‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 43 sur 144 · AT ETES PR AP A · texte numérisé non relu

AT ETES PR AP A

à se faire circoncire, ne se croient point obligés pour cela de se conformer à tout l’ensemble de la loi et s'accordent à cet égard de singulières libertés. C’est à quoi Paul avait déjà fait allusion V, 3, passage à l’occasion duquel Weuzsœcker a écrit ces mots qui s'appliquent également à nos v. 12 et 13 : & Paul fait allusion au peu de sérieux que mettaient ces faiseurs de prosélytes et les prosélytes euxmêmes à l’obligation d'accomplir la loi » (p. 79). I y avait en Galalie une riche et puissante colonie juive, qu’il était plus agréable d’avoir pour amie que pour ennemie. Or les agitateurs judaïsants se faisaient assez facilement pardonner leur prosélytisme chrétien, lorsque, après avoir amené un paien à la foi en Jésus-Christ, ils l’engageaient à accepter la circoncision. Une fois cela obtenu, 1ls ne se montraient pas trop exigeants quant aux conséquences de cet acle, et dispensaient sans scrupule les nouveaux convertis de toutes les observances mosaïques qui auraient pu leur être à charge, des lois alimentaires, par exemple. On tenait seulement à pouvoir dire : & Hier nous avons eu tant de circoncis ! Aujourd’hui de nouveau, tant. » Et les riches marchands juifs d’applaudir (v. 12 et 15)! Ce n’est pas ainsi que Paul pratique la mission. Pour lui, il ne veul d’autre sujet de gloire que la croix de Christ. Elle à élevé une muraille infranchissable entre les intérêts mondains et lui. Il ne regarde plus qu’à une chose, la créalion nouvelle inaugurée par cette croix. Tout ce qui est extérieur, matériel, n’a plus aucune valeur religieuse à ses veux. Aussi prononce-t-il en finissant la bénédiction divine sur tous ceux d’entre les Galates qui, après avoir lu cette lettre, suivront la voie qu'il vient de tracer, et en oénéral sur toute l’Église croyante qui est désormais le vrai Israël, l’Israël de Dieu. Quant aux commissions, il n’en à qu'une seule, cette prière saisissante : Que personne ne

cause du chagrin à celui qui porte en son corps lempreinte des plaies qui lui ont été faites pour Jésus! Après quoi 1l souhaite que la grâce divine pénètre jusqu’à ce qu'il y a de plus intime dans Pâme de ses lecteurs, Pesprit, et les salue par ce mot d’adieu et d'amour : Frères ! C’est comme le baume que sa main aimante verse en finissant sur toutes les blessures que sa franchise avait pu leur faire.

Nous pouvons résumer en un mot lépître aux Galates : c'est la déclaration d’émancipation de l’humanité croyante à l'égard de la loi; la proclamation de l’ère nouvelle de la liberté spirituelle.

À ce point de vue, la marche en est facile à saisir. Le sujet de la première partie est : L’apôtre de la hberté; Paul v expose l’origine de son autorité apostolique, qui lui a été conférée d’une manière indépendante de toute intervention humaine, la reconnaissance de cette autorité par Îles apôtres antérieurs, et lemploi qu'il a dû en faire dans une circonstance importante vis-à-vis de Pierre lui-même. — Le sujet de la seconde partie est : La doctrine de la hiberté, dont la vérité est démontrée par la propre expérience spirituelle des Galates, par Pexemple prototypique d'Abraham, par la nature même de Ja loi, par la mort du Christ, par la relation entre la loi et la promesse; car la première est postérieure à la seconde ; elle a été donnée non par Dieu lui-même, mais par des agents subalternes ; en effet, elle n'était qu'une institution purement pédagogique dont la promesse était le but. A ces preuves l’apôtre ajoute, comme dernier argument, en quelque sorte surérogatoire, le type d’Agar et de Sara. — Le sujet de la troisième partie est : Le fruit de la liberté spirituelle. La liberté spirituelle, tout en étant l’affranchissement par rapport à la

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loi, n'est nullement l’émancipation de la chair ; c’est, au contraire, la domination de l'Esprit sur la chair jusqu’à l’extirpation de celle-ci; et la vie terrestre devient ainsi le temps des semailles pour une moisson de vie éternelle.

