V.15-29. L’apôtre n’a pas tenu, il est vrai, ce qu'il
leur avait promis, à savoir, qu'après avoir passé par Co-
rinthe pour se rendre en Macédoine, il reviendrait de Macédoine à Corinthe et partirait de là pour la Judée; de celte manière ils auraient joui deux fois de sa présence. Ce projet, il a été empêché de l’exécuter, et par quel obstacle? C’est ce que Paul va expliquer. Mais auparavant, 1l s'arrête pour attester encore qu’il n’a promis ni légèrement ni déloyalement. Le sérieux, la fermeté de sa prédication évangélique confirmée d’une manière si éclatante
par l'œuvre du Saint-Esprit au-dedans d’eux devrait Je leur prouver.
V. 23-11, 4. Eh bien! Voici l'explication de cet apparent manque de parole. C’est par ménagement pour eux qu'il n’est plus revenu chez eux. Il avait des choses si dures à leur dire qu’il prévoyait qu’un séjour dans ces circonstances serail pour eux et pour lui une source de douleur el d'amertume. Or, c'était assez pour Mi d’avoir eu déjà un séjour de ce genre. Il ne pouvait supporter d’avoir pour sujet de douleur léglise qui devait être celui de sa Joie. Cest pourquoi 1l a préféré leur écrire ce qu’il lui aurait été si pénible de leur dire. Gette lettre a été pour lui un fruit d'angoisse, arrosé de larmes. Mais ce n’était pas pour les peiner qu'il leur écrivait ainsi, mais pour leur témoigner son amour par celle sévérité même. Voilà la raison qui explique ce changement de plan dont on à tiré parti contre lui. |
Bien des choses sont propres à faire réfléchir dans ce peu de mots. Paul v parle d’un nouveau séjour douloureux à Corinthe qu'il a voulu éviter!. Il avait donc déjà une fois visité cette église dans des circonstances fort pénibles. Ce séjour pénible ne peut être celui de la fondation. Ce que Paul dit 1 Cor. IF, À et suiv. de ses perplexités au commencement de sa mission dans cette ville est absolument différent de ses relations avec l’église déjà fondée, qu’il rappelle 1c1. Par conséquent, cette parole IF, 1 suppose nécessairement un autre séjour plus récent à Corinthe dans lequel Paul avait eu beaucoup à souffrir. Cette conclusion est conforme à ce que nous avons dit p. 349 et 554.
1 Sur la construction et le sens de IF, 4, voir p. 354, note. Le sens n’est pas : (Je n'ai pas voulu que mon second séjour chez vous fût douloureux ; » mais : « Je n’ai pas voulu avoir encore une fois un séjour douloureux chez vous. »
3170 2me ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
De plus, Paul parle d’une lettre qu’il a écrite dans l'angoisse de son cœur et qu’il a baignée de ses larmes. Cette description, quoi qu’en dise Weiss, ne saurait s'appliquer à notre 1'e aux Corinthiens, que Paul a écrite sans doute parfois avec une certaine vivacilé, mais en somme avec calme et en pleine possession de soi-même. Cette angoisse et ces larmes (IT, 3-4) témoignent de la nature extraordinairement sévère el émue de celte lettre qui avait suivi sa seconde visite et par laquelle il avait provisoirement remplacé le troisième séjour promis à l’église.
