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Phérétas envoyés par Néron. Ceux-ci répondent : « Quand tu seras mort et ressuscité, alors nous croirons à ton Dieu ». Mais peu de temps après son supplice, Paul se montre à Néron auprès de quise trouvent ceux qu'il avait envoyés. Il annonce à l’empereurle châtiment de ses crimes. Effrayé, l’empereur fait délivrer les chrétiens encore emprisonnés, Paul apparaît encore à Longus et à Cestus à qui Luc et Tite donnent le baptême.
Ce document dont il est facile de voir que l’auteur a utilisé, avec quelque liberté il est vrai, des données empruntées aux épîtres et aux Actes canoniques!, a joui d’une grande vogue dans l’Église. Eusèbe (H. E., III, 3, 5) le mettait parmi les Antilégomènes et non, comme les autres actes apocryphes, parmi les livres à rejeter complètement. Il figure sur la liste des écrits canoniques du Catalogus Claromontanus. Une de ses parties, la correspondance apocryphe avec les Corinthiens, a figuré dans les bibles syriaque et arménienne. On trouve les Acta Pauli attestés, au commencement du rre siècle, à Rome par Hippolyte, à Carthage par Tertullien, à Alexandrie par Origène.
Tertullien qui nous fournit le renseignement
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le plus précis que nous possédions sur les Acfa Pauli rapporte que le presbytre d’Asie qui les avait composés fut destitué bien qu'il déclarât avoir agi par amour pour Paul! Faut-il donc considérer les Acta Pauli comme un livre hérétique ? Le fait que Thécla enseigne et qu’elle se baptise elle-même, en se précipitant, au milieu de l’arène, dans une cuve remplie de phoques, ne suffirait pas à l’établir, car il est juste qu’une sainte et une martyre jouisse de certains privilèges. C’est d’ailleurs dans un pressant danger que Thécla se baptise et il n’est pas dit que, dans la suite, elle ait conféré le baptême à personne. On ne peut donc estimer que son exemple viole la discipline de l’Église. En ce qui concerne la doctrine, pour autant qu’on peut la reconnaître avec précision dans un livre qui est une œuvre d’édification et non un exposé dogmatique, on est d’accord pour estimer que, dans son ensemble, elle est en
1. Sciant in Asia presbyterum qui eam scripturam construæit quasi tilulo Pauli de suo cumulans, convictum alque confessum id se amore Pauli fecisse, loco decessisse (De Baptismo, 17). Rozrrs (HENNECKE, Nt. Ap., p. 196) a supposé que le motif de la déposition pourrait avoir été que les Acta Pauli, spécialement la correspondance avec les Corinthiens, ayant été utilisés dans la lutte contre les hérétiques, ceux-ci auraient découvert la fraude, ce qui aurait mis les représentants de l'Église en mauvaise posture. Cette ingénieuse hypothèse paraît bien un peu anachronique.
harmonie avec la pensée de l’Église dans la seconde moitié du second siècle, Sur un point seulement la doctrine des Acta Pauli paraît dépasser quelque peu les limites de la doctrine de l’Église : l’ascétisme y est non seulement célébré comme un idéal en la personne de Thécla mais presque présenté comme la condition du salut. Cependant, comme le note justement Vouaux (4. P., p. 79), l’auteur des Acta Pauli ne va pas jusqu'à l’hérésie des Encratites et surtout l’apologie de l’ascétisme n’est chez lui liée à aucune spéculation dualiste. La chasteté absolue, telle qu’elle est réalisée en la personne de Thécla, apparaît comme un idéal qu'il faut, suivant l'expression de Vouaux (p. 79), «admirer et reproduire en soi-même autant que possible, mais si parfaite qu’il est impossible d'exiger l’égalité complète avec elle ».