Ce triple exposé, qui forme le corps de la lettre, est précédé d’une adresse qui fait déjà pressentir le contenu de l'écrit, et d’une conclusion qui en rappelle toute l’importance.

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Circonstances de la composition.

Il n’est pas une épitre de Paul que la critique ait, pour ainsi dire, promenée sur tout le cours de son ministère, comme l’épitre aux Galates. On en a fait la première (Marcion), comme aussi la dernière de ses lettres /Kæhler).

|. Les uns la placent avant le séjour de Paul à Éphèse, datant de lautomne de lan 94. Ainsi :

a) Calvin, Michaëlis, Keil, qui font dater la composition d'avant le concile de Jérusalem Act. XV. Le voyage dans cette ville mentionné Gal. Il serait non celui d’Act. XV, mais celui d’Act. XF, 30; XIT, 25. Cette opinion est presque universellement rejetée aujourd'hui. Une délibération comme celle que raconte Act. XV serait impossible après des discussions et des décisions telles que celles qui sont rapportées Gal. If. L'on objecte que Paul devrait mentionner le décret apostolique rendu Act. XV, s'il eût déjà été rendu; mais on ne tient pas compte du fait que l’objet essentiel de cette première partie de l’épitre est une question personnelle, la reconnaissance de lapostolat de Paul par les anciens apôtres, tandis que dans les Actes il s'agit uniquement des relations de l’église mère avec les églises fondées chez les Gentils.

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b) D’autres datent notre épitre des temps qui ont immédiatement suivi la conférence de Jérusalem, soit du séjour à Troas, Act. XVI, 8-10 /Hausrath}, soit de la mission subséquente en Macédoine {Schenkel, Pfleiderer). Comme le passage Gal. IV, 13 (rû rodresov, la première fois de deux) implique deux séjours de Paul en Galatie avant la composition de cette leltre, cette date ne peut être admise qu'autant qu’on identifie la Galatie avec le théâtre de sa première mission dans les contrées du sud avec Barnabas. Cette opinion nous à paru insoutenable.

c) La même raison exclut l’opinion de M. Renan, qui date notre lettre du séjour de Paul à Antioche, entre le secont et le troisième voyage (Act. XVII, 22).

d) Hug et Rückert. qui admettent deux séjours de Paul dans là Gralatie proprement dite avant notre lettre, pen-

sent qu'elle date de l'intervalle entre le second de ces deux

séjours ei son arrivée à Éphése. Il l’anrait écrite durant le voyage de Galatie à Ephèse. Mais il esi difficile d'admettre qu’un écrit aussi profondément pensé et admirablement rédigé ait été composée dans le cours d’un voyage.

2. Le plus grand nombre des critiques placent aujourd'hui notre épitre à une époque qui a suivi Parrivée de Paul à Éphèse. | |

a) La plupart /Néander, Meyer, Reuss, Wieseler, Weiss, Holt:mann, Sieffert, Lipsius) la placent peu après l’arrivée de Paul dans cette ville. 11 aurait reçu là des nouvelles affligeantes du succès de ses adversaires, depuis son dernier séjour, el aurait aussitôt écrit cette lettre.

b) D’autres : à la fin du séjour d'Éphèse /Schaff, dans son Comment.); ainsi entre la 1re et la 2e aux Corinthiens.

c) Ou bien /Bleek, de Wette, Lightfoot, Farrar, Dods) : pendant le séjour de trois mois de Paul à Corinthe (Act. XX, 9), avant son dernier départ pour Jérusalem et son arresta-

tion dans cette ville, ainsi dans le même temps que l’épitre aux Romains. On allègue les ressemblances entre ces deux écrits et le développement très avancé de la sotériologie, dans les Galates, qui dépasserait celui des épitres aux Corinthiens. Il n’est pas nécessaire de réfuter longuement d'aussi faibles raisons. L'objectif de l’épitre aux Romains est la relation du judaïsme avec le christianisme, et nullement la question du judéo-christianisme ; et la marche des deux écrits est absolument indépendante et originale. Quant à l’idée que Paul n’est arrivé à sa conception sotériologique qu’à la suite de ses premières épitres (Thess. et Cor.),

. nous croyons l'avoir suffisamment réfutée (p. 180 et suiv.).

