions n’ont donc rien de contradictoire et se complètent plutôt. Ou bien objectera-t-on que, si Pierre est réellement l’auteur des narrations rédigées par Marc, celles-ci devraient porter également l’empreinte des formes araméennes qui y restèrent attachées au premier moment? Mais à l’époque où Pierre racontait l'histoire de Jésus à un auditoire de chevaliers romains, trente et quelques années après la fondation de l'Eglise, ‘il est tout naturel que les formes originaires de la tradition grecque eussent peu à peu disparu et que le récit évangélique se fût déjà hellénisé tout à fait, Pierre ne pouvait songer à réintroduire dans ses récits des formes étrangères, choquantes pour des oreilles gréco-romaines ; et Marc a naturellement suivi son exemple. Zahn a cru découvrir dans Marc un passage qui supposerait entre lui et Lue un rapport inverse de celui que nous croyons constater : ce serait Marc qui aurait conservé l’hébraïsme et Luc qui l'aurait supprimé (getilgt) (Eint. IX, p. M9). Il s’agit de Marc VI, 39, où se lit l’hébraïsme SUUTÔSX GULTXOOL&, Qui ne se retrouve pas dans le passage parallèle de Luc (IX, 14). Mais le terme de supprimer (tilgen) qu'emploie Zahn suppose précisément ce qui est en question, c'est que Luc aurait eu sous les yeux le texte de Marc et l'aurait corrigé intentionnellement en le grécisant, tandis qu’on peut fort bien ne voir ici qu'une différence accidentelle de narration, comme il s’en trouve à chaque ligne dan les synoptiques. |
dans la forme où la tradition grecque était parvenue à Luc, oralement ou par écrit, régnait encore la dénomination hébraïque primitive, tandis que dans cette tradition, telle que nous la trouvons rédigée dans Marc et Matthieu, ce nom était déjà hellénisé? C’est aussi sous cette dernière forme que ce nom se présente constamment dans l'évangile de Jean, écrit le dernier des quatre : et si quatre fois sur trente nous trouvons dans Luc la forme orecque, c'est sans doute parce qu’elle commençait à s’introduire, mais sans avoir encore absolument prévalu. Holtzmann, dans Les Evangiles synopliques, expliquait la présence de ces deux formes dans nos synoptiques par les deux sources qu’il attribuait à ces écrits, la source A (le Marc primitif) et la source A (les Logia), qui auraient usé chacune de préférence de l’une ou de l’autre de ces formes. Mais Wetzel a montré, p. 84 et 89, le néant de cette explication à laquelle son auteur a du reste certainement renoncé lui-même en abandonnant l'hypothèse à laquelle elle se rattachait.
Cette diversité de style, presque de langue, dans Île III évangile, que nous venons de chercher à expliquer, soulève un nouveau problème : comment accorder cette bigarrure, en dedans d’un même écrit, avec l'unité imdéniable de style qui, d’autre part, le caractérise, ainsi que celui des Actes? Dans deux études approfondies {Theol. Jahrb., 1843, et Apostelgesch., p. 390 et suiv.) Zeller a énuméré jusqu'à 139 termes exclusivement propres à Luc et 134 locutions qui lui sont presque exclusivement propres. Voir également Vogel, p. 61-68. Schaff compte dans l’évangile et les Actes 160 termes, qui dans tout le N. T. ne se trouvent que chez Luc. Et il affirme que, sur 19,209 mots dont se compose l’évangile de Luc, 1l y en a 12,969 qui ne se trouvent ni dans Matthieu, ni dans
Marc ‘. La solution du contraste entre cette constance du vocabulaire et des formes syntacliques dans l’œuvre de
1 Nous donnons ici-un certain nombre d'exemples de ces termes ou exclusivement ou presque exclusivement propres à Luc.
Verbes : Les 11 suivants lui sont entièrement propres; ils se retrouvent également dans l’évangile et dans les Actes : avadexvüvat; avapalvesQat ; diarogeiv ; Diaotivar ; émfiBoleuv; Oduvaola; rpouïrdpyev : supfdkkev; Ürohaufavev: dranopebeolar; Nouyatew. — Les 17 suivants ne se retrouvent que rarement ailieurs: avæhaufidverv ; Orapaptopeoat ; anowdéyyeodar ; diadtdgvor ; éÉanootÉA hey; xatavrhev; Tapastrivar; rapaylyveofar; rpoopewveiv; rpoyepléeolat; ouyxaketolat, oukAaheïv; écistacbar; ropeeolat (46 fois dans l’év., 38 fois dans les Actes) ; xposdoxäv; évayyeXCeolar (10 fois dans l’év., 16 fois dans les Actes, seulement 4 fois chez Matthieu) ; ateviGeiv (12 fois en tout); adEdverv.