Il n’est pas douteux, ainsi que cela résulte du témoignage de Tertullien, que les Acta Pauli soient originaires d'Asie. Il est sage, comme l’indique Schmidt (A. P., p. 174 5.), de ne pas essayer de préciser davantage. On ne peut, en effet, estimer bien probantes les considérations que Schmidt lui-même (A. P., p. 205) fait valoir en faveur de Smyrne ou celles que Vouaux
1. ScHMIDT, A P., p. 183, 193, 196 s.; Vouaux, À. P., P:70uS.
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(A. P., p. 104) met en avant pour Antioche de Pisidie. Quant à la date de composition, bien que Zahn ait envisagé l’époque de 90 à 1201, la plupart des auteurs pensent qu’il faut admettre une date sensiblement plus basse, 160-170 (Vouaux, A. P., p. 111) ou, plutôt encore, les environs de 180 (SCHMIDT, À. P., DA 4060) | Quelques critiques ont proposé des solutions intermédiaires. On peut citer, comme type des théories qu'ils ont développées, le système de Ramsay qui admet que les Actes de Paul reposent, en dernière analyse, sur un document beaucoup plus ancien qui aurait été rédigé en Phrygie peu après les événements qu'il relatait, peut-être. déjà entre 50 et 704, Ce récit n’étant
1. G. K., II, p. 909. Il a retiré cette hypothèse depuis la découverte de la version copte et n’admet plus la composition avant 170 : Die wiedergefundenen Akien des Paulus, N'CkREZerSchr VIII 909 Ep ROIS SL
2. Cette date est confirmée par le fait que ce que les Acta Pauli disent du nombre des chrétiens et des persécutions se rapporte à la situation qui existait au second siècle et non à celle du premier.
3. W. Ramsay, The Acta of Paul and Thekla, dans The Church and the Roman Empire before A. D., 1704, London, 1905, p. 375-428.
4. SALOMON REACH (Thékla, dans Culles, mythes et religions, IV, Paris, 1912, p. 249) estime que le fond de l’histoire de Thékla est, réserve faite des épîtres de Paul, le plus ancien ouvrage chrétien que nous possédions.
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pas protégé par un caractère canonique était exposé à toutes sortes d’altérations. C’est ainsi que, dans la rédaction actuelle, les renseignements historiques authentiques provenant du texte du premier siècle seraient surchargés d’une foule d’éléments légendaires totalement dépourvus de valeur. Il y aurait ainsi tout un départ à faire dans les renseignements fournis par nos Actes. Ce qui est historique remonterait au 1€’ siècle, ce qui est légendaire aurait été ajouté plus tard. On a justement observé que la méthode suivie par Ramsay est singulièrement arbitraire. Ilestun peu simpliste d’opérer ainsi la séparation de l’ivraie et du bon grain et de reconstruire par conjecture un document qui ne contiendrait que des renseignements excellents. Pour qu’on puisse admettre que les Acta Pauli actuels reposent sur un document du rer siècle, il ne suffit même pas qu’il soit démontré qu'ils contiennent des renseignements historiques, il faudrait encore qu'il fût établi qu'ils n’ont pu parvenir au rédacteur que par l'intermédiaire d’un document écrit. *
Nous sommes, par là, conduit à examiner brièvement la question des données historiques
1. C’est ce que divers critiques ont fait valoir contre Ramsay. Voir par exemple Rozrrs, dans HENNECKE, Hdb. Ni. Ap., D AS AN OUAUXS APE D 002
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contenues dans les Acta Pauli. La discussion porte principalement sur trois points : 1° La reine Tryphaine qui, à Antioche, prend Thécla sous sa protection (A. P. et Th., c. 27 s.) n’est pas un personnage fictif. Il y a eu, au milieu du rer siècle, une reine du Pont de ce nom qui était la cousine issue de germaine de l’empereur Claude (voir Ramsay, p. 283 s.; S. REINACH, p. 247 s.) ; 20 La route royale (Bzsikxé 63) qui conduit à Lystre et que Paul emprunte pour aller d’Antioche à Iconium (A. P. et Th., ch. 2) n’était pas la route habituellement suivie au second siècle (RAMSAY, p. 390 s.; S. REINACH, p. 246); 30 Enfin, la description de l’apôtre qu'on lit au chapitre 3 des Actes de Paul et de Thécla présenterait, au jugement de beaucoup de critiques, de suffisantes garanties d'authenticité.
