‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 38 sur 144 · LE CORPS DE L'ÉCRIT · texte numérisé non relu

LE CORPS DE L'ÉCRIT

Il comprend trois parties : l’une essentiellement apolosétique et personnelle (ch. I-H); la seconde, dogmatique (ch. HI-IV); la troisième, morale (ch. V-VI, 10).

Gh. Let Il. — : L'origine de l’enseignement de Paul.

Paul traite dans ces chapitres la question de l’origine et de la valeur de son enseignement. Il veut évidemment répondre à des bruits fâcheux que les adversaires de sa prédication avaient répandus en Galatie. Nous devons sup-

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poser en effet, d’après ce qui suit dans ces deux chapitres, qu'on lavait représenté comme un simple évangéliste, instruit du christianisme par les apôtres et qui maintenant se retournait coutre ses maitres et prétendait s’affranchir de leur autorité. Paul répond à ces inculpations par rois fails qui mettent en plein Jour sa vraie position et ses rapports avec les apôtres.

Le premier est l’origine divine de son enseignement chrétien (11-24); le second, les conférences qui ont été tenues à Jérusalem (If, 1-10); le troisième, le conflit qui s’est produit à Antioche entre lui, d’une part, et Pierre et Barnabas, de lautre (If, 11-21). Il est probable que ses adversaires avaient plus où moins exploité ces faits, en les travestissant.

Premier fait : 1, 6-24.

1. V. 6-10. Point d’action de grâces, comme dans les épitres aux Thessaloniciens, mais une brusque exclamation de surprise et même d’indignation au sujet du changement qui s’est si rapidement opéré chez ses lecteurs (v. 6); puis une foudroyante menace de malédiction contre ceux qui sont les auteurs de cette défection (v. 7-9); non sans rappeler que déjà dans son dernier séjour au milieu d’eux 1} avait protesté d’une manière solennelle contre l’enseignement nouveau qui les a maintenant séduits. Cette brusque entrée en matière se termine par une parole d’un caractère d’abord ironique, puis douloureusement sérieuse (v. 10). On lui avalt certainement reproché une disposition obséquieuse, une tendance à s’accommoder aux goûts et aux pensées de ceux avec qui il avait à faire. Que les Galates jugent, par la manière dont il leur parle en ce moment même, de la vérité de ce reproche! Non; si c'était la gloire ou lPapprobation humaine qu'il recherchait, il ne se serait pas fait serviteur d’un crucifié, pour être partout honni, partout

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persécuté comme lui. Le chemin des honneurs lui était ouvert parmi son peuple. Pourquoi donc y a-t-il renoncé et a-t-1l choisi celui de lPopprobre? Ces derniers mots (v. 10) sont une parenthèse. Dés le v. 11, il revient à son sujet.

Dans le morceau 6-10, il faut remarquer les mots o5rws Tupéws, st promplement (v. 6). Le sens naturel de ces mots est celui-e1 : «si peu de temps après que je vous ai quittés raffermis, comme Je le croyais! » Comp. l’expression Actes AVIIE, 25 : « Affermaissant les fidèles. » Ce passage, ainsi que les mots : « Comme je vous l'ai dit auparavant» (v. 9), prouvent que Paul avait déjà eu l’occasion de les avertir sérieusement dans le second séjour qu’il venait de faire chez eux. Ce passage soulève en même temps la queslion de savoir quels étaient ces faux docteurs sur lesquels l’apôtre prononçait l’anathème, of rapacoovres? Baur a prétendu que c’étaient des émissaires venus de Jérusalem et qui avaient apporté en Galatie l’authentique enseiognement des Douze, l'obligation de la circoncision et des observances légales. [l ressort bien, en effet, du passage V, 7-12 que les perturbateurs étaient venus du dehors ; of: quoi qu'en dise Weiss, 1l est assez naturel de penser que, comme ces faux frères qui avaient troublé l’église d’Antioche quelque temps auparavant, ils venaient de Jérusalem. Mais cela ne veut pas dire : de la part et avec l’autorisation des apôtres. Ceux-ci venaient de donner à Paul la main d'association pour l’œuvre commune (Gal. I, 9); comment auraient-ils immédiatement après intrigué contre lui dans ses propres églises? Nous savons qu’il y avait à Jérusalem un parti opposé aux apôtres eux-mêmes, qui avait eu le dessous dans les conférences, mais qui ne se tenait pas pour battu : c’étaient ceux qui inculpaient Pierre pour son séjour chez Corneille (Act. XP), ceux que Luc ap-