Ces deux résultats ont, depuis Bleek, été reconnus avec un accord remarquable par £wald, Weszsæcker, Pfleiderer et d’autres; le second seul par Néander, Mangold, Hilgenfeld, Schmiedel, etc. La conséquence de ces deux faits est celle-ci : Paul, qui, d’après 1 Cor. XVI, 11, attendait à Ephèse avec les trois députés le retour de Timothée et qui comptait, après son arrivée, partir pour la Macédoine, tandis que les délégués retourneraient à Corinthe, s’était décidé, sans doute sur le rapport de Timothée, à se rendre d’abord à Corinthe, revenant ainsi à son plan plus ancien, supposé par À Cor. XVI, 5-7. Mais il avait passé là un temps plus pénible qu’il ne Peût jamais attendu. Il avait même dû quitter l’église sans avoir obtenu une chose qu'il avait le droit et le devoir de réclamer. Comptant cependant revenir dès que cette condition aurait été remplie, 1l était parti; pour où? Pour Éphèse, répondent Weizsæcker et d’autres. Je crois que c’est là une erreur et qu'il se
rendit en Macédoine où sa présence était depuis longtemps
nécessaire d’après À Cor. XVI, 5. Cette supposition s’accorde également avec la parole 2 Cor. [, 164, où il décrit ainsi son plan en partant d'Ephèse : d’Éphèse à Corinthe ;
de Corinthe en Macédoine. Il ajoutait alors (v. 160 ):etde
Macédoine de nouveau à Corinthe. C’est là précisément ce
qu'il ne put exécuter. En effet, au lieu de recevoir de l’église la satisfaction qui lui aurait permis de revenir chez elle honorablement, il vit les semaines s’écouler, et plutôt que d’y retourner lui-même, 1l préféra écrire cette lettre qui lui causa de si grandes angoisses. Il l’envoya par Tite. Fut-ce encore de Macédoine où se serait trouvé Tite, ce qui expliquerait sa substitution à Timothée resté à Éphèse? Ou ne fut-ce qu’un peu plus tard depuis Éphèse, où Paul revint depuis la Macédoine, et où 1l passa lhiver suivant de 57 à 98, en attendant le résultat de la mission de Tite? C’est en tout cas à ce second changement dans son mode
de faire, par lequel 1l avait substitué une lettre et l'envoi
de Tite à sa propre visite, que se rapporte l'explication de 2 Cor. 1, 45-IT, 41. Nous verrons à 2 Cor. If, 12 la confirmation du cours des choses ainsi compris.
V. 9-11. Quelle avait été la cause de ce froissement si pénible qui avait forcé Paul à quitter Corinthe de cette
manière? Il ne le dit pas expressément; mais l’église le
savait assez. C’est à ce fait sous-entendu que se rapportent les paroles suivantes écrites à l’occasion de léloignement où il s'était tenu de Corinthe. [Il s’agit d’un homme qui l’a peiné et en lui la plus grande partie de l’église. Aujourd'hui cet homme a reçu de la part de celle-ci la punition méritée?; mais l’apôtre craint que celte punition ne le plonge dans le désespoir, et il invite les Corinthiens
1 On comprend ainsi pourquoi Paul emploie 2 Cor. I. 23 le terme oÿxert, plus, et non oÿrw, pas encore. Le sens est, non qu'il n’était pas encore revenu depuis son premier séjour, mais qu'il n'était plus revenu depuis le nouveau séjour qu’il avait fait chez eux.
2 Je ne pense nullement que cette peine eût été l’excommunication ; car dans ce cas, la minorité non consentante eût dû être exclue avec le coupable. Mais la plupart des membres de l'église avait ouvertement rompu toute relation privée avec celui-ci, conformément à la direction générale donnée 2 Thess. IT et 4 Cor. V.
DER » PU pe
9372 9me ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
fidèles à lui pardonner; car s’il a réclamé par lettre sa punition, ce n'était pas par ressentiment, mais pour faire l'épreuve de leur obéissance. Et maintenant, si eux lui pardonnent, 1ls peuvent être assurés que dans leur pardon est renfermé le sien. Ainsi cet homme ne retombera pas par une autre voie dans les filets de Satan.
