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mails uniquement à la constater. Dieu a-t-il parfois fait intervenir dans le cours des choses des forces supérieures
à celles de la nature à nous connues, ou a-t-il renfermé son action dans l'exercice de ces forces ? C’est là une ques-
tion de liberté divine, qui, comme telle, ne peut être ré-
solue par le procédé logique.
Mon seul a priori, en commençant ce travail, est la foi au Dieu vivant qui a créé la matière et qui en reste le maitre, qui peut par conséquent, s’il le trouve bon, user de ce moyen d'éducation pour élever l’homme jusqu’à lui
et pour atteindre le but sublime qu’il s’est proposé en le.
formant : « Dieu tout en tous. »
Goup d'œil sur le travail critique accompli jusqu'à nos Jours.
Nous distinguons trois périodes dans le développement du travail critique accompli jusqu’à cette heure sur le N.T.
La première va jusqu’à la réunion des vingt-sept écrits du N. T. en un recueil canonique généralement adopté ; c’est-à-dire jusqu’à la fin du [Ve siècle.
La seconde comprend tout le temps durant lequel ce recueil a joui d’une autorité à peu près incontestée. Cette période va du commencement du Ve siècle jusqu’au milieu du XVIIe. ie
La troisième date du moment où le recueil canonique est devenu l’objet de la libre critique; elle dure depuis le milieu du XVIIE siècle jusqu’à nos jours.
Ces trois périodes peuvent être désignées comme celles de la formation, de la conservation et de la dissolution du Canon.
PREMIÈRE PÉRIODE Du Ie siècle à la fin du IVe.
On date parfois le commencement de la science critique de la fin du IVe siècle, époque à laquelle remontent les premiers ouvrages sur celte science qui nous aient été conservés. Ce point de départ serait le vrai, si Pon définissait avec Baur l'étude qui nous occupe «la critique du Canon », car il est clair qu’une telle étude supposerait le Canon déjà formé et généralement admis. Mais nous avons constaté que cette définition n’est pas exacte et il est certain que l'étude critique des écrits du N. T. remonte à un temps beaucoup plus ancien.
Dans le N. T. lui-même, nous trouvons déjà un fait appartenant à ce domaine. À l’occasion d’une lettre qui lui avait été faussement attribyée, et qu'il mentionne 2 Thess,. II, 4. 2, Paul engage les membres de cette Église à être sur leurs gardes; et pour prévenir désormais toute erreur, il leur donne, en terminant cette lettre, un spécimen authentique de sa signature. « La salutation de ma propre main, à moi Paul, ce qui est ma marque dans toutes mes lettres; ainsi j'écris. »
Dès la première moitié du ITe siècle, Papias, évêque de Hiérapolis, en Asie-Mineure, déclare préférer la tradition vivante aux écrits qui circulaient de son temps dans les églises et « qui renfermaient des commandements étransers à ceux que le Seigneur lui-même a donnés à la for. » Il était donc déjà préoccupé du devoir d’écarter les nombreux écrits renfermant des enseignements malsains que l'on faisait dériver du Seigneur. Il a aussi transmis sur les origines de nos deux premiers évangiles des renseignements précieux, qui occupent encore une grande place dans la critique.
Peu après le milieu du Ile siècle, nous rencontrons un document qui atteste d’une manière bien frappante les préoccupations critiques de cette époque, le Fragment dit de Muratori. C’est une liste raisonnée des écrits qui méritent d’être lus publiquement dans les assemblées de l'Église !, afin de les distinguer soit de ceux qui ne doivent être lus que privément ?, soit de ceux qui ne doivent pas être lus du tout %. Cet écrit date de 160 à 180 et provient vraisemblablement d’un membre considéré de l’église de Rome.
Le motif donné par l’auteur pour refuser au Pasteur d'Hermas l'admission à la lecture publique : « que ce livre n'appartient ni au recueil des prophètes, ni au nombre des écrits provenant des apôtres, » prouve que l’origine apostolique était à ses yeux la condition indispensable de Padmission dans le registre des livres de la nouvelle alliance à lire publiquement.
C’est à peu près de cette même époque que datent les deux plus anciennes versions du N. T., la version syriaque dite Peschito, et la version latine, ordinairement appelée lala ; elles ont été suivies de près des versions égyptiennes. Ce n'étaient point là des travaux purement privés, mais des traductions faites pour être employées dans les assemblées de l’Église. La composition de ces recueils supposait donc une certaine entente préalable en-
1 Ce sont les quatre évangiles, les Actes, treize épitres de Paul, Jude, 1 et 2 de Jean {la Sapience ?), l’Apocalypse de Jean, et même PApocalypse de Pierre, quoique plusieurs soient d’un autre avis à l'égard de cette dernière. De notre N. T. manquent donc Pépitre de Jacques, les deux de Pierre et celle aux Hébreux.
