LES ÉPITREN DU SECOND VOYAGE
1e AUX THESSALONICIENS'
Fondation de l’église de Thessalonique.
Thessalonique, autrefois Thermae, aujourd’hui Saloniki, était la capitale de la seconde partie de la Macédoine et le séjour du gouverneur romain de toute la province de ce nom. C'était, comme dit Lucien, ré rov àv Moxedovix weyiorn, la plus grande des villes de Macédoine, un port
de mer très fréquenté. Comme entrepôt commercial, elle
pouvait être comparée à ce qu'est aujourd’hui le port de Trieste. Cette circonstance y avait attiré une nombreuse population juive. Paul, accompagné de Silas ? et de Timo-
1 Commentaires spéciaux : J.-A. Turretini., Comment in epp. P. ad Thessal., 1739 ; Krause, die Briefe an die Phil. u. Thessal., 1790; L. Pelt, £pp. P. ad Thessal., 1830 ; A.-A. Schott, Epp.ad Thessal. et Gal., 1834; Burgerhoudt, De cœtus Thess. ortu..… et prioris Pauli iis scriptæ ep. consilio atque argumento, 1825; Lünemann, dans le Comment. de Meyer {1re éd., 1850; 4e 1878); Auberlen et Riggenbach dans le Comment. de Lange (Are éd. 1864; 3e 1884); P. Schmidt, der erste Thessalonicherbrief, 1888; Hofmann, 1862; 2° éd. 4869 ; Jowett (voir p. 153).
? Tite avant joué un grand rôle dans la vie de Paul (Gal. IL 3 ; 2 Cor. VII-IX) et n'étant jamais nommé dans les Actes, quelques sa-
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thée, y arriva, après avoir quitté Philippes où il avait laissé Luc, vers la fin de lan 52 ou au commencement de l'an 93.
La fondation de l’église de Thessalonique est racontée au ch. XVII des Actes. Selon la marche qu'il avait adoptée dès son premier voyage de mission (comp. Act. XHI, 14, à Antioche de Pisidie, et XIV, 1, à Iconium), et qu’il avait aussi suivie à Phihppes, il se rendit à la synagogue, et en opposition à l'attente juive d’un Messie glorieux il exposa ie tableau prophétique du Messie souffrant et glorifié et annonça l’accomplissement de cette prophétie dans la personne de Jésus mort et ressuscité. Cette prédication ne trouva accès qu'auprès de quelques Juifs, mais fut accueil-
lie par de nombreux prosélytes grecs, particulièrement
par un certain nombre de femmes occupant un rang élevé dans la ville. Furieux de se voir arracher de pareils adeptes, les Juifs excitérent contre Paul et Silas une émeute de la part de la population infime de la ville. La maison où demeuraient les trois missionnaires fut envahie; on voulait les traîner devant les magistrats urbains. Le grief qu'on alléguail contre eux était évidemment suggéré par les Juifs; il était de nature politique. Paul ayant parlé de Jésus comme du Seigneur glorifié et sans doute aussi de son retour futur, on l’accusait avec quelque apparence de vérité
vants ont supposé qu’il n’était autre que Silas, nommé comme auteur de nos deux lettres aux Thessaloniciens et qu’il se serait appelé Titus Silvanus. Mais Tite était d'origine païenne, tandis que Silas appartenait à l’église de Jérusalem (Act. XV, 27); Tite, chrétien païen, ne peut pas avoir été délégué par l’église Judéo-chrétienne aux églises de Syrie et de Cilicie pour leur porter sa réponse officielle; enfin dans 2 Cor. Paui nomme Silas (L, 49) et Tite {VIL 6. 43; VIE, 6. 16, etc.), comme deux personnages différents.
1 Act. XVII, 4 ne contredit nullement, comme on l’a prétendu, 4 Thess. I, 9; 11, 44, où est supposée l’origine païenne de la majorité de l’église.
de proclamer un autre souverain que l’empereur romain et de commettre ainsi le crime de haute trahison. Cette inculpation était d'autant plus perfide de la part des Juifs, qu'eux-mêmes n’aspiraient à rien autant qu’à la venue du Messie qui devait détrôner César.
Peut-être Paul et ses deux compagnons avaient-ils eu vent du complot ourdi contre eux : ils ne se trouvèrent pas chez eux. Leur hôte, un Juif nommé Jason, fut conduit devant le tribunal, puis relâché après avoir donné caution; et, sans doute pour lui éviter un nouvel orage, Paul, après un mois de séjour (le v. 2 parle de trois sabbats seulement dans lesquels il avait prêché dans la synagogue), partit de nuit avec Silas pour continuer sa mission et se rendit à Bérée, à une journée à l’ouest de Thessalonique.