On rapporte d'ordinaire tout ce passage à l’incestueux (1 Cor. V). Ruckert et Baur ont bâti là-dessus un singulier roman. La maladie mortelle que Paul avait prétendu infliger à cet homme, en le livrant à Satan, ne l'avait point frappé du tout, et l’excommunication demandée à l’église n'avait pas non plus été prononcée. Que faire dans ces circonstances? Paul agit en homme prudent; 1l se donne l'air d'approuver ce qui a eu lieu; il présente la violation de ses ordres comme la réalisation de son propre désir. Cetle manière d’agir a dù lui coûter, sans doute, et l’on comprend le malaise qu’il en a éprouvé; voir Baur, Ap. Paulus, 1, p. 331-336. — Heureusement les textes ne nous autorisent point à attribuer à Paul une conduite aussi jésuitique. Le passage que nous venons d’exposer parle non d’un péché, comme celui qu'avait commis lincestueux, mais d’une offense adressée à Paul personnellement, offense dont l’église elle-même avait été atteinte en la personne de son apôtre et que celui-ci pardonne de plein cœur dès que l’église consent, de son côté, à lever le chàüiment infligé par elle. Si les choses s'étaient passées comme le pense Baur, quel front n'aurait pas dû avoir l’apôtre pour écrire après cela à cette église, qui avait été témoin de l'impuissance de ses menaces et de la vanité du pouvoir apostolique qu’il s’attribuait, des paroles telles que celles-ci : € Me voici prêt à punir toute désobéissance » (2 Cor. X, 6); «je déclare, comme Je lai fait déjà à ceux qui ont péché auparavant et aux autres, que, quand Je
reviendrai, je n’épargnerai personne » (XIE, 2), ete. ! Si Paul avait quitté Corinthe sans avoir réclamé satisfaction, c'est qu'il s'agissait de sa personne. Mais s’il se fül agi de la cause de Christ, comme dans le cas de l’incestueux, 1l n’eût jamais abandonné le champ de bataille.
Weiss cherche à montrer que l’incestueux avait été réellement excommunié par la majorité de l’église (If, 6) et que Paul réclame maintenant sa réadmission. Mais que serait devenue la sentence terrible par laquelle cet homme ou bien devait être livré à Satan ou bien (selon nous) avait été effectivement par l’apôtre lui-même? Tout cela serait-il tombé dans l’eau? Le fait est que, comme cela est aujourd’hui reconnu par Hilgenfeld, Mangold, Weizsæcker, Pfleiderer, Schmiedel, etc., ce n’est nullement au cas de l’incestueux que se rapporte le passage de 2 Cor. Il (comp. aussi 2 Cor. VIT). Paul n'aurait pu traiter un tel péché comme une offense personnelle. [Il nest pas impossible, sans doute, que l’offense personnelle dont nous parlons eüt eu lieu à Poccasion de celte affaire; comp. VIE, 2 : «Nous n’avons fait tort à personne; nous n'avons fuil périr personne. » Mais si cette relation est réelle, ce que nous ne saurions contrôler, elle est purement accidentelle et ne peut avoir aucune influence sur lexplication de notre passage. Voir encore à VIT, 11-12, où Paul revient sur ce, fait à l’occasion du retour de Tite auprès de lui.
2. 1H, 12-VIT, 3 : D'Éphèse à Troas et de Troas en Ma-. cédoine.
Paul a maintenant expliqué pourquoi, au lieu de revenir de Macédoine à Corinthe, comme on s’y attendait, il est reparti pour l’Asie sans avoir reparu à Corinthe. Il a préféré, dans les circonstances données, écrire plutôt que revenir, ce dont 1l se réjouit maintenant, puisqu'il ne lui reste plus qu'à compléter par le pardon les mesures prises
374 9me ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
par la majorité de l’église. Il passe maintenant à une seconde phase de sa vie apostolique depuis son éloignement de Corinthe; il en vient à son tout récent départ d’Éphése et à son voyage à la rencontre de Tite. Il trace en quelques traits le tableau de son état de perplexité à ce moment-là ; puis soudain ce tableau s'agrandit dans sa pensée jusqu’à devenir celui de son ministère et même du ministère évangélique en général.
Après avoir envoyé par Tite celte lettre, qui était un vérilable ultimatum, Paul à repris son travail à Éphèse où l’œuvre va grandissant, mais aussi l’opposition qu'elle suscile. Alors a éclaté le soulèvement dû à l'orfevre Démétrius, et Paul à été obligé de quitter précipitamment cette ville. Il s’est dirigé vers le nord, du côté de la Macédoine, d’où il attendait impatiemment le retour de Tite. À Troas, il a trouvé une œuvre naissante qui ne demandait qu’un ouvrier capable de la poursuivre. Mais son inquiétude relativement à l’église de Corinthe ne lui permettait pas de se hivrer à ce travail; et pas plutôt arrivé là, 1l en est reparti pour aller à la rencontre de Tite. Ici l’apôtre s'arrête tout à coup. Saisi par la vue de la gravité du ministère qu’il lui est donné d'accomplir au milieu de pareilles complications, il en décrit successivement la puissance (If, 14-IV, 6), puis les tribulations, mais aussi les glorieuses espérances (IV, 7-V, 10), enfin le divin objet et la divine origine (V, 11-21). En terminant, il reporte ses regards sur la manière dont 1l a rempli luimême cette charge et sur les rapports dans lesquels il se trouve placé en ce moment même avec l’église de Corinthe par suite de sa fidélité (VI, 1-VIT, 3).