Substantifs : Les 11 suivants ne se trouvent que chez Luc [tous dans -év. et Actes): éoxépa; fadpfos; Taots; otpatnyos; otpartid; ouyyéveta: moÂTns; axoypawñ; vouodtôdoxahos; ématdrns; ueyahetia. Les suivants se trouvent parfois ailleurs: ai fuéox (pour désigner une époque); oixos (dans le sens de famille); Gduotos; brdpyovra (pour désigner les biens); tapalvuxde ; vouuso! (au lieu de yoœpuateic); Auvr l'évynoaoét (les autres disent 0akassa); owtio, swrnpla, suwriorov (17 fois dans év. et Actes, ailleurs seulement deux ïjois, dans Jean); vios (viot) Ébiotou.
A djectifs, pronoms, participes: Les 4 suivants sont propres à Luc: xpdriotos; tpayuüs; Eupofos; eükaGnc. D’autres lui sont familiers : ei (dans le sens de zo@ros); Étepos (comme synonyme de &Xhos); xai aÿTos Où xat aûtot:; le participe pris substantivement avec l’article vo: ro elwÔos; To eiltouévov; To yeyovds; To oupfefBnxos: T0 prouévoy; to DLATETAYUEVOY ; etC. D :
Adverbes, prépositions, conjonctions : Expressions propres à Luc: Evavte ; Efns ; zaûcëñs ; xaûdr. Expressions fréquentes chez Luc: ravray où ; aus; dot; av0’ cv; DE al; et DE unfye; uév oùv (sans à subséquent); zaçayçciua; &v (désignant l’état. la dépendance) ; sv (employé plutôt que per ; dans l’év. 36 fois, 51 fois dans les Actes; seulement 10 fois dans les autres év. réunis).
Quelques tournures particulières : té tt ; apËduevos ano ; ékenposüvnv LOdvat Où roeiv; Nuépa TOY caffdrwv ou toù saffidrou ; Oeivar TA yÜvata; pépas yevopévnc ; ropebeolar els eipnvnv Où êv etpnvn; t{leoda ets Tnv xap-
fav Ou év 17 xapdla; oupfBdldey év tn xapdtu, etc. Pour celui qui désirerait faire une étude plus précise de la question du style particulier de Luc, je recommande le travail approfondi de
Luc, et la diversité que nous y avons constatée, ne peut, me paraît-il, se trouver que dans la liberté avec laquelle il reproduisait le contenu de ses sources. Sa fidélité n’était pas de la servilité et n'empêchait pas que sa propre manière d'écrire ne conservât jusqu'à un certain point ses droits. Ce fait est d’une très grande importance pour l'appréciation de l’origine des morceaux «en nous»; car, si ces morceaux eussent élé tirés par lui du journal d’un autre compagnon de Paul, il eût été facile à l’auteur des Actes de remplacer le nous par un ts, à moins qu’il n’eùl l'intention frauduleuse de se faire passer lui-même pour l’une des personnes présentes aux scènes racontées dans ces morceaux. |
En résumé, il me paraît qu’on doit distinguer dans le IIIe évangile quatre classes de morceaux, dont chacune trahit un mode de composition spécial : |
La première comprend les deux premiers chapitres, qui sont la reproduction en quelque sorte littérale d’un original araméen. Luc a-t-il trouvé ces récits de l’enfance déjà rédigés en grec ou les a-t-1il traduits lui-même d’après des traditions araméennes, orales ou écrites, qu’il avait réussi ‘à recueillir ? Nous lignorons; mais le fait que dans ces chapitres se retrouve un grand nombre des. expressions
Credner (Eïinl. Y, p. 132-142) et celui de Vogel, qui, à côté des relations de Luc avec les écrits juifs (grecs) postérieurs et avec les classiques grecs contemporains, présente dans quatre tableaux : 40 une liste de termes exclusivement propres à Luc dans le Nouveau Testament (57 exemples) ; 20 celle des termes des deux écrits de Luc qui ne se présentent que très rarement dans le reste du N. T. (42); 30 celle des termes pour lesquels Luc montre une prédilection (24) ; 40 celle des tournures spéciales qui caractérisent ses deux écrits (32). — Ces tableaux suffisent, aux yeux de Vogel, comme aux nôtres, à prouver que l’évangile et les Actes, malgré les diversités du style, ne peuvent être attribués qu’à une seule et même plume. — Voir encore la belle étude de Plummer, p. XLI-XLV.
favorites que l’on remarque dans toute la suite de son ou vrage, parle en faveur de la seconde alternative.
La seconde classe comprend les récits dans lesquels nous avons trouvé encore un très grand nombre de formes araméisantes, quoique déjà en quantité moindre que dans les deux premiers chapitres : ce sont les récits du ministère galiléen, jusqu’à IX, 51. Peut-être Luc les a-t-il déjà trouvés en grande partie rédigés en grec dans les écrits des roi, toutefois sans s’interdire, en les reproduisant, de les marquer de son empreinte.
