Les gens d’une maison corinthienne ou éphésienne
avaient fait rapport à Paul sur les divers partis qui s’étaient formés dans l’église.
6. Enfin Paul lui-même avait pris une mesure grave, celle d'envoyer Timothée à Corinthe, pour appuyer les exhortations renfermées dans notre 4e aux Corinthiens; il altendait en ce moment même avec les trois députés le retour de Timothée qui devait lPinstruire de leffet produil par cette lettre et le renseigner sur l’état présent de l’église. IT lui importait certainement de pouvoir s’entretenir sur ce point avec ces députés avant leur retour à Corinthe.
Parmi les circonstances qui ont précédé notre lettre, plusieurs (Bleek, Néander, Reuss, Schmiedel, etc.) placent une visite que Paul aurait faite à Corinthe soit immédiatement avant de venir s'établir à Éphèse (Néander), soit plus tard depuis Éphèse même. Plusieurs passages de la seconde aux Corinthiens supposent, en effet, qu’il avait fait deux séjours au milieu d’eux avant celui qu'il leur annonce dans cette épitre (2 Cor. IH, 4; XIE, 44. 21; XH, 1-2). Baur, Hilgenfeld et d'autres expliquent, il est vrai, ces passages tout différemment, faisant de ces deux séjours prétendus deux simples projets de visite. Nous discuterons cette question à l’occasion de la seconde épitre. Mais si nous l’envisageons provisoirement comme résolue dans le sens de deux séjours antérieurs à la rédaction de la seconde lettre, 1l reste la question de savoir si le second
He
304 dre ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
séjour doit se placer avant notre première lettre ou si sa place n’est pas plutôt entre nos deux lettres. Cette seconde manière de voir a été soutenue par Pleek, Ewald, Eylau, Mangold, Weizsæcker, Pfleiderer, etc. Pour moi, elle me parait tout à fait fondée. Comment, demande avec
raison Hilgenfeld, si Paul avait visité si récemment Corin-
the, aurait-on pu répandre le bruit qu’il renvoyait toujours son arrivée, parce qu’il n'osait pas y revenir (1 Cor.IV, 18)? Comment se ferait-il que, tandis que la première épitre est pleine d’allusions au séjour dans lequel Paul avait fondé léglise (1, 10. 17-26 et suiv.; IF, 1 et suiv.; HE, 1 et suiv.; 10-11; IV, 5. 15; IX, 1-2; XV, 1-9) et n’en conüent pas une seule qui ait trait à un second séjour, la seconde, au contraire, soit écrite tout entière sous le coup des impressions que lui ont laissées cette seconde visite ainsi que les circonstances qui l'ont suivie (1, 8. 9; I, 23- ÎE, 1; 12-143; XII, 14. 21)? On à répondu que les souvenirs du second séjour avaient trouvé place dans la lettre perdue qui avait précédé 1 Cor. Mais pourquoi, dans ce cas, la re aux Corinthiens, venue plus tard, est-elle de nouveau remplie de ceux du premier séjour sans qu'il soit possible d’y découvrir une trace du second dont elle était pourtant plus rapprochée? Quant au passage que Reuss allègue principalement, XVI, 7: «Je ne veux pas vous voir maintenant en passant, » nous avons montré, p. 349, qu’il ne prouve absolument rien en faveur d’un second séjour antérieur à celte lettre!.
On insiste aussi sur le changement de plan de voyage indiqué dans la première lettre (XVI, 7) et auquel Paul revient dans la seconde (1, 15 et suiv.); par là on croit pouvoir prouver l'étroite relation entre les deux lettres et
1 Meyer dit avec raison ad. h. 1. : «Dans le’sens de Reuss, Paul aurait dû dire : 09 Üékw buäs raw (et non &ov) Ev rapOdu (sv. »
l'impossibilité d’un séjour de l’apôtre à Corinthe entre les deux, puisque c’est alors que Paul aurait donné de bouche l'explication renfermée dans 2 Cor. [. La preuve serait décisive, s’il s’agissait du même changement de plan; mais nous verrons qu'il n’en est rien, et nous pouvons le démontrer dès maintenant; en effet, la raison que Paul donne de ce changement est différente dans les deux cas. Paul dit, dans le premier, qu’il ne veut pas voir l’église seulement «en passant; » dans le second, que c’est « pour l’éparoner » qu'il n’est pas revenu, afin de ne pas lattrister et s’attrister lui-même (2 Cor. !, 23; Il, 1).
Tout en reconnaissant done la réalité d’une seconde visite de Paul à Corinthe avant 2 Cor., nous ne pouvons placer ce fait qu'après 1 Cor. Par conséquent, 1l ne faut point le ranger parmi les facteurs qui ont influé sur la composition de cette lettre.
À cette situation, telle qu’elle résulte naturellement des circonstances énumérées, se rattachent parfaitement les données qui se tirent de l’épitre elle-même.
1. La légèreté grecque avait, dans une partie du troupeau, repris le dessus. Beaucoup de nouveaux convertis, qui n'avaient été changés que superficiellement, retombaient peu à peu dans leurs habitudes paiennes. L’impureté surtout, que les Grecs envisageaient à peine comme une faute, infectait l’église et y produisait même des scandales notoires à Pégard desquels elle se montrait indifférente. Ce même esprit léger et profane se faisait sentir dans la célébration de la sainte Cène que l’on transformait en un de ces Joyeux symposia philica dans lesquels se complaisaient lès Grecs. Il poussait même à l'émancipation des femmes, qui se prévalaient de la liberté chrétienne pour s'affranchir de la retenue naturelle imposée à leur sexe.
556 1re ÉPITRE AUX CORINTHIENS.