‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 45 sur 144 · LATE PU · texte numérisé non relu

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dans la pratique aux prétentions juives dont Jésus luimême avait été la victime.

Une seconde raison, spécialement développée par Steck, est la relation de dépendance qu’il pense exister entre notre épitre et celle aux Romains. Les matériaux dont est composée la première sont semblables, selon lui, à des pierres empruntées à un autre édifice où elles étaient bien à leur place, tandis que, dans le nouvel édifice où elles ont été introduites, elles laissent apercevoir entre elles des lacunes et des solutions de continuité. — Il me parait que l’opinion d’après laquelle l’épitre aux Galates dépendrait de celle aux Romains, est absolument contraire au caractère des deux écrits. Celui des deux qui trahit l'émotion la plus vive, qui est encore tout vibrant de la

. Secousse qui a remué le cœur de l’auteur, dans lequel à

chaque mot est une exclamation ou une question, et où abondent les asyndela, ne doit-il pas être envisagé comme antérieur à celui qui traite les sujets du même genre d’un ton purement didactique et avec un parfait sang-froid? Ces obscurités, ces prétendues solutions de continuité qui frappent Steck dans les Galates, résultent non d’un travail de replâtrage, mais d’une vivacité d’impressions et d'idées qui, sans porter la moindre atteinte à la logique interne de la discussion, rompt parfois le fil extérieur du discours. Voici ce qu'il y a de fondé dans limpression du critique : Antérieurement à l’épitre aux Galates existait certainement une carrière d’où Paul a tiré les matériaux dont est composé son écrit, mais cette carrière n’était point un édifice déjà tout bâti, un écrit apostolique ou non apostolique quelconque; c'était cette riche conception chrétienne que Paul appelle son évangile, dont il trace l’esquisse dans les Galates et dont il donne le plein développement dans les Romains. L’esquisse est nécessairement

plus difficile à comprendre que le tableau, et il n’est pas étonnant que le second écrit puisse nous servir, à nous qui n'avons pas reçu l'instruction orale de l’apôtre, de commentaire sur le premier. De cette relation il ne résulte absolument rien de défavorable à l’authenticité de celul-c1.

Je croirais arrêter inutilement le lecteur en discutant les autres objections présentées par Friedrich; elles se réfutent d’elles-mêmes à la simple lecture : limvraisemblance d'une chute si rapide chez les Galates; celle de la conduite attribuée à Pierre et du voyage en Arabie, contrée alors soumise à un gouverneur mal disposé envers Paul; l'incertitude dans laquelle se trouve la eritique à l’égard du pays habité par les Galates ; labsence du terme &yuor, saints, pour désigner les croyants; l’omission de toute salutation à la fin de l’épître; enfin les contradictions avec les Actes à l'égard desquelles la critique de la nouvelle école donne la préférence au récit de ce derniér livre.

Reste une observation de Steck relativement à cette parole VI, 11 : « Voyez quelle grande lettre (ou en quels orands caractères) Je vous ai écrite de ma propre main. » Dans ces mots par lesquels Steck pense que l’auteur à prétendu revendiquer l'authenticité de son écrit, lui-même voit, au contraire, un indice d’inauthenticité. — Mais dans ce Cas, le procédé du faussaire ne passerait-il pas les bornes? Qu'il ait pu employer dans l'adresse le nom de Paul pour donner crédit à des idées qu'il croyait vraies, admettons la possihilité du fait, quoiqu’on ne puisse pas alléguer ici qu'il à fait dire à Paul ce qu’il pensait que Paul aurait dit à sa place, puisqu’au contraire, d’après le critique, 1l substitue au Paul de l’histoire un Paul qui n’a jamais existé. Mais que cet auteur ait pu prêter à l’apôtre une ligne telle que celle-ci : « Voyez quelle lettre je vous ai

écrite de mu propre main,» ceci tomberait dans le domaine de l’impudence.

