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CONCLUSIONS. 545 ble. La petitesse même de son objet en prouve la réalité et en fait la grandeur.
2. « On est habitué, dit M. Sabatier, à se représenter l’apôtre comme toujours armé en guerre, bardé de logique et hérissé d'arguments. Nous aimons à le surprendre au repos, en un moment de détente, dans ce commerce d’amitié plein d'abandon et même d’enjouement. » Oui, sémite par la gravité austère de sa piété, l’apôtre était hellène par l’aménité de son esprit et la grâce de son langage. Érasme a vanté son éloquence cicéronienne à l’occasion du passage final de Rom. VIT; ne pent-on pas vanter aussi l’atticisme de son épitre à Philémon, tant il est vrai qu'il était prédisposé par sa nature même à devenir le messager du monde israélite auprès de la gentilité.
3. Mais ce qui frappe surtout dans ce pelit écrit, c’est la manière dont l’apôtre y traite, à l’occasion d’un cas particulier, la grande question de lesclavage. Il ne pousse pas, au nora de l'égalité chrétienne, le cri d’émancipation et ne se pose point en Spartacus. En renvoyant Onésime à son maître, il reconnait, il respecte l'institution existante. Mais le langage dont il use ne laisse en réalité à Philémon d'autre parti à prendre que celui d’affranchir son esclave rentré dans l’ordre. Le sentiment de fraternité, de charité et d'égalité chrétiennes qui anime ces lignes, est incompatible à la longue avec le maintien de lesclavage ; on sent à les lire qu'avec le temps cette épitre aura la portée d’un premier manifeste en faveur de labolition de l'esclavage et que cette chaine barbare se fondra à la chaleur du souffle qui les pénètre. L’épitre à Philémon, bien comprise, répond point pour point au programme tracé 1 Cor. VII, 21 bien compris; elle prélude à la méthode pleine de sagesse par laquelle le christianisme a révolutionné et révolulionne encore le monde — sans révolution.
oh Enfin, ce qu don je cette épitre, c'est sa relation étroite avec. celle à . Colossiens. « Elle est, dit M. Sabatier, comme la signa! de Paul qui accompagne celle-ci à travers les siècles. » : L'idée d’un petit roman chrétien, émise par Baur, est elle-même tellement romanesque, qu’on l'a repoussée dans #4 sa propre école. Renan à dit: Si l’épitre est apocryphe, le billet est apocryphe aussi. » On peut dire ég aleme nt: ee Si le billet est authentique, Pépitre doit l'être aussi
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Cette épître est liée aux deux précédentes par deux circonstances extérieures : l’état de captivité dans lequel
l’'apôtre l’a composée (LIT, 1 ; IV, 1; VI, 20) et son envoi par le même messager, Tychique, qui devait porter les deux autres; puis, d’une manière plus intime encore, par l’analogie entre le sujet traité et celui de lépitre aux Colossiens.
Contenu de l'épitre.
Dans cette lettre, comme dans la re aux Thess., le préambule ne se détache pas du corps de l'écrit aussi net-
1 Commentaires particuliers.
Bucer, Prælectiones in ep. ad Gal., Eph. etc., 1544,— Zanchius, 1591. — Michaëlis, Paraphr. und Anmerk. über die Br. an Gal., Eph. etc., 1750. — Holzhausen, 1833. — Rückert, 1834. — Matthies, 1834. — Harless, 1834; 2e éd. 1858. — Stier, die Gemeinde in J.-C., 1848-49 ; abrégé, 1859. — Eadie, 1854:1883. — Ellicot, 4855; 3e éd. 1864. — FHodge, 1856. — Bleek, 1865 (posthume). — Bisping, dans Exeg. Handb., 1869. — Dale, 1882. — Schnedermann, dans Kurzgef. Komm., 1888. — Von Soden, dans Hand-Comm., 18M.— Klôpper, 1891. — Macpherson, 1892.
Travaux spéciaux.
Lünemann, De epist. ad Eph. authentiä, 1853. — Hollzmann, Kritik der Eph. u. Col. briefe, 1872. — Seuffer, Das Veriwcandschaftsverh. des 15ten Br. Petri und des Eph. br. dans Zeitschr. f-wiss. Th., 1881.— Schmiedel, dans A 7/9. Encycl. d. Wissensch., etc., 1886. j
tement que dans la plupart des autres. Il me paraît s’étendre jusqu’à IF, 10. Ici commence la {ractation du sujet qui comprend deux parties, l’une didachique, l'autre parénélique où pratique et qui va jusqu’à VI, 20. La conclusion est fort courte ; elle comprend les quatre derniers versets, VI, 21-24.