pelle of ëx meptrouñc, ceux de la circoncision (XI, 2) ou « quelques-uns de la secte des pharisiens qui avaient cru » (XV, 9). Ils étaient sans doute du nombre « de ces sacrificateurs qui avaient obéi à la foi» (VI, 9). Ils visaient à enlever aux apôtres ienorants et pauvres la direction de la res christiana pour la faire servir à leur fin, la propagation du mosaïsme, uni à la croix, dans le monde entier. C'était cette ligne de conduite, dans laquelle le christianisme m'était plus qu’un moyen pour fonder le règne universel du judaïsme, que Paul caractérisait en appelant ces hommes des faux frères (Gal. Il, 4). Et nous avons vu, en étudiant le passage relatif aux conférences de Jérusalem (p. 124 et suiv.), qu'il les distingue absolument des apôtres. Crier anathème! aux envoyés des apôtres, c’eût été maudire les apôtres eux-mêmes. Ou bien donc ces perturbateurs venaient de Jérusalem, mais d’un parti opposé aux apôtres, ou bien ils venaient de plus prés encore, d’Antioche, par exemple. Rien ne nous autorise à trancher la question. Et elle importe peu. Il n’est pas difficile de comprendre par quels arguments 1ls étaient parvenus à ébranler les Galates. Le Christ à été promis à Israël: pour avoir part à son salut, 1l faut donc se faire israélite ; on ne devient israélite que par la circoncision, donc... Voilà quel était sans doute le squelette de l'argumentation. Les pauvres Galates n'avaient su que répondre.

Constatons enfin que l’anathème prononcé par l’apôtre, non seulement sur les faux docteurs judaïsants, mais encore bypothétuquement sur un ange du ciel et sur lui-même, n'aurait aucun sens s’il avait la conscience que son enseiognement n'était que le résultat, el même un résultat tout récent, de ses propres réflexions ! Quelle que soit l’idée que l’on se fait de l’apôtre, on ne peut raisonnablement lui prêter un procédé aussi absurde.

Quant à l'accusation à laquelle Paul fait allusion dans le v. 10, elle s’expliquera par la suite; comp. V, 11 et VI, 12. — Après la protestation, la démonstration.

2. V. 11-24. Il fait connaître aux Galates ce qu'ils paraissent avoir oublié, c’est que son évangile ne provient d'aucun enseignement humain, pas même de celui d’un apôtre, mais de la révélation de Jésus-Christ (v. 11-12). En effet, avant sa conversion, son judaisme ardent et obstiné ne permet pas de croire qu’il se soit mis à l’école des disciples de Jésus (v. 13 et 14). Et après que Dieu l’eut appelé, comme il l’a fait dans sa grâce, à la connaissance de son Fils, que fit-11? Se rendit-1l à Jérusalem pour se meltre aux pieds des apôtres et se faire leur catéchumène? Au contraire; de Damas, il se rendit en Arabie, où il prêcha pendant des années l'Évangile tel qu’il l'avait reçu du Seigneur; puis il revint à Damas, où 1l continua cette œuvre de prédication. Et ce ne fut qu'après ces trois ans de travaux qu'il retourna à Jérusalem et vit Pierre pour la première fois, demeurant quinze jours sous son toit et ne voyant d'autre personnage apostolique que Jacques, le frère du Seigneur. En terminant ce rapport, il déclare, en présence de Dieu, que les choses se sont bien passées ainsi (v. 15-20). IT résulte de là qu'il n’a pu ètre instruit par les apôtres, ni avant ni après sa conversion, et que son enseignement chrétien est bien indépendant du leur et le produit de la révélation du Seigneur lui-même. Puis il ajoute qu'après cette courte visite 1l quitta immédiatement la Judée pour se rendre dans les contrées septentrionales de la Syrie et de la Ciicie. Voilà quel a été tout son contact avec Péglise apostolique palestinienne; et ce contact avait si peu un caractère hostile qu'au contraire, d’après ce que rapportaient de lui ceux qui l'avaient vu à Jérusalem, les églises se félicitaient de ce

que l’ancien persécuteur était devenu le prédicateur de la for (v. 21-24). Ce dernier détail par lequel Paul conclut l'exposé du premier fait, est en même temps la transition au second. |

Avant de continuer, arrêtons-nous encore à quelques contradictions que l’on à trouvées entre ce récit de Paul et celui des Actes.

Les Actes mentionnent une prédication de Paul dans les synagogues de Damas, immédiatement après sa conversion (Act. IX, 19-29), et Paul n’en‘parle pas. [ est vrai, mais dans le contexte des Galates cette omission est naturelle. Cette première activité à Damas ne dura que peu de temps, et Paul se hâte de passer à son voyage d’Arabie qui est la preuve de son éloignement prolongé de Jérusalem à cette époque; Luc n'avait pas la même raison d’insister si fortement sur cet alibr. En échange, il omet le séjour en Arabie; c’est ou parce qu'il lignorait ou parce qu’il n’en connaissait point les détails ou parce qu'il n'avait pas de raison particulière d’en parler. Ce fait était compris dans Pexpression : « lorsque furent accomplis des Jours en grand nombre » (âuéoo ixavai), IX, 231.