À Bérée, sa prédication trouva aussitôt auprès des Juifs un accueil favorable et même empressé. Mais dès que les Juifs de Thessalonique eurent appris cette nouvelle, leurs émissaires arrivérent et soulevèrent la populace, de sorte que Paul se vit obligé de quilter la Macédoine, en y laissant Silas et Timothée qui étaient moins exposés à la haine des adversaires. Lui-même fut conduit par quelques frères de Bérée jusqu’à Athènes. Là il ne fit qu’un court séjour, décrit dans la seconde partie du ch. XVII des Actes, Ce ne fut pas la persécution qui le fit partir de cette ville; mais l'expérience qu'il fit dans sa prédication à l’Aréopage, l'avait probablement convaincu qu'il n’y trouverait pas un terrain disposé à recevoir la semence divine. Il se rendit donc à Corinthe, la-capitale de la province d’Achaïe, où il séjourna environ deux ans (Act. XVII). C'est de ce séjour que paraissent dater les deux lettres aux Thessaloniciens. 3
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Contenu de l'épitre.
Quoique Paul parle souvent en son propre nom dans cette lettre, 1l ladresse cependant aux Thessaloniciens de la part de Silas et de Timothée aussi bien que de la sienne. C'est un hommage que sa délicatesse trouve juste de rendre à ses deux compagnons d'œuvre qui avaient travaillé avec lui à la fondation de l’église.
Nous avons dit que Paul commence ordinairement ses lettres par la mention de ses actions de grâces journalières pour l’œuvre accomplie chez ses lecteurs, d’où 1l passe naturellement au sujet qu’il se propose de traiter en vue du perfectionnement de cette œuvre et des dangers qui la menacent. Dans notre épitre, cette disposition n'est pas aussi nettement indiquée que dans les autres, soit que la forme, par lui adoptée plus tard, ne füt pas encore nettement arrêtée dans son esprit, soit parce que le principal objet de sa lettre se confondait en grande partie, comme nous le verrons, avec l’action de grâces elle-même. Le fait est que cette action de grâces, qui commence Î, 2, s'étend, avec les développements qu’il y ajoute dans le but de se blanchir des calomnies qu’on avait répandues contre lui, jusqu’à la fin du ch. III. C’est la première et la principale parte de l’épitre; le reste est annoncé IV, À comme un appendice (ro kouüv).
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L'apôtre sent le besoin, après la brusque séparation qui a mis fin à son séjour si court à Thessalonique, de res-
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serrer le lien spirituel qui l’unit à cette jeune église et de
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ne rien laisser se glisser entre elle etson apôtre qui puisse refroidir leur affection mutuelle. En leur rappelant l'œuvre divine que Dieu lui a donné d'opérer chez eux, il veut leur faire sentir ce qu’il a été et ce qu'il est désormais pour eux, Comme eux pour lui, jusqu’au grand jour de la venue du Christ.
4. Dans le ch. [, 2-10, Paul leur rappelle ce qu'il a été chez eux par sa prédication et énergique réceptivité avec laquelle ils Pont accueillie. 11 rend grâces pour les sentiments de foi, d'amour et d'espérance qui remplissent leurs cœurs (v. 3); il est assuré de leur divine élection pour le salut (v. 4); car il a senti, en leur annonçant l'Évangile, l’effusion d’une force divine dont Dieu le revêtait pour eux (v. 9), Leur élection ne se manifestait pas moins, d’autre part, dans l’empressement avec lequel 1ls saisissaient le salut qui leur était annoncé, malgré toutes les tribulations que cette foi leur attirait (v. 6). Marchant sur les traces de Jésus-Christ et de ses envoyés, ils sont devenus les modèles de tous ceux qui ont dès lors été amenés à la foi en Macédoine (à Bérée) et en Achaïe (à Corinthe). En effet la nouvelle de leur foi et de leur conversion s’est déjà répandue au loin, tellement que partout où Paul arrive, on lui parle des succès que l'Évangile a obtenus à Thessalonique, avant même qu'il ait eu le temps d’en rien raconter (v. 7. à). Comment cela s’est-il fait? Par le moyen des adversaires, des Juifs eux-mêmes, qui font circuler de synagogue en synagogue le bruit de ce qui s’est passé à Thessalonique, pour mettre en garde tous leurs coreligionnaires. Paul ne nomme pas ces messagers hostiles ; mais il les désigne suffisamment pour ses lecteurs par le pronom €eux-mêmes » (v. 9), sachant bien qu’ils comprendront sans peine de qui il veut parler. Dans les termes dans lesquels Paul décrit v. 9. 10 la conversion des lecteurs, nous retrouvons en
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quelque sorte ceux du rapport transmis d’une synagogue à l’autre. La phrase tout entière dépend en effet du «eux-mêmes racontent ». Ils disent comment ces anciens paiens de Thessalonique ont rompu avec lidolâtrie et comment ils attendent maintenant le retour de Jésus ressuscité et glorifié qui doit, selon Paul, délivrer les siens du jugement à venir. — Ce dernier trait était celui qui dans la prédication de l'Évangile avait surtout frappé et les croyants et leurs adversaires israélites; il s'accorde bien avec le chef d'accusation que les ennemis de l'Évangile avaient avancé contre Paul devant le tribunal, ainsi qu'avec les sujets traités dans nos deux lettres.