Il comprend, après l’adresse (1, 1-2), un hymne d’achon de gräces (v. 3-14) et le vœu que l’apôtre forme incessamment devant Dieu pour ses lecteurs (v.15-[1, 10).
L'adresse ne mentionne personne comme auteur à côté de l’apôtre lui-même. Cependant Timothée était auprès de Jui (Col. [, 1; Philém., v. 1). Il en est de même dans lép. aux Romains, et sans doute par le même mouf. Ces deux lettres ont été écrites par lui en sa qualité personnelle d’apôtre des Gentils, dignité qu’il ne partageait avec aucun de ses aides apostoliques. |
L'indication des lecteurs soulève un singulier et difficile problème. D'après le texte reçu ce sont.: © Les saints qui sont à Éphèse et fidèles en Christ Jésus. » Les mots à Éphèse se lisent dans la plupart des documents, mais non dans le Vaticanus et le Sinaïticus. Origène ne les a certainement pas lus, et Basile déclare qu’il les a trouvés omis chez ses prédécesseurs et dans les plus anciens d’entre les manuscrits. Marcion, qui possédait notre épitre dans son Canon, l’intitulait mod Axoduxéac, aux Laodicéens, ce qui prouve qu’il ne lisait pas les mots év ’Evéco, à Éphèse, dans son manuscrit ou qu'il croyait avoir des raisons de les rejeter.
Essayons de nous rendre compte du texte, si l’on omet ce régime. Origène et, d’après lui, Basile entendaient
les mots rois oÿc1, sans rég.ine, de ceux qui sont réellement, qui ont part à l’existence absolue par la communion avec celui qui est par essence. Personne aujourd’hui n’admettra ce sens qui ferait de Paul ce qu'étaient ceux qui l’ont proposé, des disciples de Platon. — Bengel et Stier entendent : «Aux saints qui sont aussi croyants; » le terme de saints s'appliquant à la vocation divine, et celui de croyants à l'acceptation de cette vocation. Mais Paul eüt dit dans ce sens xhntoic, appelés, el non pas &ytox, saints; car le terme de saints implique toujours l’acceptation de l'appel. Dans Col. I, 2 l’expression analogue signifie : « Consacrés à Dieu et cela par leur for en Christ, » sens qui dans notre passage est rendu impossible pas les mots roc oùor xat, qui sont aussi. Weiss explique : « Saints et participant par là aux. promesses faites à la foi en Jésus- Christ. » Mais ni le contexte, n1 l'expression vois miovoic év X. I. ne font penser aux promesses divines. Précédemment (Encycl. de Herzog, t. XIX) Weiss entendait : € Aux saints (de l’ancienne alliance) qui sont aussi croyants en J.-C.» Mais ce sens impliquerait que la grande majorité des lecteurs étaient d’origine Juive, ce que ne confirme pas l’épitre. —— Credner interprète : « Aux saints qui sont en même Lemps de vrais croyants, » c’est-à-dire des croyants pauliniens. Mais comment, dans une épitre qui doit resserrer l'union entre les croyants, Paul commencerait-il par les opposer ainsi les uns aux autres ? |
Schneckenburger comprend le riorois comme s'il y avait 0vTws micros : € Aux saints qui sont en même temps de réels croyants,» des croyants fidèles et persévérants. Ce sens eüt exigé une détermination plus précise ; et peuton aux yeux de Paul être des saints sans être de vrais croyants? — Mutthies à proposé d'expliquer ainsi : € Aux saints qui sont {à (en Asie), dans le lieu où Tychique ira
les visiter. » Ce sens est tou: à la fois forcé et oiseux.
