À côté de cela, une grande abondance de dons se ma
nifestait dans l’église. La fécondité hellénique de parole et de pensée y éclatait avec une remarquable richesse sous la nouvelle forme chrétienne. Mais le développement de la charité était loin de marcher de pair avec cet épanouissement des dons, et un esprit de vanité et de présomption gâtait cette belle explosion spirituelle, comme le gel qui frappe une brillante végétation printanière.
Voilà le tableau qui ressort de notre lettre. Il n’est pas seulement mélangé d'ombre et de lumière; un œ1l péné-
trant y pourra déjà discerner les signes précurseurs d'un
orage. Que lélément juif, qui a commencé à se faire valoir, sache se déguiser assez habilement pour entrainer dans une coalition avec lui le dilettantisme moral et reli-
ogieux du caractère grec, à ce moment une crise sérieuse
éclatera et l’apôtre devra s'attendre à une lutte plus périlleuse encore que celle qu’il avait dû soutenir en Galatie.
On sent dans tout le cours de notre lettre, comme l’a admirablement fait ressortir Weizsæcker, que le pressentiment de ce danger menaçant le préoccupe vivement; bien des fois 1l est sur le point de donner essor à son émotion, à son indignation même; mais aussitôt il se contient et son ton reprend le calme et la dignité qui conviennent à une siluation encore indécise.
L'auteur.
1. Les témoignages externes. à La propagation et l'emploi de la 1'e aux Corinthiens sont attestés dès la fin du premier siècle par l’épitre de Clément de Rome. Ecrivant aux Corinthiens eux-mêmes de la
L'AUTEUR. 357 part de son église, il cite plusieurs fois notre lettre. Le passage le plus remarquable est celui du ch. 47 : « Reprenez l’épitre du bienheureux apôtre Paul : que vous a-t-1l écrit avant tout au commencement de lPévangile? En vérité, il vous a donné des directions toutes spirituelles sur lui-même, sur Céphas et sur Apollos, parce que déjà alors vous vous livriez à des préférences. »
Ce n’est pas sans rapport avec notre lettre qu’{gnace, ad Eph., ch. 18, appelle la croix &un scandale pour les infidèles, » et s’écrie : « Où est le sage? Où est le discuteur? » Comp.'1 Cor. [, 48. 20.
L’énumération que fait Polycarpe des vicieux {ad Phal., ch. 5) est exactement parallèle à celle que nous trouvons 1 Cor. VI, 9 et 10 et aboutit à cette déclaration identique qu'@ils n'hériteront point le royaume de Dieu. »
Justin Martyr (Dral., ch. 14) parle des vieilles œuvres, du mauvais levuin, et, ch. 5, appelle Christ notre Pâque (1 Cor. V, 6-8). Dans Apol. E, 19, il dit que le corps humain, dissous dans la terre à la façon des semences, res- suscitera par l’ordre de Dieu et qu’il n’est point impossible qu'il revête l’incorruptibilité (1 Cor. XV, 35-37; 53. 54).
Je renonce à citer textuellement le fragment de Muralori, Athénagore, Théophile, [rénée, Clément d'Alexandrie, Tertullien, et renvoie le lecteur à Charteris, Canonicity, p. 229-294.
Une lettre ainsi attestée, el cela dès la fin du premier siècle, semblait devoir être pour jamais à l'abri du soupçon d’inauthenticité. Celte prévision est aujourd’hui démentie. Voiet les principales raisons alléguées par Steck {Guluterbrief; Prot. K. Z. 1889) et par l’école hollandaise.
Les témoignages des Pères ne remontent pas plus haut . que 140 (Clément) ou 150 (Ignace, Polycarpe). — I serait ‘inutile de discuter avec Steck sur ce point-là; nous nous
908 Are ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
bornons à rappeler que Volkmar lui-même place lépitre de Clément en 195 et Hilgenfeld en 95. Après l’admirable travail de Lightfoot, auquel Harnack à pleinement rendu hommage, 1l n’est plus permis de trancher de la sorte la question de la date des lettres d’Ignace et de Polyearpe.
2. Les difficultés historiques soulevées par Steck se résolvent aisément, comme cela ressort déjà en partie de l'exposé précédent. Il ne faut pas oublier que le récit des Actes sur cette période est on ne peut plus sommaire, ce qui fait que nous sommes obligés, pour reconstruire lhistoire, de réunir certaines données occasionnellement disséminées dans nos deux épitres. Ainsi à l’occasion de la visite à Corinthe que doit avoir faite Paul après l'envoi de notre première lettre, Steck demande si l’une des deux démarches n’excluait pas l’autre. Nullement; car la visite devait avoir pour effet de compléter le changement commencé par la lettre; comp. 1 Cor. [V, 18 et suiv. et XI, 34. — Mais, dit-on, le silence des Actes est incompatible avec un tel voyage qui n’est inventé par la critique que pour donner satisfaction à certaines expressions de la seconde aux Corinthiens. Bien plus, cette derniére lettre elle-même contient une parole qui exclut ce voyage, c’est [, 23 : « C’est pour vous épargner que Je ne suis pas encore venu à Gorinthe. » Mais il ne faut pas traduire oùxerr, plus, comme s’il y avait oùrw, pas encore. Paul ne veut pas dire qu’il n’est pas encore retourné à Corinthe depuis son premier séjour, mais qu'il n’y est plus retourné depuis un certain séjour déterminé à la suite duquel on l’y attendait de nouveau. Quant aux Actes, nous avons déjà répondu (p. 390).
Steck demande comment il se ferait que la lettre antérieure à 1 Cor., supposée par V, 9 et 11, ainsi qu’une troisième que plusieurs critiques actuels placent entre nos deux lettres canoniques, auraient pu se perdre, tandis que
ces deux dernières nous ont été conservées. On pourrait répondre en alléguant des circonstances inconnues. Mais n'est-il pas aisément compréhensible que ces deux lettres, qui avaient trait à des circonstances occasionnelles, de nature personnelle et en même temps très pénibles et très douloureuses, n'aient pas été mises en circulation, tandis que les deux autres, qui traitaient d’une foule de questions pleines d'intérêt pour l’Église et le ministère, ont été jusées dignes de publication?
Steck voit encore une contradiction entre la permission de prophétiser.et de prier, accordée aux femmes au ch. XF, et la défense de parler dans l’assemblée, qui leur est faite au ch. XIV. Mais cette contradiction, si elle était réelle, serail étonnante chez tout écrivain simplement raisonnable; et nous avons vu qu’elle mexiste point. — Ce que dit Paul 4 Cor. IX de son refus de se faire entretenir par les églises n’est nullement en contradiction avec ce qu'il rappelle, 2 Cor. XI, 8 et 9, des secours en argent qui lui avaient été envoyés à Corinthe par les églises de Macédoine; le simple bon sens fait sentir la différence entre entretien qu’une église fournit à son pasteur et un secours que des amis lui font parvenir. — On trouve dans l’intuition très spiritualiste de l’état après la mort énoncéé 2 Cor. V une contradiction avec le tableau apocalypticojudaïque de la résurrection dans 1 Cor. XV. Nous ne répondrons pas avec Pfleiderer et Sabatier que Paul à changé d'idée et progressé en connaissance d’une épitre à l’autre. Nous renvoyons à l’exposé de ce passage.
Steck appelle les quelques combinaisons historiques, que suggère à la critique le désir de concilier les données diverses renfermées dans les deux épitres et dans les Actes, Qun édifice d'hypothèses construit en Pair. » Ne devrait-on pas craindre d'employer une pareille expression quand on a