I. — LA NAISSANCE DE PAUL ET SA CONVERSION
La date de la naissance de Paul ne peut être fixée que d’une manière très approximative. Le livre des Actes (7, 58), au moment du martyre d’Étienne, appelle Paul un jeune homme (veavias). Le fait que le sanhédrin le charge d’une mission comme celle qu’il se prépare à remplir à Damas (Actes, 9, 1-2), empêche de prendre ce terme dans un sens trop rigoureux. Paul pouvaitavoir, à ce moment-là, une trentaine d’années.
Dans le billet à Philémon (9) qui a été écrit entre 57 et 62, Paul s’appelle lui-même un vieillard (rosoéirrc). La vie qu’il avait menée devait l’avoir prématurément vieilli, en sorte que le rapprochement de ces deux données autorise à conjecturer que Paul était né dans les environs de l’ère chrétiennet.
1. RENAN (Les Apôtres, p. 163) et KnoPr (Probleme der Paulusforschung, Tübingen, 1913, p. 10) nous paraissent descendre trop bas en fixant la naissance de Paul à 10-15 après Jésus Christ.
Le point de départ de tous les calculs directs pour la fixation de la date de la conversion de Paul ne peut être que le moment de la mort de Jésust. Nous ne pensons pas qu’on puisse, pour le déterminer, faire état des synchronismes donnés pour le commencement du ministère de Jean-Baptiste par Le., 3, 1, parce que, même si ces renseignements n'étaient pas, comme il le
semble, de simples conjectures du troisième évangéliste?, l’ignorance où nous sommes des relations exactes du début du ministère de Jean-Baptiste avec ceux de la prédication de Jésus et, d'autre part, de la durée du ministère de Jésus, ne permettrait pas d'utiliser ces données avec quelque certitude.
Partant de l’idée que Jésus est mort le 14 ou le 15 Nisan et que ce jour était un vendredi, on a souvent essayé, par des calculs astronomiques, de déterminer parmi les années du gouvernement de Ponce-Pilate (de 27 à 36) quelles sont celles où le 14 Nisan qui est le
1. Sur la chronologie de l’histoire évangélique, voir notre étude : Notes d'histoire évangélique : Le problème chronologique, R.HAR., 1. LXXI1V (1914), p1-47.
2, Il faut noter qu’en ces dernières années, il semble se dessiner un mouvement favorable à l’historicité de ces données. Voir par exemple Ep. MEYER, Urspr., I, p. 46 s. et CicHorius, Chronologisches zum Leben Jesu, Z. N. T. W., XXII, 1923, p. 16-20.
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jour de la pleine lune du printemps, est tombé un jeudi ou un vendredi. Malheureusement, le caractère tout empirique de l’intercalation dans le calendrier juif du mois supplémentaire ou second Adar destiné à harmoniser le calendrier lunaire avec l’année solaire et la méthode rudimentaire par laquelle on déterminait si un mois était cave (29 jours) ou plein (30 jours), font que, dans l'hypothèse la plus favorable, il ÿ a, au minimum, un flottement de vingtquatre heures, si bien que le calendrier juif ne fournit pas une base assez sûre pour permettre des calculs astronomiques précis.
Par une autre voie, on peut, croyons-nous, arriver à déterminer la date de la mort de Jésus. Dans le quatrième évangile, aux Juifs qui, après la purification du Temple, lui demandent un signe du ciel, Jésus répond : « Détruisez ce Temple et je le relèverai en trois jours ». Les Juifs, ne comprenant pas que Jésus veut parler de son corps, rapportent cette déclaration au Temple de Jérusalem. Ils lui répondent : « Ce Temple a été construit en quarante-six ans
(reosepdnoura nat ES Exec cixodoufôn à vaés cbros)
1. Sur les derniers calculs faits à ce sujet voir AcHEeLis, Ein Versuch den Karfreitag zu datieren, Nachr. d. Goettingen Ges. der Wiss., Phil.-hist. K1., 1902, p. 707-717 et PREUSCHEN, Todesjahr und Todestag Jesu, Z. N. T. W., V, 1904, p. 1-17.
et tu le rebâtirais en trois jours ! » (Jn., 2, 20). Le Temple d’Hérode ne fut achevé que pendant le gouvernement d’Albinus (62-64), c’est-à-dire peu de temps avant sa destruction. Le sens de la parole considérée n’est donc pas : « On a mis quarante-six ans à construire ce Temple » mais : « On y travaille depuis quarante-six ans ».