2. Aprés avoir ainsi décrit ce que sa prédication a été pour eux et comment ils l'ont reçue, Paul retrace au ch. Il, v. 1-16, ce qu'a été sa conduile personnelle au milieu d'eux, ainsi que la constance avec laquelle eux-mêmes sont dès lors demeurés fidèles à son évangile, au milieu des persécutions dont ils ont été les objets. Le but de ces développements est encore, il est vrai, de motiver le sentiment d'action de grâces dont son cœur est rempli et d'exprimer l’attachement profond qui unit à ses lecteurs; mais il veut en même temps repousser certaines altaques dont 1l a été l’objet. Il leur rappelle d’abord ce qu’il a été pour eux par toute sa manière d'agir au milieu d’eux, v. 1-12.
Les souffrances que lui avait attirées à Philippes la prédication de l’Évangiie, ned’ont pas empêché de poursuivre hardiment son œuvre à Thessalonique. Car sa prédication ne porte point sur des faits controuvés, et dans son œuvre chez eux il n’a point été mü par un mouf d'intérêt propre, mais uniquement par le désir de plaire à Dieu qui est témoin de ce qui se passe dans son cœur. L’apologie de sa conduite, à laquelle se livre ici l’apôtre, ne peut être
motivée que par de sérieuses accusations qui avaient été élevées à Thessalonique contre son désintéressement et sa sincérité. Qui étaient les accusateurs ? Des judéo-chrétiens, tels que ceux qui lont tant fait souffrir plus tard? Impossible ; 1l n’y en avait pas encore à Thessalonique. Des paiens? Mais ces inculpations de cupidité, d’ambition, de zèle religieux inspiré par l'intérêt propre, supposent des sens moins étrangers à la religion que les paiens. Ce ne peuvent être que les Juifs de Thessalonique, qui par Jalousie accusaient Paul de ce dont ils se rendaient eux-mêmes coupables. La forme négative de la première partie de cette apologie (v. 8-6) s'explique ainsi naturellement. Non, il n'est point un imposteur qui ait avancé des faits mensongers, point un homme avide qui ait recherché un gain honteux, point un rhéteur qui travaille à se faire des adeptes par la flatterie ou à satisfaire son amour de la gloire. Mais — 1i passe ici au côté positif de sa justification — il a été humble et désintéressé, semblable à une nourrice qui se donne tout entière à son nourrisson, sans rien demander de lui. Gar il a constamment pourvu lui-même, par un travail de jour et de nuit, à son entretien, menant sous leurs yeux une vie d'une pureté irréprochable. IT ne s’est point contenté de leur annoncer graluitement l'Évangile à tous en commun, il s’est adressé à chacun d'eux en particulier, comme un pêre qui, après avoir donné la vie à ses enfants, travaille avec sollicitude à leur éducation.
Aussi, quelle n’est pas sa reconnaissance pour la constante fidélité avec laquelle leur conduile a correspondu à la sienne (v. 13-16)! Après avoir reçu l'Évangile comme parole non de l’homme, mais de Dieu, ils y sont restés fidèlement attachés, subissant sans faiblir la persécution des païens de Thessalonique et imitant ainsi la constance des églises de Judée qui ont tenu bon devant l’inimitié de
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leurs propres compatriotes. lei lapôtre se livre à une explosion d’indignation contre ce peuple juif qui, à la persécution de ses anciens prophètes et à la crucifixion de Jésus, ajoute maintenant, comme pour combler la mesure de son péché, la haine dont il poursuit partout les prédicateurs de l'Évangile qui s’efforcent de travailler au salut des paiens.