Indépendamment de la puissance spirituelle qui éclate d’un bout à l’autre de cette lettre et dont n’approche aucun écrivain du second siècle, les détails personnels inimitables sur les circonstances de la jeunesse de l’apôtre, le tableau de l’amour que lui avaient témoigné les Galates lors de sa première visite, l'expression de ses émotions actuelles de douleur, de sollicitude ou d’indignation, tout cela ne nous permet pas de révoquer en doute un seul instant la pureté de l’origine de cet écrit el de n’y voir qu’une composition artificielle.

On suspecte également la teneur du texte, tel que nous le possédons. Nous n’avons trouvé, dans l'analyse du contenu, aucune raison qui nous forçàt de recourir à des con- Jectures à ce sujet. Nous savons, sans doute, par Tertullien et Épiphane, que le texte de Marcion présentait un certain nombre de différences avec le texte reçu dans l'Église. Mais, sauf quelques leçons qui peuvent avoir un caractère plus original, la plupart des variantes marcionites sont certainement des allérations systématiques. Quant aux modernes qui, depuis Weisse, ont, surtout en Hollande fvan Manen, Buljon, Naber, Cramer, etc.), exercé leur sagacité sur le texte de notre épitre et usé largement du droit de la conjecture, une exégèse solide démontre l’inutilité de ces velléités critiques et ratifie pleinement le jugement de Lipsius : « Aucun gain réel n’est résulté de ces tentatives pour l'intelligence de notre épitre. »

Conclusions.

Qu’est-1l résulté de l'envoi de cet écrit? A-t-il ramené sous la houlette de lapôtre ces troupeaux qui étaient en voie de se détourner de lui et de l’évangile de la grâce? Steck pense qu’un tel résultat n'aurait en aucun cas pu être obtenu au moyen d’une lettre, après que ia présence de Paul lui-même dans son second séjour était restée impuissante à le produire. Mais la lutte n’était pas engagée alors, comme elle le fui plus tard, après l’arrivée des nouveaux émissaires Judaisants; et Paul n'avait par conséquent pas eu encore l’occasion de traiter la question à fond, comme il l’a fait dans son épitre. La parole 1 Cor. XVI, 1 : QA Pégard de la collecte pour les saints, faites comme Je l’ai ordonné dans les églises de Galatie, » parole écrite deux ans après notre épitre, montre que l'autorité de l’apôtre était pleinement rétablie dans ces églises. Le passage 2 Tim. IV, 11 : «Crescens s’est rendu en Galatie,» montre également que de sa prison à Rome Paul continuait à entretenir des relations avec les églises de Galatie.

Cette épitre marque une époque dans l’histoire de l’humanité : c’est le document à jamais précieux de son émancipation spirituelle. Dans le sermon sur la montagne, Jésus avait présenté l’idéal de la sainteté chrétienne au point de vue de sa parfaite spiritualité. Saint Paul montre ici le vrai chemin pour parvenir à le réaliser. Il ne saurait consentir à attribuer la dwaœiocuvn to eo, la sentence de justification accordée par Dieu au croyant, d’une part à la grâce, de l’autre à l'activité humaine. Par un tel sys-

tème, le moi n’est que blessé; il ne reçoit pas le coup de mort. Sur cette voie on n'arrive jamais à une paix complète et à un cœur radicalement dépouillé de lui-même. : Il faut dans le domaine de la justification tout donner à Dieu et par la foi tout recevoir. Alors la réconciliation est absolue, et l'Esprit du Fils peut descendre dans le cœur justifié et y réaliser la sainteté dans sa plus parfaite spiritualité.

Voilà la conception du salut entièrement nouvelle qu’expose lapôtre. Elle était préfigurée dans l’Ancien Testament; elle a formé le fond de l’enseignement de Jésus lui-même. Elle apparaît ici pour la première fois au grand jour comme la pure reproduction de la pensée divine dans la pensée humaine; c’est là l’évangile de Paul, lévangile de Dieu (Gal. 1, 19).