Nous savons par Josèphet que la construction du Temple fut commencée par Hérode la dixhuitième année de son règne, soit en 734-735 de Rome (20/19 avant J.-C.), l’année où l’empereur vint en Syrie. Ce voyage se place, d’après Dion Cassius (64, 7), en 734 de Rome (20 avant J.-C.). Du rapprochement de ces deux indications, il résulte que la construction fut commencée pendant la seconde partie de cette année ; les quarante-six ans furent donc accomplis dans la seconde partie de l’année 780 de Rome (27 après J.-C.) et la parole qui nous
1. Ant. jud., XV, 11, 1. Dans le De bel. jud. (1, 21, 1), Josèphe donne une autre indication : «la quinzième année d’Hérode », mais, de l’avis de la grande majorité des critiques, cette date, si elle ne s'explique pas par une simple erreur, ce qui reste le plus vraisemblable (Orro, Herodes, Beïiträge zur Geschichte des letzten jüdischen Künigshauses, Stuttgart, 1913, col. 84 n.), se rapporte peut-être à l’établissement du projet. La dixhuitième année d’'Hérode paraît bien établie. Cf. SCHÜRER, Gesch., I, p. 369.
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occupe a été prononcée dans la seconde moitié de l’an 27 ou dans la première de 28.
Comme l’épisode de la purification du Temple se place à la veille de la Passion (Zntr., IT, p.271 s.), ilen résulte que c’est à la Pâque de 28 que Jésus a péri.
Certains auteurs, Th. Zahn (Einl., II, p. 631), par exemple, estiment qu’il a dû y avoir un intervalle assez long entre la mort de Jésus et la conversion de Paul. Dans cet intervalle se placerait une évolution sensible dans l’attitude du parti pharisien à l’égard des chrétiens. Les pharisiens auraient d’abord pris une attitude expectative caractérisée par le discours de Gamaliel (Actes, 5, 34-39). Mais si les sadducéens sont seuls mentionnés comme adversaires des chrétiens dans les premiers chapitres des Actes, c’est qu'ils formaient la majorité du sanhédrin. Il n’y a pas un mot qui permette de conclure à la bienveillance, ou même à la neutralité des pharisiens. Le discours de Gamaliel — même s’il fallait lui reconnaître quelque valeur historique — représenterait seulement le sentiment personnel d’un individu, il n’engagerait pas le parti auquel il appartenait. Quant aux faits rapportés dans les huit premiers chapitres des Actes, ce que nous avons vu ({ntr., III, p. 1725.) des sources de cette partie
du récit n’est pas de nature à inspirer grande confiance dans sa valeur.
Dans Rom., 16, 7, Paul dit d’Andronicus # de Junias qu'ils ont été chrétiens avant lui, mais s’il relève cette circonstance, c’est que ceux dont on pouvait en dire autant ne devaient pas être très nombreux.
On dit encore que la propagation du christianisme de Jérusalem à Damas a dû demander un certain temps, mais la démarche de Paul à Damas s'explique si les chrétiens de cette ville représentaient le seul groupe de disciples en dehors de Jérusalem beaucoup mieux que si l'Église avait déjà essaimé dans toutes les directions. La présence de croyants à Damas a tenu sans doute à quelque circonstance particulière, elle ne suppose pas nécessairement une mission organisée. Ceci nous transporte aux tout premiers temps du christianismet,
1. La date du martyre d’Étienne dans lequel Paul a peutêtre joué un rôle (voir p. 186 s.) n’est pas connue. RENAN (Les Apôtres, p. 141 s.) et HausraATH (Neutestamentliche Zeitgeschichte, II?, Heidelberg, 1875, p. 347) pensent qu’il faut le placer en 36 ou 37, alors que Pilate ayant été suspendu par le légat de Syrie Vitellius, Marcellus exerçait l'intérim du gouvernement de Judée avant la nomination de Marullus, mais Étienne a péri au cours d’une émeute et un tel mouvement, né d’une explosion de fanatisme, n’est pas plus invraisemblable sous le rude gouvernement de Pilate que sous l’administration plus douce de Marcellus.