Il convient d'examiner successivement ces trois points. Le rôle de la reine Tryphaine est celui d’une femme opulente et bonne ; l’auteur des Actes la fait intervenir pour éviter à Thécla le séjour dans la prison où sa chasteté aurait été exposée à de bien graves périls. Est-il inconcevable que le lettré qu'était l’auteur des Acta Pauli, ayant besoin de faire intervenir une grande dame, ait pensé, sans la suggestion d’un document écrit, à la reine Tryphaine dont le nom pouvait parfaitement être encore
connu dans le dernier quart du second siècle, et dont on pouvait encore savoir quelle avait été parente de l’empereur ? Il n’est pas plus difficile d'admettre que, à la même époque, on ait encore su qu’autrefois on suivait une autre route pour aller d’Antioche à Iconiumt. Il est naturel que l’auteur des Actes ait introduit ce trait dans son récit pour lui donner une couleur historique. L’explication est d’autant. plus vraisemblable que le détail n’a aucune importance et que, si l’auteur n’avait pas eu une intention particulière, il n'aurait eu aucune raison de le donner.
Nous arrivons maintenant au portrait de Paul. Onésiphore qui attend Paul sur la route royale, le reconnaît au signalement que lui a donné Tite. « Il vit venir Paul, disent les Actes (A. P. et Th., c. 3), homme de petite taille, à la tête chauve, aux jambes arquées, vigoureux, aux sourcils joints, au nez légèrement bombé, plein de grâce, car tantôt il apparaissait tel qu'un homme, tantôt il avait le visage d’un ange »?.
1. CLEMEN, I, p. 339; Rozrrs, dans HENNECKE, Ni. Ap.i, p. 360.
2. Eidev Ôè toy Ilaü)lov épyoumevov, Gyôpa pixpov T@ meyéler, Wed Th Hepalm, GYyxÜAOV Tais uvhpats, EVEMTIXOV, GUvoppuv, uxp®s Erlopivov, LdpiTos TANPNc * TOTÈ UÈV YAp Épaiveto wG dvowmos, motè D dyyéhou mpoownov elyev. L'influence que cette description a exercée sur l’iconographie de l’apôtre
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Preuschen: et S. Reinach (p. 243, 249) estiment que les Actes ayant été écrits amore Pauli un portrait aussi peu flatteur doit reposer sur une ancienne tradition’. C’est prêter un point de vue esthétique tout moderne à un auteur dont nous connaissons cependant les tendances ascétiques et l’opposition à tout ce qui est la chair. Il faut, d’autre part, observer qu’il y a dans le dernier trait de la description une tendance à l’idéalisation. L'auteur veut illustrer le contraste qu'il y a entre la faiblesse et la laideur de l’apôtre et la puissance de son action. Dans sa description, il s’est inspiré du type juif tel qu'il l’avait sous les yeux. Le trait le plus caractéristique, la calvitie de l’apôtre, peut provenir soit de ce que les philosophes étaient généralement représentés chauves, soit peutêtre «d'Actes,, 18, 18: 21, 24D'autres. traits peuvent avoir aussi leur origine dans le Nouveau Testament. Paul n’atteste-t-il pas lui-même
est une preuve de la vogue qu’ont eue les Acta Pauli. Cf. Jou. Ficker, Die Darstellung der Apostel in der altchristlichen Kunst, Leipzig, 1887, p. 34 s.; Weis-LieBersporr, Ghrislusund Apostelbilder, Freiburg i. B., 1902, p. 69 s., 111 5.