Dés le ch. X, les formes araméennes commencent à devenir un peu moins fréquentes, tellement qu’on en retrouve à peine encore quelques traces dans les ch. XIV- XVIIT; c’est ici une troisième classe de morceaux, dans lesquels je pense que Luc à reproduit lui-même en grec des traditions orales araméennes !. ,
Restent, comme quatrième classe, les parties qu’il a composées complètement de son chef, sans tradition comme point d'appui ; celles-ci se reconnaissent aisément à leur style grec vraiment classique. Ce sont surtout le Prologue de l’évangile et la seconde partie du hivre des Actes, depuis le ch. XIIT.
Dans tout ce qui précède, nous avons supposé que Luc savait l’araméen. Zahn ne le pense pas. Il s'exprime ainsi (I, p. 402): « Il est invraisemblable que le Grec Luc füt en état de lire un livre araméen.…. ; les quatre traductions de noms araméens que nous trouvons chez lui (Act. [, 19, Hacel-Dama; IV, 36, Barnabas ; IX, 36, Tabitha; XII, 8, Elymas) ne sont pas inattaquables, et le fussent-elles, elles
1 Dans le récit du séjour à Jérusalem (ch. XX), les araméismes reparaissent d’une manière assez frappante, particulièrement dans la parabole des vignerons. La tradition araméenne avait laissé dans ce morceau si important une empreinte profondément marquée.
PO
pourraient lui avoir été fournies par d’autres. » La seule qui lui paraisse certainement exacte est celle du troisième nom. Je ne saurais me prononcer sur cette appréciation. Mais voici Popinion nettement opposée de Vogel (p. 14): «Que Luc possédât la langue araméenne, cela s'entend de soi-même ; comp. Act. XXI, 40 ; XXII, 2 ; XX VI, 14. N’étaitce pas la langue parlée journellement par Paul et ses compagnons d'œuvre, comme elle lavait été autrefois par le Seigneur et ses disciples ? » Cette raison ne me paraît pas, il est vrai, très concluante. N’est-il pas possible que Paul s’entretint en grec avec ses compagnons d'œuvre, comme il le faisait avec les églises dans ses épiîtres? Mais il serait bien invraisemblable qu'avec l’intérêt si vif que Luc éprouvait pour l’histoire évangélique, il n’eût pas profité des constantes occasions qu’il avait à Antioche, auprès de la nombreuse population juive, d'apprendre la langue. dans laquelle Jésus avait parlé et de se mettre ainsi en contact direct avec sa parole et sa personne. Que Luc ignorât lhébreu, c’est possible; mais qu’il ne se fût pas familiarisé avec l’araméen parlé autour de lui, cela est très invraisemblable, quoi qu’en dise Zahn. :
A la caractéristique littéraire du IIIe évangile appartient encore un trait spécialement relevé par Vogel (p. 19-15) : « Une très grande partie du vocabulaire de Luc, dit-il, ne trouve de parallèle que chez les écrivains profanes grecs. Luc a environ deux cent trente termes qui lui sont com-
muns avec les écrivains grecs depuis Homère jusqu'aux
écrits du IIIe et Ile siècle avant Jésus-Christ. » Vogel conclut de ce fait que Luc était bien un écrivain d’origine grecque. « C’est ce qui ressort aussi, selon cet auteur, de son vif intérêt pour les détails extérieurs et secondaires des faits, de son sentiment humanitaire et des: tournures grammaticales de son style qui ne permettent pas
de douter de sa connaissance directe des écrivains profanes.... En comparaison avec Matthieu, Marc et surtout Jean, son style se distingue par une plus grande pureté et un choix plus délicat d'expressions. Son goût plus fin ne lui permet pas d'employer des termes appartenant au jargon populaire, tels que xevroupiwv, xñvoos, xodpdvrn, xousTodix, quoiqu'il ne se refuse pas d’user de termes tirés du latin et familiers aux Grecs d’Asie Mineure, comme 0EVIX, ToauTépov, cikdpior, cuuuxiyltov, &codptov, d'nvéorov, Xey:sov…. Tous ces caractères lexicographiques sont communs à l’évangile et aux Actes, et par conséquent pourront difficilement être expliqués autrement, ou du moins mieux, qu’en admettant que les deux écrits proviennent d’un seul et même auteur, dont le caractère propre ressort seulement d’une manière plus libre dans la seconde partie des Actes. » Nous n'avons rien à ajouter à ce jugement.
Quant à l'emploi de termes médicaux que plusieurs croient trouver dans le style de Luc, nous nous expliquerons plus tard sur ce sujet, en étudiant la question de l’auteur de l’évangile.