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Nous savons par le livre des Actes (9,23-26) et surtout par le témoignage de Paul lui-même (II Cor., 11,32-33), que l’ethnarque du roi Arétas fit garder les portes de Damas pour l’arrêter et qu’on le fit descendre par une corbeille le long des murailles et que c’est ainsi qu'il parvint à s’enfuir. Cet incident n’a pas dû précéder le voyage de Paul en Arabie (Gal., 1,17) car il serait étrange que l’apôtre se soit rendu dans le pays des Nabatéens au moment précis où il venait d'échapper avec peine à leurs embüûüches et qu'il ait ensuite pu revenir à Damas sans y être inquiété. La fuite de Damas se place donc à la veille de la première visite de Paul à Jérusalem, la troisième année qui suivit sa conversion. On a conjeeturé, mais d’une manière que le silence de Josèphe rend déjà assez hypothétique, que la ville de Damas avait été quelque temps sous la domination d’Arétas vers 36 ou 37 pendant ou avant la campagne de Vitellius!.
Schwartz? a montré que cette hypothèse,
1. Par” exemple ScaüÜRER, UGesch "LU p.737, AI, p.182} n. 42. BLass (Acta Apost., ed. phil., p. 119) va même jusqu’à admettre que Damas a été entre les mains des Nabatéens à partir de 85 avant J.-C. Contre cette théorie, voy. ScHÜRER, GeSCR A MS D'M OL SIND PAUTSES
2. Die Aeren von Gerasa und Eleutheropolis, Nachr. d. kgl. Ges. d. Wiss. z. Goettingen, Phil.-Hist. K1., 1906, p. 367 s.
suggérée par le fait que les deux empereurs Caligula et Claude sont les seuls dont l'effigie ne figure pas sur les monnaies de Damas, était très fragile. Il serait incompréhensible que la ville ait été volontairement cédée à Arétas.
Quant à l’idée d’une campagne malheureuse qui l’aurait fait perdre aux armées impériales, elle n’est guère admissible car la défaite qu’il faudrait supposer aurait difficilement pu être passée sous silence par les historiens. D'’ailleurs, si Damas avait appartenu aux Nabatéens, l’ethnarque aurait pu faire arrêter Paul dans la ville même et n'aurait pas eu besoin de préparer un guet-apens dans lequel l’apôtre devait tomber dès qu’il franchirait les portes. Il faut se représenter, comme l’admettent divers auteurs’, que l’ethnarque d’Arétas était, non pas le gouverneur de la ville, mais le chef national des Arabes qui y résidaient, ce qu’en langage moderne, on appellerait un consul général, ou bien le chef d’une bande de nomades qui campait aux portes de Damas pour tenter de s’emparer de Paul quand il en sortirait.
La seule conclusion à tirer du passage où
1. O. HozrzmaAnx, Neutestamentliche Zeitgeschichte?, Frei; burg i. B., Leipzig, 1895, p. 97; Zaxn, Einl., II, p. 632; Zur Lebensgeschichte des Paulus, N. k. Z., XV, 1904, p. 365s.; CLEMEN, 1, p. 83.
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Paul entionne sa fuite de Damas c’est qu'il a quitté cette ville avant 40, date de la mort d’Arétas1, S'il a été de là directement à Jérusalem, comme paraissent le dire les Actes, la conversion ne pourrait, en tout cas, pas être postérieure à 37, conclusion qui n’a guère de portée mais qui cependant écarte les opinions extrêmes, comme celles d’Anger et de Renan, qui la mettent en 38, de Mac Neile qui la fixe à 39 et de Stolting qui la fait descendre jusqu’à 40.
Paul a mis sa conversion en relation étroite avec la résurrection de Jésus et l’a attribuée à une apparition du Christ glorifié (1 Cor., 9,1) qu'il assimile entièrement à celles que les autres apôtres ont eues avant lui et dont 11 fait la dernière de la série (J Cor., 15,8). Il a donceu ke sentiment que sa conversion marquait le terme des apparitions du ressuscité?. Si nous savions quelle durée l’ancienne Église attribuait à la période des apparitions, nous aurions par là une donnée précise sur la date de la conversion de Paul par rapport à la mort de Jésus. Malheureusement l’ancienne Église n’a pas laissé sur ce point de tradition homogène. Luc (24,50)