1. Paulus als Antichrist, Z. N. T. W., 11, 1901, p. 191. C est aussi l’opinion de RENAN (Les Apôtres, p. 170) et de Zanx COMENT Ip 003) SNA eUSChrE TI MS 7 D: 930);
2. C’est aussi l’opinion d’Ep. Meyer, Urspr. u. Anf., III, p. 413.
que son aspect n'avait rien d'imposant (ZI Cor., 10, 10) et les Actes ne racontent-ils pas qu’à Lystre il fut pris seulement pour Hermès alors que Barnabas était pris pour Zeus (Actes, 14, 12) ? Il n’y a donc aucune raison de considérer que le portrait donné par les Acta Pauli repose sur une tradition indépendante et puisse être regardé comme un signalement exact de l’apôtret, La conclusion à laquelle nous sommes ainsi conduit est donc essentiellement négativez.
Il n'y a aucune preuve que les Acta Pauli reposent sur un document plus ancien et il n’y a pas lieu de faire état des renseignements qu’ils contiennent, sinon peut-être pour certaines descriptions de lieux qui n’ont pas dû beaucoup varier en un siècle et demi.
1. C’est l’opinion de CLEMEN (I, p. 339; Miszellen zu den Paulusakten, Z. N. T. W., V, 1904, p. 228 s.); de SCHMIDT CAP pv) de VouAUx (AP. D: 122,5.) "etc:
2. Il serait cependant exagéré de conclure de là, avec REY (Étude sur les Acta Pauli et Theclae et la légende de Thécla, Paris, 1890, p. 59) et avec ScxMiDT (A. P., p. xiv s., 206 s.), suivi par KrüGer (Liter. Zentralbl., 1904, p. 486 s.,), que le personnage de Thécla a été inventé de toutes pièces. Sans alier jusqu’à croire, avec Ramsay et ZAHN, que ce que racontent d’elle les Actes ait, pour l’essentiel, une valeur réelle on peut admettre son existence avec HARNAcCK (Chronologie, I, p. 506; Th. Litzg., 1904, col. 324), Rozrrs (dans HENNECKE, Hdb., p.379.5), CLEMEN (I, D 339) etUNOUAUXI (APE p 127451); mais il ne faut pas aller plus loin et prétendre, en aucune manière, pouvoir reconstituer son histoire véritable.
Il convient cependant de signaler, mais c’est une constatation purement négative, que le fait que les Acta Pauli ignorent tout d’une seconde captivité de Paul n’est pas sans signification et sans portée. Nous aurons à y revenir’.
Ce qu’on lit dans d’autres actes apocryphes où figure Paul a moins de valeur encore. Les. Acta Petri, composés en Asie Mineure vers 200, mentionnent (1-3) la présence de Paul à Rome et son départ pour l'Espagne; ils ne contiennent aucun détail qui puisse prétendre à une valeur historique indépendante’. Les Acta Petri et Pauli ne datent que du milieu du cinquième siècle et il n’y a aucune raison de penser qu'ils reposent sur un document plus ancien. Il n'y a donc pas lieu de s’y arrêter.
1. CLEMEN, Z. N. T. W., V, 1904, p. 247; VouaAux, À. P.. p. 1268.
2. Texte dans Lipsrus (Acta Apostolorum apocrypha, Lipsiae, 1891, p. 45 s.) et dans Vouaux (Les Actes de Pierre, Introduction, texte, traduction et commentaire, Paris, 1922, p. 221 s.). Sur les Acta Petri voir, entre autres : G. FICKER, dans HENNEKE, Nt. Ap., p. 212 s., Hdb. Nt. Ap.,p. 395 s.; Vouaux, ouv. cité. On trouvera chez Vouaux (p. 215 s.) une bibliographie complète.
3. Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten, Braunschweig, 1883-1890, II, 1, p. 305s.,331 s.; CLEMEN, 1, p. 3435.
4. Nous n’examinons pas ici la question de la tradition de la mort des apôtres Pierre et Paul à Rome et de leur sépulture. Nous reviendrons sur cette question dans le chapitre sur la fin de la vie de l’apôtre.