Elle ne va à rien moins qu’à taxer de mauvaise foi les déclarations expresses de Paul Gal. I. Enfin comment comprendrait-on le si promplement de |, 6, après 2-3 années

d'intervalle!

d) Ge dernier indice exclut à plus forte raison l'opinion

de ceux qui placent la composition de l’épitre pendant la”

capuvité romaine (Jérôme, Théodoret, Kühler, Schrader). Elle ne peut d’ailleurs appartenir qu’à l’époque de la crise jûdéo-chrétienne la plus ardente. Les passages qu’on oppose, IT, 10 et VI, 17, ne prouvent quoi que ce soit. Les points fermes auxquels nous pouvons nous rattacher sont ces trois : À. Le +0 roôresov, la première fois, IN, 13, qui fait supposer deux séjours de Paul en Galatie antérieurs à cetle letire, lesquels ne peuvent être que ceux d’Actes XVI, 6 et XVII, 23. 2. L'expression [, 6 : Exuy17o Gr oùrws Tayéwe, Cje m'étonne que si p'omptement…, » qui suppose que la chute s'était produite rapidement à la suite du raffermissement de l’église dû à la dernière visite de Paul (Act. XVITE, 25). 3. Le passage 1 Cor. XVI, 1-4,

qui ne peut avoir été écrit qu'après que l’autorité aposto- lique de Paul était entièrement raffermie dans les églises

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de Galatie, par conséquent après l’apaisement de la crise au fort de laquelle nous place notre épitre.

On à finement remarqué que la parole 1 Cor. IX, 3: «Si

Je ne suis pas apôtre pour d’autres, je le suis du moins pour

vous, » pourrait bien être une allusion aux doutes des adversaires que Paul réfute dans les deux premiers chapitres des Galates!.

La date de l'épitre aux Galates serait d’après cela : Éphèse, commencement de l'an 55.

La siluation qui à occasionné la composition de cette lettre ressort assez clairement de l'étude que nous venons de faire de l’épitre elle-même. L'église devait renfermer un certain nombre de croyants d’origine Juive; car Paul s'était sans doute adressé d’abord, comme il le faisait partout, à ses compatriotes. La présence d’un élément juit dans l’église est constatée par HE, 13-14, 24-95 et IV, 5. Cependant la majorité des membres de ces églises était certainement formée de paiens convertis; comp. I, 9; IV, 8.12; V, 9; VI, 15..[l n’y à aucune ‘raison solide pour voir avec Mynster et Credner dans ces convertis d'anciens prosélytes de la porte. La connaissance de PA. T. que suppose notre lettre chez ses lecteurs, s’explique suffisamment par la prédication apostolique et par la lecture des Écritures qui se faisait dés le commencement dans les assemblées de culte. — La présence d'une riche et nombreuse colonie juive dans ces contrées exposait ces Jeunes églises à bien des dangers. D'ailleurs, il était difficile qu’en apprenant la fondation d’une église en Galatie, les ardents partisans de la circongision n’arri-

1 Warfield, cité par Dods, p. 120. Les raisons alléguées par M.

Dods lui-même pour la postériorité de l’épitre aux Galates par rapport à la Are aux Corinthiens, sont de la dernière faiblesse.