Ces essais infructueux semblent démontrer la nécessité de maintenir dans le texte les mots : à Éphèse, en dépit des Pères susnommés et des deux plus anciens manuscrits. Mais 1l faut dans ce cas expliquer leur retranchement chez ces autorités très anciennes. On pourrait supposer que des copistes intelligents les ont retranchés parce qu'ils les jugeaient incompatibles avec les passages d’où il ressort que Paul ne connaissait pas personnellement les lecteurs (1,15 ; HT, 2.4) et que ce n’était pas lui qui leur avait annoncé l'Évangile (IV,21). Mais comment dans ce cas échapper à cette contradiction elle-même qui doit avoir choqué les copistes? Au point de vue de l’inauthenticité, on peut dire qu'il y a eu là une inadvertance du faussaire. Mais ce serait supposer qu’il ne connaissait pas le premier mot de l’histoire de Paul. Est-ce admissible? — Michaëlrs, Hurless et d'autres ont pensé que, quoique ladresse ne parle expressément que des chrétiens d'Éphèse, la lettre étail destinée aussi à un certain nombre de communautés circonvoisines. Bèze « soupçonnait» déjà que «la lettre élait envoyée non pas tant aux Éphésiens qu'à Éphèse, » d’où elle devait être communiquée à d’autres églises d’Asie. Mais si Paul n'avait ni fondé, ni visité ces églises, comment pouvait-il les réunir en une seule et même catégorie avec les chrétiens d’Éphèse, au milieu desquels il avait vécu pendant plusieurs années, et s'adresser à ces derniers comme s'ils étaient vis-à-vis de lui dans la même position que les premiers?
D'ailleurs 1l reste toujours à expliquer comment Marcion aurait pu intituler cette épître aux Laodicéens, si son exemplaire eùt porté dans ladresse les mots &v ’Evéco. Tertullien a supposé qu'il avait voulu par là se donner Pair d’un diligentissimus explorator. Mais c’est prêter un
véritable enfanüllage à un homme qui était pourtant un croyant sérieux. Et 1l reste à savoir si cette imputation ne suppose pas que Tertullien lui-même ne lisait pas les mots en question dans son propre exemplaire. Autrement il eût taxé Marcion, à ce sujet, non de prétention À une pédantesque exactitude, mais de frauduleuse altération. Credner et Laurent ont supposé que Tychique était porteur de deux exemplaires, l’un adressé à Éphèse, l’autre à Laodicée. Mais d’abord les passages qui imphquent l’absence de toute relation antérieure entre Paul et les lecteurs, ne s'expliquent pas mieux par cette hypothèse, et les salutations que Paul fait parvenir à l’église de Laodicée dans lépitre aux Colossiens, ne permettent pas de penser que dans le même temps 1l adressait une lettre spéciale à cette église. Cette même raison s'oppose aussi à l'hypothèse de Bleek, d’après laquelle Paul aurait adressé sa lettre à Laodicée, mais en chargeant le porteur de la faire lire auparavant à Éphèse, où on devait en garder copie.
Je pense avec le plus grand nombre des criliques actuels que ces difficultés doivent se résoudre d’une autre manière. Non seulement cette lettre ne peut pas avoir été adressée aux Éphésiens seuls, mais elle ne peut pas leur avoir été adressée du tout. Elle ne peut pas davantage lavoir été aux Laodicéens seuls par les raisons que nous avons dites. II ne reste qu’une supposition : c’est qu’elle était destinée à tout un cercle d’églises situées dans l’intérieur de l’Asie-Mineure et que Paul n'avait ni fondées, ni visitées. Quelles étaient ces églises ? Nous le comprenons par Col. Il, {, où Paul parle de plusieurs églises phrygiennes qui étalent à cet égard dans le même cas que Colosses. Parmi elles se trouvaient Laodicée et, d’après Col. IV, 15, Hiérapolis, puis sans doute d’autres encore. Rappelons-
nous le groupe des sept dans l’Apocalypse, puis toutes celles auxquelles Ignace écrivit en voyage : Magnésie, Trallès, etc. Ainsi s'explique l’absence de toute salutation et en général de toute indication spéciale ct personnelle dans le contenu de cette lettre. Ainsi s'explique aussi ce singulier xaù buste, Qafin que vous sachiez vous aussi» (Eph. VI, 21), qui a été si étrangement mal compris par Reuss, Holtz:mann et d’autres, et par lequel Paul fait allusion à d’autres lecteurs qui doivent aussi recevoir celte lettre par Tychique avec les mêmes informations qu’il y ajoutera.