a) IH, 14-1V, 6. La puissance vivifiante du vrai minislère évangélique.
Son ministère apostolique apparait à Paul comme une
È dé
SE SE 7 En A à HU OS pe dc NT
marche triomphale, qu'il accomplit à travers le monde, sous la conduite de Christ, répandant partout par la prédication de l'Évangile la vie on la mort, selon la manière dont cette prédication est reçue. Cette puissance de son ministère provient de ce que, dans sa prédication, l'Évanoile est pur, exempt de tout alliage, non frelaté quant au fond et quant à la forme, comme 1l l’est chez ses adversaires qui mêlent à la prédication du Christ celle de Ja loi (v. 14-17). En parlant ainsi, 1l ne veut point s’administrer à lui-même une lettre de recommandation, semblable à celles que d’autres ont apportées à Corinthe. Sa lettre de recommandation à lui, c’est l’église de Corinthe elle-même, dont l'existence est un vivant témoignage rendu à la réalité de son apostolat à la face du monde enter (IT, 1-3). — La hardiesse avec laquelle 1l parle ainsi de son ministère, provient de ce que c’est Dieu qui Pa rendu capable de le remplir. Car à Pancienne alliance, consistant dans une loi écrile qui condamne et tue, Dieu a substitué une alliance nouvelle apportant l'Esprit qui vivifie (v. 4-6). Sans doute, le ministère de Moïse était glorieux, comme le prouve l'éclat divin dont rayonnait à certains moments son visage. Mais s’il est glorieux, le message qui condamne, combien l'est davantage celui qui justifie ! S'il est glorieux, le message qui n’est que temporaire, combien l'est davantage celui qui demeure à toujours et qui n’a pas pour symbole, comme la loi, cet éclat passager du visage de Moïse dont il était obligé de cacher, au moyen d’un voile, l’affaiblissement!. C’est ainsi que les serviteurs de la loi cherchent aujourd'hui à déguiser la fin de l'institution légale et qu'Israël est aveuglé au point de ne pas discerner son abolition. Mais Christ, lui, ne lire pas son éclat du dehors; il est lui-même Esprit; l’éclat dont il rayonne provient du
i Voir sur ce fait la Bible annotée, à Ex. XX XIV, 33-34.
9170 2me ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
dedans. Il n'a donc pas besoin de se voiler pour en déguiser l’affatblissement; et nous-mêmes qui vivons en communion avec lui, à mesure que nous reflélons, en la-contemplant à visage découvert, la gloire rayonnant de sa face, nous sommes mélamorphosés en sa ressemblance, de sorte que nous n'avons, pas plus que lui, besoin de voile pour déguiser cette gloire loujours croissante. Nous délivrons donc notre message avec hiberté et franchise, sans avoir recours aux r'uses et aux honteuses tactiques des serviteurs de Ja loi (v. 7-IV, 3). — Que si, malgré cette franche prédication du salut en Christ, ce salut est néanmoins voilé pour plusieurs, c’est l’œuvre du Prince des ténébres qui les aveugle pour les empêcher de contempler la lumière brillant au front de ce Christ fidèlement prêché par nous; car l’ordre créateur qui a dissipé le chaos, a aussi retenti et opéré dans nos cœurs (v. 4-6).
Mais quel contraste entre la puissance glorieuse de ce ministère et les infirmités de ceux qui en sont les dépositaires! Paul passe ici au second morceau.
b) IV, 7-V, 10. Les tribulations, mais aussi les espérances du ministère chrétien.