vassent pas bientôt sur les lieux, comme ils l'avaient fait à Antioche. Désavoués par les apôtres et l’église de Jérusalem, ils n’en poursuivaient pas moins leur plan d'attaque contre l’œuvre de Paul, comme le montre bien la 2 aux Corinthiens. [ls n’attaquaient pas le christianisme, mais ils voulaient le contenir dans les limites du judaïsme, quoi qu’en pussent dire les apôtres eux-mêmes, pour lesquels ils avaient au fond peu de respect. Ces adversaires de Paul avaient-ils déjà travaillé l’église avant son second séjour en Galalie (Aet. XVIII, 23)? Des savants, tels que NVéander, de Wetle, Bleek, ont pensé qu'ils n'étaient arrivés qu'après le.départ de Paul pour Éphèse. Mais plusieurs passages de l’épitre elle-même prouvent le contraire. Au Ch. IV, après avoir rappelé la vive affection et les profondes émotions religieuses qu’avaient éprouvées les Galates lors de son premier séjour, Paul ajoute, v. 16 : « Suis-je donc devenu votre ennemi en vous disant la vérité? » Déjà donc dans le séjour qui avait précédé cette lettre, 1l avait dû leur dire des choses dures qui avaient été mal prises. La lettre elle-même nous offre deux exemples de ces avertissements sévères qu'il leur avail donnés. Après avoir énuméré les fruits de la chair (V, 19 et suiv.), il ajoute : «choses dont je vous dis à l’avance, comme aussi je vous l'ai dit précédemment, que ceux qui les font n'hériteront point le royaume de Dieu » (v. 21). Et au ch..1, 9, 1l écrit ces mots : € Comme nous vous l'avons dil précédemment, je vous le dis de nouveau maintenant : Si quelqu'un vous annonce autre chose que ce que vous avez reçu, qu'il soit anathème ! » Sans doute, on pourrait rapporter ces mots du v. 9 à ce qu'il vient d'écrire au v. 8. Mais le xat Gore ne permel pas ce sens; el ce passage prouve certainement que déjà dans son séjour précédent l’apôtre s’élait trouvé en face de certaines tentatives propres à détourner les Ga-

lates de son enseignement. C’est ce que confirme ce mot du récit de Luc Act. XVIIE, 923 : « affermissant tous les disciples. » On affermit ce qui est ébranlé ou du moins ce qui est menacé de l'être.

Cependant l’apôtre paraît avoir quitté les Galates, rassuré sur leur compte. Il peut feur dire : « Vous couriez bien; » leur parler des «fruits de lPEsprit» manifestés chez eux. Que se passa-t-il donc après son départ? Évidemment une agression nouvelle et plus efficace que les précédentes. Un individu marquant — venait-il de Jérusalem ou d’ailleurs? nous l’ignorons — attaqua, non seulement l’enseionement, mais encore lapostolat et même le caractère moral de Paul, et parvint à gagner la confiance et l'affection des Galates. Il réussit à leur inspirer une profonde défiance envers leur apôtre, le leur représentant comme un nouveau venu, hautain et ambitieux, qui ne craignait pas de se mettre en pleine révolte contre ses maitres, les Vrais apôtres de Jésus, et de disputer au peuple juif le droit de prééminence que l'Ancien Testament lui assurait el que Jésus lui-même lui avait reconnu. Cet enseignement avait suffi pour ébranler les esprits. On s’accommodait déjà de la célébration des fêtes juives, sabbats, nouvelles lunes, etc., qui remplaçaient avantageusement les anciennes fêtes paiennes; et un grand nombre étaient même sur le point de se faire circoncire. Du reste, les adversaires de Paul se montraient coulants envers leurs adeptes à l’égard de toutes les autres exigences de la loi juive. La séduction, il est vrai, n’avait pas encore complètement réussi. Il était encore temps d’y parer. Il restait dans l’église un noyau d'hommes spirituels (VE, 1) qui paraissent avoir lutté avec énergie et auxquels l’apôtre doit même rappeler les devoirs de la douceur, de l'humilité et de la modération chrétiennes.

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On comprend la douloureuse surprise dont fut saisi l’apôtre en apprenant la tournure menaçante qu'avait prise si subitement l'état des choses dans ces églises qu’il venait de quitter sous une impression favorable. Cette situation, dont Îles traits sont naturellement empruntés en grande

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