Ce passage si véhément confirme le fait que les véritables auteurs des calomnies réfutées par l’apôtre étaient, non les païens, simples mstruments d’une haine étrangère, mais les Juifs, qui se montraient en cela ce qu’ils avaient toujours été. Aussi, ajoute l’apôtre, leur châtiment est-il imminent |
3. Ge lien d'amour si étroit qui s’est formé entre eux et leur apôtre, par l’œuvre divine accomplie chez eux, ne s’est point relâché par suite de la séparation temporaire que son brusque départ a amenée (v. 17-11, 14).
Encore ici la tendance apologétique est évidente. On l’accusait de lâcheté pour le fait de cette longue absence. Cette accusation est l'arrière-plan de tout le développement suivant. Il n’est point encore retourné vers eux, il est vrai. Mais il n’en brûle pas moins constamment du désir de les revoir. Car quelle sera sa couronne au grand jour de la manifestation du Christ, si ce n’est cette église fidèle de Thessalonique ? Ge n’est pas une, mais deux fois qu’il a été sur le point de repartir pour Thessalonique ; 1l veut parler probablement du temps de son séjour à Bérée. Mais chaque fois des obstacles insurmontables dûs à lPaction de l’ennemi l’ont empêché (v. 17-20). Bien plus, la sollicitude qu'il éprouve pour eux est telle que, ne pouvant supporter d’être sans nouvelles d'eux, 1l leur à depuis Athènes renvoyé Timothée, lors même que le départ de son jeune compagnon : d'œuvre le laissait absolument seul dans cette grande ville
étrangère (II, 1-5). Cette parole de l’apôtre semble n’être pas entiérement d'accord avec Act. XVIL, 15, d’où il résulte que les frères de Bérée, qui avaient amené Paul à Athènes, avaient reçu de lui, en repartant, la commission d'envoyer promptement Silas et Timothée pour le rejoindre. Mais les deux données s'accordent aisément si l’on admet que Timothée avait exécuté l’ordre qui lui avait été donné, tandis que Silas restait encore à Bérée, et que Paul renvoya Timothée à Thessalonique pour lui rapporter immédiatement des nouvelles toutes fraiches de l’église. C'est le sens naturel de l'expression : être laissé seul, qu’emploie Paul (v. 1-5)!. Cemme dernière preuve de l'intérêt et de l'attachement qrofond qu'il éprouve pour léglise, Paul parle enfin de Ja joie imdicible qu’il a éprouvée quand tout récemment Timothée, étant revenu de Macédoine, lui a apporté de bonnes nouvelles de leur état (I, 6-15). Ils tiennent bon, malgré leurs souffrances. Cette nouvelle Pa fait revivre. Ce qui inquiétait surtout Paul à leur égard et ce qui avait porté à leur envoyer Timothée, c’est qu’il n'ignorait pas les dures épreuves qu’ils avaient à subir de la part des ennemis de l'Évangile. Mais maintenant quelle joie n’est pas la sienne! Cette bonne nouvelle l’a consolé de toutes ses tribulations présentes. Combien il voudrait aller les forufier dans les leurs! Iei le cœur de lapôtre éclate en actions de grâces et en une prière ardente, pour que le Seigneur lui-même comble ce qui peut manquer à leur foi et les conserve irréprochables jusqu’à son avénement (v. 6-13).
On peut s'étonner de ce que Paul ne parle à celte occa-
sion que du retour de Timothée, tandis qu'Act. XVII, 5
1 On peut aussi admettre que Paul avait envoyé à Timothée par les Béréens qui repartaient, l’ordre de retourner à Thessalonique avant de venir le rejoindre, ce qui prolongeait la solitude où il se trouvait.
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et 2 Cor. XI, 9! montrent bien que Silas était aussi revenu avec lui. Mais probablement Timothée seul s'était rendu à Thessalonique et avait pu lui rapporter des nouvelles de cette église. :
Paul venait de parler de ce qui pouvait leur manquer encore, des déficits de leur foi : Timothée, en lui rendant compte de leur état, lui avait certainement indiqué quelques points particuliers au sujet desquels 1ls avaient besoin de lumière et d'encouragement. C’est là la transition naturelle à la seconde partie de lépitre, les avertissements et les enseignements particuliers.