Le premier morceau pouvait se résumer ainsi : Notre ministère esl assez puissant par lui-même pour pouvoir se passer de l’emploi de tout mauvais moyen. La pensée du second est celle-ci : Sans doute, nous mourons à la peine en travaillant de la sorte; mais nous savons que nous revivrons. |
V. 7-19. Les souffrances. — Paul n’en rougit pas; car il les reçoit comme une participation journalière au crueifiement de Jésus, et elles sont le moyen par lequel Dieu amène l'Église à participer à la vie de Christ. À nous, apôtres, la mort; à vous, Église, la vie! Nous mourons pour que vous viviez.
IQ 2
DSP RRRS. -,
IV, 13-V,10. L’espérance qui le soutient.— La vie a beau être pour nous une destruction journalière de l’homme extérieur; nous ne nous décourageons point pour cela. Chaque souffrance pareille accroit le poids de gloire que nous avons en perspective. Si ce corps. semblable à une frêle tente, est une fois détruit, nous sommes certains de posséder un corps d’origine céleste semblable à un indestructible édifice. Sabatier (p 157-159), Pfleiderer, Schmiedel, elc., ont entendu ce verset et les suivants dans un sens qui conduirait aux conséquences les plus graves pour la valeur des enseignements de l’apôtre. À la suite de ses expériences récentes et en particulier du danger de mort qu'il avait couru en Asie (1, 9), ses pensées auraient été attirées sur l’état de l’âme après la mort, sujet auquel 1l n'avait point pensé aussi longtemps qu’il comptait vivre jusqu’à la Parousie, et 1} aurait été amené par là à une conception toute nouvelle. Le v. 1 du ch. V exprimerait l'espoir que la prise de possession du corps céleste, que jusqu'alors il avait placée à la Parousie à la suite de la résurrection des corps, sera accordée au fidèle au moment même de la mort, ce qui supprimerait tout l’ancien drame eschatologique de 1 Cor. XV, 23 et 51-52 et de 1 Thess. IV, 14 et 16-17. — Mais Paul aurait:l dit tranquillement : oiJauev, nous savons, S'il se fût agi d’une conception toute nouvelle pour lui-même et qui renversait tout ce que l'Église avait appris de lui jusqu’à cette heure ? Schmiedel reconnait, du reste, que le £youev, nous avons, ne désigne point nécessairement une prise de possession de fait, actuelle, au moment de la mort, mais peut désigner une simple possession de droit. Ce qui rend l’idée d’un changement de vue chez lapôtre depuis les premières épitres tout à fait imadmissible, c’est que nous le voyons énoncer dans les épitres postérieures les mêmes intuitions
rar CAL T° SN 7 Un ACER l e t ;
9378 9me ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
que dans celles aux Thess. et aux Cor.; comp. pour la résurreclion des corps Rom. VII, 11 et 22-24; et surtout Philip. I, 20-91, où cet événement est étroitement rattaché, comme dans 4 Thess. et 1 Cor., au retour de Jésus du ciel. Enfin l’apôtre aurait-il été si exclusivement préoccupé de sa propre personne qu'il n’eût songé à se poser la question de l’état du fidèle après la mort que lorsqu'elle le concernait lui-même et qu'il se voyait en danger de mort? Ne voyait-1l pas journellement mourir des fidèles, et son cœur ne l’aurait-il pas poussé à faire pour eux ce qu'on suppose qu’il à fait en ce moment pour lui-même ? D'ailleurs, ne vivait-il pas depuis longtemps en face de la possibilité de la mort? N’écrivait-il pas 1 Cor. XV, 31 : «Je meurs tous les Jours?»
Voici, me paraît-il, le sens de ce passage difficile V, 1-10 :
Nous ne nous relâchons pas; car nous savons que, même en cas de mort, nous possédons là-haut un domicile permanent; et déjà maintenant, nous soupirons après le moment où nous pourrons nous en revêlir par dessus, puisqu'il est certain que, même si nous avons déposé ce corps terrestre, nous ne serons pourtant pas trouvés nus, sans enveloppe aucune (v. 3); de sorte qu’on doit dire en tout cas : revêlus par dessus. Et en effet, nous qui sommes encore dans ce corps, bien loin de trembler à la vue de sa destruction croissante, notre soupir va non au dépouillement, mais à la possession de ce corps nouveau qui absorbera en nous tout ce qui reste de mortel".