Remarquons 1ci quelques comcidences intéressantes entre Paul et Luc. Ils racontent, on le voit par ces différen- * ces, indépendamment l’un de l’autre. Luc dit Act. IX, 20 : «Il prêchait que ce Jésus est le Fils de Dieu; » Paul, en racontant sa conversion, dit (Gal. f, 16) : & Quand il plut à Dieu de révéler en mor son Fils.» — Luc raconte IX, 24-925 la fuite de Damas au moyen d'une corbeille dans laquelle on le descendit du haut de la muraille; Paul n’en parle pas dans les Galates:; mais dans la 2€ aux Corinthiens, X}, 31-35, 11 raconte ce fait de la même manière que Luc. —

1 Sur l'expression de Luc : auprès des apôtres, tandis que Paul ne parle que de Pierre et de Jacques, voir p. 441.

Celui-c1 mentionne (IX, 29-30) les tentatives d’évangélisation que fit Paul auprès de ses anciens coreligionnaires, les hellénistes, et l’animosité qu'il excita par là, ce qui engagea les apôtres à le renvoyer sans tarder dans sa patrie. Le récit de Paul ne mentionne point ces circonstances; 1l parle sommairement de quinze Jours passés à Jérusalem. Mais, outre que ces faits se placent sans peine dans cet espace de temps, nous trouvons dans le discours de Paul au peuple, ‘Act. XXIT, 17 et suiv., un récit qui complète à la fois celui de Luc (Act. IX) et celui de Paul (Gal. D. Paul raconte une vision qu’il eut dans le temple pendant ce séjour, dans laquelle le Seigneur lui déclara que son témoignage ne serait point reçu à Jérusalem et qu'il devait aller le porter au loin, chez les païens. Ce récit est parfaitement conforme à l'attitude hostile des hellémistes dont parle Luc, et 1l explique comment il se fit que Paul céda sans résistance à l'inquiétude des apôtres et au conseil de s'éloigner qu’ils lui donnérent.

Deuxième fait : I, 1-10.

Paul a prouvé que son enseignement évangélique était absolument indépendant de toute instruction reçue des apôtres. Mais d'autant plus sérieusement s'élève la question de savoir si cet enseignement qui lui est propre est d'accord avec le leur, puisque de cet accord dépend sa valeur aux yeux de l’Église. C'est sur ce point si important qu'un autre fait doit éclairer les Galates. J’ai exposé plus haut, dans l’esquisse de la vie de Paul (p. 120-129), ma pensée sur les conférences de Jérusalem. Je me borne 101 à suivre pas à pas lexposé de Paul.

V. let 2 : Les circonstances qui ont amené cet événement décisif. — Les quatorze ans, dont parle Paul, doivent-ils être comptés depuis la dernière date indiquée plus haut, v. 18, la première visite de Paul à Jérusalem

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après sa conversion? Ceux qui pensent que, dans le récit suivant, Paul continue l’argumentation précédente au sujet de l’indépendance de son enseignement, sont naturellement disposés à rattacher cette date à celle du v. 18. Mais ceux qui, comme nous (voir p. 116-117), reconnaissent que Paul à terminé avec le ch. [ ce qui concerne ce premier point et qu'il en aborde maintenant un nouveau, l’approbation accordée à son enseignement par les apôtres euxmêmes, admeltront saus peine que Paul remonte ici au point de départ général, au fait principal raconté dans ce qui précède, celui de sa conversion. Il veut dire : trois ans seulement après ma conversion, première rencontre avec Pierre, et quatorze ans après le même fait (ma conversion), reconnaissance solennelle de mon ministère et de ma prédication apostolique par les représentants de lapostolat primiuf !.

Si donc la conversion a eu lieu en 36 ou 57, ce voyage doit se placer en 50 ou 51. C’est ce que l’on admet en général aujourd’hui, même lorsqu'on fixe la date du com- “mencement des quatorze ans autrement que nous.

Il est impossible d'identifier ce voyage raconté par Paul avec un autre que celui dont parle Luce Act. XV. Caluin, Guericke, Keil le font coïneider avec le voyage précédemment mentionné par Luc, Act. XIE, 30 et XII, 25. Mais celui-ci eut lieu plus tôt, en 44 déjà (p. 113 et 116). Il précéda la première mission de Paul et de Barnabas, qui est évidemment supposée par la parole Gal. Il, 2, et il avait un but particulier, tout différent de celui que se proposaient Paul et Barnabas dans celui dont parle Gal. IT. D’autre part, 1l n’est pas possible non plus d'identifier ce voyage de Gal. Il avec celui qui est mentionné Act. XVII, 25,

1 Sur le àa et le räv d2 II, 4, voir p. 116, note.

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