On se demande comment, en face d’une pareille démonstration de la hberté acquise en Christ aux croyants, l’Église a pu retomber peu à peu sous le joug que la main puissante de Paul avait brisé, et substituer de nouveau au salut par la foi toute simple le mérite pharisaique de l’œuvre humaine. La cause de ce fait étrange est, d’abord, l’inchination naturelle du cœur humain qui répugne à l’acceptation d’une grâce pure engageant complètement loul l’homme, et puis, en second lieu, un malentendu trés grave qui à paralysé l'application de l’épitre aux Galates. Par les œuvres de la loi qui ne peuvent justifier l’homme, on a entendu fréquemment les œuvres cérémoniales seulement, les observances extérieures, et on a cru devoir réserver une place dans lobtention du salut aux œuvres morales. Sans doute, certaines paroles, comme ce qui est dit IV, 3 et 10 des éléments du monde, ou, dans plusieurs passages, de la circoncision, pouvaient conduire à cette Interprétation. Mais elle est évidemment contraire à la pen-

DS 4 ve ir US où

sée de l’apôtre pour lequel la loi forme une unité indivisible, la manifestation concrète de la volonté divine. A ses yeux, l’observance morale sans l'amour n’est pas la vraie obéissance qui peut plaire à Dieu; or, l'amour ne procède que de la justification par la foi (V, 6). Par celle-ci seule, le cœur s’ouvre à l'amour pour Dieu et lui rend l’obéissance filiale à laquelle il veut amener l’homme.

Luther a remis en lumière ce vrai ordre évangélique du salut. 1 Pavait puisé surtout dans l’épitre aux Galates qu’il appelait sa fiancée, sa Catherine de Bora. Mais il n’avait connu si vivement la joie et la puissance de l'émancipation

spirituelle que parce qu’il avait ressenti si douloureuse-

ment les chaînes de l'esclavage, le poids du péché et de la loi qui le condamne. Pour comprendre comme lui une telle lettre, 1l faut avoir expérimenté comme lui les angoisses qui résultent de cette parole prise au sérieux : € Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les

choses écrites au livre de la loi pour les faire » (I, 10).

1e ÉPITRE AUX CORINTHIENS ‘

De l’épitre aux Galates à la 1re aux Corinthiens.

Paul écrivit sans doute lépitre aux Galates pendant les trois premiers mois de son séjour à Éphèse durant lesquels il prêchait dans la synagogue (Act. XIX, 8). Ce temps écoulé, comme sa prédication n’aboutissait plus qu’à des discussions stériles, 1l sépara ceux qui avaient cru et se mit à prêcher aux Grecs, ce qu'il continua régulièrement chaque jour pendant deux ans entiers dans la salle du rhéteur Tyrannus. Ces conférences publiques eurent un immense retentissement non seulement dans la ville d'Éphêse, mais dans toute la province d'Asie, L’apôtre était revêtu à ce momentlà d’une puissance extraordinaire, semblable à celle qui s'était déployée en la personne de Pierre à Jérusalem lors de la fondation de l'Église. Les exorcistes juifs qui se trou-

1 Commentaires spéciaux sur les deux lettres aux Cor. : Mosheim, Erkl. des erst. Br., 1721; 2e éd., contenant la seconde épitre, 1762; Schulz, 1784; Morus, 1794; Billroth, 1833 ; Rückert, 1836 et 1837; Jäger, 1838 ; Osiander, 1re ép. 1847; 2e ép. 1858 ; Monneron, Analyse et paraphr. des deux ép.. 1851; À. Maier, 1857; Néander, Comm. publié par Beyschlag. 1859; Holsten dans Æ£v. des Paulus, 1880; Henrici, Are ép. 1880; 2e ép. 1887 ; Stanley, 5e éd., 1882; Beet, 1882; 3e éd., 4885.

Sur la Are: A.-W. Krause, 1792 et 1818; Heydenreich, 1825; Edwards, 1885; mon Commentaire, 1886.

+ de

PAUL À ÉPHÉÈSE. 283

vaient à Éphèse, comme dans toutes les villes de l'empire, avaient recours à son nom et à celui de Jésus qu'il préchait, pour accomplir leurs opérations. Ceux mêmes qui se livraient aux artifices occultes de la magie, soit Juifs, soit Grecs, reconnaissant la supériorité de la parole de Paul, brülèrent publiquement les livres auxquels ils empruntaient leurs formules, tant la parole du Seigneur, dit Luc, croissait et se renforçait (v. 10-20). Ce temps fut, semble-t-il, le point culminant du déploiement de la puissance d’En-haut dans la personne de Paul.