2 Le Pasteur d'Hermas. +4
3 Deux fausses épitres attribuées à Paul (aux Laodicéens et aux Alexandrins) et toute une série d'écrits provenant de différentes sectes contemporaines.
tre les conducteurs des églises, par conséquent un choix réfléchi entre les livres à accepter ou à exclure. Si donc la Peschito ne renferme des épitres catholiques que la Are de Jean et la 4re de Pierre, et si la version latine ne possède ni l’épitre aux Hébreux, ni celle de Jacques, ni la 2me de Pierre, on peut conclure de là qu’un travail d'élimination avait écarté les livres omis, à moins que l’on ne suppose, pour un certain nombre d’entre eux, qu'ils n'étaient pas encore connus dans les églises d'Italie ou de Syrie.
Le premier ouvrage proprement dit; à nous connu, mais non conservé, qui ait traité positivement des matières appartenant à notre science, date des premiers temps du IIIe siècle; c’est celui de Clément d'Alexandrie, intitulé Yrorurosexc, Adumbrationes, Esquisses. Nous ne le connaissons que par les rapports d'Eusèbe (IVe siècle) et de Pholius (IXe siècle), par divers fragments conservés par Œcuménius (Xe siècle), et par une traduction latine conservée en partie, mais dont l'authenticité est contestée !. Cet écrit renfermait, au rapport d'Eusèbe, « des exposés sommaires de tous les écrits canoniques, sans omettre les écrits contestés, Jude et les autres épitres catholiques, celle de Barnabas et l’Apocalypse de Pierre. » Clément y parlait de l’origine des évangiles, racontait en particulier celle de l'écrit de Marc; il discutait sur lorigine de lPépitre aux Hébreux, racontait le martyre de Jacques, frère du Seioneur, et donnait beaucoup d’autres renseignements relaüifs aux écrits bibliques, renseignements qu'il déclarait tenir surtout de Pantène, son prédécesseur dans la direction de l’école catéchétique d'Alexandrie.
D’après les savantes recherches de Zahn, il est probable
1 Voir Théod. Zahn: Supplementum Clementinum, dans Forschungen sur (reschichte des N. Tchen Kanons, Hlter Th., 188%.
que les trois premiers livres de cet écrit traitaient de la Genèse, de l’Exode, des Psaumes et de l’Ecclésiaste; le 4e de l’épitre aux Romains et des deux aux Corinthiens; le 5e de celles aux Hébreux, aux Galates, aux Thessaloniciens, aux Philippiens et aux Colossiens; le 6€ des évangiles et des Actes; le 7e de Jacques, 1 Pierre, Jude, 1 et-2 (et 37) Jean, des Pastorales et de Philémon; le 8° de Barnabas, 2 Pierre et des Apocalypses de Pierre et de Jean.
Les travaux de Clément furent continués par Origène, son disciple (Ile siècle); celui-ci rapporte franchement les doutes de plusieurs sur l’épitre de Jacques et la 2e de Pierre ; 1l énonce sur lépitre aux Hébreux une opinion un peu différente de celle de son maitre.
Denys d'Alexandrie, disciple et ami d’Origène, dans un écrit sur l’Apocalypse, en contestait l’origine apostolique en raison de la grande différence de style entre ce livre et le quatrième évangile, qu’il envisageait comme étant imconteslablement l’œuvre de Jean lapôtre.
Eusèbe de Césarée, dans la première moitié du [Ve siécle, nous à laissé, dans son Histoire ecclésiustique, Îles renseionerments les plus importants sur l'emploi que fai- saient des écrits du N. T. les Églises antérieures à son temps. Partant de ce fait, il distingue les livres universellement reçus comme apostoliques, de ceux dont la légitimation ecclésiastique laisse plus ou moins à désirer, puis de ceux qui en sont absolument dénués. Ce travail d'Eusèbe,malgré quelques imperfections inévitables, est fondamental.
Jean Chrysostome, dans la seconde moitié du IVe siècle, commence chacune de ses suites d'Homélies sur les Actes et sur les épitres de Paul par quelques considéralions au sujet de ceux à qui ces écrits ont été adressés, du motif qui les a dictés et de leur contenu. Dans le préam-
bule de l’épitre aux Romains, il discute avec soi l'ordre chronologique des épitres et présente sur cette question de fines observations dont il résulte que les lettres aux Corinthiens ont précédé celle aux Romains et ont été précédées par celles aux Thessaloniciens ; que celle aux Romains est antérieure à toutes celles de la captivité, etque la 2meà Timothée doit être envisagée comme la dernière de toutes. Il prouve par des exemples l’importance de cette question
chronologique, en tirant des époques différentes dans les-
quelles ces épitres ont été écrites l’explication de certaines différences que l’on remarque entre elles. Réunies, ces courles préfaces formeraient un précis d'introduction aux épitres de saint Paul.