Ainsi s'explique également le titre tods Auoduxéas, aux Laodicéens, dans le Canon de Marcion. L’exemplaire porté par Tychique devait être communiqué par lui à chaque église successivement, d’après un tour de rôle fixé par lapôtre, ou bien copié à Éphèse en autant d'exemplaires qu’il était nécessaire. La dernière dans le tour était Laodicée. Marcion, trouvant cet exemplaire à Laodicée, put donc en toute bonne foi l’intituler comme il le fit. Le fait étrange d’une salutation adressée aux Laodicéens dans l’épitre aux Colossiens s’explique naturellement de cette manière, puisque lépilre circulaire avait un caractère tout à fait général. [1 faut insister ici sur les termes de la commission donnée par l’apôtre aux Colossiens : ils doivent se faire envoyer la lettre venant de Laodicée (x Axoduxeixe, Col. IV, 15), et non une lettre aux Laodicéens.
Reste à expliquer comment les mots : à Éphèse, se sont introduits dans l’adresse et ont pu devenir avec le temps la lecon régnante. Tychique devait sans doute débarquer dans ce port de mer. Si l’on fit confectionner des exemplaires à remettre aux églises destinataires, ce fut certainement à Éphèse que fut fait ce travail et 1l est vraisemblable de penser qu’on y conserva aussi une copie de cet écrit important et que, comme cette ville était la mé-
tropole de l’Asie-Mineure et le port le plus à la portée de toutes les autres contrées, lorsque les diverses églises de la chrétienté voulurent en posséder aussi une copie, ce fut à Éphèse qu’elles s’adressérent, plutôt qu’à l’une des églises de l’intérieur ou de quelque autre port. Ainsi il arriva que dans ces copies nombreuses provenant des archives de l’église d’Éphèse, le blanc primitif fut rempli en toute bonne foi par les mots que nous lisons dans Îles exemplaires ordinaires, tandis que quelques documents seulement conservèrent la forme de lexemplaire primitif.
On pourrait appeler l’action de grâces qui suit, v. 3-14, une yA6coca, un discours en langue, interprété par l’apôtre lui-même. Il y célébre le salut décrété et accompli par Dieu pour l'humanité. Il remonte, d’abord, jusqu’à la source première de cette œuvre de miséricorde, l'élection que Dieu a faite en Christ des futurs croyants et son dessein éternel de les adopter en son Fils bien-aimé (v. 3-6); puis il loue Dieu pour le sacrifice au moyen duquel le pardon nous a été acquis (v. 7), etil rend grâces pour la connaissance qui nous a été donnée de la pensée d’amour de Dieu à notre égard et de son vaste plan qui consiste à réunir non seulement les êtres terrestres, mais même les célestes en un seul corps ayant le Christ pour Chef (v. 8- 10). Enfin, après avoir célébré ainsi l’œuvre divine depuis son origine céleste jusqu’à son terme futur, il se réjouit de ce que l'exécution en a déjà commencé en la personne de ces nombreux croyants juifs et païens qui, comme les lecteurs, ont été scellés de l'Esprit d'adoption et marqués pour le divin héritage (v. 11-14).
A cette action de grâces se joint une prière (v. 15-I, 10) pour les lecteurs, dont Paul à appris la conversion, afin qu’il leur soit donné de mesurer toute la portée de l’œuvre accomplie en eux par la foi, la grandeur de la
force divine qui s’est déployée à leur égard et la beauté de l'espérance à laquelle leur donne droit ce changement. La puissance qui les à saisis, n’est rien moins que celle qui s'est déployée en Christ quand Dieu Pa tiré du tombeau et élevé, à travers tous les degrés de la hiérarchie céleste, jusque sur le trône divin, pour faire de lui à la fois le souverain universel et le Chef de l’Église destinée à posséder sa plénitude (v. 19-93). De même, lorsque, avec le reste du monde et comme les Juifs eux-mêmes, ils étaient plongés par le péché dans la mort spirituelle, Dieu les a tirés de ce tombeau en les associant par l’action de sa grâce à la résurrection, bien plus à l’ascension et au règne de Jésus, de sorte qu’ils sont désormais sauvés, réellement sauvés par la grâce d’une part, par la foi de l’autre, et que, par ce don gratuit du salut, créés de nouveau, ils peuvent marcher daus la voie des bonnes œuvres tracée devant eux par Dieu même. Les miracles accomplis en Christ, voilà donc la mesure de ceux que renferme et promet le chansement opéré dans les croyants (I, 1-10).
Ce préambule, plus étendu que d'ordinaire, rappelle celui de la {re aux Thessaloniciens.