Il y avait deux ans et trois mois que l’apôtre remplissait à Éphèse ce ministère, quand la pensée d’une tâche nouvelle surgit en son esprit. Il se proposa, après avoir visité les

églises de Grèce et pris congé définitivement de celle de

Jérusalem, de se transporter en Occident, à Rome en particulier (Act. XIX, 21). Il avait sans doute reçu des nouvelles de Macédoine et d’Achaïe qui lui faisaient envisager une visite en Grèce comme nécessaire; il avait aussi à cœur, avant de quitter pour toujours l’Orient, d'offrir à l’église de Jérusalem un dernier signe de la reconnaissance de toutes les églises fondées par lui en Asie-Mineure et en Grèce; enfin ce qu'il avait appris d’une œuvre d’évancélisation commencée à Rome lui faisait désirer d’aller y concourir personnellement et d'achever son ministère en Occident, où se trouvaient encore tant de contrées paiennes auxquelles l'Évangile n'avait pas encore été annoncé. Par toutes ces raisons, Paul comprit que la fin de son séjour à Éphése approchait; et pour préparer sa visite en Grèce et la collecte générale qu’il désirait faire pour Jérusalem, il envoya en Macédoine deux de ses aîdes, Timothée et Eraste, en chargeant le premier, si le temps le lui permettait, de se rendre aussi en Achaïe (Act. XIX, 22; comp. avec À Cor. IV, 17; XVI, 10). Après cela, lui-même

284 re ÉPITRE AUX CORINTHIENS.

demeura encore un certain temps à Éphèse (v. 22), de sorte que, Si nous ajoutons le temps, évidemment assez long, dont il est parlé dans ce verset (ätécyev yo6vov) aux deux ans et trois mois qui avaient précédé ce moment, nous arrivons à une durée de trois années environ pour le ministère de Paul à Éphèse. Ce résultat du récit des Actes s’accorde avec la déclaration de l’apôtre dans son discours d'adieu aux Anciens de cette église, Act. XX, 31 : « Vous rappelant que, pendant ces trois ans, Je n’ai cessé jour et nuit de reprendre chacun de vous avec larmes.» Nous verrons que ce fut vers la fin de ce séjour que fut écrite la première aux Corinthiens.

Fondation de l’église de Corinthe.

Cette fondation importante, racontée Act. XVIIT, avait eu lieu dans le cours du second voyage de mission de Paul, vers le printemps de l’an 52. L’apôtre arrivait à Corinthe seul et peut-être découragé de son insuccés relatif à Athènes. Corinthe était devenue la capitale de la province d’Achaïe, c’est-à-dire de toute la partie méridionale de la Grèce. Elle avait été rebâtie par Jules César en l’an 44 avant Jésus- Christ, environ un siècle après sa destruction par Mummius. Elle s’était rapidement relevée et complait maintenant de six à sept cent mille habitants, comprenant, outre la population grecque qui y était rentrée, une forte colonie de citoyens, spécialemement d’affranchis, romains, et une assez nombreuse communauté juive. On comptait dans cette population deux cent mille hommes libres et quatre à cinq cent mille esclaves. Cet immense et prompt aecroissement, qui fait penser à celui de certaines villes modernes

des États-Unis d'Amérique, était dù surtout à la situation privilégiée de cette ville sur l'isthme qui séparait les deux mers Égée et lonienne, joignant le Péloponèse au continent. Par le port de Cenchrées, à l’est, elle communiquait avec l’Asie; par celui de Léchæum, à l’ouest, avec l'Italie et l'Occident, ce qui occasionnait un immense transit. Elle était devenue en même temps l’un des sièges principaux de la culture grecque; les salles de rhéteurs, les écoles de philosophie y abondaïent; l’industrie et les beaux-arts y fleurissaient. (Mais la corruption des mœurs avait marché de pair avec cette prospérité temporelle./Au sommet de PAcropole resplendissait le temple de Vénus, où étaient offerts à la population et aux étrangers tous les moyens de débauche. (La population de la nouvelle Corinthe surpassait en corruption celle des autres villes de la Grèce, tellement que l’expression de vivre à la corinthienne (xoowbatev) était le terme par lequel on désignait le genre de vie le plus dissolu, et que celles de banquet corinthien et de buveur corinihien étaient proverbiales.