L'école théologique qui s'était fondée à Antioche vers la fin du IVe siècle eut pour représentant le plus distingué Théodore, évêque de Mopsueste, en Cilicie. Esprit original el très indépendant, 1l releva énergiquement le côté humain aussi bien dans les écrits sacrés que dans la personne du Seigneur lui-même. Son disciple, Théodoret, évêque de Gyros sur l’Euphrate, a écrit sur les épîtres de Paul des commentaires dont les données criliques ont, comme celles de Chrysostome, exercé une grande influence sur la science des temps subséquents.
En Occident, dès la seconde moitié du IVe siècle, deux hommes contribuèrent surtout à diriger le mouvement qui poussait à une décision de l’aulorité ecclésiastique relaüivement à la composition du recueil canonique des livres de la nouvelle alliance. Ce furent Augustin, qui dans son écrit De doctrinà christiand donna les règles d’interprétation des saintes Écritures, et Jérôme, dont les Lettres el le traité intitulé De viris illustribus, seu Catalogus Scriplorum ecclesiasticorum, renferment une foule de renseigne- . ments et de jugements sur les écrits du N. T. Ces écrits
ont été parmi les moyens d’information les plus importants -pour le travail des tempssubséquents. Ce fut sous l'influence de ces deux hommes, auxquels il faut joindre Athanase, qu'en Orient et en Occident fut fixé dans la seconde moitié du IVe siècle le recueil sacré du N. T.
DEUXIÈME PÉRIODE Du commencement du Ve siècle au milieu du XVIIIe.
Le Canon existe; l’autorité ecclésiastique a prononcé; la science critique à désormais devant elle un fait accompli. Elle n’a plus d’autre soin que de maintenir ce Canon tout formé, en en jusüifiant la composition, en formulant les règles de son interprétation et en travaillant à en conserver exactement le texte. Tout au plus quelques-uns se permettront-ils de distinguer entre les divers degrés d’autorité à attribuer aux écrits qui le composent.
Un écrivain grec, nommé Adrien, qui passe pour avoir été disciple de Chrysostome, publia vers 450 un écrit intitulé Etoxywyà Tic yoapñc, Introduction à l'Écriture, dans lequel 1l expliquait les termes figurés, les anthropomorphismes et d’autres particularités de style du N. T.
Vers le milieu du VIe siècle, l’évêque africain J'uniius, profitant des leçons d’un savant persan, Paul de Bassora, sorti du séminaire théologique de Nisibis, en Mésopotamie, publia les enseignements qu'il avait reçus de lui, dans l'écrit encore existant De partibus divinæ legis (publié par Kihn, 1880). I! y traite du style des livres bibliques, de leurs auteurs, de leur autorité et de leur contenu. Il se montre très libre dans l'appréciation de leurs degrés d’autorité, attribuant aux uns une autorité complete, à d’autres (Jacques, Jude, 2 Pierre, 2 et 3 Jean, Apocalypse) seulement une autorité douteuse. Get ouvrage à Joui d’une
haute considération, ce qui explique sa conservation assez exceptionnelle. Nous constatons par son moyen le fait intéressant d’une école théologique mésopotamienne. Elle avait été fondée au Ve siècle par le parti nestorien; elle comprenait plusieurs classes et possédait un plan d’études nettement tracé‘. Cette école forma avec celle d'Édesse, fondée par Ephrem, un intermédiaire entre celle d’Antioche, dont nous avons parlé, et celle de Calabre, dont nous parlerons bientôt
C'esticile moment de mentionner les éléments de critique que renferment dans un grand nombre de documents les
dires, placés en tête des écrits du N. T., et les apostilles
qui les terminent. Les titres n’existaient pas dans les autooraphes, d’après le témoignage de Chrysostome, et il est bien évident, par exemple, que ceux de nos évangiles ont été rédigés simultanément et sur le même type. Ce fait eut lieu sans doute lorsqu'on réunit ces livres en un recueil canonique. On y a formulé le contenu de la tradition primitive sur la personne de leurs auteurs. Les titres mis en tête des épitres ont élé tirés de ladresse même de ces écrits et n’appartiennent pas non plus à leurs auteurs,
comme cela ressort des expressions : Première aux Thessa-
loniciens, aux Corinthiens, ete. Les apostlles, placées à la fin des livres, sont l’œuvre d’une critique rudimentaire
qui, bien souvent, s'est laissé induire en erreur par de
simples apparences. Dans les plus anciens manuscrits, elles se présentent sous une forme très brève, comme une répétition du titre, destinée à marquer la fin du livre. Peu
: à peu, elles s’amplifient, ou cherchent à indiquer le lieu de Ja composition, la personne par le moyen de laquelle
