‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 110 sur 144 · ME E · texte numérisé non relu

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le rejet de ce livre par plusieurs se rapportait, non à son origine apostolique, mais à sa dignité canonique, et que, si l’authenticité était mise en question, c'était uniquement parce qu’elle paraissait par son objet au-dessous de la dignité du grand apôtre. En raisonnant amsi, dit Jérôme, ces gens ne font que €trahir leur impéritie. »

La seule attaque sérieuse qu’ait eu à subir l'authenticité de cette lettre, est celle de Baur. Avant de la développer, ce savant a senti le besoin de se défendre contre l'accusation d’hypercritique, et cela se comprend. Il fallait pour cela le courage d’une conséquence logique que rien n’arrêle. Cest, dit-1l franchement, l’inauthenticité démontrée des épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens qui a motivé sa défiance à l'égard de celle à Philémon. Ne trouverions-nous point dans cet écrit l'embryon d’un roman chrétien, semblable à celui des Reconnaissances clémentines, et qui aurait été destiné à illustrer, par le moyen d’un exemple fictif, la belle idée chrétienne que chaque fidèle se retrouve lui-même dans chacun de ses frères, Paul dans Onésime, Onésime dans Philémon, Philémon dans Paul? Weizsæcker et Pfleiderer appuient, quoique mollement, l'opinion de Baur en alléguänt le nom allégorique d’Onésime. Le dernier pense que ce billet « a pu être donné comme compagnon de voyage à l’épitre aux Colossiens pour illustrer par un exemple ficuif les préceptes soctaux renfermés dans celte lettre.» Hollzmann penche à en admettre l’authenticité (à exception des v. 4-6).— Mais tout le talent de Baur n’a pas réussi ( à élever cette explication à la hauteur de la vraisemblance » {Hilgenfeld). « Peu de pages, dit Renan, ont un accent de sincérité aussi prononcé. Paul seul, ajoute-t-1l, à pu écrire ce petit chef-d'œuvre.» Reuss stigmatise la critique de Baur. De Soden voit dans cet éerit un témoignage, plein de charme, de la délicatesse et de Phu-

mour de l’apôtre, ainsi que de l'élévation de sentiment et dé langage avec laquelle il savait traiter les choses concrètes de la vie. Tout le monde a lu le chapitre exquis de M. Sabaher sur cette lettre (L’apôtre Paul, 2° éd., p. 201- 205). On peut dire avec une espèce de certitude que si l'authenticité de ce petit écrit n’entrainait pas presque nécessairement celle de l’épître aux Colossiens, il ne serait venu à l’idée d'aucun critique moderne de la révoquer en doute.

[. On voit beaucoup de chrétiens éminents, de € grands chrétiens, » comme l’on dit, manifester un zéle et une activité remarquables, une puissance d’action et de sacrifice étonnante pour la cause du règne de Dieu en général, et rester froids et indifférents quand 1l s’agit d’une affaire privée concernant « l’un de ces petits » d’entre leurs frères. Telle n’a pas été la charité de l’apôtre Paul. Lui qui portait sur son cœur le fardeau de l’Église entiére, il s’intéressait non moins chaleureusement à la cause du plus humble d’entre ses membres ; et ce n’était pas seulement le soin du salut de son âme qui le préoccupait, mais aussi celui de sa position temporelle. La lettre que nous venons d'étudier, il ne s’est pas contenté de l'écrire de sa propre main, — c’est le sens naturel du v. 19, quoi qu’en dise de Soden, — mais personne ne contestera, après l’analyse que nous venons d’en faire, qu’elle a été rédigée avec la même attention, le même soin, la même sollicitude de cœur et de logique qu’une épitre aux Corinthiens ou aux Romains. C’est là le trait caractéristique de la charité vérita-

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