Quand lPapôtre fitson entrée à Corinthe, il était un homme de quarante à cinquante ans. Il arrivait là en simple ouvrier. Pour l’œuvre qu'il entreprenait, celle d'apporter un sel régénérateur au milieu de cette masse de corruption, il ne pouvait compter que sur deux ressources : le sentiment de dégoût que devait faire éprouver à cette société plongée dans le vice l’état de misère dans lequel elle croupissait et, d'autre part, la puissance inhérente à la parole de la croix, dont il avait fait lui-même la vivante expérience. Le point d'appui qu’il trouvait dans les prophéties et dans la révélation de l’Ancien Testament, lorsqu'il s’adressait aux Juifs, lui manquait dans ce milieu essentiellement païen, et quant à l’éloquence de la parole et aux artifices ingénieux de la sagesse, qui faisaient la force des rhéteurs

286 Are ÉPITRE AUX CORINTHIENS.

et des philosophes grecs, ces movens-là n'étaient pas à son usage; ils lui paraissaient incompatibles avec la nature même de la cause dont il désirait le triomphe. On comprend le sentiment avec lequel 1l commençait cette tâche et qu'il a décrit lui-même 1 Cor. I, 1-5.

Avant tout, il devait pourvoir à son entretien. Il chercha parmi ses compatriotes un maitre d’état exerçant son propre métier, et il le trouva, grâce à une mesure récente de l’empereur Claude, qui venait de bannir les Juifs de Rome. Un fabricant de tentes, nommé Aquilas, israélite originaire du Pont en Asie-Mineure, avait dû, pour celte raison, abandonner son établissement à Rome et venait d'arriver à Corinthe. Paul s’engagea chez lui ; 1l Pamena à la connaissance de Christ, ainsi que sa femme Priscille, et cette relation fut d’une très grande importance pour toute la suite de son ministère.

Iilgenfeld a prétendu qu’Aquilas et sa femme étaient déjà chrétiens avant d'arriver à Corinthe. Cette opinion, destinée à favoriser la thèse de l’existence d’une église primitivement Judéo-chrétienne à Rome, n’est point conforme au texte des Actes; car Luc désigne Aquilas comme un certain Juif (KV, 2), et non comme un disciple, ainsi qu'il l'eût fait certainement s’il eût déjà été chrétien.

Luc raconte ensuite les premières prédications de l’apôtre, aux Jours de sabbat, dans la synagogue, prédications par lesquelles 1l gagna un certain nombre de Juifs et de Grecs. Par ces derniers, il faut évidemment entendre les prosélytes païens qui fréquentaient le culte synagogal. Mais il semble que ce commencement de mission n’eut encore rien de bien puissant ni de bien agressif, et ce ne fut qu’à l’arrivée de Silas et de Timothée, que Paul, fortifié en son esprit, se mit à témoigner avec une pleine énergie de la messianité de Jésus (Act. X VIEIL, 5). Alors aussi

éclata une opposition tellement violente que Paul se vit forcé par les blasphèmes des adversaires d'abandonner la synagogue. Îl se retira avec les croyants dans la maison d’un certain Titius Justus, prosélyte grec, dont la maison élait contiguë à la synagogue. Il m'est impossible de comprendre ce qu’Heinrici et Werzsæcker peuvent trouver de contradictoire entre ce récit des Actes et le témoignage de Paul lui-même dans sa lettre. D’après l’apôtre, disent-ils, l’église était essentiellement composée de païens. Mais