1 On voit qu'au v. 3 nous admettons les leçons gréco-latines eïxep (avec B) et éxdvsauevor, ayant dépouillé (le corps terrestre). La dernière est exigée par le xa!, même: « même ayant dépouillé..…. nous ne seront point nus.» Ce za! n'a pas de sens dans la leçon évàvosauevor, ayant revêtu; et Ce évèvoduevot lui-même n’a aucun sens, soit qu'on le rapporte au fait de la naissance. ce qui est entièrement hors du con-
Dans quelle relation Paul mettait-1l cette enveloppe temporaire qui suit la mort et que suppose le v. 3, avec le corps terrestre, d’une part, et le corps ressucité, de l’autre? Nous lignorons. Il admettait après la inort pour le fidèle une vie avec Christ, donc pleinement consciente (v. 8 et Phil. [, 23), ce qui est difficilement concevable sans un organe quelconque; mais ce n’était nullement là la résurrection du corps, telle qu’il lentendait, laquelle restait à ses yeux un fait à venir. Îl en était exactement de même aux yeux de Jésus : « Celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort,» disait-il Jean XI, 25, et à côté de cela il prononçait cette promesse : « Je le ressusciterar au dernier Jour » (quatre fois répétée VI, 39-54).
L'Esprit que nous avons reçu, ajoute l’apôtre, est pour nous le gage de ce corps nouveau; et peu nous importe que notre vie soit brisée avant la Parousie ou qu’elle se prolonge jusque-là. Nous sommes sûrs d’une chose, c’est de ne pas être séparés du Seigneur, et notre unique ambition est de lui être agréables en tout, car nous comparaitrons devant son tribunal et recevrons l’équivalent de tout.
c) V, 11-21. L'objet et l’origine divine du ministère chrétien.
La crainte du jugement, cette idée par laquelle Paul avait terminé le morceau précédent sur l'espérance chrétienne, le pousse à agir sur les hommes et le garde en cela de toute recherche de lui-même. Si on la vu ravi en extase, c'était pour Dieu; s’il travaille de sens rassis, c’est pour ses frères (v. 11-13). L'amour dont Christ la aimé ne lui laisse pas d'autre alternative : il Pa arraché à luimême. Un seul, mort pour tous, cela signifie : Tous morts;
texte, soit qu’on le fasse arbitrairement synonyme d’un éxevduoauevor, comme Schmiedel. On ne pourrait l'expliquer qu’en passant dans le domaine moral, ce qui est forcé.
380 Que ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
un seul vivant, le ressuscité, qui devient l’objet unique de l’activité de ceux qui vivent encore. Aussi nul n’existe-t-il pour Paul en raison de ses qualités et de ses relations nalurelles; tous n’existent plus pour lui qu’en raison de leur relation avec Christ. Le Christ lui-même, qu’il connaissait autrefois, avant sa conversion, comme Messie terrestre, s’est entiérement transformé à ses yeux. Tout est renouvelé pour celui qui est en lui (v. 14-47). — Ce qui produit ce changement radical, c’est l’œuvre de réconciliation entre Dieu et le monde, que Dieu a lui-même accomplie en Christ. On ne saurait mieux montrer que ne Pa fait Schmiedel que, d’après notre passage, la réconciliation n'est point un changement subjectif qui se passe dans l’homme à l’ouie de la bonne nouvelle de la paternité divine, mais qu’elle est une œuvre accomplie en Dieu même, en vertu de la mort de Jésus, œuvre par laquelle Dieu a lui-même rempli la condition du pardon, et pour la publication de laquelle 1l a fondé le ministère évangélique, de sorte que chaque individu n’a plus qu’à accepter par la foi cette réconciliation accomplie, pour en faire sa propre réconciliation. C’est là le but pour lequel la coulpe du péché a passé de nous sur lui, afin que le don de la justice passât de lui sur nous (v. 18-21)1.
d) NI, 1-VIF, 8. L'irréprochabilité du ministère de Paul.
