Ch. XIIT. La charité
L’apôtre a établi la légitimité et la nécessité de emploi de tous les dons pour le service de l’ensemble. Dans les derniers versets (29 et 30), il a fait allusion à certaines aspirations ambitieuses qui peuvent se produire dans ce domaine. Ce n’est pourtant pas qu’il veuille bannir toute aspiration à l’égard des dons ; seulement il demande qu’elle se porte, non vers ce qui brille et frappe, mais vers ce qui est vraiment ulile. Il expliquera XIV, 1 ce qu’il entend par là; mais auparavant, 1l expose le pont de vue duquel il faut juger loute celte question.
Il y a une vertu qui est au-dessus de tous les dons, qui est le don par excellence, parce que, sans elle, tous les dons ne sont rien, ne servent à rien, n’ont qu'un éclat passager (C’est à ce sentiment sublime, qui s'appelle la charité !, qu'il faut avant tout aspirer.
Dans v. 1-3, Paul montre la nécessité de cette vertu. Il le fait en proclamant linuulité, le néant réel de tous les dons, du don des langues, même sous sa forme la plus élevée, de la prophétie, de la connaissance atteignant aussi haut qu’elle peut atteindre, de la foi opérant miraculeusement, de la bienfaisance poussée aux dernières limites, de l’héroïsme allant jusqu’au martyre, si tout cela n’a pas pour âme la charité.
Les v. 4-7 montrent la fécondité admirable de la charité. En énumérant les vices qu’elle bannit, Paul trace indirectement le tableau de ceux qui sévissent à Corinthe et qui empoisonnent la vie de l’église, et en décrivant Îles fruits savoureux qu’elle produit, il met le doigt sur le déficit spirituel qui se fait si tristement sentir dans cette église.
1Je préfère ici ce terme à celui d'amour, parce qu’il me paraît mieux répondre au mot gre@ ayarx, qui désigne non l'amour de désir, mais la contemplation affectueuse et pleine d'intérêt (xyaprœ).
Enfin dans un troisième développement, v. 8-13, il insiste sur la durée éternelle de la charité. Le moment vient où les dons, en particulier les langues, la prophétie et la connaissance, s’évanouiront quand Iuira le grand jour de la perfection. Comme le langage, les aspirations et les réflexions de l’enfance disparaissent peu à peu chez l’homme pour faire place au langage, aux conceptions, aux raisonnements de l’âge mûr, ainsi à ce moment s’évanouiront les dons et ne subsisteront que ces trois choses, qui sont les éléments de la perfection elle-même, la foi, l'espérance et, par dessus tout, la charité.
Rien donc n’est bien sans cette charité qui manque aux Corinthiens; et avec elle disparaïitrait tout le mal qui se montre chez eux. Comprennent-ils que le jour de Christ mettra fin à ce qu'ils sont si fiers de posséder, et ne laissera subsister que ce qu’ils négligent d'acquérir?
De cette hauteur, l’apôtre revient à la question compliquée de lPusage des dons, ayant maintenant en main le fil qui peut guider l’église dans ce labyrinthe.