cela empêche-t-il que Paul n’ait commencé, comme par-

tout, par prêcher dans la synagogue, quoique sans obtenir beaucoup plus de succès auprès des Juifs de Corinthe qu’auprès de ceux de Thessalonique ou de ceux d'Athènes (Act. XVII, 17)? — Le cercle de personnes dans lequel nous introduit la 1re aux Corinthiens (Crispus, Gaïus, Stéphanas, Achaïque, Fortunatus, 1, 14. 16 et XVI, 7) est, dit-on, tout différent de celui que nous font connaître les Actes (Justus, Crispus, Sosthènes, XVIIT, 7.8. 17). Mais de ces trois personnages nommés dans les Actes, deux se retrouvent dans l’épitre, Crispus et Sosthènes. N'est-ce pas assez quand il s’agit de mentions purement accidentelles, comme celles qui se rencontrent dans une lettre? On voit clairement, par la première épitre écrite à cette église, qu’il y avait dans son sein, au milieu de la multitude de paiens amenés à l'Évangile, un noyau de croyants d’origine juive (I, DA MENT NE ASK: 02099:-X 1 XIT:43);-La séconde épitre ne s'explique que dans cette supposition; et cela suffit pleinement pour justifier le récit de Luc. On remarquera aussi l'accord profond entre la manière dont Paul déerit le sentiment d'abattement et de timidité qui caractérisa les premiers temps de son séjour à Corinthe (Il, 1-5) et ce que fait comprendre le récit de Luc'd’une sorte de faiblesse dont fut marqué le commencement de son travail

Rene NS

288 1e ÉPITRE AUX CORINTHIENS.

dans cette ville, jusqu’au moment où il fut fortifié par la présence de ses deux compagnons d'œuvre. Un petit détail montre encore l'harmonie du récit des Actes avec la lettre de Paul. Luc parle du chef de la synagogue, Crispus, qui donna l’exemple de la foi au Christ, avec toute sa maison. Or, parmi les Corinthiens en petit nombre, qui avaient été baptisés de sa propre main, Paul nomme en premier lieu un Crispus; et cette circonstance s'explique par le fait qu’avant l’arrivée de ses deux collaborateurs, Paul avait accompli la fonction de baptiser qui n’était pas proprement la sienne (1 Cor. 1, 17) et qu’il leur abandonna plus tard.

Si l’on tient compte de la différence entre histoire et biographie, il est impossible de se représenter une harmonie plus complète que celle qui existe entre le récit de Luc et les déclarations accidentelles de l’apôtre dans sa lettre !.

Ce qui montre combien l’apôtre avait besoin d’encourasement à ce moment, c’est la vision qui, d’après le récit des Actes, lui fut alors accordée et dans laquelle le Seioneur lui dit : € Ne crains point, parle, » et lui promit la formation d’un grand peuple dans cette ville.

Au bout des dix-huit mois de travail qui suivirent, eut lieu la comparution de Paul devant le proconsul Gallion, provoquée par l'hostilité des Juifs. La conduite de ce gouverneur en cette occasion est parfaitement conforme à la haute impartialté de la justice romaine et au caractère bien connu de cet homme excellent, frère du philosophe Sénèque. Quant à la conduite de la multitude (lors même qu'il fault, sans doute, retrancher du texte le mot : Les

1 Je ne saurais concevoir un jugement plus faux et plus injuste que cette assertion de Weizsæcker (Ap. Zeitalter, p. 269) : « Le tableau général tracé par les Actes est de tout point l'opposé de celui qui ressort de la 4re aux Corinthiens. »

Grecs, c’est bien des païens qu’il s’agit !), elle s’explique facilement par la tenue ferme de Gallion, tenue qui avait encouragé l’irritation du peuple contre les Juifs, toujours

À assez mal vus de la population païenne (v. 12-17).

Après cet épisode, le séjour de Paul à Corinthe se prolongea quelque temps encore jusqu’au moment où, s’embarquant à Cenchrées avec Aquilas et Priscille, il partit pour Éphèse. Tout le séjour à Corinthe doit avoir duré deux ans (v. 18 et 19); nous pensons : du printemps de lan 52 au printemps de l'an 54.

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Contenu de l’épitre.

Nous trouvons dans cette épitre le cadre habituel des lettres de Paul parfaitement marqué : 1. l’adresse et la mention de ses actions de grâces pour l’église (1, 1-9); IL. l'exposition des divers sujets que l’état de l’église l’appelait à traiter (1, 10-XV, 58); III. la conclusion, renfermant les communications particulières (ch. XV).

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