Ce ministère de la réconciliation, Paul le continue sous une autre forme encore auprès de ceux qui ont accepté la grâce pour leur faire produire les fruits du salut (VI, 1-2). Dans ce but, il s'efforce de maintenir en tout sa conduite à la hauteur de cette divine mission, acceptant toutes Les souf-
! Schmiedel n’est pas suspect d’orthodoxie. Nous ne pouvons reproduire ici sa démonstration, devant laquelle s'évanouit la théorie de Ritschl et toute théorie analogue, du moins pour quiconque reconnaît l'autorité de l’enssignement de Paul sur un point de cette importance,
frances, pratiquant toutes les vertus au travers des circonstances les plus accablantes, et, malgré les jugements favorables où désavantageux des hommes, toujours affligé et toujours joyeux, à la fois pauvre et source de richesse pour plusieurs, n’ayant rien et possédant tout (v. 3-10). Mais tout à coup, au milieu de cet élan sublime, lapôtre s’arrêle comme étonné de lui-même et de tout ce que l'Esprit vient de lui dicter. Il sent que son cœur s'est comme élaroi pour étreindre avec un ardent amour cette église qui le lui rend si peu. Et pourquoi cette ingratitude? Parce qu’il a exigé d’eux, sans transiger, un sacrifice que réclamait impérieusement leur profession chrétienne. Eût-1l pu les dispenser du renoncement à des jouissances qui compromettraient leur salut? Peut-on faire marcher ensemble la justice et l’iniquité, Christ et Bélial? Jouir des banquets de sacrifice dans les temples idolâtres et rester le temple du Dieu vivant! Non; l’on ne porte le tre de fils et filles de Dieu qu’à la condition de se séparer de tout ce qui est impur; pour obtenir les promesses, 1l faut se nettoyer de toute souillure dans le domaine de la chair et dans celui de l'esprit et consommer dans la crainte de Dieu l’œuvre de sa sanctification (VI, 11-VIT, 4). De là cette supplication touchante par laquelle il elôt ce grand morceau sur le ministère chrétien commencé Il, 44: « Faites-mot place dans vos cœurs; car je n'ai pas démérité de vous » (VIÏ, 9-3). |
Un grand nombre de critiques envisagent aujourd’hui le passage VI, 14-VIT, 1 comme une interpolation, soit qu’on l’attribue à un autre auteur que Paul (Ewald, Renan), soit qu’on y voie un fragment tiré d’une autre de ses lettres {Hilgenfeld, Sabatier), par exemple, de celle dont parle 1 Cor. V, 9, ou de la lettre perdue entre nos deux épitres canoniques.
382 2me ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
Ces suppositions proviennent simplement de l’inintelligence du contexte dont nous croyons avoir montré la par- | faite continuité. C’est ce que pensent également Reuss, Weiss, Weizsæcker. En étudiant la première épilre, en voyant les précautions toutes particulières avec lesquelles l’apôtre a traité la question de la participation aux festins paiens et l’interdiction énergique finalement sortie de sa plume, nous avons compris que rien ne tenait autant au cœur d’une grande partie des Corinthiens que leur liberté à cet égard. La fermeté intransigeante de Paul lui avait fermé le cœur de plusieurs, probablement des plus influents. Voilà pourquoi ce passage, qui à trait à ce sujet douloureux, se trouve placé entre ces deux mots dont le second renoue avec le premier : « Rendez-moi la pareille » (VE, 13), et : « Faites-moi place dans vos cœurs » (VIT, 2). En écrivant ces mots : « Nous n’avons fait tort à personne,» Paul pense sans doute à ceux de qui il avait exigé ce renoncement si pénible; et dans ceux-ci : « Nous n'avons fait périr personne, » à ceux qui lui reprochaient le châtiment infligé à l’incestueux. S'il ajoute enfin : € Nous n’avons pillé personne, » nous le comprendrons quand nous verrons qu’on ne l’accusait de rien moins que de faire sa bourse aux dépens des Corinthiens (au moyen des collectes).