l'écrit a été expédié. Ces données critiques, quand elles ne
1 Voir Schaff, History of the christian Church, HE, p. 237.
sont pas tirées des ouvrages des Pères, tels que Chrysostome et Théodoret, proviennent d’une lecture très superficielle des écrits bibliques eux-mêmes, comme lorsqu'il est dit de la 1re aux Corinihiens et de l’épitre aux Hébreux qu’elles ont été envoyées par le moyen de Timothée, de celle à Tite qu'elle à été écrite de Nicopolis, des deux aux Thessaloniciens qu’elles ont été écrites d'Athènes, de celle aux Galates qu’elle a été écrite de Rome, et de la 1re aux Corinthiens qu'elle l’a été de Philippes. Ces annotations sont vraisemblablement dues en majeure partie à ÆEuthalius, diacre de l’église d'Alexandrie vers le milieu du VIe siècle, lorsqu'il publia les écrits du N. T. sous une forme destinée à faciliter la lecture publique. Les manuscrits postérieurs présentent des accroissements constants à ces Litres et à ces aposlilles, comme on peut le voir dans les éditions du N.T. de Tischendorf!. |
Parmi les œuvres d’Athanase figure un écrit intitulé Synopsis scripluræ sacræ, qui est évidemment d’un temps postérieur à ce Père et duquel paraissent provenir aussi plusieurs de ces notices ?.
Vers le milieu du VI siècle, Cassiodore, ancien minisire d'État du roi ostrogoth Théodoric, s’élant retiré des affaires, fonda en Calabre, spécialement en vue de létude des Écritures, le couvent de Viviers, Monasterium vivariense.
1 Ainsi les souscriptions des évangiles où nous lisons que Matthieu a été écrit en hébreu huit ans après l’Ascension et traduit en grec par Jacques ou par Jean ou par Barthélemi; que l’évangile de Marc a été écrit en latin dix ans après l’Ascension et remis aux fidèles par Pierre, le coryphée des apôtres; que celui de Luc fut écrit en grec à Alexandrie ou bien dans une ville de Macédoine, la vingt-deuxième année après l’Ascension ; que celui de Jean fut composé par Jean à Pathmos ou bien à son retour à Éphèse, la troisième année après l’Ascension. etc., etc. :
2 Nous ne pouvons adhérer äu jugement de Credner, qui place la composition de cet écrit au Xe siècle,
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HISTOIRE DE LA CRITIQUE. 33 Il écrivit pour l'éducation des moines qu’il y avait réunis, plusieurs ouvrages, en particulier celui qui est intitulé De instilulione divinarum scripturarum. Cet écrit était la première moilié d’un livre dont la seconde partie élail consacrée aux sciences et aux lettres en général. C'était, comme dit Schaff, une espèce d’'Encyclopédie élémentaire, un plan d’études destiné à apprendre aux moines l’usage de la bibliothèque formée pour eux et à les préparer à bien copier les manuscrits. Cassiodore énumère dans cet ouvrage tous les écrits bibliques l’un après l’autre, en indiquant pour chacun d’eux les commentaires les plus importants. Il mentionne à cet occasion les ouvrages de ses devanciers, Tichonius, Augustin, Eucherius et Junilius, qu'il avait réunis pour en faire comme la clef des Écritures; puis il donne les règles les plus importantes pour l'intelligence des écrits bibliques, et traite d’autres sujets appartenant plus ou moins à la critique. Cet ouvrage, qu'il appelle luimême dans la préface Introducltorii libri, est une compilation des renseignements sur les saintes Écrilures qui se trouvaient dans les écrits de ses devanciers; il a été l'écrit principal dont on s’est servi jusqu’à la Réformation.
Pendant le millier d'années qui suit, nous n'avons à mentionner qu'un écrit d'Alcuin (VIITe siècle), imtitulé Disputalio puerorum, fait par demandes ‘et réponses, et dont le huitième chapitre traite du N. T., du nombre des livres qu’il renferme, de leur ordre, de leurs auteurs, de leurs titres, enfin, très sommairement, de leur contenu.
Un peu plus tard, en Orient, Photius, patriarche de Constantinople (IXe s.), écrivit l'ouvrage intitulé À mphilochia, contenant des règles herméneutiques et critiques. Enfin, au XVes., Mcolas, de Lyra en Normandie, traita
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